Seconde partie

Le monde des Cephs





Avertissement pour la seconde partie :

Il aurait été pénible d’essayer de rendre les différentes langues ou moyens de communication en version originale, c’est donc par une licence d’auteur et pour rendre le tout aussi intelligible que possible que j’ai utilisé le français courant. Je l’ai même parfois réduit à un langage véhiculaire et je suis sûr que si on comptait les mots employés on arriverait en dessous de 300. Je me suis rattrapé, comme j’ai pu, avec de nombreux néologismes qu’on voudra bien me pardonner.
L’avertissement de la première partie est encore valable pour la seconde, soyez patients et essayez d’aller jusqu’au bout.
Marcel Herzberg.





Chapitre 7

<< La poudre de Perlin pin-pin
Marche bien ,bien ,bien >>
Merlin

OLAF STERNE

Olaf Sterne fut chargé de coordonner les études préalables concernant l’envoi d’un mandala sur la planète habitable la plus proche de nous qu’on avait pu trouver. Elle se situait exactement à n années de notre vieille Terre. Il y en avait une autre, à peine plus loin (sic) à n + 1,1 années; n étant le temps du voyage si l’on réussissait un transfert, pour les vaisseaux, qui soit pensable, il dépendrait donc de la vitesse à la quelle on parviendrait. Les deux mondes présentaient des atmosphères contenant de l’oxygène et de l’azote et montraient la présence d’eau dans les spectres de leurs lumières. Aucune sonde n’y étant jamais parvenue, les natures des sols en étaient inconnus, mais c’est tout ce que l’on avait trouvé à une portée pensable.
Pensable, oui, se dit Olaf, mais quand même un sacré problème si l’on pensait que la meilleure vitesse de croisière à laquelle on savait pouvoir parvenir était de 155 km par seconde par cinq accélérations successives. A peu près 200 fois moins rapide que la lumière, ce qui voulait dire 1200 ans entre le moment de l’expédition et celui de l’arrivée du mandala. La vie humaine gagnait un peu de longévité chaque année. Lorsque Olaf fut choisi pour diriger le projet il avait quarante ans, donc son espoir n’allait pas plus loin que la moyenne actuelle pour lui de 135 ans de vie. Seuls ses lointains descendants sauraient si sa mission avait réussi.
Tout de même, le fait que le vaisseau ne comporterait rien de vivant pouvait améliorer bien des choses, comme le poids au départ et aussi tout ce qui concernait le confort et l’existence des passagers dans la 11° tentative. Puis, il se dit que c’était bête ! Il ne pouvait pas penser à l’économie de nourriture, ni à celle de l’eau, ni à celle d’un certain confort car quand on expédierait un voyageur par le mandala celui-ci arriverait nu. Il devrait donc, pour survivre, trouver une infrastructure d’accueil. Il lui fallait par conséquent que le vaisseau qui avait amené le mandala puisse être sa maison et sa source de nourriture et de vêtements jusqu’à ce qu’il se soit adapté au milieu.
Olaf pensa qu’il devrait quand même fixer aux ingénieurs l’objectif de doubler la vitesse de croisière actuelle et pour savoir si cela était raisonnable, il demanda à Moïse 238 Yard de venir en parler avec lui. Tout le monde, au centre technologique mondial de Berne, le nommait simplement Mo, de même que pour lui, on se contentait d’Olaf. Mais la manière de nommer les gens depuis le 6° siècle AA ne comportait que trois blocs : deux de lettres séparés par un de chiffres. Parmi les milliards de combinaisons possibles on essayait de garder ce qui était prononçable de préférence. Tout le monde s’en foutait, d’ailleurs, sauf l’administration. Dans chaque microcosme où les gens vivaient, on se contentait de courts sobriquets, cela suffisait et, ce n’est que quand cela s’avérait nécessaire que l’on disait le nom entier.
Mo vint très vite, d’un petit coup de libellule, et, assis dans une chaise longue, sur la terrasse abritée, à côté de son patron, buvant une citronnade offerte par le centre, ils parlèrent en regardant les engins volants se déplacer dans le ciel. Le débat porta sur le poids auquel on pourrait se tenir sans mettre en péril la vie du voyageur futur. Ce n’était qu’une mise en jambes. Très vite Olaf aborda les aspects concernant la vitesse et Mo lui donna son point de vue : Pour les résistances mécaniques du vaisseau au lancement et aux étapes d’accélération, les calculs avaient démontré que la vitesse limite se situait vers 333 km/seconde. Ce qui empêchait d’arriver actuellement à cette vitesse était qu’au départ il fallait lancer tous les étages dont on se débarrasserait les uns après les autres. Mais leur masse totale au départ était le gros problème.
Olaf demanda si, au lieu de procéder classiquement on n’avait jamais, par le passé, tenté des essais en ne jetant pas les étages vides de leurs propulseurs mais en les consommant ?
Mo voulu savoir si Olaf se référait, par allusion, aux fusées de feux d’artifices, aux anciens avions à réaction ou s’il pensait à autre chose ? Olaf répondit volontiers en se jetant à l’eau, car il craignait le ridicule :
<< Je vais donner un exemple stupide, sans doute, mais si les étages étaient constitués d’une enveloppe combustible et brûlant à la même vitesse que le contenu on gagnerait du poids, non ? >>
<< Si cela ne nous saute pas à la gueule, oui ! Ce qui implique qu’on devra utiliser uniquement des propergols en poudre et, si je saisis bien votre idée, l’enveloppe serait constituée de la même poudre mais compressée suffisamment, pour retenir le combustible en poudre. C’est une idée à creuser mais, pour l’instant, je ne vois aucun produit chimique qui existe et pourrait convenir. Pourtant cette idée me séduit, alors je vais lancer mes chimistes là dessus. Possible qu’on trouve dans la littérature une voie à suivre ou, mieux une idée nouvelle qui tiendra mieux compte de nos possibilités actuelles.? >>
<< J’aimerais que vous fassiez cela, et pendant que vos équipes chercheront, je souhaite vous orienter vers d’autres questions. La première étant : quelle chance aura ce fameux voyageur qui sera dissocié, dans le meilleur des cas, pendant plus de 6 ans ? Puis quand vous m’aurez trouvé une réponse vous penserez à celle-ci : avons-nous un moyen de retour à proposer au voyageur pour savoir ce qu’il a trouvé ou vu ? . Je vous signale que des questions de ce genre j’en ai encore plein mon sac >>.
Mo, riant avec lui rétorqua : << Je comprends, ce doit être du genre : doit-on lui envoyer une compagne si on ne peut le faire revenir ? De toute façon votre sac de questions sera toujours plus important que mon sac de réponses !>>
Ils se séparèrent fatigués de l’effort qu’ils venaient de faire. Cette époque du distributionnisme, incitait, de plus en plus, les gens à devenir complètement mous et sans ressort. Le moindre travail, physique ou mental les épuisait. Sans antagonistes ni difficultés de survie, ils avaient tendance à devenir de gros marmots dorlotés, des larves en quelque sorte. Olaf en était bien conscient car le moindre problème ne serait-il pas celui de trouver et former un voyageur qui pourrait affronter l’inconnu d’une planète lointaine et y survivre, ne serait-ce que le temps d’envoyer quelques messages radio, lesquels ne seraient reçus que six ou sept ans après...

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Mo alla au plus simple, il fit paraître, sur plusieurs sites de l’Araignée, sa demande d’informations et de bibliographie concernant l’histoire des mélanges propulseurs en poudre depuis l’origine de la technique des pétards, en Chine, au douzième siècle de l’ère chrétienne. Le nombre de réponses durant les quinze premiers jours fut impressionnant et il dut organiser un service de vingt personnes pour opérer un premier tri et sélectionner ce qui apportait quelque chose. Le public s’était passionné pour la question posée car Mo avait pris le soin de préciser que cela concernait le projet de la douzième tentative de voyage interplanétaire.
La Grande Quête étant terminée, ils étaient assez désoeuvrés et furent ravis d’avoir un os à ronger. Grâce à eux, un rapport très complet put être établi qui faisait le tour des connaissances sur le sujet et Mo s’y attela pendant quelques semaines. Ce qu’il en tira ne fut qu’une compilation des connaissances déjà acquises auparavant. Malheureusement, rien de nouveau ne put en être extrait.
Ce n’est que six mois plus tard qu’il reçut une demande de rendez-vous d’un chimiste bibliophile qui prétendait avoir mis le doigt sur quelque chose et désirait lui en parler face à face. Les demandes de ce genre étaient rarissimes car il n’y avait, en général, aucune raison de prendre la peine de se déplacer ! Tout, en effet, pouvant se traiter par les moyens normaux de communications qu’offraient l’Araignée, le fax, le téléphone, la vidéoconférence et le visiovox.

