Trois coups à la porte d'entrée de ma maison. On aurait que chacun de ces coups marquait une seconde dans le temps; un battement de mon coeur, qui, jusque là, était resté calme et tranquille.
Toc ! Toc ! Toc !
Je fus d'abord surpris par ce bruit soudain qui brisa la quiétude de mon âme. Je déposai mon bouquin de chimie sur la table du salon et quittai mon confortable fauteuil d'un pas rapide et malheureusement trop naïf.
"Si j'avais su, grand Dieu, si j'avais su !"
Je tirai le rideau et regardai par la fenêtre à la recherche de ce visiteur impromptu. À pareille heure du soir (bientôt de la nuit), seulement le voisin Jones pouvait encore venir emprunter des outils à papa. Cet homme se croyait vraiment tout permis.
Pourtant, en regardant dehors, je n'aperçus personne sur le porche faiblement éclairé. Je fronçai les sourcils avec confusion. Quelqu'un avait indubitablement cogné sur cette foutue porte. Les coups avaient tellement résonné dans toutes les pièces, à travers tous les murs que je ne pouvais les avoir imaginés.
Malgré tout, je dus admettre que j'avais peut-être amplifié un craquement bien normal de cette vieille baraque. Et pourtant, lorsque je me rassis...
Toc ! Toc ! Toc !
Le même rythme, régulier et insistant. Pour la première fois, mes pulsations cardiaques accélérèrent leur cadence, provoquant chez moi de légers tremblements.
"Si mes copains du lycée me voyaient en ce moment, ils ne manqueraient pas de me ridiculiser jusqu'aux vacances d'été."
Cette fois, je ne pris même pas la peine de regarder à la fenêtre et je courus vers la porte que j'ouvris d'un brusque mouvement. Je m'attendais à voir un gamin s'enfuir derrière les buissons, mais rien. Rien ni personne ne se trouvait sur le porche ou aux alentours. Et rien ni personne aurait pu s'enfuir avant que je n'arrive. Je l'aurais certainement vu.
À mes pieds, des feuilles mortes voltigèrent en un cycle maléfique comme si la présence du visiteur hantait toujours les lieux. Pris d'un saisissement de peur incontrôlable, je me mis à fixer intensément la lueur dans la maison d'en face. Celle des Jones.
" Peut-être serait-il plus prudent si je traversais jusqu'à ce que mes parents reviennent de leur soirée de gens d'affaires
"
Et si l'étranger t'attendait, dehors
Je ne savais plus quoi penser. Mon coeur cherchait presque à s'arracher de ma poitrine tandis que mon cerveau, lui, était paralysé par l'incertitude. D'un côté, je ne devrais pas resté seul ici; de l'autre, la simple idée de traverser la rue en sachant que quelqu'un se camouflait dans la nuit, prêt à bondir, me terrorisait.
Sans plus attendre, je claquai la porte de panique, comme si je présageais son retour.
"Cette fois, je vais attendre près de la porte et lorsqu'il frappera à nouveau, je le surprendrai en flagrant délit."
Toc ! Toc ! Toc !
Trois coups à la porte. Mais pas la porte d'entrée. Trois coups provenant de l'intérieur. Trois coups à la porte du sous-sol.
"Il y a quelqu'un dans
dans mon sous-sol !"
J'eus un violent étourdissement accompagné d'un gémissement étouffé. La minute suivant se déroula au ralenti. J'aperçus la porte du sous-sol s'ouvrir et la silhouette jaillir de l'obscurité. Dans sa main droite, à la hauteur de la taille, quelque chose brillait. Je voulus m'élancer vers la maison des Jones, mais mon pied s'accrocha dans la porte et je dévalai les cinq marches du porche pour m'écraser tête première contre le pavé.
Je ne suis pas mort. Le médecin dit, par contre, qu'il sera possible avec le temps, de retrouver légèrement l'usage de mon corps. Pas autant qu'avant. Je devrai toujours utiliser un fauteuil roulant. Si seulement j'avais su que ce soir-là, M. Jones aurait besoin de la clef anglaise de papa...
Toc ! Toc ! Toc !
FIN