Outre-tombe
de Jonathan Collins
David alla déposer la rose sur le cercueil et froidement, revint à sa place. Mardi, Sarah est morte dans un accident de voiture, juste après que David ait cassé avec elle. Ils s'étaient disputés puis elle était partie dans sa voiture, une magnifique BMW que sa mère lui avait achetée à ses 17 ans, c'est-à-dire deux ans auparavant.
Elle avait démarré le véhicule et avait quitté l'endroit à cent milles à l'heure. Et elle avait percuté une automobile en sens inverse sur l'autoroute. David se sentait tellement coupable de sa mort. S'ils ne s'étaient pas disputés à ce moment-là, elle ne serait jamais partie en voiture et ne serait jamais morte ! Et aujourd'hui, aux funérailles, il ne pleurait pas. Il ne devait pas pleurer. Un homme, ça ne pleure jamais. Un homme, ça réconforte les femmes
mais pas aujourd'hui
aujourd'hui, il se réconfortait lui-même
la femme qui était supposée l'accompagner était enfermée dans le cercueil.
Ce soir-là, en arrivant chez lui, il pleura
pleura longtemps
c'était sa faute ! Seulement sa faute ! Ce qu'il aurait dû savoir, c'est qu'un soir de pleine lune, quand on vient de perdre un être cher, celui-ci revient toujours à la vie, achever ce qu'il avait à accomplir
Sarah, elle, c'était promis de lui régler son compte. Quand il réussit enfin à arrêter ses pleurs, il descendit et s'aperçut que ses parents étaient absents. D'ailleurs, ils étaient absents à chaque soir ! Et aujourd'hui, il avait besoin d'eux pour être réconforté, mais personne n'était là
seulement lui, seul, plongé dans la noirceur de la peine.
Il pénétra dans la salle à manger et se coula un verre de jus d'orange. Il était épuisé, mais savait pourtant qu'il ne réussirait pas à dormir. Il avait trop de chagrin
Il soupira pour chasser sa peine et regarda dehors
et aperçut deux yeux brillants le fixant dans la nuit, derrière le pommier de sa cour. Son sang ne fit qu'un tour. Il se ferma les yeux, les serra du plus fort qu'il le pouvait, les rouvrit et dans un soupir de soulagement, il se rendit compte que ce qu'il avait vu n'était plus là.
Son cur battait la chamade et ses mains tremblaient comme des feuilles. Il observa longuement la cour dehors, s'attendant à voir réapparaître la paire d'yeux mais il n'y avait rien seules les feuilles volant au vent, des feuilles colorées, dignes de l'automne qu'ils avaient.
Il se rassit sur une chaise, tentant de reprendre un rythme cardiaque normal puis alla serrer le pot de jus dans le réfrigérateur. Il avait tellement eu peur
Il alla dans chaque pièce et alluma toutes les lumières et les lampes. Il ne tenait vraiment pas à rester dans le noir. Il savait qu'il allait paniquer
et il n'allait sûrement pas dormir ! La tension était bien trop grande pour ça !
Il alluma la télévision et monta le son au plus fort. Il voulait cacher les bruits de la nuit
sinon, il deviendrait complètement fou ! Mais il dût vite se rendre à l'évidence qu'il ne pourrait pas endurer le carnage du téléviseur. Il baissa le son et se rendit à la cuisine se couler un autre verre de jus. Sa tête bourdonnait
il se sentait très faible. Il s'assit sur une chaise et la tête ballottant, il s'endormit comme un bébé.
Quand il se réveilla deux heures plus tard, il remarqua qu'il ne pouvait plus bouger. Son corps était ligoté à la chaise par une épaisse corde de nylon.
- Mais
que se passe-t-il
?
Il regarda autour de lui mais tout ce qu'il voyait était un épais brouillard. Il distingua au salon, une silhouette, toute vêtue de noir. Il savait que cette créature était celle qu'il avait aperçue quelques heures plus tôt à la fenêtre.
- Qui
qui êtes-vous ? demanda-t-il du plus fort qu'il le pouvait. Mais cela ne sortit qu'en un gargouillis incompréhensible.
Mais la "chose" qui l'avait ligoté semblait avoir entendu.
- Tu ne me reconnais pas mon chéri ?
- Sa
Sarah ?
- Eh oui ! En chair et en os ! Du moins, ce qu'il en reste.
Elle éclata d'un rire dément et David entendit le craquement des os de son ex-petite amie.
- Comment
comment est-ce possible ? Tu es
- Morte ? conclut-elle. effectivement, je le suis
mais tu n'as jamais entendu parler de cette légende qui raconte que les morts reviennent les soirs de pleine lune ? Je suis revenu pour finir ce que je devais terminer !
David afficha un visage interrogateur.
- Tu ne comprends pas un mot de ce que je dis n'est-ce pas ? Tu dois te dire : elle est complètement débile ! Oui, c'est vrai, je suis folle ! Tout à fait ! Folle de toi mon chéri ! Je t'ai aimé tout ce temps et toi tu es venu gâcher ce si bel amour
pourquoi as-tu fait ça ?
La vue de David s'éclaircit et il aperçut vaguement sa petite amie. Mais quelque chose dans son allure clochait à ses yeux. Elle était différente
- Et ce soir, je viens t'emmener avec moi, en enfer
on sera ensemble même après la mort ! Formidable n'est-ce pas ?
Graduellement, tandis que Sarah radotait sans cesse, la vue de David se précisa et il vit ce qui ne clochait pas chez Sarah. Ce n'était pas Sarah ! C'était sa mère, Lyne Royer, qui parlait comme sa fille, était habillée comme sa fille et se faisait passer pour elle. Et avant même qu'il ne puisse dire un mot, il vit la forme de Jacques Royer, le mari de la vieille femme, l'agripper par derrière et lui serrer les bras.
- C'est fini ma belle Lyne
c'est fini
Une fois qu'il eut à son tour ligoté sa femme, il vint libérer David et appela la police. C'était terminé
le cauchemar était terminé
Deux mois et quelques jours plus tard, soir de pleine lune, David se préparait des rôties sur le comptoir lorsqu'il entendit un grattement à la fenêtre. Il s'y dirigea, le cur battant comme un demeuré.
- Mais qu'est-ce que
Il s'aperçut, un peu trop tard, que ce qu'il y avait dehors, c'était deux yeux brillants à l'extérieur qui le fixait
ceux de sa petite amie, revenue de l'au-delà
Fin