Sophie et l'Everest
de Jonathan Collins



À Sophie Roïk. Toujours.

La vie est un flanc de montagne, voilà ce que j’en crois si vous me le demandez. Je doute que nous puissons en une seule vie en atteindre le sommet. Je doute également que chacun d’entre nous entreprend seulement de la gravir cette montagne. Je suis persuadé, par contre, que pour certains, cette montagne n’est qu’une colline, voire une vulgaire butte. Et pour d’autres, la vie est l’Éverest, insurmontable. Pourtant, certains s’y aventurent courageusement, bravant les tempêtes, la fatigue, la faim et la soif. Certains croient qu’au sommet, il existe une vérité, plus vraie que Dieu, plus vraie que notre plus profonde croyance. Une vérité établie qui changerait notre monde. Pour le mieux.
Sophie fut l’une de ces personnes, et elle s’est attaquée au flanc de l’Éverest. On ne jurait que par sa folie, celle de gravir une pente qui la mènerait sûrement à sa mort. Elle a persisté, chassant leurs paroles mesquines du revers de la main.
Et elle a grimpé. Aussi haut qu’elle a pu. Elle a grimpé.
Ses efforts étaient herculéens, et elle progressait rapidement, mais le sommet était toujours aussi haut qu’à la minute précédente. Aussi haut qu’à la journée précédente. Aussi haut qu’au mois précédent. Toujours aussi haut.
Le sommet était toujours aussi haut, car l’objectif de Sophie restait le même. Un pas à la fois vers le sommet. Et après de nombreuses années, elle parvint au plus haut sommet du monde. L’air était lourd, froid, glacial. Et pourtant, elle s’y sentait si bien. Une paix intérieure l’envahit.
Qu’y a-t-il après le sommet ?
Rien de plus haut. Seulement le flanc de la montagne, le village, perdu dans un brouillard tout en bas. Lorsque nous atteignons le sommet, il ne nous reste plus qu’à descendre. Et lorsque nous sommes en bas, après avoir raconté notre périple à travers des récits plus fantastiques les uns que les autres, nous dormons.
Nous dormons, car nous l’avons mérité.
Nous dormons, mais nous ne connaissons pas le moment où nous nous réveillerons. Et ça n’a plus d’importance.
Si en dix vies, personne sur cette Terre n’arrive à gravir une simple butte de sable, en une seule des siennes, Sophie a gravit l’Éverest.
Alea jacta est.


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