Rouge nuit
de Jonathan Collins
Le vent souffle ma tourmente. Je suis dans le parc des cerisiers à quelques pas de chez moi. Je suis en pyjama, nus pieds marchant dans l'herbe mouillée. Ce que je fais ici ? Je n'en ai aucune idée. Tout ce que je sais, c'est que je rêve. Mais je n'aime pas ce rêve. Bien que, jusqu'à maintenant, rien que l'on pourrait qualifier d'effrayant ne se soit produit, j'ai la certitude que c'est un cauchemar.
Je regarde autour de moi. Puis, comme par enchantement, je change de lieu. Je suis de retour chez moi, dans mon lit, sous les couvertures. Je regarde le plafond blanc. Je ne peux que fixer cette paroi au-dessus de moi. Et graduellement, comme un fondu dans les films, le plafond disparaît faisant place à un visage.
Je connais ce visage. Évidemment que je le connais ! Ce visage est celui de ma défunte mère que j'ai assassiné un an auparavant, jour pour jour pendant la nuit du 26 au 27 juin à coups de poignard.
Ne prenez pas panique ! Je ne suis pas une meurtrière. Je n'ai fait que ce qu'il fallait faire et je n'ai aucun remord. Cette femme était cruelle et méchante et tout le monde est heureux de sa mort. Mais jamais avant aujourd'hui je n'avais rêvé de ma mère. Son visage accusateur me fixant de deux yeux vides et froids.
"Tu m'as tué ! Tu m'as tué !" semblait-elle répéter sans cesse. Mais ses lèvres ne suivaient pas les mots. C'étaient des lèvres mortes. Elles pendaient comme tout le reste de son visage d'ailleurs ! Ses yeux étaient sortis des orbites et ses cheveux anciennement blonds étaient maintenant gris fer. On voyait une longue fente dans son cou et juste au moment où je m'aperçus de ça, il me sembla que la tête tomba. Ensuite le mur revint blanc.
Ce n'était pas fini et ça je le savais parfaitement. Elle me réservait d'autres surprises la salope. J'entendis un grattement à ma gauche et je voulus me retourner mais je ne pouvais pas bouger. Tout mon corps était attaché au lit et je portais une camisole de force.
-Aidez-moi ! Au secours !
Le plafond sembla se fondre sur mon corps avant de devenir fumée. Une épaisse fumée autour de moi. Un épais brouillard faisant couler mes yeux. Je voulais me frotter les yeux, mais mes mains ligotées me l'empêchaient. C'est alors que je vis le visage au-dessus de moi. C'était ma mère, un poignard à la main. Elle me regarda, souriant de ses lèvres putréfiées et murmura tout bas :
- Repends-toi ma fille...
Je n'hésitai pas une seconde. Je voulais sortir de ce cauchemar. J'aurais tout fait pour elle.
- Je m'excuse maman, je m'excuse de t'avoir tué. Oh maman, si tu savais comme je regrette. Vas-tu me pardonner un jour ?
- Oui, ma chérie..., mais uniquement si les gens savent la vérité. Sinon, je hanterai tes nuits jusqu'à la fin de tes jours.
- Oui maman, oui je vais leur dire !
Et je quittai le rêve. Je n'avais aucunement l'intention d'aller avouer à la police. Jamais. Valait mieux souffrir dans les rêves que dans la réalité. J'étais simplement heureuse d'avoir quitté cette horreur. Mais ce que je ne savais pas encore, c'est que les rêves peuvent être pire que la réalité...
Fin