La double vie de Kelly Brown
de Jonathan Collins
Kelly Brown, une de ces cinglés que l'on devrait interner mais qui réussissent toujours à convaincre les psychiatres que leur état mental est normal. Et pourtant, dans leur subconscient, il y a un mal qui se cache, qui attend, qui guette prêt à sortir n'importe quand.
Aujourd'hui, 26 mai 1998, il est prêt.
Voici maintenant vingt ans qu'il n'était pas sorti. Qu'il était resté dissimulé au plus profond de l'esprit de Kelly.
Il était 8h32 lorsque la jeune Kelly Brown se réveilla en sursaut dans son lit à baldaquin. Elle avait ressenti une pression à l'arrière de sa tête comme si son crâne voulait s'échapper de sa tête.
Elle retint fermement sa tête entre ses mains et serra les dents.
- Mais... qu'est-ce que c'est que... Et soudainement, la belle et gentille Kelly se sentit revivre. Comme si elle avait perdu ses vingt kilos en trop et qu'elle avait rajeuni de vingt ans, retrouvant ses fébriles dix-huit ans.
Elle se leva rapidement et se dirigea vers sa penderie. Elle regarda attentivement ses vêtements et les trouva soudainement moches et ordinaires. C'est alors qu'elle aperçut une somptueuse robe de soirée en satin rouge.
- Magnifique...
Elle se déshabilla et enfila le vêtement en souriant.
- C'est parfait. Il ne me manque que les souliers de verre.
Elle éclata de rire et se mit à faire la roue devant son grand miroir.
- Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle du monde ?
Nouvel éclat de rire. Elle se rendit à la chambre de sa mère qui était partie travailler et ouvrit la garde-robe. Elle mit un plaisir fou à mettre le fouillis avant de trouver une magnifique paire de chaussures noires à talons aiguilles. Elle s'empara ensuite d'une paire de gants noirs dont des éclats lumineux jaillissaient.
Elle s'observa devant le miroir.
- Maintenant ma chérie, tu peux aller voir ton beau prince charmant. Elle quitta la chambre et sortit de la maison, rayonnante. Elle savait exactement où elle se rendait lorsqu'elle appuya sur l'accélérateur de sa voiture cabriolet sport blanche. Celle que ses parents lui avaient offert à ses vingt ans. Avant, c'était eux qui s'occupaient d'elle, maintenant elle devait s'occuper de la mère encore vivante.
Cette vieille chipie grincheuse qui se permettait de lui donner des ordres. Elle lui arrangerait bientôt son compte. Mais elle avait tout d'abord un rendez-vous avec un jeune garçon.
Depuis un an qu'elle l'observait, secrètement amoureuse, dans son autre vie, quand elle était la timide Kelly Brown, la fille à sa maman. Maintenant, elle était libre non ?
Elle stationna le véhicule devant la maison de l'élu de son cur, Mathieu Rollin et sortit de l'automobile. Elle avait une allure de mannequin de mode. Elle frappa à la porte.
C'est la femme de Mathieu qui vint répondre. Le rêve sembla s'estomper un instant comme si la présence de cette voleuse de prince la gênait.
Mais elle n'était aucunement un problème.
Sans même parler à la femme, elle la repoussa et entra dans la maison.
Eh ! Pour qui tu te prends Kelly !
Pour moi ! En fait, la nouvelle moi !
Elle rit de sa blague.
Où est ton mari chéri ?
Il dort dans sa chambre. Je peux aller le prévenir que tu veux le voir.
Non, je vais y aller moi-même merci.
Elle se rendit à l'escalier faisant exprès pour prendre un air snob. Elle désirait faire enrager celle qui s'était permis de s'approprier son amoureux.
Allo Mathieu ! s'exclama-t-elle joyeuse en entrant dans la chambre à coucher de l'homme de ses rêves.
Hein ? Kelly ? Mais... mais que fais-tu ici ?
Habilles-toi, je t'emmène déjeuner. Et fais ta valise aussi, ensuite on part pour la Californie ! Fantastique n'est-ce pas ?
De quoi parles-tu Kelly ? As-tu bu ?
- Non malheureusement. J'ai soif. Et faim. Allez, on part.
- Kelly, va te coucher, tu as besoin de sommeil. Tu sembles vraiment épuisée.
- Non, non, Mathieu ! Je suis venue te chercher. Je t'aime.
Cette fois, c'était la goutte qui faisait déborder le vase.
- Va-t-en Kelly ! Moi je ne t'aime pas comme toi tu sembles le croire ! Je suis marié merde !
- Non, vraiment ? Je ne savais pas.
Elle rit.
- Allez, on se dépêche Mathieu, je n'ai pas de temps à perdre.
- Que se passe-t-il ici? demanda une voix.
C'était l'hypocrite femme de Mathieu.
- Rien qui t'intéresse, je suis venue chercher ton petit mari.
- Ah non ! Je le garde ! Si tu comptes te l'approprier comme ça, oublies-ça ! C'est MON mari ! Fiche-le camp !
Kelly resta impassible.
- Puisque c'est ce que tu veux...
Elle partit de la chambre en saluant Mathieu. Mais elle ne partit pas vraiment. Elle s'empara d'un long couteau de boucher. Tu vas voir ma belle chérie...
Elle s'assit au salon sur le long divan en cuir. Un instant plus tard, Mathieu et sa femme descendirent avec une discussion animée.
C'est alors que Kelly se montra le couteau derrière son dos. Salut les amoureux !
Ils se retournèrent vivement.
- Encore là toi ! Va-t-en ou j'appelle la police !
- Appelles-la, mais ça ne te servira à rien car je pars à l'instant. Il ne me restait qu'une chose à faire avant.
Elle dévoila l'arme et fonça sur la femme surprise qui hurla.
Mathieu tenta de l'arrêter, mais Kelly le repoussa et alla enfoncer son arme dans la poitrine de la femme et retourna le couteau à plusieurs reprises avant que Mathieu ne réussisse à la projeter sur le sol et la maintenir à cet endroit.
C'est alors qu'on frappa à la porte. Mathieu leva la tête et Kelly profita de cet instant pour lui décocher un coup à la poitrine et courir à la porte.
C'était le voisin qui venait emprunter des cisailles à haie.
- Au secours ! Il essaie de me tuer ! Il a tué sa femme ! Oh aidez-moi !
Le voisin hésita un instant puis voyant Mathieu à l'air furieux se relever il entraîna Kelly vers sa maison et téléphona aux policiers qui arrivèrent peu de temps après.
Mathieu fut arrêté, mais on découvrit vite les empreintes digitales sur l'arme du crime. Et lorsque les policiers vinrent frapper à la porte de Kathy pour l'arrêter, celle-ci courut vers la porte arrière et sauta par-dessus de la clôture de son terrain arrivant sur le trottoir. Elle voulut traverser la rue pour s'enfuir lorsqu'une voiture arriva à pleine vitesse et la heurta violemment.
L'automobile stoppa et la personne à l'intérieur courut vers le corps de Kelly, morte sous le choc.
- Oh Seigneur, ma fille ! s'exclama la femme.
Mme Brown venait de tuer la personne à qui elle tenait le plus. Une semaine plus tard, on retrouva son cadavre, pendu dans le sous-sol.
Kelly avait gagné. Elle s'était débarrassée des deux personnes qu'elle détestait le plus.
Fin