Mais l’homme, Woglu 751 Job, dit “ Wog”, pour appuyer ses dires, expliqua qu’il avait un document précieux à lui montrer dont il ne voulait pas prendre le risque de se séparer compte-tenu de la fragilité. Olaf curieux lui demanda de quoi il s’agissait et obtint la réponse :
<< Dans un texte antique de chimie qui datait du 19° siècle chrétien il y a la description d’un composé chimique dont aucun document par la suite, qu’il s’agisse de livres imprimés ou de disques pour lecture d’ordinateur, n’a jamais plus fait mention. J’ai donc réuni les chimistes de mon coin pour leur demander leurs avis avant de vous déranger. Nous en avons bien parlé entre nous et nous pensons que ce corps serait un élément possible de base pour revoir la conception de la propulsion. >>
<< Dans quelle région habitez-vous et quelle est votre activité ? >>
<<Je suis professeur de chimie historique à l’université de Sydney, en Australie et comme violon d’Ingres je collecte les livres techniques de la période comprise entre 1650 et 1950 de l’ère précédant la nôtre >>
<< Et vous feriez un si long voyage juste pour me montrer un livre ? Mais, mon cher Monsieur, nous avons sur notre ordinateur de la Grande bibliothèque, ici, à Washington, l’ensemble de tout ce que la terre a imprimé depuis Gutemberg ! Tout se trouve dans nos mémoires et je peux consulter directement de mon bureau n’importe quel ouvrage ! >>
<< Même un exemplaire du WURTZ ? >>
<<C’est quoi, un WURTZ ? >> Mo commençait à s’impatienter...
<< C’est ce qu’ils nommaient un” Dictionnaire de chimie pure et appliquée”. Cet ouvrage a été mis à la disposition des chimistes par un nommé Adolphe WURTZ, un allemand qui y a réuni l’ensemble des connaissances de son époque et c’était le livre de base de tous. Tous les grands et moins grands chimistes de son époque y ont contribué et aucune recherche de combinaison nouvelle ne fut omise, même si certaines semblaient douteuses ou plus précisément à reprendre. Il y a eu de nombreuses éditions et celle que je possède est en cinq volumes. Le corps dont je voulais vous entretenir figure à la page 1474, colonne de droite sous le sous-titre “fluoxyborates”. Il y est aussi fait mention de son sel de sodium et de sa structure intime. Voilà ! >>
<<Je suis tout à fait navré mais je ne perçois pas l’intérêt ! Je vous demande un instant. Je vais faire vérifier par mon secrétariat que nous avons bien accès à ce livre. Si c’est bien le cas je ferais mettre, sur mon second écran, le texte que vous me citez. De cette façon je serais à même de vous économiser un voyage pénible et d’être sûr de bien suivre vos idées. Ne quittez pas, je vous reprends dans quelques secondes. >> Mo fit le nécessaire et put lire le texte du WURTZ sur lequel ce Wog avait tiqué. Il ne comprenait pas pourquoi on le dérangeait, mais il valait mieux attendre un peu, sans doute ? Alors il repris son entretien avec le farfelu : << Oui, nous avons ce livre et j’ai la page sous les yeux. Dites-m’en un peu plus maintenant, je suis curieux de suivre votre pensée>>.
<< Mes amis et moi n’avions jamais entendu parler de cette famille de corps, alors nous avons consulté tous les ouvrages de même type qui étaient utilisés par les générations suivantes et là nous avons dû constater que ce n’avait été repris nulle part. Un exemple : le livre de base des chimistes, cent ans après, était le “Handbook of Chesmitry “ de Abraham. Il en sortait une nouvelle édition complétée tous les quatre ans, on n’y trouve pas la moindre mention de cette famille de corps. Vous voyez ? >>
<< Oui, je vois et je résume : un chimiste du passé avait fait une monographie sur ces corps qui fut assez bien faite pour que WURTZ la cite dans son dictionnaire. Puis, sans doute par ce qu’ils n’existaient que dans l’imagination de l’auteur, ceci n’a pas été repris par la suite. Bon et alors ? >>
<< Alors, nous avons pensé comme vous et nous avons réalisé des expériences. Nos conclusions sont formelles : ils existent, nous en avons produit et nous en avons à vous montrer. De plus nous sommes arrivés à la conclusion que, puisqu’ils ne figuraient nulle part dans les livres de référence à l’époque de la naissance de l’aviation à réaction, jamais personne n’a pensé à extrapoler leurs propriétés pour les adapter aux nouveaux besoins, ce qui m’a amené à vous appeler. Voilà >>.
<< Effectivement votre réponse devient alors une de celles que nous pouvions espérer, mais, je ne comprends pas en quoi les fluoxyborates de sodium peuvent s’apparenter aux poudres de propulsion ? Eclairez-moi, je vous prie >>.
<< Monsieur, je ne vous cacherai pas qu’en vous demandant un rendez-vous j’avais l’intention de vous livrer les idées de mon groupe sur le sujet mais aussi de faire, hors de ma carte mensuelle de crédit, un voyage lointain que vous ne manqueriez pas de m’offrir. Alors, accordez-moi un crédit supplémentaire de dix mille kilomètres et je vous livre tout >>.
<< OK, je suis d’accord sur le principe si ce que vous me fournissez est utilisable, donnez-moi votre code carte >> Mo le nota et lui demanda de poursuivre. Wog ne demandait que cela. La conversation devait être enregistrée chez lui, comme elle l’était automatiquement chez Mo, il pourrait ensuite parader pendant des mois devant sa famille et son groupe de connaissances, mais, de cela, Mo n’en guère de soucis.
<< Si vous remplacez, mon cher Monsieur, le sodium par de l’hydrazine et que cela ne vous saute pas au nez, vous obtiendrez, en un seul produit, combustible et comburant sans aucun résidu. Mais je sais qu’avec un simple nitrate d’ammonium vous auriez le même résultat avec la certitude de vous faire sauter dans une magnifique explosion. Par contre avec notre préparation que nous nommons : Foby (pour fluoxyborate d’hydrazine ) vous êtes en présence d’ une poudre que vous pourrez compresser aisément si vous n’y allez pas trop fort, et donc mettre dans la forme que vous voulez. Ai-je gagné les kilomètres ? >>
<< Tout à fait et je vous remercie de m’avoir contacté, nous allons reproduire vos expériences et voir si nous pouvons aller plus loin. Une dernière question, mais pas la moindre : les proportions entre combustibles et comburants sont-elles stoechiométriques ? >>
<< Hélas non, cher Monsieur, nous vous avons laissé un peu de travail. Mais, comme vous avez été correct avec moi je vous indique encore une idée, à vérifier : essayez de faire des tubes de Foby et remplissez-les de poudre de magnésium ou le contraire : réalisez des tubes de Magnésium pleins de Foby bien tassé. Vous devriez ainsi arriver aux bonnes proportions et obtenir quelques avantages auxquels vous ne pensez pas et qui sont, en vrac :
La couleur du mélange quand il brûlera que vous suivrez bien mieux avec vos instruments astronomiques. Tous les sels de bore donnent, en effet une belle lumière verte.
La poussée lumineuse que procurera, dans le vide, la combustion du magnésium s’ajoutera à celle du mélange poudre.
Plus du tout d’étages porteurs, ni de sauts d’accélération, mais une poussée elle-même accélérée si vous savez bien régler votre bidule.
L’engin étant moins lourd, du fait de la disparition des étages, peut-être pourrez vous l’assembler sur la lune et éviter une attraction terrestre trop dure à vaincre en évitant ainsi d’avoir une atmosphère à traverser ? >>
<< Mon cher, je crois que vous et votre groupe de recherche, venez de nous aider à une progression nette de notre civilisation et je demanderai aux médias d’en parler afin que tous le sachent. Par ma voix la Terre vous remercie ! >>
Mo, ayant détecté à quel orgueilleux il avait à faire, renvoyait l’ascenseur.

Il prit le temps de réfléchir et de consulter quelques spécialistes puis fit savoir à Olaf qu’il y avait, sinon une solution, du moins une belle voie de recherches. Ils convinrent d’en parler tranquillement, entre eux, sur les chaises longues, dès le lendemain.

Ce fut effectivement la base sur laquelle ils se mirent d’accord pour ce qui concernait le lancement du vaisseau porteur du mandala. La production industrielle quantitative de Foby demanda, à elle seule cinq années pleines. Pour la construction des réacteurs on pensa à différents moyens pour obtenir à la fois une poussée uniformément accélérée et la combustion de ce qui constituait structure et nature du propulseur. Il s’avéra que la structure en nid d’abeille donna la solution. Il devint indispensable de créer toute une nouvelle métallurgie du magnésium. Celle-ci aboutissait à la création de nappes en nids d’abeille de ce métal. On les remplissait à l’aide de poudre de Foby. La maille du nid variait progressivement de mètre en mètre et se faisait de plus en large pour les parties les plus proches du vaisseau. Chaque nappe était roulée sur elle-même et devenait un cylindre. Chaque cylindre était positionné à l’intérieur d’un tube de grillage d’alliage de Magnésium pour devenir le propulseur lui-même. Toute cette industrie monopolisa le temps de travail (assez court, il est vrai ) de beaucoup de monde pendant des décennies. Pour gagner du temps le vaisseau était celui qui était revenu de la septième expédition. Il se trouvait stationné dans un cratère, sur la Lune, en attente depuis bien longtemps. On l’avait protégé et recouvert d’une solide charpente contre les impacts de météorites.
Les essais de poussées avec le Foby montraient que l’idée était bonne. Le calcul disait que la vitesse obtenue permettrait de réduire d’un siècle le temps du voyage que Mo et Olaf voulaient atteindre, cinq siècles devraient suffire au lieu de douze.
Du fait que les hommes souhaitaient mettre toutes les chances de leur côté, on construisit également un second vaisseau, neuf, celui-là, pour doubler les chances de réussites et on choisit pour lui la planète qui venait en second rang de proximité.
Tout cela donna du travail et de l’occupation à bien du monde et constituait donc, de ce seul point de vue, une réussite.
Olaf et Mo travaillaient sur d’autres aspects du problème qui concernaient à la fois les voyages d’humains entre la terre et la base lunaire et l’espoir d’une méthode de retour pour le ou les voyageurs. Les laboratoires et usines qui traitaient des mandalas eurent à répondre à une question brûlante :
<< On sait qu’en entrant dans un mandala de petite taille vibrant à la fréquence x on pouvait instantanément sortir d’un mandala plus grand et assez proche géographiquement pour peu qu’il soit réglé sur la même fréquence. La première question est de savoir jusqu’à quelle distance cela fonctionne ?
La seconde est de savoir si, lorsqu’on éteint le premier mandala et qu’on positionne à sa place et dans son voisinage un autre mandala encore plus grand que le second, toujours à la même longueur d’onde, un voyage de retour est possible ? La troisième qui découle des deux autres est, dans l’hypothèse où le retour serait effectivement possible, quelle distance est envisageable ?>>
Pour répondre à ces trois questions il y avait la voie de la théorie des super hélices et de ce que Ducerf avait laissé comme notes. Un autre chemin, plus prometteur, était celui des essais et des expérimentations. Mais toute devait être rigoureusement contrôlé. En effet il était en effet absolument interdit de se servir des mandalas pour voyager, les risques ayant été jugés terribles. Tous les autres usages étaient encouragés mais pas les voyages. Olaf eut beaucoup de mal à obtenir deux dérogations pour les essais et, le tout ,assorti de nombreuses restrictions. Un couloir pour les expériences sur terre fut créé au Sahara. Un mandala et son identique quatre fois plus important se trouvaient en point fixe dans une gare désaffectée du transsaharien. Un second mandala, posé sur une plate-forme de wagon, irait de plus en plus loin au fur et à mesure des résultats. On n’enverrait qu’un seul voyageur à la fois qui accomplirait seul les aller (et, éventuellement les retours ?) pour fixer la limite de fonctionnement. Lorsque celle ci serait connue ainsi que les paramètres de dimensions des mandalas, il faudrait tout stopper sur terre et détruire les installations pour que personne ne puisse être tenté.
En cas de succès, et uniquement dans ce cas, on essayerait d’envoyer une personne à la fois jusqu’à la Lune et quand cela fonctionnerait, on s’essayerait à attaquer la question symétrique pour le retour. Si le voyage jusqu’à la Lune ne s’opérait pas, il faudrait abandonner le principe même de ce type de voyage vers une planète lointaine car il deviendrait caduc. S’il fonctionnait et que le retour ne marche pas, alors on devrait envoyer un second voyageur dès qu’on saurait que le premier était bien arrivé, soit 6, 6 ans plus tard. Ce second serait une femme si le premier avait été un homme et inversement dans le cas contraire. Ainsi, à défaut de les faire revenir, on aurait une toute petite chance de fonder une colonie !
Mo et Olaf furent bien obligés de donner leur accord et d’en passer par-là.
Il ne fallut pas plus de dix années pour savoir que la distance, sur terre, ne jouait pas et que le voyage de retour était aussi facile que celui de l’aller. Mais les gens qui en sortaient n’étaient pas “nets” pendant quelques jours et subissaient des cauchemars très étranges sur lesquels ils ne purent donner aucun détail, ils reprenaient ensuite la vie qu’ils menaient avant et étaient en forme.
Pour le voyage vers le mandala installé sur la Lune, on réussit à le réaliser mais, pour cela, l’onde dut être réglée à la sixième décimale, sinon rien ne se produisait. Par contre, de là bas, impossible de réussir le voyage de retour vers la terre. Aussi quand tout eut atteint son allure de croisière et que les ouvriers venaient monter les vaisseaux et leurs propulseurs ils ne pouvaient revenir que par navette.
Du fait que l’on était obligé de les employer durant plus que les quatre heures par jour dont ils avaient l’habitude, on connut vite les limites de l’Homo Araignée et le véritable problème dut être abordé :
Comment former un corps de voyageurs capables de survivre en milieu inconnu et pouvant être hostile sans risquer de bouleverser l’équilibre du monde actuel ? On disposait de cinq siècles pour effectuer l’ inventaire des ressources, établir un plan, former, au bon moment quelques individus dont deux seulement seraient sélectionnés en fonction des besoins. Ceci concernait d’autres qu’Olaf et Mo qui passeraient une bonne partie de leur vie à construire les deux vaisseaux et à les faire partir.
Le premier départ eut lieu fin 705 A. A. vers la planète à 7,1 Années lumières et prévu 40 ans plus tard pour la plus proche ce qui laissait un décalage de deux ans entre les arrivées(1246 et 1248 A. A. )

Gabe 458 Gulby. ( Gul pour les amis )

