Le souvenir de la mort de mon père resurgit lorsque jentendis le crissement des pneus sur la route enneigée du chemin des Pins. Le Klaxon des véhicules brisa le silence de cette fin daprès-midi. Un cri, un seul, se manifesta sans prévenir, perçant, horrifiant.
Le bruit assourdissant de la carrosserie se froissant me fit, à mon tour, hurler. Je nétais nullement actrice dans ce carambolage, mais plutôt une spectatrice troublée et affolée. Javais cette impression de déjà-vu qui me hantait au fond de mes obscures mémoires, indéchiffrable traumatisme provoqué par le tragique accident qui avait coûté la vie de mon paternel.
Jagrippai la cuisse de mon mari et la serrai, tremblotante. Il grimaça et me fit signe de me calmer. Dun bond, il courut vers les trois automobiles impliquées tout en mordonnant dappeler des secours immédiatement.
Je ne bougeai pas tout de suite, mes membres paralysés par la stupeur. Mais lorsque les pleurs déchirants dune enfant jaillit des entrailles de ces tas de ferrailles, mes pieds savancèrent au pas de course vers le téléphone dans la pièce adjacente au même rythme que mon cur.
911. Mes doigts cherchèrent les touches sur le clavier numérique. Lurgence de la situation était si évidente et ahurissante que dépaisses gouttelettes de sueur ruisselèrent abondamment sur mon front. Et si quelquun que je connaissais était mort dans cet accident? Cela était très peu probable dans un ville aussi populeuse que New-York, mais juste à lidée de perdre encore un être cher mangoissait terriblement.
Lorsque lopératrice me parla au bout du fil, je bafouillai des paroles insensées allant des " Au secours " aux " aidez-les " sans explications jusquà ce quelle minterrompt et me demande, sur un ton amical et compréhensif de me calmer. Je lui donnai linformation quelle me demanda et elle massura que des ambulanciers étaient en route.
Les sanglots de la jeune enfant coincée dans lun des véhicules me fit revenir sur Terre. Bien malgré moi, mes pieds me conduisirent dehors, où mon mari sefforçait de dégager une femme qui criait le martyre. La moitié de son visage était affreusement endommagé par des éclats de verre. Elle navait plus quun il et de larges ecchymoses peuplaient se bras et lautre moitié de sa face.
- As-tu sorti lenfant? hurlais-je dès que je fus suffisamment près de mon mari pour quil mentende.
- Quel enfant? me demanda-t-il sans lâcher des yeux la pauvre dame en état de choc.
Je grognai et me dirigeai à toute vitesse vers la seconde voiture. Un homme, que je savais inconscient, était coincé entre la banquette du côté conducteur et le volant. Ce véhicule était le seul à avoir gardé son pare-brise. Dailleurs, cela me parut surréaliste.
Pas denfant. Dans la troisième bagnole, un couple était enseveli de morceaux de verre. Ils étaient morts, vraisemblablement.
Le soleil disparaissait graduellement, laissant place au pénombre envahissant. Mes yeux semplissaient de larmes telles un ruisseau de chagrin et dimpuissance. Le souvenir encore frais de ces événements troublants de mon passé resurgissait à chaque seconde, à chaque pulsation cardiaque, à chaque souffle de ma bouche, bouche qui tremblait exagérément.
Dautres crissements de pneus se mêlèrent à la manique misérable des victimes terrorisées par la mort imminente. Je serrai les dents, attendant que le pare-chocs me heurte de plein fouet. Avant que la quatrième voiture ne se mêle au chaos de la rue, mon mari me tira loin du danger.
Encore des cris. La femme défigurée fut broyée sous les roues du van rouge qui sétait ajouté au brouhaha. Je fus projetée vers larrière quand la vitre implosa. Le capot se compacta en un éventail métallique.
- Jacinthe! hurla mon mari à mon intention.
Ma tête se heurta au sol cahoteux en un craquement douloureux. Tous mes sens devinrent invalides au cours dune dizaines de secondes. Une main, encore celle de mon époux, mattira vers le fossé. Il y eut une violente explosion dans la voiture de la défigurée. Des flammes jaillirent du moteur tandis que le van stoppait son embardée.
- Bordel de merde! sexclama mon mari, ahuri.
Je ne lécoutais pas. Je ne lécoutais plus. Mes tympans menaçaient déclater tellement le bruit avait été intense. Doucement, sans porter attention aux protestations de ma voix intérieure et à celles de mon époux, je mavançai vers le véhicule, ce van familial dont je connaissais déjà les passagers.
- Jacinthe! Reviens! Tout va exploser!
Je lignorai. Je mapprochai dune fenêtre et regardai à lintérieur. Un homme sur le siège conducteur était mort dune crise cardiaque. Je le savais, je connaissais cet homme.
Mon mari sapprocha de moi.
- Il est mort? me demanda-t-il en posant sa main sur mon épaule.
Je hochai la tête et me déplaçai vers la vitre arrière. Une enfant âgée de six ans ça aussi je le savais étendue sur la banquette arrière, hurlait de douleur. Un morceau de verre était enfoncé profondément dans sa poitrine.
Des sanglots denfant
Sur un macaron accroché à son chandail sanglant quelle avait reçu pour son sixième anniversaire, il était inscrit un prénom :
- Jacinthe
Fin