L'enfant du mal
de jonathan Collins
Sept ans auparavant, Jacques Fréchette et sa femme, Annie Raymond, avaient un petit enfant. Un garçon, Renaud, aux cheveux blonds comme les champs de blé
un ange !
Un ange
quelle blague ! Car ce soir, 17 mai 1994, tout a changé. Tout a basculé dans l'abîme
un profond ravin dont on ne sort jamais. Il est presque minuit. Renaud est couché au deuxième, dans son lit, avec son amas de peluches et les parents dorment dans la chambre d'à côté.
C'est alors que le petit garçon de sept ans se réveille en sursaut, croyant avoir entendu un bruit venant de la penderie. Il tourna la tête, et c'est alors qu'il aperçut la paire d'yeux
des yeux le fixant dans la noirceur de la pièce
des yeux inhumains
Il voulut hurler, mais n'en eût pas le temps
les doigts lui bouchèrent la bouche et l'attirèrent dans les profondeurs des ténèbres. S'il aurait fait jour, on aurait pu lire la terreur dans les yeux du môme. Puis, ce fût le silence
Lorsque Annie se réveilla ce matin-là, elle sut presque immédiatement que quelque chose n'allait pas
quelque chose dans l'atmosphère de la maison avait changé. C'était une intuition et habituellement, quand elle en avait, elle ne se trompait jamais.
- Jacques
réveille-toi ! fit-elle en secouant son mari.
Celui se retourna, ses yeux toujours endormis et murmura des paroles incompréhensibles.
- Veux-tu aller voir comment va Renaud ? J'ai un mauvais pressentiment
- Hein ? (Il grogna) D'accord
Il se leva, enfila une robe de chambre et se rendit à la chambre de son fils où il entra au pas lent. Il aperçut tout d'abord les cheveux
des cheveux blonds comme le blé au soleil
puis, se rendit compte que ceux-ci étaient bien pâles
comme la peau du visage d'ailleurs
blanche comme la neige
Et tandis qu'il fût pris par sa contemplation, la paire d'yeux s'ouvrit, faisant place à deux yeux rouges
rouge comme les feux de l'enfer
- Euh
bonjour, mon gars ! fit-il innocemment.
Le jeune garçon, au lieu de bondir dans ses bras, resta immobile, le fixant froidement.
- Tu as faim ? demanda Jacques.
Il y eût un bref silence puis une voix rauque et très grave se fît entendre :
- Non papa, je n'ai pas faim
la faim n'existe pas en moi
la faim n'est que superficielle
et si je mangeais, ce serait par gourmandise
et la gourmandise est l'un des péchés capitaux. L'homme fut abasourdi par les paroles de son fils qu'il resta à fixer les yeux pendant un long moment. C'est le petit garçon qui coupa le silence qui aurait pu s'éterniser très longtemps :
- Papa, pourquoi me fixes-tu comme ça ?
- Euh
pour rien mon gars
je
on devrait aller voir un médecin tu sais
tu as les yeux rougis
- Je sais
je sais
mais les médecins ne changeront rien
les médecins n'existent que pour vous chanter
ils n'ont aidé personne dans ce monde et n'aideront jamais personne
ce sont des charlatans
- Oui
euh
je vais aller m'habiller
tu peux dormir encore si tu veux
- Je ne pourrai plus m'endormir
tu dois m'aider
- Tu veux que je t'aide à t'endormir ?
- Non
je veux que tu le sortes de mon corps papa
Jacques aurait juré que la voix du petit garçon avait changé. Qu'elle était montée d'une octave.
- Tu veux que je sorte qui de ton corps ?
- Le démon
il me fait du mal
il me gruge
lentement
Et les yeux du petits garçons redevinrent bleus
graduellement
mais cela ne dura évidemment pas
car tandis que Jacques réconfortait son petit enfant, celui-ci lui mordit violemment la nuque et le sang se mit à couler.
- Saloperie !
L'homme se libéra de la prise de son fils et le jeta sur le lit.
- Qu'est-ce qui te prend ? Tu es devenu complètement fou !
- Papa
tu ne peux plus te sauver
tu dois t'occuper de moi papa
- Non ! Non ! Va-t-en !
Il se retourna vers la porte :
- Annie ! Pars ! Vite ! Sauve-toi d'ici ! Va chercher le pasteur !
Quand ses yeux revinrent vers l'enfant, les yeux étaient redevenus bleus. Les cheveux étaient plus foncés, maintenant presque châtains
comme si Dieu s'était trompé de couleur
Annie arriva à la chambre, le visage effrayé :
- Quoi ? Quoi ? Pourquoi veux-tu avoir le pasteur ?
- Notre enfant Annie
il est possédé par le démon
Annie fronça les sourcils :
- Tu n'es pas drôle de parler de ça devant notre fils !
Elle se dirigea vers Renaud et le prit dans ses bras. Mais que ne fût pas sa surprise lorsque l'enfant la mordit à son tour dans la nuque.
Elle hurla, sanglota de douleur.
- Lâches-moi ! Lâches-moi !
Jacques s'empara du visage du petit garçon et enfonça ses pouces dans les joues de l'enfant. Celui-ci relâcha prise et tomba brusquement sur le sol.
- Sortons de cette chambre ! Vite !
Le couple quitta la pièce et referma la porte qu'ils verrouillèrent par la suite.
- Téléphone au pasteur
il devra l'exorciser
c'est le seul moyen de ravoir notre enfant
Et c'est ce que la femme fît. Et le pasteur arriva peu de temps après.
- Poussez-vous ! Vite !
L'homme semblait terrorisé. Il avançait d'un pas rapide dans l'escalier :
- Où est cet enfant ? L'avez-vous enfermé ?
- Oui. Il est dans cette chambre, là, à droite.
Il pointa une porte close.
- D'accord
attendez-moi dans le corridor
cela ne prendra pas de temps
Jacques tendit la clef au prêtre qui déverrouilla la porte puis pénétra dans la pièce. Du corridor, Jacques put apercevoir Renaud, leur vrai Renaud, en pleurs sur le lit. Le pasteur referma la porte derrière lui
et le couple dut attendre, et attendre, et attendre encore
cela prit près de quinze longues minutes avant que le prêtre ne sorte.
- Voilà, c'est fait. dit-il la main dans le cou. Cet enfant m'a mordu ! Je vais immédiatement rentrer chez moi désinfecter cette blessure
- Et c'est tout ? Renaud est normal ? Il n'y a plus aucun problème ?
- Non
ne vous inquiétez pas madame, fit-il en se retournant, il n'y a plus aucun danger.
Les yeux du pasteur étaient rouge vif et Jacques put apercevoir les deux canines dans la bouche de l'homme.
- Oh non, il n'y a plus de danger
votre fils est mort
Annie hurla.
Fin