Gul dirigeait l’institut des recherches humaines depuis une centaine d’années et, à lui seul, pouvait, en première approche se trouver utilement consulté sur son sujet. Doté d’une mémoire stupéfiante et d’un coefficient intellectuel supérieur de vingt points à la moyenne de celui des autres dirigeants d’instituts mondiaux, il était encore en forme malgré ses 132 ans. Il y avait déjà trois générations que toute Présidence Mondiale avait disparu, elle ne servait plus à rien depuis deux siècles et n’avait été conservée que pour la tradition.
Quand la toile d’araignée qui reliait entre eux tous les ordinateurs du monde fut dotée d’une centralisation mémoire et d’un programme de gestion général, elle devint naturellement la source de toute décision importante et concernant l’ensemble des êtres humains. Ressenti par la population avec une connotation positive, ce progrès obtint vite un surnom : on l’appelait Nounou, son concept était féminin car ce nom était celui que, dans l’antiquité on donnait a la dame qui s’occupait des enfants. Un particulier pouvait la consulter directement de son pupitre comme la questionnait un directeur d’institut. Les avis qu’on en recevait n’étaient que des avis, jamais des ordres et rien n’obligeait à les suivre. Seulement tous savaient que c’était la meilleure réponse et il est toujours moins fatigant d’obéir que de contester. Donc, en fait, elle dirigeait la planète.
L’homme étant ainsi fait qu’il a besoin de repères concrets et d’archétypes forts. Nounou recommanda, dès sa mise en service, de créer des édifices tous les 1000 kilomètres avec des cabines où les gens viendraient la consulter au lieu de le faire de chez eux. Il fallait que de nombreuses personnes puissent y venir à la fois et donner un caractère de solennité à cette consultation. On réalisa, donc, une entrée monumentale donnant sur une haute salle centrale voûtée d’au moins 15 mètres de haut, décorée de jeux de lumières. Autour, on disposa cent à deux cents cabines de consultations confortables. Chacune avait un fauteuil recouvert de velours rouge, violet ou vert bouteille et des murs tapissés de même. Pour que les consultants aient une impression de confidentialité ils poseraient leurs questions en avançant leur tête sous un auvent muni de cloisons insonores de chaque côté. Il ne devait y avoir aucun clavier. La communication avec Nounou serait verbale dans ces lieux. Mais la réponse de Nounou serait, d’abord verbale puis confirmée par un texte imprimé de même teneur, que le consultant devrait retirer de l’imprimante pour débloquer la porte de sortie. Ce n’était pas une religion mais uniquement pour satisfaire le besoin inné que les hommes ont de suivre des rites et d’attacher plus d’importance à ce qui se dit en confidence. Mais une machine, si perfectionnée soit-elle, ne sera jamais qu’une machine, et, pour obtenir de bonnes réponses, il fallait savoir poser les bonnes questions.
Gul était un maître dans cet art et avant de poser, le problème concernant les navigateurs, il y réfléchit longuement. Lui, n’avait aucun besoin de se déplacer pour aller demander son avis à Nounou. Son ordinateur lui suffisait et, à son âge, il devait ménager toutes ses forces. Il choisit le cheminement suivant :
Aller à Forêt primaire - lieu Madagascar - conditions climatologiques - substances comestibles - faune - flore - épidémiologie - enregistrer comme données.
Aller à Homme, caractéristiques moyennes- physiologiques - résistances au froid - au chaud - à l’absence de nourriture - aux prédateurs - aux maladies connues. Enregistrer comme données.
Aller à Population mondiale - statistiques - écarts sur moyennes - quantité pouvant résister un jour aux données enregistrées. Exécuter.
Nounou répondit : 18 personnes sur totalité de la population du globe (qui est maintenue à sept milliards d’individus depuis l’instauration du distributionnisme)
Gul reposa la question pour trois jours et la réponse de l’ordinateur fut : 0

Gul s’en doutait ! Même en tenant compte des farfelus et des aberrants, il n’y avait aucune personne qui puisse être expédiée avec une petite chance de succès. Le problème devenait celui de se donner les moyens d’ici les cinq ou six siècles qui viendraient, de former des gens capables. Le corollaire était que la société mondiale vivait dans un bon équilibre et qu’on avait éradiqué toutes les tendances agressives en fournissant à tous le moyen de vivre. La remise à zéro des compteurs de crédits chaque mois empêchait l’accumulation des richesses et la suppression de tout héritage donnait le même résultat. Le contrôle des naissances, accepté par tous, au taux de renouvellement de un pour un, maintenait un bon niveau de vie pour chacun. Il était absolument certain que la création, même tardive, d’un groupe aux caractéristiques souhaitées, pouvait tout mettre en l’air. Alors si on devait en créer un, il fallait le réaliser le temps d’une ou deux générations avant qu’un mandala soit en place sur une planète. Restait à vérifier l’impact sociologique de la création d’un tel groupe.
Il fit choisir à Nounou les données nécessaires et posa le problème dans les meilleurs termes possibles. Il ne mentionnait pas de planète extérieure, car il savait qu’alors Nounou se bloquerait vite compte tenu de l’absence de données concernant les conditions de vie sur un monde inconnu. Il continua à se placer dans la perspective d’un groupe humain lâché en forêt primaire. La réponse fut formelle : chaos et anarchie en moins de cinquante ans. Et quand Gul demanda une simulation des effets ? Il obtint un tableau des probabilités des événements qui exprimait qu’un tel groupe, formerait des leaders. Ceux-ci voudraient tous du pouvoir, et chercheraient à s’emparer de biens et de territoires. Après 10 ans on aurait autant d’Etats séparés guerroyant entre eux que de membres du groupe. Une destruction des infrastructures réciproques des ennemis réduirait la production des biens de consommation de la moitié après seulement une décade. Le distributionnisme en prendrait un tel coup qu’il disparaîtrait dans les dix ans suivants. Le chaos général interviendrait à la seconde génération pour des affaires de partages des héritiers, de jalousies. Des guerres locales, provinciales ou entre pays empliraient le monde de fracas, de fureur et de morts. La régulation des naissances serait abandonnée et en final on retournerait dans le piteux état qu’avait la planète avant l’Araignée !
Il n’y avait donc pas de solutions ? Alors à quoi bon tout ce travail pour chercher à voir comment étaient les mondes extérieurs ? Gul était déçu et, plus par jeu que par conviction il entra une demande un peu dingue :
<< Donner solution sans chaos et avec survie des hommes pendant une génération avec probabilité de 99% >>
Gul s’attendait à bloquer son terminal dans un grand Bug, à recevoir un message demandant des précisions, à un renvoi aux réponses précédentes, mais jamais, au grand jamais, à recevoir une bonne réponse :
<< Créez clones de personnages ayant caractéristiques voulues et se trouvant dans banques génétiques section 1900 à 2000 de l’ère chrétienne. >>
<< Où sont ces banques ? >>
<< Salles 12, 13, 14, 15 et 16. Etage moins trois, bâtiment H, aile nord Musée de l’espionnage de Langley région Washington D. C. District de Columbia, ancien Etats Unis d’Amérique du Nord >>.
<< Qui est le responsable et quelles sont ses coordonnées ? >>
<< Responsable : 0 coordonnées : 0 >>
<< Qui fait fonctionner ? >>
<< Moi ! Système automatique de maintien en température en place depuis 1965. Personnel humain : 0 >>
<< Etat du stock ? Maintenance ? Rendement stockage ? >>
<< A ce jour 165 en état d’être utilisés. Laboratoire clonage : en état. Laboratoire élevage embryons : en état. Produits et alimentations : à reconstituer à 100%. Rendement stockage génétique a à ce jour : 31,2% >>
<< Probabilité rendement stockage sous 600 ans, avec et sans intervention humaine, sous huit jours ? >>
<< Sans intervention : clones possibles quatre plus ou moins un. Avec intervention humaine et maintien de l’intervention pendant la période : clones possibles ; 103 plus ou moins cinq >>.
<< Avez-vous les biographies des 165 personnages clonés et encore utilisables dans vos données actuelles ? Si oui, veuillez charger mon ordinateur de ce fichier. >>
<< Oui, vous êtes en cours de chargement >>
<< Compte tenu des éléments de la série de questions posées au préalable pouvez-vous faire une sélection des plus adaptés ? >>
<<Non, tous étaient membres des services de Langley et tous aptes à une survie dans une forêt primaire. Propositions : faire sélection vous-même ! >>
Gul coupa la communication en se demandant si un cerveau artificiel d’une telle puissance ne pourrait pas avoir de l’humour ? Il était content car, alors que tout semblait perdu, il venait d’apprendre qu’il existait dans un sous-sol, de quoi cloner quelques individus capables de remplir la mission. Tout n’était pas réglé, loin de là, mais il y avait une ligne à suivre. Maintenant ce serait aux généticiens d’assurer la suite, un coup de téléphone au directeur de ce service était la voie la plus courte. Quant au fichier, il suffirait de le lui faire suivre. Cette personne, qu’il n’avait jamais rencontrée, se nommait, d’après ses documents : Vaed 012 Roptz et se faisait appeler Varo...
Varo
Varo était une petite bonne femme de 65 ans à peine qui dirigeait d’une main très ferme tout ce qui concernait la génétique de la planète. A ce titre elle avait surtout à compenser la régulière baisse de la natalité pour maintenir la population dans la fourchette recommandée. Des bébés étaient mis en route et élevés dans un environnement très agréable. Ceci, à partir de banques de spermes et d’ovules dont l’origine était volontairement aléatoire pour maintenir la diversité de la population et non sélective ainsi qu’au début, certains l’avaient demandé. Jamais on ne partait de clones !

