La mort sans fin
de Jonathan Collins
Halloween. Qu'est-ce que cette fête représente exactement ? Citrouilles, fantômes et démons
qu'est-ce qu'un enfant peut trouver d'intéressant dans de telles horreurs ?
Marc secoua la tête et enfonça ses mains dans ses poches. Il faisait un froid de canard. Les enfants gambadaient joyeusement dans les rues, vêtus de leurs plus effroyables costumes. Marc ressentait la joie autour de lui, mais n'arrivait pas à en saisir le sens.
D'accord, il y avait les friandises. Mais quel est le prix à payer pour de minuscules bonbons ? Vivre la plus grande terreur de sa vie ? Quel est le plaisir à se faire peur ?
Marc sursauta en entendant le cri d'un enfant. Il se retourna vivement, les poings serrés devant lui, prêt à défendre la pauvre victime. Mais il rougit de honte en apercevant un gamin hurler et son copain rire. Tout cela n'était que de la comédie.
Marc n'avait pas l'habitude de ces fêtes. Anciennement, il habitait la campagne. Anciennement signifiait avant sa mort. Avant que le véhicule vienne le percuter alors qu'il passait l'halloween pour la toute première fois. Et même mort, il continuait de vieillir.
Vingt-deux ans. Cela faisait déjà vingt-deux qu'il s'était éteint sous le regard horrifié de ses parents. Quand son âme s'était échappée et qu'il avait vu les yeux moqueurs du conducteur et il avait su que tout était terminé pour lui. Ce chauffard était dangereux, fou à lier. D'ailleurs, ils ne l'avaient jamais retrouvé. Délit de fuite qu'ils disaient.
C'était sûrement pour cette raison que Marc errait encore sur Terre. Il n'avait pas terminé son travail. Il lui restait à agripper ce criminel en liberté
Une seconde ! Cet enfant
À sa gauche, devant une maison, se tenait un gamin en habit de pirate. Il récolta les friandises qu'une dame lui donna en souriant. Elle portait un masque de sorcière et tentait d'effrayer l'enfant mais celui-ci ne semblait guère effrayer. Mais, pourtant, il l'était ! Il fit demi-tour et s'en alla à pas cadencés.
Marc savait ce qui se produirait ensuite. L'enfant s'agenouillerait au milieu de la route, pleurant à chaudes larmes la terreur qu'il vivait. Puis, il y aurait un bruit de crissements de pneus au loin
un moteur
Des phares éclaireraient la rue. Les enfants se disperseraient en hurlant. L'homme derrière le volant écrasait avec force la pédale de l'accélérateur. Marc comprit que Dieu lui avait laissé une deuxième chance. Il n'hésita pas une seconde et bondit vers l'enfant.
Lorsqu'il essaya d'entraîner l'enfant sur le trottoir, il ne toucha que du vide. Ses mains traversèrent ce corps qui semblait immatériel pour un fantôme.
"Non ! Non ! Bouge petit enfant ! Bouge !"
L'enfant leva la tête en entendant le rugissement du moteur. Les larmes cessèrent de couler et son visage se transforma en une mine de terreur. Il voulut se relever, mais il était trop tard. Le pare-chocs vint heurter la tête du gamin qui se détacha du reste du corps. Du même coup, la tête de Marc se fissura et du sang se mit à couler.
Le reste du corps de l'enfant atterrit durement sur le sol et se fit écraser par les roues de l'automobile qui ne freinait même pas. Simultanément, la poitrine de Marc se mit à être douloureuse. L'homme se sentit tomber tandis que la voiture traversait de bord en bord son corps de brouillard.
Il y avait du sang partout. Les gens hurlaient. Mais Marc n'avait plus peur. Après tout, c'était la vingt-deuxième fois qu'il mourait !
Fin