Une histoire de famille
de Jonathan Collins
La maison était plongée dans lobscurité la plus totale. La poussière mirritait les yeux. La maison en était entièrement couverte. Sur le plancher, les murs, le plafond, les fenêtres
tout!
Javançai doucement, tâtonnant des orteils le vieux plancher de bois pour tenter dy discerner une faiblesse. La porte était devant moi, immense, imposante. Elle me semblait encore si loin malgré quil ne me restait que deux ou trois mètres à franchir.
Cest à cet instant que surgit lassassin.
Je memparai de la feuille dactylographiée, la froissai et la jetai dans le bac posé sur le sol à ma gauche. Il débordait de boulettes de papier chiffonnées.
Cela faisait approximativement trois heures que je gambadais sur ce passage de mon roman. Je ne parvenais à rien. Comment achever royalement ce livre ? Cétait la première fois où jétais vidé didées.
Je suis écrivain, vous lavez probablement deviné. Mais pas un simple petit auteur de pacotille, un vrai grand romancier! Jai déjà publié une vingtaine de romans publiés à des millions dexemplaires et traduits en douze langues.
Je devrais être riche? Non. Je publie sous le nom de mon frère, James, à sa demande. Jécris les histoires, il fait les profits.
Injuste vous dîtes? Tout à fait. Mais si je refuse, je sais quil me tuera. Je connais James comme le fond de ma poche! Une bête sauvage, sanguinaire, prête à tout pour obtenir ce quil désire.
À titre dexemple, en septembre dernier il a tenté de me noyer dans les eaux du lac Argent. Pourquoi? Parce quil avait perdu son maillot. Par accident évidemment! Je naurais jamais osé le lui retirer, il prend très mal les plaisanteries.
Bref, lorsquil sest aperçut quil était nu, les shorts coulaient déjà vers le fond, emportant avec eux la réputation noble de mon frère. Mais il ne se laissa pas faire et tenta de me soutirer mon maillot. Mais je luttai. Et il ne laissa pas tomber et essaya de me noyer pour hériter du vêtement.
Un cinglé, je vous le jure!
Je repoussai ces idées noires et mempare dune autre feuille et la glisse dans la machine à écrire. Je lajuste et me met à composer nerveusement.
Javançais péniblement dans la maison, ignorant la voix qui me torturait lesprit, murmurant ces mots malfaisants :
" Pars, pars ou tu mourras! "
Stupide! Totalement ennuyant!
Et, pour la millième fois, je froissai le papier et le jetai dans la corbeille. Voilà à quoi ressemblaient mes journées!
Je navais plus envie décrire mais javais peur que mon frère nentre et ne maperçoive, sommeillant sur le divan du salon.
Vous voyez, je suis coincé, prisonnier de ce redoutable tortionnaire! Cest pour ces raisons que je dois lassassiner.
Trois pas. Trois coups à la porte.
Toc! Toc! Toc!
Je savais qui frappait. Cétait le diable, venu pour me chercher.
Je me lève. Les reflets argentés du croissant de lune reflètent dans la pièce. Ils sont rassurants, étourdissants. Je me sens bien
mieux quavant
Le cadavre est sous le lit, mutilé par mes ciseaux tranchants. Lorsque je me coucherai ce soir, je dormirai sur mon uvre, tableau sanglant. Ce soir, je nécris pas.
Ce soir, je rêve
Fin