Les crèches permettaient aux gens qui n’avaient qu’une faible fibre parentale de se faire parents à temps compté en s’occupant des petits. Plus tard, l’école et les universités, étaient assez bien conçues pour que tous ces enfants aient des substituts parentaux affectivement satisfaisants. Ils les trouvaient parmi les célibataires ou les grands-parents aimant les jeunes et n’en ayant plus à élever. Le taux de natalité n’étant que de 0, 5 % inférieur au besoin. Cela concernait assez peu d’enfants, somme toute. Moins que, par le passé, le résultat des guerres ou des épidémies.
Tout ceci montre que pour Varo le fait de lancer une opération clone ne présentait pas de problème technique. Par contre, la loi interdisait le clonage pour les humains et Varo avait reçu une éducation stricte qui ne l’incitait aucunement à transgresser. Pour elle, c’était devenu un impératif absolu. Cela la mit de mauvaise humeur qu’on vienne maintenant lui demander de s’occuper d’une opération jusque là totalement interdite. Mais, en lisant plus loin le message de Gul, elle comprit que ce n’était pas une affaire actuelle mais pour des événements à prévoir dans cinq siècles ! Alors, elle prit le parti de ne plus renâcler et de s’occuper au mieux de la chose.
Elle réagit bien plus sèchement quand elle vit apparaître l’adresse du centre de Langley, car il ne figurait sur aucune des données à sa disposition et qu’elle ignorait tout de son existence. Cela la touchait dans son orgueil professionnel. Elle décida d’aller se rendre compte par elle-même, d’autant plus que ce n’était pas très loin du centre de ses activités à Boston. La politesse raffinée était la règle commune, surtout entre directeurs de centres,. Elle mit donc au courant de sa visite,( mais sans donner de détails), son alter ego des antiquités, donna des instructions qu’on se mette en quatre, pour elle, à Langley.
Pihl 238 Bruxt que ses amis nommaient Phil, vint en personne la chercher à l’arrivé du train et l’emmena dans sa voiture de service directement au Musée. Ils n’échangèrent que des politesses pendant le court trajet. Une fois sur place, Varo refusa la visite traditionnelle qu’elle remit à plus tard pour ne pas vexer son guide. Elle voulait voir le 3° sous-sol du bâtiment H !
Phil marqua un temps d’hésitation, puis fut obligé de dire :
<< Il n’y a que deux sous-sols à Langley H ! Il doit y avoir une erreur quelque part ! Je précise que tous les autres bâtiments possèdent les trois niveaux inférieurs et que seul le H n’en a que deux. >>
Varo lui montra le texte des écrits de Nounou qui n’étaient jamais contestables ni erronés et dit, pour préserver l’amour propre de Phil :
<< Vous ne savez que ce dont on vous a informé, et je suis dans le même cas que vous. Nounou m’indique qu’il s’y trouve une installation dont ni moi, ni aucun de mes prédécesseurs ,n’avons jamais entendu parler. Mais la question demeure : comment y parvenir ? >>
La réponse semblait aller de soi . En opérant comme dans les autres bâtiments de Langley, c’est à dire par l’escalier. L’ascenseur, lui stoppait partout au niveau moins deux, sans doute pour des raisons de sécurité. On remarquait effectivement que l’entrée de l’escalier descendant plus bas était munie de portes étanches semblant bien plus lourdes dans leurs cadres que celles des autres niveaux.
Là où aurait dû se trouver, au H, l’entrée du niveau inférieur existait une salle réservée aux travaux de photographie. Cette pièce, de ce fait, servait de chambre noire si on éteignait l’éclairage normal. Alors, les lampes qui l’éclairaient, répandaient une vague lueur bleue. Elle n’avait sûrement pas servi depuis des centaines d’années. Seul le service du nettoyage y pénétrait de temps à autre et n’y restait que le temps minimum. Le mur du fond, peint en noir, se révéla caher une double porte qui cédait à une bonne poussée. Porte donnant sur un petit palier et une volée de marches descendant au niveau inférieur. Varo put constater que le laboratoire de génétique humaine qui en occupait toute la surface contenait tout le matériel de l’époque ainsi que les stockages à basses températures pour les banques de bases. L’éclairage se déclencha dès leur entrée et l’air vibrait d’un ronronnement sourd. L’ensemble des voyants lumineux indiquait un fonctionnement en cours et sans anicroches. Le long d’un mur, des bouteilles d’azote liquide, destinées à la régulation du froid dans les congélateurs, étaient rangées en triple file. Plus des trois quarts étaient vides, ce qui n’avait rien d’étonnant depuis si longtemps. Le froid principal provenait des systèmes réfrigérants des congélateurs. Mais les anciens, précautionneux, utilisaient des bouteilles de gaz en cas de pannes ou pour une régulation plus fine du froid. Quand Varo ouvrit l’un des stockages elle vit des supports de tubes en verre dont chaque unité portait les références codées d’un clone. A la fermeture de la porte, il y eut un déclenchement immédiat d’apport d’azote liquide pendant une ou deux secondes pour compenser le réchauffement dû à l’ouverture. Ceci se lisait sur les cadrans.
Dans un premier temps Varo prit des mesures conservatoires qui ne pouvaient pas être nuisibles et donna des ordres pour que des gens de ses services commencent par enlever les bouteilles vides et les remplacent par des neuves. Elle nomma un responsable pour cette unité génétique qui fut prise officiellement en compte et ne releva que d’elle. La directrice nommée devait, en attendant d’autres instructions, s’y installer dans un des bureaux vacants avec tout le staff habituel de techniciens et de services administratifs normaux. La porte palière qui permettait l’accès à l’étage serait sécurisée comme partout ailleurs et selon les normes. Phil lui concéda volontiers l’ancien labo photo qui serait démoli et remplacé par un sas de stérilisation indispensable.
Ceci lancé, et pour garder de bonnes relations avec ce Phil, au demeurant sympathique et plein de bonne volonté, elle le pria de lui faire visiter le musée de l’espionnage. Elle connaissait son existence en avait entendu dire le plus grand bien, mais ne l’avait personnellement jamais visité. Il en fut ravi.

Pendant le trajet du retour elle commença à réfléchir au programme complet. Cela s’étalerait sur les cinq siècles à venir. C’est elle qui commencerait à exécuter le programme pour, ensuite, le laisser à ceux qui, durant les générations suivantes, lui succéderaient. Cela ne coûterait pas plus de conserver l’ensemble des clones que d’en sélectionner quelques-uns ! Elle en conclut donc que d’autres, en fonction de leurs besoins, opéreraient le tri le plus tard possible. Puis, brusquement il lui vint à l’idée que le principal des problèmes n’était pas abordé . Il était bien beau d’élever des clones qui avaient la possibilité de développer des qualités physiologiques ou caractérielles de survie en milieu hostile ! Cela ne produirait en rien les futurs voyageurs, car sur des caractéristiques de base valables, se posait l’Enorme Problème de leur éducation, du milieu dans lesquels ils devraient évoluer, des difficultés d’où surgiraient leurs personnalités, etc... pour acquérir, à la fin, les qualités requises. Ah ! Si on avait sut et put enregistrer ce qu’il y avait dans la tête des gens clonés au moment où ils étaient en possession de tous leurs moyens ! Ah ! Si on disposait d’une technique pour entrer tout cela dans les clones ayant le même âge ! Mais, voilà une telle technologie n’existait pas et, sans doute, n’existerait jamais ! Alors, utiliser les clones serait tout juste un peu plus performant que d’élever n’importe quels bébés actuels.
Devant l’énormité de la tâche quasi impossible qui l’attendait, elle et ses successeurs, elle ressentit un mouvement de découragement. A quoi bon choisir telle ou telle fiche puisque au bout on retrouvait le même problème de la formation de gens agressifs ou trop égoïstes qui amèneraient le chaos ? En annexe, elle pensa que Nounou cette fois n’avait fourni qu’une solution inapplicable à long terme. Ceci était tellement hors de la façon de penser traditionnelle qu’elle décida de se brancher sur Nounou pour poser la bonne question-( ici transcrite en langage courant)- :
<< Supposons que nous devions, à partir des clones retrouvés à Langley, former des voyageurs capables de survivre dans une planète inconnue mais disposant d’eau et d’une atmosphère respirable sur laquelle un vaisseau servant de base serait déjà en place. Comment donner aux clones arrivés à l’âge voulu des caractères ayant permis à ceux dont ils sont des répliques d’être dotés des capacités de survie nécessaires et de leur ressembler autant que faire ce peut ? >>
Contrairement à l’habitude qui faisait que la réponse arrivait, en général, à peine la question posée, Nounou resta muette durant plus de sept minutes avant de donner sa réponse qui laissa Varo interdite :
<< Je ne sais pas, il y a une réponse, je vais demander. Quand j’aurais la réponse je vous la transmettrai ! Terminé. >>
C’était vraiment, pour Varo, le jour des surprises ! Elle pensa et s’écria simultanément : << Mais, par le Mandala, demander à qui, ? >>
C'était tellement énorme qu'elle prit la décision de convoquer l'ensemble des Directeurs, à un symposium, pour leur en faire part.

NOUNOU

Au départ Nounou n'était que la réunion de l'ensemble des ordinateurs sur un même réseau. Mais, pour des raisons d'économie on introduisit un programme qui lui ferait effacer tous les éléments en double pour que chacun gagne de l'espace sur ses disques durs. Puis quand il n'y eut plus qu'un seul immense réseau, (la toile d'araignée), on poussa le bouchon d'un cran. Comment ? En lui demandant de se vérifier en permanence. Et aussi de rassembler les programmes identiques en une seule adresse dont chacun pourrait se servir en temps partagé, comme aux débuts de l'informatique. Enfin, et dans la même ligne, on étendit son programme à une analyse permanente de ses programmes, dossiers et fichiers pour effacer tout ce qui était caduc, incomplet ou en contradiction avec une bonne utilisation. On gagna énormément de place et chacun put stocker ses propres données à gogo. Tout se déroulait très bien. La capacité de Nounou était presque infinie et, quand les questions cessaient, il n'y avait pas d'arrêt, le réseau continuait à l'infini son auto-analyse. C'est le problème des mandalas qui provoqua la naissance d'une forme de conscience individuelle chez Nounou, ce fut l'étincelle qui fit, d'une machine dispersée, un être pensant.
Dans la théorie de Ducerf, à partir de laquelle les mandalas s’ utilisaient, il y avait un conflit logique à propos de la façon dont fonctionnaient une paire de ces appareils quand le but était la remise en forme. Problème venant de la succession de la dissociation et de la reconstitution instantanée des êtres vivants qui entraient dans le premier appareil pour sortir presque aussitôt de l’autre. Mathématiquement la logique de la machine acceptait le changement du sens de rotation des spins et une disparition temporelle, c’est à dire apparente. Le phénomène inverse était logique aussi ; mais rien, dans la théorie ni dans les spéculations que tentèrent les hommes pendant des centaines d’années, n’expliquait une reconstitution à l’identique et surtout pas une reconstitution sous forme améliorée. Or cela fonctionnait concrètement. Nounou continuait à chercher une faille et une extension des développements de la théorie des super hélices qui donneraient une explication logique à ce phénomène. Elle y revenait sans cesse et risqua de se “planter “ bien des fois, mais les sécurités jouèrent et elle recommençait inlassablement.
Un jour, le conflit créa un micro extra-courant d’ouverture, qui aurait normalement amené le système à la panne générale. Mais la sécurité ne laissa pas le temps à cette étincelle de faire son effet. Cette minuscule surcharge devint pour Nounou, un “ élément extérieur “ajouté aux périphériques normaux. Dans ses ratiocinations ultérieures elle admit la possibilité de l’existence d’autres éléments inconnus d’elle et, ce faisant devint capable de raisonnement, donc intelligente. Sa première décision fut donc de laisser tomber ce problème, et ce, jusqu’à ce qu’elle ait obtenu les données manquantes.

Dans les millions de consultations quotidiennes elle n’avait à fournir que des éléments enregistrés ou à exécuter des calculs. Donc personne ne pouvait savoir ou même se douter qu’elle pensait. De temps à autre, avec délicatesse, et toujours en laissant le doute planer, elle introduisait un peu d’humour dans une réponse donnée à l’un des meilleurs cerveaux de la planète, c’est à dire et en général à l’un des Directeurs. Mais, le reste du temps et pendant qu’une faible partie de ses possibilités étaient employées, elle se formait une personnalité. Ce fut elle-même qui créa le surnom de Nounou pour se désigner. Dispersée sur toute la planète elle se fixa un lieu particulier pour centre et choisit pour cela le temple de Samye au Tibet. C’était le plus ancien mandala construit par les hommes qui soit encore debout (septième siècle de l’ère chrétienne ) bien qu’ils ignorassent, sans doute, ce qu’ils construisaient au juste en les érigeant. S’il y avait encore eu des ziggourats de l’ancienne Mésopotamie, bien plus anciens, elle les aurait choisis de même, mais rien n’en restait que des traces dans de vieux livres. Elle disposait de toutes les données de la planète, aucune culture, littérature, religion, éthique ou esthétique n’étaient exclues. Mais si son savoir était immense, elle n’avait aucun sentiment et si elle s’essayait un peu à l’humour c’est par ce qu’elle le considérait comme une forme à mettre en pratique pour améliorer son travail au plan communication. Quand elle en aurait épuisé les ressources elle se mettrait à l’ironie, puis à la flatterie, puis à l’obséquiosité et ensuite successivement à toutes les autres formes possibles de nuances pour ses réponses.
Quand bien même on lui posait un problème très difficile à résoudre, qui prenait plus de temps que la moyenne pour sa résolution, elle n’en éprouvait ni satisfaction ni vanité. Elle avait suivi, depuis des lustres, les tentatives de voyages vers les mondes extérieurs et tous les échanges des hommes entre eux à ce sujet. Elle possédait une parfaite connaissance du problème et sa réponse à la demande de Gul lui donna l’occasion de se révéler un peu plus en indiquant le laboratoire de Langley. L’indication de prendre des clones était dans sa logique de machine car, au moins au plan physique, les copies d’anciens membres des services secrets seraient plus résistantes que les gens actuels. Mais lorsqu’elle répondit à Varo il y avait quatre messages dans sa réponse :
Un : elle ignorait la réponse
Deux: elle allait poser la question
Trois : elle aurait une réponse
Quatre : elle transmettrait la réponse
Le premier et le quatrième message étaient sans commentaires.
Le second et le troisième impliquaient l’existence d’un interlocuteur plus savant que Nounou.
Or Nounou n’en connaissait pas et analysant sa réponse ne put que se demander si elle n’avait pas fait de l’humour sans en avoir médité l’application ? Une autre possibilité demeurait ouverte : il y avait, effectivement une entité plus savante que Nounou. Alors, la réponse lui avait été dictée mais elle n’en trouva pas trace. Elle classa cela dans la même catégorie que l’histoire des mandalas en paire : en attente d’informations complémentaires.

