Question de malchance
de Jonathan Collins

J'ai peur. J'ai froid. Un frisson me traverse l'échine dorsale. Je ne sais pas s'il est causé par le vent glacial de janvier ou par ce sentiment de crainte que m'apporte la noirceur de ma demeure.
"Pourquoi n'ai-je pas allumé la lumière en entrant ?" songeai-je.
"Probablement parce que je ne veux pas voir ce qui se trouve chez moi. Je redoute le pire qui est pourtant si peur probable."
Un bruit de pas interrompt mes pensées et me glace le sang. Il y a quelqu'un, chez moi, qui se balade librement, probablement armé jusqu'aux dents, prêt à me zigouiller sur-le-champ.
"Du calme Matin, me rassurais-je, reprends ton sang froid."
Mais cela m'est impossible. Si quelqu'un rôde dans les pièces de ma maison sans faire signe de sa présence, c'est sûrement avec de mauvaises intentions.
Je me rends compte que je suis immobile depuis déjà une longue minute. Je fais un pas. Comme pour y faire écho, j'entends quelqu'un marcher non loin de moi.
"Va-t-en, m'ordonnais-je. Fuis avant qu'il ne t'arrive malheur !"
Mais mes jambes étaient de pierre. J'étais paralysé. C'était comme si j'attendais que l'inconnu bondisse sur moi.
Soudain, je sentis mon nez brûler et mes yeux pleurer. Une odeur, un parfum... familier mais pourtant inconnu. C'est parce qu'il ne collait pas à l'endroit où je me trouvais...
"De l'essence ! De l'essence comme à la station-service ! C'était la même odeur !"
Je réalisai soudain l'horreur de la situation.
"La maison va flamber !"
Et comme si le fait de parler de feu avait fait fondre l'écorce glacière autour de mes jambes, je me mis à courir. Mais je ne me rendis guère loin car je me heurtai à quelque chose...
Quelqu'un...
Qu'elle était cette chose qui s'enfonçait dans ma poitrine ? Cela eut l'effet d'un poignard. Ma respiration fut violemment coupée.
Quand j'atterris sur le plancher, une lumière vive m'éblouit.
"Ça y est ! Je suis mort !"
Mais je sentais toujours la douleur lancinant à ma poitrine, à la hauteur du cœur. Non, j'étais bel et bien vivant.
Quand mes yeux s'habituèrent à l'éclairage, je m'aperçus que je m'étais dirigé dans la mauvaise direction. J'étais dans la cuisine, dos contre le sol, fixant un vague personnage au-dessus de moi.
- Qui êtes-vous ? demandai-je. Que voulez-vous ?
Silence total. Je pouvais maintenant voir les traits de l'étranger. Il semblait furieux.
Je baissais les yeux à la hauteur de ses épaules et aperçus ce qui m'avait blessé.
L'homme tenait dans sa main droite, un pistolet, le canon pointé vers le mur devant lui. Il ne me regardait même pas.
- Répondez ! insistais-je avec colère. Que faites-vous chez moi ?
L'homme remarqua alors ma présence et baissa les yeux avec un sourire malsain.
- Je suis venu pour te faire payer les fautes que tu as commises.
- Quelles fautes ? De quoi parlez-vous ?
- Ne fais pas l'hypocrite. Tu t'es payé ma femme !
Alors je me souvins... la jolie blonde au corps de déesse que j'avais rencontrée dans un bar une semaine auparavant. C'était uniquement une aventure d'un soir...
Mais pas pour cet homme.
Je savais qu'il n'allait pas me tirer. Non. Il était beaucoup trop désespéré. Cela me rappelait mes patients...
Alors que j'aperçus son bras s'élever en l'air, l'index sur la détente, je sus que je devais agir.
Prenant mon courage à deux mains, je me relevais et fonçais sur l'homme avec rage. Ne s'attendant pas à cette attaque, le fou alla voler contre le mur, le pistolet encore en main. Je tentais de le lui arracher des mains, mais il tenait fort. Alors que je crus manquer de force, l'homme fut soudain pris d'un malaise. Un violent malaise à la poitrine...
Une crise cardiaque ! Non ! C'est impossible ! C'est bien le premier jour où la chance est de mon côté.
Je lui envoyai un solide coup à l'épaule, ce qui eût pour effet de lui faire échapper l'arme.
Je la projetai au bout de la pièce et me mis à courir vers la sortie. J'étais libre !
Peut-être aurai-je du ne pas vanter ma liberté car une fois à l'extérieur, mon cœur se serra violemment. J'agrippai ma poitrine à deux mains.
Je tombai à genoux, impuissant.
À cet instant, si la douleur ne me torturait pas, j'aurais ri...
J'avais une crise cardiaque...
Fin

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