Crescendo de folie
de Jonathan Collins
13 Août 1999
Prologue
Quand la pluie se mit à tomber, Cindy Douglas était couchée dans son lit, se balançant entre le sommeil et l'éveil. Son rêve venant de s'achever, elle risquait à tout moment de se réveiller. Elle pouvait entendre les grincements habituels du grenier et le son des gouttelettes d'eau venant heurter sa fenêtre à guillotine sans pourtant discerner d'où exactement ils provenaient. Il devait être bientôt trois heures du matin, soit à peine une heure après qu'elle ait réussie à fermer lil. Elle ne cessait pas de repenser aux événements de la journée. Son petit ami, Ben Rochester, venait de la demander en mariage, elle à peine âgée de vingt et un ans. Elle qui venait tout juste d'achever ses études. Elle, si naïve et fragile. Elle qui venait à peine d'emménager seule dans sa maison.
Tandis qu'elle croyait pouvoir finalement se replonger entièrement dans le pays des rêves, le tonnerre gronda, faisant vibrer les fondations autour d'elle, la réveillant instantanément. Un petit gémissement de surprise s'échappa de sa bouche lorsqu'elle bondit des couvertures.
"Relaxe Cindy! Ce n'est que le tonnerre!"
Elle reprit graduellement sa respiration, voulut se recoucher mais le téléphone sonna. En un grognement elle sortit du lit et se rendit vers le téléphone sans fil posé sur sa table de chevet. Elle faillit l'échapper en le portant à son oreille, encore un peu endormie.
- Allô? fit-elle d'une voix la plus réveillée possible.
- Bonjour Cindy...
La voix rauque, masculine lui était inconnue. Toute la fatigue qui l'avait gagnée précédemment s'envola en entendant l'étranger au téléphone.
- Est-ce que je peux vous aider?
- Peut-être...
Cindy plissa les sourcils. Il était évident que ce mec était totalement ivre. Et elle n'avait aucune envie de passer la nuit à l'entendre divaguer.
- Écoutez, jimagine que vous avez composé le mauvais numéro...
- Je ne sais pas...
- Je crois que oui. Bonne nuit!
Elle raccrocha avec colère. Cet homme venait de lui gâcher sa nuit de sommeil.
"Il n'est plus question de se recoucher maintenant. Aussi bien aller me couler un bon café. à la cuisine."
Elle enfila sa robe de chambre et descendit au rez-de-chaussée. Elle pénétra dans la cuisine au même moment où le téléphone sonnait.
"Pas encore lui j'espère..."
Elle se rendit à l'appareil du salon et décrocha.
- Allô?
- Cindy...oh Cindy...
Une frisson lui parcourut l'échine dorsale tandis que l'homme répétait son nom comme si elle était la passion de sa vie.
- Je n'ai vraiment pas envie de vous écouter cette nuit. Alors si vous désirez quelque chose, faites-le moi savoir maintenant ou je raccroche.
- Tu souhaites réellement savoir ce que je désires Cindy?
- Oui. répondit-elle avec colère. Et rapidement...
- Je veux savoir si tu es seule à la maison...
- Ça, ça ne vous regarde pas!
Et elle raccrocha, furieuse. Cet homme était complètement cinglé.
"S'il rappelle, j'avertis la police."
Elle attendit quelques secondes face au téléphone, s'attendant à ce que la sonnerie se fasse entendre mais il n'y eut aucun son sauf celui des grincements au grenier...
Elle se retourna et marcha vers la cuisine. Entre les deux pièces il y avait un long corridor menant à la porte d'entrée. C'est en traversant ce passage que l'on frappa à la porte. Au début, Cindy crû rêver, croyant avoir affaire à son imagination débordante. Mais lorsque les coups se firent plus insistants, elle réalisa qu'il y avait effectivement quelqu'un derrière la porte d'entrée. Inquiète, elle alla regarder à la fenêtre qui s'y trouvait. Mais le manque de lumière à l'extérieur l'empêcha de distinguer autre chose qu'une silhouette.
"Et si c'est lui...si c'est lui qui m'attend armé d'un long poignard prêt à m'éventrer?"
"Eh! Du calme! Tu n'as qu'à ne pas ouvrir. Tu es en sécurité à l'intérieur."
"Est-ce que j'ai verrouillé la porte avant de me coucher?"
Non. Tu ne l'as pas fait parce que tu allais faire une marche quand Rachel t'a téléphoné. Tu as parlé pendant des heures, oubliant lentrée idéale pour lassassin.
"Alors il peut entrer nimporte quand..."
Non. Il n'entrera pas. Il ne doit surtout pas entrer.
"Mais il va le faire si tu ne vas pas barrer cette fichue porte!"
Son cur battant la chamade, elle marcha doucement vers la porte. L'ombre de l'autre côté ne bougeait pas comme un statue de pierre.
"Il me voit...il sait que j'approche de la porte."
Elle se plaça accroupie et se mit à avancer à petits pas. Quelques secondes et tout serait terminé. Si elle pouvait seulement atteindre le loquet...
CLIC! Oui! Elle avait réussi! Elle soupira de soulagement, croyant la fin du cauchemar. Mais le téléphone sonna.
"Oh non. Non. Pas encore. S'il vous plaît!"
Retenant un sanglot, elle répondit:
- A-Allô?
- Cindy...pourquoi refuses-tu d'ouvrir la porte à ta propre mère? Si tu l'avais fait, peut-être n'aurai-je pas eu à la tuer...
Si elle avait été dans un film, probablement que la musique de fond se serait faîte insistante, portant le spectateur à une tension telle...jusqu'à ce que survienne lévénement sanglant.
"La mort du personnage...et je suis ce personnage."
- Fichez-moi la paix! s'exclama-t-elle après un moment de silence.
- Cindy, ma chérie...tu devrais peut-être aller jeter un petit coup d'oeil. Peut-être est-elle encore vivante?
Elle raccrocha et fonça vers la porte. L'ombre était toujours là, immobile.
"Est-ce que les morts peuvent se tenir debout?"
Non. Probablement pas.
"Alors tu es en train de te faire avoir."
Avant même qu'elle ne remarqua cette dernière pensée, elle avait déjà retirée de loquet et ouvert la porte. Ce qu'elle vit la fit hurler de terreur.
Pendu à une épaisse corde, le corps de sa mère se balançait légèrement de tous les côtés. Un ruisseau de sang s'était formé sous elle, à quelques centimètres de ses pieds. Elle voulut retourner à l'intérieur mais une main se posa sur son épaule. Un nouveau cri d'épouvante sortit de sa gorge. Elle fit un brusque demi-tour faisant face à l'être malsain qui avait poignardé et pendu sa mère.
En fait, elle ne fit face qu'à un drap anciennement blanc, maintenant taché par le sang, d'où deux trous avaient été formés à la place des yeux et deux ouvertures sur le côtés pour les bras. La voix de l'assassin était la même qu'au téléphone: rauque et grave comme si elle provenait du fin fond d'une caverne.
- Cindy... tu sais pourtant qu'il ne faut jamais ouvrir la porte aux étranger... regarde où ça va te mener.
Juste au moment où elle voulut courir à l'extérieur, l'inconnu-fantôme dévoila le long couteau de cuisine, le leva haut dans les airs et sous les cris de Cindy, trancha la tête de la jeune fille en un vif mouvement. Le sang gicla de partout comme une fontaine et le corps fut parcourut de spasmes avant de s'affaisser sur le sol.
Lorsque le sang du cadavre de la fille se mêla à celui de la mère, l'assassin fila en douce avec pleine satisfaction.
Il avait assassiné deux de ses pires ennemies.
Fin