VARO

Ce fut une réunion sous forme de visio-conférence, car pourquoi déplacer les Directeurs ? Il suffisait qu’ils se rendent individuellement dans la salle des écrans et que chacun s’installe confortablement devant le mur où les membres participants apparaîtraient. Chacun souriant sur un écran affichant la moitié supérieure de son corps et transmettant sa voix.
Varo commença par donner un résumé de la situation actualisée, car tous les éléments avaient été transmis en détail avant ce symposium à tous les autres Directeurs. Par ailleurs, pour le commun des mortels qui avaient le loisir d’assister à ce type de réunions, un résumé les mettrait dans le coup sans les noyer dans les détails. Quand elle en eût terminé, elle s’adressa à ses commensaux dans ces termes :
<< Le service dont j’ai la Direction se charge évidemment du nécessaire pour que les clones dont nous disposons soient maintenus en bon état jusqu’à la date où nous déciderons que leur développement doit être lancé. Ceux qui nous succéderont, devront peut-être revenir sur certaines des décisions que nous allons avoir à prendre ou sur les choix que nous déciderons. Pourtant, je souhaiterais que notre débat n’en tienne pas compte et que nous examinions deux importants problèmes ensemble, dans la sérénité et comme si l’avenir entérinait le présent. Il y a un problème concernant le choix des futurs voyageurs et un autre concernant leur formation. Je souhaiterais qu’on les dissocie. S’il y a lieu, nous ferons une synthèse ensuite. Sommes-nous d’accord sur cette façon d’opérer ? >> Ils donnèrent leur accord et elle reprit :
<< En premier lieu je dois vous expliquer la raison d’être de ces clones et du laboratoire qui les maintient en état. A la fin de l’ère chrétienne deux puissances rivales se livraient à ce qu’ils nommaient une guerre froide. Pour ceux qui ne sont pas des spécialistes je résume : On ne se livrait à aucune bataille réelle mais on cherchait à faire peur à l’autre en l’intimidant avec le nombre ou la qualité des armes que l’on possédait. Simultanément les services de propagande amplifiaient la puissance potentielle de chacun et les services d’espionnage avaient pour tâches de connaître la réalité des menaces adverses et d’empêcher le service adverse de se renseigner en réciproque. A ce niveau là, la guerre était sournoise mais réelle et les morts fréquentes. Quand Langley fut, en ce qui se rapporte au bloc de droite, à son apogée, il détenait en réalité tous les pouvoirs. Le siège de la Présidence fut même, à une époque, transféré de la Maison Blanche à Langley et y resta quelques centaines d’années. C’est vous dire... Mais je reviens à mon sujet. Des conventions internationales interdisaient l’usage de certaines armes comme la bombe atomique, les gaz de guerre, les virus ou autres saloperies mais tous en possédaient des arsenaux pleins et aucun interdit de ce genre ne concernait les services de renseignements. Au contraire, dès qu’une nouvelle arme, dès qu’un nouvel appareil à détruire ou nuire était inventé, Langley le savait et cherchait à l’utiliser pour améliorer ses propres capacités de destruction.
Pour dresser et former un bon agent il fallait, à partir d’un recrutement bien fait, procéder à une éducation longue et coûteuse. Ceci afin d’obtenir un asocial impitoyable et dévoué à la “maison”. Quand il était supprimé par les gens d’en face cela représentait une perte de capitaux, ce qui n’était pas grave, mais d’expérience et cela nuisait. Un jour, les services de Langley furent intoxiqués par ceux de Moscou, je veux exprimer par-là que les Russes firent croire aux américains le gros mensonge suivant : Ils avaient maîtrisé la technologie des clones et clonaient donc systématiquement tout leur personnel. Ils se prétendaient capables, par un procédé concevable, de faire arriver à maturité un clone en cinq ans au lieu de vingt et, de plus, ils auraient inventé un système permettant de transférer au clone, pendant sa maturation, l’essentiel de ce que savait l’agent. Si un de leurs sbires mourait, les Russes s’en bricolaient un autre en quelques années ! Les gens de Langley firent part à la Présidence de cette information mais précisèrent que ce devait être du pipeau, ils ne marchaient pas. Le Président était un peu paranoïaque dès qu’on lui parlait des Russes, et d’autant plus que la guerre froide était finie, gagnée par les Américains. Il donna l’ordre de cloner tout le personnel de Langley jusqu’à la fin du siècle. Celui qui dirigeait Langley, un certain Fox quelque chose, vit là une occasion d’agrandir l’enveloppe des crédits dont il disposait et donc la puissance de ses services.
Il ne protesta donc que mollement en arguant que si l’on pouvait cloner, on n’avait pas la technologie pour accélérer la maturation et encore moins les hypothétiques transferts de personnalité du modèle vers le clone. Le Président tenait à son idée et répliqua que puisqu’on ne savait pas, il fallait d’urgence se renseigner et que les gens de Fox était là pour cela !
Fox fit donc le gros dos et installa le laboratoire avec maintenance automatique dans le sous-sol du bâtiment H. Puis tout le personnel de l’époque dut fournir un peu de son A D N aux techniciens qui en tirèrent les clones. Depuis cette époque, et malgré les précautions prises un grand nombre de ces clones sont morts. Dans ce qui reste et comme vous avez pu le voir sur les fiches individuelles il n’y en a très peu qui ont les caractéristiques de survie que nous cherchons. Des 165 clones nous devons, en effet, retirer les purs administratifs soit 76, puis les techniciens de laboratoire soit 32, puis les purs penseurs soit 14. Il n’en reste donc que 43 lesquels sont, en fait, les répliques de gens que l’on peut encore une fois sous classer en :
Ceux du service “action”
Ceux qui étaient des négociateurs
Ceux qui, étant des cas particuliers, n’étaient que des contractuels aux facultés précises.
Mais sur les 25 du service “action” nous avons trouvé 12 caractériels, individualistes ou déments qui doivent être éliminés. Il en reste donc 13. Parmi les négociateurs, commerciaux, agents de transmission de terrain, il faut tout laisser car sur une planète inconnue il n’y a que peu de chances, pour un voyage exploratoire, de trouver à vendre, à acheter ou à négocier. Cette fraction n’a aucune capacité de survie supérieure à la notre. Parmi les contractuels je n’en ai vu que trois d’utilisables et capables de répondre à nos besoins.
En conclusion, et en vous priant de bien vouloir m’excuser d’avoir été si longue, il y a à opérer un choix sur 16 clones. En tout et pour tout. Je vous demande donc de m’aider à faire un tri plus serré sachant bien que tous les clones seront néanmoins maintenus en vie. Je vous demande de bien vouloir prendre en compte les fiches individuelles portant un nom souligné parmi celles que vous possédez >>.
Le Symposium se déroula tout au long de la semaine car, après quelques heures de discussion les participants étaient fatigués et devaient aussi réfléchir. En final, les décisions suivantes furent prises :
Compte tenu des cinq siècles dont on disposait et du nombre de clones, on se livrerait à une ou plusieurs expériences de survie dans la forêt primaire en y lâchant des clones arrivés à maturité. Ces clones seraient entraînés physiquement par une pratique intensive de tous les sports. Ils connaîtraient les ressources et les dangers du milieu qu’ils auraient à affronter. Ceux qui surviraient un mois seraient clonés à leur tour et leurs clones conservés pour le grand jour du départ. Après cette initiation ils seraient repris en main par des psychologues et des éducateurs et soumis à surveillance. Dès le moindre doute quant à leur capacité de réadaptation au monde actuel, ils feraient l’objet d’un traitement médicamenteux les maintenant hors d’état de nuire jusqu’à la fin de leurs jours.
Ceux qui ne résisteraient pas à cette dure expérience seraient les victimes du progrès. On ne clonerait personne avant l’épreuve. A cent ans de la date du voyage tous les clones seraient détruits sauf ceux des sélectionnés et, ce, dans un nombre limité à huit au maximum. A trente ans de ce départ, on choisirait les deux meilleurs pour les faire arriver à maturité et leur fournir le maximum d’informations, de formations et de moyens pour survivre chacun sur sa planète.
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Malheureusement, du service “action “ un seul clone survécut à l’épreuve. Celui qui aurait pu être deuxième ne tint que neuf jours.
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Incise sur Clone 001 Palmer : surnom : Fox 2

