Une dernière flamme
de Jonathan Collins

Une fleur démunie de ses pétales, posée sur la table de chevet, reflétait le fond de mes pensées. Seule. Le mot lui-même me heurtait le cœur. La solitude était le cauchemar de mon existence. Aucune présence pour m’appuyer lors de mes décisions, aucune parole prononcées à mon oreille, aucun mot doux, aucune caresse, aucun baiser, aucune tendresse.

Des bougies éteintes sont posées en cercle sur le sol. Les larmes me brûlant les yeux, j’allai m’asseoir au centre du cercle protecteur et priai les dieux qu’ils m’épargnent du mal qui me narguait depuis quelques jours. La seule réponse que j’obtins fut celle de la bouilloire qui sifflait bruyamment depuis déjà une dizaine de minutes. Il n’y avait probablement presque plus d’eau. Je m’en foutais totalement : ce sifflement était mon seul repère entre la folie et la réalité.

Je m’emparai d’un briquet posé sur le sol et allumai une à une les vingt-huit chandelles qui m’entouraient. Je fixai l’ombre des flammes qui dansait sur les murs. Chaque mouvement me plongeait dans un état de transe si rassurant. Des formes incongrues valsant sur les murs : un mystère pour mon être délaissé.

Mon regard quitta un instant la silhouette du feu et se reporta vers la fleur sans pétales. Il me l’avait offerte deux semaines plus tôt à peine. C’était une rose rouge. Aux derniers instants de notre relation mouvementée, j’avais arraché une à une les pétales de la fleur fanée. Je savais qu’à chaque jour, je sombrais de plus en plus dans la folie. Mais, tout comme le son de la bouilloire, – qui s’était arrêtée d’ailleurs – je m’en fichais carrément. La folie était apaisante, relaxante. C’était comme flotter sur de moelleux nuages roses et se moquer des gens qui trébuchaient sur les gris, ceux où je m’étais démené quelques jours auparavant.

J’éclatai de rire lorsque l’image de mon petit ami, s’enfonçant dans les nuages d’orages, apparut devant mes yeux. Il était si triste lui aussi que tout s’achève ainsi. Et de le voir sangloter comme un gamin me fit rire de plus belle.

Non. Je ne devrais pas plaisanter ainsi. Je ne suis pas ici pour vous raconter ma vie. Je suis là pour effacer les mauvais souvenirs qu’il me reste de cette aventure amoureuse très peu enrichissante.

Le briquet en main, je poussai un long soupir pour me convaincre que j’avais fait le bon choix. Puis, je hochai la tête en approuvant ma décision. D’un pas décidé, je descendis au rez-de-chaussée et m’emparai d’une pile de journaux. Ensuite, j’allai chercher un gallon d’essence que je déposai vivement sur le sol en retournant à l’étage. Tout était là pour allumer un magnifique feu de joie !

Je disposai les papiers partout dans la pièce, exceptée à l’intérieur du cercle. Puis, tout en fredonnant, j’aspergeai les journaux de l’essence. Je me plaçai au centre du cercle des dieux, allumai le briquet, enclenchai le cran de sûreté et jetai l’instrument dans la pile de papiers.

Tout flamba en un seul coup. Je me recroquevillai sur le sol, la tête entre les genoux et entamai une comptine de mon enfance. Le feu rageait autour de moi, mais je me sentais si bien, si calme.

Et tandis que les flammes m’enveloppaient, j’entendis la voix de mon ancien amoureux prononcer distinctement ces mots dans mon esprit :

" Tu vas brûler ! Tu vas brûler sale garce ! "

Même au jour de ma mort, il se moquait encore de mon horrible personne. Comprenez-vous pourquoi je l’ai quitté ?
Fin

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