Tout pour elle
de Jonathan Collins
Jusqu'à maintenant, Amélie Hébert était la plus populaire de l'école. Elle était au sommet en termes de popularité et d'après elle, personne ne lui nuisait. Ne serait-ce que cette petite bande d'imbéciles de secondaire 1 qui faisait tout pour la mettre en rogne. Mais elle savait garder son calme. Elle était patiente. Et de toute façon, l'année prochaine, elle quitterait cette foutue école de cinglés et irait étudier à New York.
Elle avait hâte de partir. Pas que sa vie fût à plaindre - loin de là - mais elle détestait être dans une école de tout petit. Probablement que rendue au cégep, elle se sentirait plus libre, plus à l'aise d'être avec les grands.
Elle allait étudier en cinéma. Elle voulait absolument devenir actrice et avait de grands talents !
Seulement, en début juin, à deux semaines de la fin des classes, tout chambarda dans sa vie.
Dans son cours de français, elle avait une suppléante. En fait, c'était que son ancien professeur avait fait une crise cardiaque et avait du même coup décidé de prendre sa retraite.
Elle qui détestait son ancien professeur, maintenant elle regretterait...
C'était la quatrième période. Dernier cours de la journée ensuite ce serait la fin de semaine. Mais évidemment, son professeur, Lucy Grégoire, s'était arrangée pour lui gâcher le moment du départ.
- Mme Hébert ! s'exclama Lucy tandis que les élèves quittaient le cours.
- Oui Mme Grégoire ?
- J'aimerais vous parler un instant.
Amélie resta figée. Jamais, dans aucun cours, on ne lui avait demandé de rester après les cours.
- Euh... j'ai un autobus à prendre...
- Je m'en fiche. Asseyez-vous.
Amélie hésita puis alla s'asseoir sur une chaise près du bureau de l'enseignante.
- Bon, je suis assise. Faites vite.
- Je vais aller à la vitesse que je veux. (Elle fit une pause). Écoute-moi bien Amélie. Je me fiche que tu sois la plus populaire de l'école, je me fiche que tu sois la plus belle, la plus riche, la plus ce que tu voudras, ne viens pas foutre en l'air mon cours. J'ai eu des commentaires de ta part de ton enseignant de chimie et j'aimerais que tu ne fasses pas comme dans son cours.
- Mais c'est elle qui raconte du charabia !
- Non. C'est toi. Alors cesse tes enfantillages et ne me déranges pas pendant le cours.
Amélie soupira et tourna la tête, choquée. Elle allait voir ce qu'elle pensait ! Elle ne gagnerait pas au jeu du professeur méchant. Ça ne marchait pas avec elle.
- Vous pouvez partir et tâchez d'être sage, je vous ai à l'il.
Amélie se leva bruyamment et tandis que Lucy lui demandait de replacer sa chaise, elle partit au pas rapide. Elle rangea ses choses dans sa case, un nuage noir la surplombant.
"Si elle pense s'en tirer comme ça ! Elle va voir ce que je pense !"
Elle quitta l'école et s'aperçut qu'elle avait raté l'autobus. Elle dut retourner chez elle à pied.
"Oh oui, elle va payer !"
Le lendemain en arrivant à l'école, les yeux se tournaient vers elle. Plus de salutations, seulement des regards cruels et septiques.
"Mais qu'est-ce qui se passe ici ?"
C'est alors qu'elle aperçut les policiers arrivant à contresens. Ils l'interceptèrent.
- Etes-vous bien Amélie Hébert ? demanda le plus costaud.
- Oui. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Nous sommes dans l'obligeance de vous emmener au poste.
- Pardon ?
- Vous êtes soupçonnée de meurtre.
- Quoi ? Le meurtre de qui ?
- M. Louis Breton. Répliqua l'autre.
- Mon professeur de chimie ? Mais c'est impossible ! Je ne l'ai pas tué !
- Je l'espère. Nous ne vous emmenons que pour un interrogatoire. Uniquement pour élucider cette sordide affaire.
- Et... euh... comment est- il mort ? demanda-t-elle tout bas.
- Une balle dans la tête. Nous recherchons toujours le pistolet. Pouvons-nous vérifier dans votre case ?
- Euh... bien sûr.
Ils se dirigèrent tous les trois vers le casier de la jeune fille. Elle déverrouilla le cadenas et ouvrit grande la porte. Elle ne le remarqua pas immédiatement, mais sur la première tablette, il y avait un pistolet et deux projectiles.
Les deux policiers se regardèrent et hochèrent de la tête.
- Vous êtes en état d'arrestation pour homicide. Vous avez le droit de garder le silence...
- Mais, je ne l'ai pas tué !
- Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra et sera retenu contre vous.
Elle fut menottée, puis, sous les regards accusateurs de ses amis, elle fut embarquée au poste. À l'analyse, ils retrouvèrent de ses empreintes sur l'arme et un de ses cheveux à la maison du professeur, le lieu du crime.
Elle était sans aucun doute, coupable de ce meurtre. Et au procès, quand le juge rendit son verdict : 12 ans de prison, un visage rayonna au fond de la salle.
Le visage de Lucy Grégoire.
Fin