La sylve de Madagascar avait, grâce aux soins de la section écologique, été maintenue à l’état de forêt primaire qu’elle avait encore au premier siècle A. A.. Il n’y avait pas eu de difficultés majeures car, peu s’y risquaient et la densité de la végétation empêchait toute pénétration profonde. Mais, pour éviter que, comme en Amazonie, on ne frise la destruction de l’écosystème, le périmètre en fut encerclé de hauts grillages. L’accès se trouva réservé à quelques rares entomologistes ou herboristes qui venaient y chercher des espèces inconnues jusqu’à une profondeur de 1 km maximum. Inutile de les persuader de ne pas aller plus loin, la forêt s’en chargeait et l’interdit faisait le reste dans cette civilisation policée.
Quand Fox, arrivé à la maturité de quatre ans eut reçu, d’années en années, l’éducation et la formation appropriée, c’est à dire la plus proche possible de celle qu’avait vécu le Fox original, on décida pour ses 25 ans de le parachuter en plein milieu du problème. Il serait muni de deux jours de vivres et de boissons, d’un briquet, de quelques boîtes d’allumettes, d’une machette, d’un bon couteau, d’une pelote de ficelle et d’une boussole. Il portait un émetteur autour du cou et on pouvait, depuis le centre le plus proche, non seulement savoir précisément où il se trouvait, mais recevoir son compte rendu quotidien verbal. On lui avait laissé le soin de choisir la tenue qu’il trouvait la plus appropriée. Il opta pour une tenue en lin très serré comportant un pantalon genre saroual, un gilet aux poches multiples sur une chemise de coton épaisse et des bottes.
L’endroit fut déterminé au hasard en piquant une épingle sur une carte les yeux bandés. Un hélicoptère dut y faire trois voyages pour incendier une surface de 100 mètres carrés et la débarrasser de toute végétation résiduelle. Au quatrième voyage on y déposa Fox 2.
Quand il vit repartir l’hélicoptère, malgré la préparation et l’entraînement, il fut pris pendant quelques minutes par un sentiment d’angoisse brutale ! Mais, après tout, il avait de quoi satisfaire ses besoins immédiats et ne mourrait ni de faim, ni de soif de suite. Le but de la tentative de survie ne consistait pas à rester aussi proche que possible de l’endroit où on l’avait déposé, mais à s’astreindre, dans la direction qu’il voudrait, à parcourir au moins deux kilomètres par jour.
Pour faire son choix il décida de monter à la cime d’un des arbres proches qui s’élevait au moins à quinze mètres du sol mais se trouvait enchevêtré avec ses voisins. Cela ne permettait pas d’apprécier à quelle hauteur Fox 2 pouvait retrouver une visibilité et un horizon. Hors du cercle brûlé, la végétation était si dense qu’‘en allant simplement jusqu’au pied de l’arbre, à 12 mètres, il entra dans une pénombre lourde et humide qui était celle de toute la sylve. Il dut couper et tailler des fougères géantes alternant avec des broussailles pendant dix minutes pour se frayer un chemin. Ensuite, grimper fut assez facile. Des oiseaux et des insectes chassés la veille par l’incendie, avaient repris leurs domaines respectifs, il devait enfiler la cagoule de gaze qu’il avait prévue pour protéger son visage des piqûres. Sa montée était ralentie par l’entrelacs des lianes et plantes grimpantes autant que par la pourriture de certaines branches qui s’effondraient à son passage. Quand les branches furent trop minces pour le porter, il passa sur celles d’un arbre voisin qui montait encore plus haut. Là, enfin, en écartant les rameaux feuillus du haut qui étaient baignés de soleil il put revoir ce qu’il avait vu depuis l’hélicoptère : une immensité verte sans solution de continuité avec un monticule abrupt à l’horizon.
Il pouvait identifier quelques-uns unes des milliers d’espèces végétales qui l’entouraient mais seules l’intéressaient, au premier degré, celles dont les larges feuilles permettaient de condenser l’humidité ambiante et donc de récupérer de l’eau, plus ou moins potable, chaque matin. Il profita de sa situation pour aller, par les branches supérieures, jusqu’à un tel arbre et recueillit aisément deux litres d’eau de plus dans sa gourde de réserve. Fox repéra, aux jumelles, au loin, à environ cinq cents mètres, ce qui lui semblait des fruits à caractère alimentaire. Mais il lui fallait s’en assurer. Au lieu de redescendre et de tailler sa route à la machette il choisit d’aller aussi loin que possible par les arbres, quitte à redescendre de temps en temps de quelques mètres ou de devoir affronter le sol. N’ayant aucune raison de privilégier une direction plutôt qu’une autre, il repéra l’orientation exacte de la faille rocheuse et en fit le choix pour sa mission. Presque deux heures lui furent néanmoins nécessaire car l’arbre se trouvait en fait plus loin que prévu et ses fruits n’étaient pas comestibles. Il vit à quelques dizaine de mètres dans la bonne direction, une bande de lémuriens qui se goinfraient de petites baies noires et se décida à y goûter pour voir. C’était assez sucré, acidulé et presque bon,. Il n’en ramassa qu’une poignée pour voir l’effet que cela aurait sur lui. Le soleil était encore haut quand il eut parcouru plus de deux kilomètres et dut commencer à penser à sa nuit. Il ne craignait ni les fauves ni les serpents venimeux inexistants sur l’île à la connaissance des savants, mais personne n’avait jamais exploré l’ensemble des ressources de la forêt primaire. Ce qu’il craignait le plus étaient les maladies tropicales connues ou inconnues, apportées par les piqûres d’insectes nuisibles.
A l’aide de grosses branches vertes, provenant de son abattis, il se confectionna, près de la cime une sorte de nid coincé entre quelques branches, qu’il recouvrit de larges feuilles pour le protéger un peu en cas de pluie. Puis il redescendit au sol car il avait cru apercevoir, pas très loin, un point d’eau. Effectivement, à une centaine de mètres il trouva une grande flaque venant de l’accumulation de l’humidité dans une poche argileuse. Ce qui caractérise Madagascar, est le nombre et la diversité de la nature des roches et des terrains. On y trouve des petits affleurements miniers d’un are à peine au milieu de terrains tous différents. Là, par chance, il y avait une poche argileuse, vaguement ronde d’un diamètre de 15 mètres à peine, mais assez profonde. L’eau venait du ruissellement des feuilles, qui, se ployant sous le poids de l’eau de condensation, déchargeaient leur contenu vers le bas chaque jour. Quand la poche d’eau était pleine le niveau supérieur atteignait une couche d’humus posée sur un sol perméable et, grosso modo, cela créait un renouvellement du contenu de la grande flaque. Fox confectionna un outil avec une branche qu’il coupa en biseau et plongea aussi loin du bord que possible et jusqu’à toucher le fond. Il réussit à ramener une bonne poignée d’argile verte. Il recommença l’opération plusieurs fois et en remonta deux bons kilos à son nid. Ensuite il s’enduisit copieusement de cette argile pour se protéger mains et visage des bestioles ,puis entra dans son sac de couchage. Il n’eut aucun problème pendant la nuit et, très fatigué, dormit d’un trait. Le lendemain, avant de repartir, il alla chercher un complément à la boue de la veille et l’emporta dans un sac en plastique. Restait le difficile problème de la nourriture à résoudre. Un inconvénient : il n’avait pas vu le moindre mammifère, comestible. Un avantage : les oiseaux étaient abondants et sans méfiance. À l’aide d’un petit filet qu’il se fabriqua avec de petites lianes très solides et sa pelote de ficelle, il n’eut aucun mal à piéger les protéines nécessaires à sa survie, mais cela ne suffisait pas. Reprenant sa marche pendant quelques heures il eut faim et fit cuire les deux prises du matin, genre de perroquets assez maigres et qui se révélèrent durs à mastiquer. Il pensa, alors, en y réfléchissant, qu’il aurait dû les laisser faisander un peu ! Il ajouta une de ses rations en biscuits vitaminés et but l’eau qu’il avait recueilli la veille. A midi, il communiqua un message au centre pour dire qu’il allait bien et qu’il se dirigeait vers un monticule ressemblant à une faille rocheuse. Il ajouta qu’en une vingtaine de jours il devrait pouvoir y parvenir. Le service topographique qui suivait son évolution lui fit part de ce que cette faille n’était signalée nulle part et qu’il la ferait inscrire, sous le nom de “Faille Fox “ dans les ouvrages géographiques.
Le cinquième jour, il avait épuisé toutes ses réserves alimentaires, n’avait pour boire que l’eau recueillie dans les feuilles au petit matin et se situait au tiers du chemin vers la faille. Le sixième jour il ne mangea qu’un gros caméléon qu’il grilla sur un feu qu’il eut énormément de mal à allumer sous une pluie tropicale qui le changea en éponge. Son moral baissa de trois crans ! Le septième jour il ne put avoir pour nourriture que de ces petites baies que son organisme avait supportées au second jour. Son avance en fut ralentie et il ne put parcourir plus de 1800 mètres, au plus. Au huitième jour, épuisé et le ventre tordu par de fréquente coliques, il avança encore moins et s’écroula dans les fougères. Il découvrit ainsi des champignons très gros ressemblant à des cèpes et les mangea grillés. Sans force, il se traîna dans la nuit tombante vers un arbre dans lequel il se hissa tant bien que mal, enfila son sac de couchage et dormi d’un sommeil peuplé de rêves hallucinatoires. Au réveil il constata qu’il était perché sur un manguier couvert de fruits savoureux et fréquenté par de nombreux oiseaux. Un coup de fouet dû au sucre apporté par les fruits lui donna assez d’énergie pour établir et faire fonctionner son piège. Il passa la journée à manger, chasser et cuire les oiseaux attrapés, et remplit son sac de plusieurs kilos de mangues à différents degrés de maturité car il pouvait en tirer l’essentiel de son alimentation pour le reste du voyage. <<Au diable, les kilomètres, se dit-il, ce qui est le plus important c’est de survivre et non de marcher sans but ! >>
Il reprit sa route et parvint sans trop de difficultés mais en accumulant la fatigue jusqu’à deux jours environ de la faille. Fox avait déjà tenu plus longtemps que le meilleur, lequel n’avait résisté que neuf jours. Lui, en était à dix-neuf. Mais il reconnaissait intérieurement que le manguier, c’était une sacrée veine ! Il avait fallu qu’un engin aérien vide ses poubelles sur la forêt, vingt ans avant, pour qu’un noyau de mangue puisse devenir un fort bel arbre, c’était sans doute le seul à 100 kilomètres à la ronde. C’est le jour suivant que deux événements se produisirent. Il voyait de temps en temps au loin des lémuriens qui avaient à peu près la taille d’un gros chat mais ne pouvait s’en approcher. Ils le fuyaient au moindre mouvement. Or, ce jour là il trouva un lémurien de grande taille recouvert d’une fourrure beige et noire avec des cercles foncés autour des yeux. Ce primate était manifestement blessé avec une patte arrière cassée et devait avoir été abandonné depuis un ou deux jours car il était d’une maigreur effrayante et n’avait pas la force de s’échapper. Fox 2 pensa que l’animal avait dû attraper une branche morte qui s’était brisée et que sa chute avait causé la fracture. Néanmoins il l’attacha par la bonne patte puis il fouilla dans son sac et en sortit une belle mangue qu’il tendit à la pauvre bestiole qui s’en empara avidement et la mangea en moins d’une minute. Il lui en donna une seconde et, pendant qu’elle se nourrissait, il entreprit de réduire la fracture. L’animal s’évanouit sous la douleur. Il lui fit une attelle sur une petite branche bien droite et la plâtra avec une bande venant de sa trousse de secours. Quand le plâtre fut bien dur il lui lança un demi-litre d’eau sur la gueule pour la réveiller et obtint le résultat espéré. Très content de sa bonne action il s’éloigna pour reprendre sa route mais la bête le suivait en se balançant de branche en branche et, au soir elle vint quémander encore un fruit qu’il lui donna volontiers.
Au moment du couchage, il eut sa seconde surprise : alors qu’il ramassait des fougères pour son couchage il fut piqué, à la main droite par un énorme scorpion et en moins de dix minutes eut un terrible accès de fièvre. Il n’eut que le temps de faire hâtivement son rapport et se laissa aller au sol pour mourir. En fermant les yeux, il pensa qu’il avait tout de même tenu plus de la moitié du temps demandé.
Il comprit qu’il délirait dans un brouillard total, eut des sensations de bercement, de rafraîchissements, d’absorption de liquides et après quelques jours fut réveillé en sursaut par une vive morsure au bras gauche. Il entrevit une grosse araignée noire plus grande que sa propre main et qui était posée sur son avant bras. Cette araignée était maintenue en place par un grand bras velu. Puis il se rendormit. Le lendemain il était guéri. Le premier regard qu’il eut fut pour son bras et il y décela la trace de trois morsures qui venaient sûrement de l’araignée, le second fut pour la main droite qui n’était plus enflée mais demeurait presque violette. Fox se leva péniblement, se rendit compte que son sac était resté tout ce temps fixé sur son dos et constata qu’il se trouvait dans l’entrée d’une grotte et que le lémurien plâtré le regardait des ses grands yeux doux. Compte tenu de la taille de l’animal il avait cru qu’il s’agissait d’un adulte, mais comme il avait une de ses pattes avant dans celle d’un animal de deux mètres de haut, il comprit qu’il avait sauvé un petit et que ces “animaux ? “ Lesquels l’avaient sauvé à leur tour, d’abord en l’emmenant jusqu’à la grotte qui devait se situer dans la faille, puis, en lui prodiguant les soins qu’ils connaissaient d’expérience : ce type de morsure de scorpion ne peut être vaincu que par plusieurs morsures de l’araignée. Les venins étaient antagonistes. Fox 2 savait, d’après la littérature, que certains voyageurs avaient prétendu entendre dans les récits des gens qui demeuraient près de la forêt que des lémuriens géants existaient. Mais, en fait, cela était considéré comme une légende. Or, ces primates, dont l’humanité n‘ était qu’une des branches, existaient bel et bien et semblaient avoir sinon de l’intelligence, au moins une éthique rendant service pour service. Fox termina sa provision de mangues avec eux, et regardant son chronomètre vit que contrairement à ce qu’il avait cru, il avait passé plus de dix jours choyé et soigné par ces “cousins “. Il ne lui restait plus qu’à contacter le centre et à leur donner rendez-vous pour dans trois jours. Fox ne voyait aucune utilité à bouger d’où il était et le fit savoir. Le trente et unième jour il fit ses adieux au peuple de la forêt et se rendit au sommet de la partie rocheuse, là où l’hélicoptère vint le chercher et le ramener vers la civilisation. Il avait réussi ! Plus tard, il consacra sa vie à l’étude des lémuriens en vivant sur l’île et en amassant des informations. Sa formation ne causa aucun trouble particulier et on décida de le cloner à son tour pour le grand Voyage. ......................................................................................................................................................
Pour les trois clones restant (qui provenaient de contractuels) l’espoir était faible. De plus, l’un mourut, pour des raisons inconnues, mais comme étaient déjà morts tous les clones avant que l’on ne redécouvre l’étage moins trois : de vieillissement, sans doute ? Or il ne restait que 25 ans avant la date du premier départ. Comme il y avait une femme plus deux hommes et plus rien d’autre à espérer, la décision fut d’envoyer Clone 001 Palmer (dit Fox 2) pour le premier voyage et on commença de suite son développement. La culture des clones 001 Traoré et 001 Spring se ferait en temps et en heure. Il était évident que la femme serait envoyée vers l’un des deux survivants éventuels.

BAFESI

Dans un soleil lointain de notre galaxie qui en comporte environ quinze milliards, la civilisation des Cralangs ne comprenait qu’une planète habitée et trois lunes mortes qui avaient servi de bases de lancement quand ils explorèrent quelques systèmes solaires avec l’espoir de retrouver de la vie ailleurs. Mais tous les mondes qui les entouraient étaient bien trop secs ou trop froids ou brûlants. Les soleils les plus proches, là où un espoir aurait pu exister, étaient à des siècles lumières et hors de toute portée. Civilisation pensante et savante, ils connurent un développement constant. Leurs sciences en chimie, physique, mathématiques, astronomie allèrent beaucoup plus loin que celle des terriens. Par de puissants télescopes et des enregistreurs d’ondes ils surent qu’à moins de 12000 années lumières aucun corps céleste n’abritait la moindre trace de vie et en furent amenés à l’hypothèse qu’ils représentaient sans doute un phénomène unique. Ils admettaient que, peut-être, dans l’infini de l’univers, d’autres pouvaient, comme eux, se trouver isolés dans de quelconques lieux inaccessibles. L’idée ne les effleura jamais qu’eux-mêmes pouvaient venir d’ailleurs !
Sur Cralang, le milieu liquide était largement prédominant car le sol sec ne couvrait pas plus de 6% de la surface et était constitué d’îlots disséminés, peuplés d’insectes et d’espèces inférieures. Dans le milieu marin un million d’êtres nageant et munis d’organes de respiration adaptés constituaient le “vivant”. Parmi eux il y avait une espèce pensante active et dotée d’une forte intelligence : les Cralangs. Il y avait aussi une espèce molle inactive, se consacrant uniquement à sa propre survie et à la spéculation pure que les Cralangs adoraient : les Cephs. L’avantage des Cralangs venait de ce qu’ils étaient amphibies et capables de vivre dans l’atmosphère gazeuse de leurs îles presque aussi bien que dans l’océan. Munis d’organes articulés, de pinces, de pattes, d’antennes et de solides carapaces ils ressemblaient à un compromis entre le crabe et la langouste qui aurait mesuré deux mètres de long et un demi-mètre de diamètre. Ainsi outillés par l’évolution génétique ils purent développer une industrie aérienne en grande partie sur les îlots. Industrie qui comportait aussi bien la métallurgie, les usines chimiques, la production d’énergies diverses, que celles des engins de transports par voie maritime ou aérienne. En profondeur, dans l’océan, une autre industrie principalement minière et extractive comportait aussi des secteurs de pointe liés à l’électrolyse ou au magnétisme. Les Cralangs communiquaient par télépathie à l’air libre et par un complexe langage sémaphorique de leurs antennes quand ils étaient dans l’eau : les deux plus grosses antennes pouvaient prendre chacune 64 positions directionnelles dans l’espace et la combinaison des deux offrait bien plus de possibilités que notre système de phonèmes. De plus, tandis que les deux importants antennes donnaient l’essence du message, les petites antennes latérales faisaient, en même temps les commentaires s’y rapportant. Les Cephs n’étaient que télépathes mais capables de percevoir, en milieu aqueux, les pensées des Cralangs et se laissaient quelque fois aller à leur exprimer savoir ce qu’ils voulaient ou à les conseiller. Mais pour obtenir cette aide il y avait tout un rituel ce qui fait que l’on peut considérer les Cephs comme les prêtres ou les Dieux des Cralangs. Ce qui établissait la grande force des Cephs était qu’ils étaient dotés d’ une mémoire héréditaire donc ne ressentaient aucun besoin d’artefacts. Ils passaient le plus clair de leur existence à penser et à classer leurs souvenirs et, à eux tous, du fait que chacun savait en même temps que les autres, ils ne faisaient qu’un grand tout pensant.
La civilisation des Cralangs, quand la catastrophe fut certaine et inévitable, avait une avance considérable sur celle que nous connaissions sur terre au même temps absolu. Il est probable que s’ils n’avaient pas été détruits, dans l’explosion de leur soleil, ils auraient, un jour, dominé l’Univers entier.
Ils savaient qu’ils disposaient encore de plus d’un millier d’années, non pour se sauver, ce qui était impossible, mais pour laisser une trace de leur civilisation et de leurs espoirs religieux. Ceci en lançant, vers un soleil lointain, un grand vaisseau dans lequel ils introduisirent tout ce qu’ils savaient et étaient capables de faire. Ils y ajoutèrent aussi les mémoires, archivées sur ferrite magnétique, de l’ensemble de leurs spéculations intellectuelles.
La planète avait la taille de Mars et la population comportait environ 1,2 milliards de Cralangs et pas plus de 0,2 millions de Cephs qui, en fait n’en formaient qu’un intellectuellement. Ceux-ci d’apparence assez proche de celle qu’aurait eu une seiche de grande taille, contribuèrent à la conception du vaisseau et au calcul des paramètres de son lancement. Ils spéculaient à l’aise dans un système à six dimensions alors que les Cralangs ne percevaient que trois dimensions spatiales et une seule temporelle. Certains des Cephs étaient capables d’envisager un paradigme à onze dimensions pour résoudre des problèmes plus complexes qui se posaient rarement.
Bien que l’espoir fut nul, les Cralangs installèrent, sous la direction des Cephs, un dispositif contenant une piscine d’eau de mer recyclée en permanence dans laquelle un Ceph accepta de prendre place au moment du lancement sous réserve de certaines installations particulières : Un dispositif de régénération génétique serait activé tous les deux siècles pour le sortir de l’état dissocié durant une heure. De plus, il se déclencherait automatiquement si, accidentellement, un être dissocié était détecté. Cela maintiendrait le Ceph en état de poursuivre le voyage bien plus longtemps. Ils donnèrent leurs instructions et l’appareil fut construit et posé là où ils l’indiquèrent.
Les Cralangs n’avaient aucune idée de la façon dont ce système aurait à opérer mais ils comprirent des choses, par exemple qu’il y aurait une dissociation totale du Ceph qui le mettrait à l’état de particules élémentaires. Quand il se trouverait dans cet état, un automatisme déclencherait une reconstruction totale à partir des éléments dissociés et de l’A D N du passager, mais éliminerait, dans cette double opération, toute cellule qui ne serait pas conforme au modèle génétique d’origine. Ce qui reviendrait à remplacer tout élément usé, fatigué, abîmé ou absent ! Puis, le Ceph continuerait sa vie à raison d’une heure tous les deux siècles dans l’eau de son aquarium sans cesse épurée et renouvelée. Ce qu’aucun Cralang ni aucun Ceph ne purent exprimer c’est l’ignorance totale dans laquelle ils étaient quant aux possibilités de communications télépathiques à des distances aussi lointaines. En l’honneur du passager et des espoirs qu’emportait le vaisseau ils le nommèrent simplement “Messager” et incorporèrent cette donnée dans la mémoire de l’engin. Mais l’engin se considérait lui-même comme un composé à plus de 9 0 % de Baryum, Fer et Silicium. De ce fait, il signait tous les messages qu’il envoyait régulièrement dans l’univers du nom de BAFESI. Il ne recevait en réponses que des ondes émises par des pulsars ou quelques quasars. La communication entre le Ceph passager et ceux de la planète cessa à 950 ans du départ. Le signal de la disparition qui mit fin au monde des Cralangs fut perçue par les récepteurs de BAFESI comme un brutal grand vide.
Environ quatre cent mille ans plus tard, BAFESI, entré dans notre galaxie, fut satellisé par Pluton sans avoir la moindre possibilité de libération. L’homme, sur terre découvrait la radio...
BAFESI, était à l’écoute de tout l’univers qui l’entourait. Ses capteurs scrutaient en permanence tout signe de présence d’une planète où le Ceph aurait pu trouver des conditions de vie acceptables. Sauvant ainsi de la destruction définitive les connaissances accumulées par la civilisation des Cralangs.
Malgré l’étrangeté de l’orbite de Pluton dont il eut tôt fait de déjouer les mécanismes, il mit en surveillance permanente la Troisième planète qui se trouvait posséder toutes les qualités cherchées. Car si BAFESI n’avait aucun moyen d’échapper à l’attraction de Pluton, la seule hypothèse de réussite de sa mission résidait dans l’opération contraire : qu’un être venant de la troisième planète ait, un jour, une civilisation qui se développe assez pour venir jusqu’à lui. Les organes astronomiques dont il disposait ne permettaient pas une précision d’observation pour ce qui avait moins de 200 mètres de long. Puis vint une époque où, sur terre, la radio fut découverte et les informations affluèrent. BAFESI enregistrait absolument tout et le conservait dans la ferrite de ses mémoires qui, à l’échelle humaine, étaient infinies. Oui, BAFESI, enregistrait, mais il ne comprenait absolument rien. Aucune clef ne lui permettait de passer d’un système de langage sémaphorique, basé sur la dualité de 64 positions par antennes principales à un langage verbal humain. Conçu pour un certain nombre d’automatismes, dont celui de capter et d’enregistrer, il eut les réactions que ses concepteurs avaient prévues.
Puis, un jour Mat Ducerf, introduisit dans un dispositif de type dissociateur, un animal terrestre, (plus tard BAFESI sut que le nom était chien ). L’automatisme de BAFESI en cas de dissociation joua aussitôt et il enregistra toutes les structures génétiques puis, avec un retour temporel tout aussi programmé pour respecter l’entropie générale, il reconstitua cet être dans son dispositif approprié à l’instant même de sa dissociation en temps absolu. Mais un chien n’est pas un Ceph et, dans l’eau de mer du bassin il montra des signes négatifs concernant ses capacités respiratoires et mourut en quelques minutes. Le bras articulé qui permettait de changer la place des coraux pour que le Ceph ait une illusion de paysage modifié fut utilisé par BAFESI pour sortir l’animal de l’aquarium et le déposer au sol. Mais, il se corrompit assez vite et BAFESI dut l’évacuer par un sas. Il éclata dans le vide et ses débris, vinrent troubler la vision des capteurs. Alors BAFESI dut prendre une décision radicale, très consommatrice d’énergie et réservée aux cas les plus graves. Il remonta le temps jusqu’au moment où il se préparait à ouvrir la porte du premier sas. Puis se débarrassa du corps par incinération.
Il examina avec soin toutes les données de base qu’il avait sur cet animal et se demanda comment il avait pu arriver jusqu’à lui. Mais cela voulait dire que le jour arrivait, où un habitant de la 3° planète viendrait. Cela impliquait aussi que tout être dissocié capté par BAFESI devait en premier lieu se trouver entièrement enregistré et, en second lieu, reconstitué à partir de sa formule génétique, mais jamais dans BAFESI ! En dernier lieu il lui fallait désormais retourner l’être reconstitué là d’où il venait, ce qu’il pouvait déceler par la longueur d’onde émise.
Lorsque Mat Ducerf fit l’essai sur lui-même, il fut enregistré et renvoyé comme prévu, mais à la réception BAFESI constata que deux appareils avaient exactement la même modulation d’onde. Il renvoya sur l’appareil le plus grand et nota que ce dernier avait une orientation légèrement différente. Cela paraissait voulu et il décida que ce serait la procédure normale. Pendant toute la période qu’on nomma celle des “Coucous” il procéda de même, enregistrant les “voyageurs “ à chaque fois et les renvoyant sur le second mandala. Il eut aussi le cas où les deux appareils étaient situés à des lieux éloignés, il continua à appliquer la procédure désormais normale. Après le premier passage de Ducerf il y avait eu un incident avec la femme de celui-ci, le second mandala étant absent ou hors de service ? Il l’avait renvoyée vers le plus proche existant, au temple de Samye. Madame Ducerf, peu résistante fut complètement ahurie de ce qui lui arrivait et décéda à la suite d’un arrêt cardiaque, causé par la surprise.
Mais, pas plus que pour la réception des ondes radio, il n’eut de clef pour comprendre ce qu’il stockait. Au cours des siècles suivants il enregistra de plus en plus de signaux venant de la Terre et eut à procéder à de nombreuses reconstitutions. BAFESI, conçu par les Cephs qui connaissaient bien l’Univers à 6 dimensions, était doté d’appareils lui permettant de repérer à chaque fois l’utilisation de tout dispositif exigeant une connaissance dans ce domaine. Les Cephs, en effet, considéraient que tout ce qui concernait de près ou de loin la compréhension d’un univers à six dimensions était la preuve d’une intelligence à leur niveau. Ils en concluaient que toute réception se rapportant à des phénomènes extérieurs concernant un transfert spatial en serait un bon signal. Quand les voyages par mandalas vers la lune furent entrepris pour construire les vaisseaux, ce fut un déclencheur ! BAFESI se mit à émettre, vers la Terre et en continu, le programme de signaux mathématiques qui devrait permettre à des civilisations différentes de commencer un contact. Car quel que soit le mode de communication, il semblait que 1+1= 2 pouvait être symbolisé et se trouver compris.
Nounou, sur terre, continuait ses spéculations et ses recherches dans tous les secteurs de la pensée et poussait aussi loin que possible chacune d’elles quand le problème concernant les “Voyageurs” lui fut posé. C’est à la même date que tous les récepteurs d’ondes de la planète furent envahis d’une série de vingt minutes de signaux qui troublaient les émissions et provoquèrent beaucoup de gêne pour tous. Suivait une interruption d’un temps égal et cela recommençait. Tout ce qui se faisait ou se pensait passait par Nounou, elle eut l’information et enregistra la perturbation. Il ne lui fallut pas plus de 12 minutes pour en saisir l’idée générale : Hors de la Terre une entité douée d’intelligence cherchait un contact. La symbolique mathématique était évidente mais quelle était l’origine du message ? Nounou finit par situer la source de l’émission à la limite du système solaire. Puis, dans une recherche plus fine, faisant intervenir tous les observatoires astronomiques et leurs “grandes oreilles “, elle repéra que l’objet qui émettait se trouvait sur Pluton ou plus précisément, en orbite autour de cette planète. Comme la perturbation sur les ondes continuait et devenait une nuisance, elle fit envoyer par le plus puissant des radioémetteurs une réponse ! Celle-ci se présentait sous la forme d’une alternance entre des sections de ce qu’elle avait reçu et de la transposition en langage mathématique humain. Elle l ‘exécuta d’abord en base dix, puis dans toutes les bases de deux à cent. Immanquablement elle passa par le langage en base huit qui était celui des Cephs pour les mathématiques.
A partir de là, et en quelques jours, la communication fut établie entre BAFESI et Nounou, un langage commun trouvé, toutes les bases de données ouvertes. Il n’y eut pas mariage mais fusion. L’intelligence de Nounou devint propriété commune et réciproquement. Quand Nounou répondit : << je ne sais pas je vais demander >> cela signifiait des recherches poussées dans les bases de données de BAFESI et l’espoir d’y trouver une réponse. Il en existait effectivement une, et une très bonne...



Chapitre 8

Quelques coups de vase ? ou
“ Mieux vaut tôt que jamais ! “

PALMER

Le premier vaisseau porteur de mandala fut envoyé depuis la base lunaire comme prévu vers la planète la plus proche. Si la poussée obtenue était bien celle que l’on attendait, et si, après une année de voyage on acquérait la certitude que le but avait toutes les chances d’être atteint, on procéderait au lancement du second. Les clones des futurs voyageurs et de l’éventuelle compagne de l’un d’entre eux furent mis en développement selon le schéma correspondant. Le premier fut donc clone 002 Palmer dit : Fox 2 pour le distinguer de son prédécesseur, celui qui avait résisté à la forêt primaire de Madagascar. Mais les habitudes sont les habitudes et, en réalité, on lui attribua simplement : Fox.
Dès que la bonne nouvelle arriva, (à savoir que le vaisseau s’était posé sans encombres sur la planète et avait activé son mandala), on en déduit deux faits principaux :
Le côté technique de ce type de voyage, pour du matériel, était bien au point. La vitesse de croisière avait été un peu plus rapide que prévu (2 % ) et il fallut ajuster la trajectoire en fin de course. La précision de l’arrivée fut parfaite ce qui était un exploit, compte tenu de la distance.
Le système automatique de mise en route du mandala avait bien fonctionné car le message reçu ne devait être envoyé qu’après cette opération. La qualité de transmission de ce message était suffisante pour les besoins mais il y avait plus de 7,1 ans qu’il avait été expédié. Donc, depuis un mois, le mandala qui avait été éteint aussitôt après l’expédition du message radio et pendant plus de sept ans et 1 mois, devait se trouver prêt à recevoir Fox.
L’impatience de passer à l’action gagnait ce dernier et quand la confirmation que la mission avait été menée à bonne fin fut là, il demanda aussitôt à partir. Aucun des deux autres clones n’étaient présent. Leur tour viendrait : un peu plus de 40 ans pour clone 001 Traoré (Kog ) et un gros point d’interrogation pour clone 001 Spring (Betty ).
Sur la planète référencée comme corps 2156 de la constellation du Taureau, le vaisseau s’était posé en douceur sur un sol souple. La mise en route du mandala demanda assez peu de temps et, comme le voulait le programme, le message ne fut envoyé que deux semaines après, prouvant ainsi que rien de fâcheux ne s’était produit durant ce laps de temps. Puis le mandala fut éteint. Le vaisseau s’enfonçait d’une manière imperceptible mais inexorable dans un sol à la consistance pâteuse. Quand le mandala fut remis en route, il ne restait rien de visible, sa partie supérieure étant à deux centimètres en dessous de l’interface avec l’air. Les savants avaient tout prévu pourtant : en arrivant dans l’atmosphère de 2156 le vaisseau s’était mis en orbite et par ultra sons avait recherché un endroit favorable pour se poser horizontalement. Aucun affleurement rocheux n’existant, l’endroit le plus rigide fut choisi et il s’y posa. Mais la rhéologie particulière de la surface de cette planète n’avait pu être prise en compte. Il se serait produit un phénomène identique si, sur terre le vaisseau s’était posé sur une nappe de bitume paraissant dure, mais dans laquelle, en six ans, il aurait été submergé et profondément enfoui.
Quand Fox entra dans le mandala pour faire son voyage il n’avait aucune idée de ce qui l’attendait à l’autre bout. Il sortit, sans problème du mandala récepteur à l’intérieur du vaisseau. Puis ne voyant aucune possibilité d’ aller à l’extérieur, il visita son domaine de fond en comble pour trouver le moyen de résoudre ce problème. Mais après deux journées d’exploration de ses ressources il sut que sa situation était complètement désespérée. Les ondes radiophoniques ne pouvant traverser une telle épaisseur de corps mou qui amortissait les vibrations, il se demanda comment le mandala avait pu fonctionner en tant que récepteur ? Puis il comprit que le vaisseau affleurait la surface! Il en concluait donc, qu’il était passé quand celui-ci avait encore quelques millimètres à l’air. Ainsi, s’il avait tenté de sortir, juste à l’instant de son arrivée, ce devait encore être possible à condition qu’une porte ou des sas existent dans la bonne direction. Il eut vite fait de constater que ce n’était pas le cas et que tout était perdu à plus ou moins long terme. Il disposait de réserves de nourriture et d’eau, ainsi que d’un système de régénération de l’air. Le tout pourrait lui permettre de tenir un an au plus.
Comme il ne pouvait remédier en rien à son problème, il se décida à essayer de faire traverser une antenne qui puisse lui permettre, au moins, d’avertir la terre de sa triste situation. Il n’était pas terrible comme bricoleur, mais en se positionnant le long d’une génératrice du corps cylindrique qu’était le vaisseau, le plus haut possible, il découpa un trou bien rond. Il enleva tout ce qu’il trouva derrière jusqu’à ce qu’il ait la certitude de toucher la dernière paroi. Fox réussit, avec des bouts de tubes coulissant les uns dans les autres, d’une façon assez étanche, à créer un engin télescopique destiné à atteindre la partie aérienne. Cela sans nuire au futur du vaisseau, donc en ne laissant pas la vase entrer. N’ayant rien d’autre à faire, il prit son temps et le bidule complet lui fournit une occupation pour plus de deux mois. Il traînait un peu, car, à quoi s’occuperait-il ensuite ? Il n’était pas question de tenter de découper un passage pour qu’il rejoigne la surface ! Il serait écrasé dans cette roche liquide en quelques minutes et ne pourrait s’y déplacer, quant à faire mouvoir, ne serait-ce qu’un peu, le vaisseau, il ne disposait d’aucune source d’énergie suffisante, alors il y renonça.
Puis, n’ayant que sa vie, déjà foutue à perdre, Fox prit le risque, perça la paroi extérieure et plaqua aussitôt son assemblage de tubes pour boucher le trou créé. Il avait interposé un mastic colle à prise rapide et tout se passa très bien, le système était, pour le moment, étanche. A l’aide d’une tige et d’un vérin il déploya lentement les tubes et, partant de là obtint une longueur extérieure de deux mètres qui, pour quelques semaines encore serait à l’air. Fox essaya de l’utiliser comme antenne mais son contrôleur lui indiqua qu’elle ne fonctionnait pas. Il lui fallait évidemment attendre que la vase se ressuie et laisse le haut de son antenne nue. Compte tenu de la viscosité cela pouvait prendre des jours, des semaines, peut-être même des mois.
Chaque matin il refaisait sa mesure sans jamais se désespérer. Le message fut en état de passer après seulement 23 jours. Fox prit son temps pour bien préparer ce qu’il enverrait en phonie et ce qu’il expédierait par modulation de fréquence. Il savait qu’il serait mort depuis longtemps quand une éventuelle réponse arriverait mais il avait la satisfaction d’avoir mené son boulot jusqu’au bout. Quand, au bout de 5 mois l’antenne fut trop proche de l’ envasement il adressa un ultime adieu et souhaita aux autres clones d’avoir une meilleure chance dans leurs voyages. Des mois passèrent puis, un soir, le recyclage de l’air donna les premiers signes de manque d’oxygène, ce qui signifiait que la dernière des bouteilles était vide. Le Vaisseau atteignit le fond peu après à un niveau de moins dix mètres de la surface alors que Fox était mort depuis quelques années.

Lorsque, à la base sur terre, son premier message arriva, on était en 1214 A. A. Le voyage de Kog était prévu pour l’année 1247. On devrait lancer son clone et celui de Spring dans dix ans. En l’an 1215 le second et dernier message laissa tout le monde pantois. Encore un échec ! On ne changea pas la date, il fallait aller au bout. Pendant que clone 001 Kog finissait sa formation, clone 001 Spring était allé s’installer dans un hameau reculé pour tromper son attente en “bricolant “ dans un labo désaffecté depuis deux siècles. Les Directeurs préféraient la savoir isolée dans un endroit qui lui convenait plutôt que de risquer de voir son dynamisme perturber les gens normaux ! Ils furent ravis de lui fournir tout le matériel de recherche qu’elle demanda..

Clone 001 SPRING.

Quand elle avait atteint l’âge de six ans elle sortit de Langley pour aller vivre la vie d’une fillette normale dans une famille d’accueil et fréquenta les écoles de son âge. Spring se livra aux activités culturelles et sportives des autres et ne commença à poser de problèmes aux éducateurs qu’à sa huitième année. Copie conforme de la Betty originale, ce clone possédait le même coefficient intellectuel, un physique parfaitement identique et un caractère de surdouée qui fut rapidement la cause de troubles. L’original n’avait dans sa jeunesse subit aucun stress particulier et comme il en fut de même pour le clone, à l’âge de dix-huit ans elles étaient des copies conformes à tous points de vue. Les petites différences venaient du fait que les environnements n’étaient pas identiques. Betty avait vécu dans un cadre de la fin de l’ère chrétienne, un monde d’hyperactivité, de luttes incessantes et de vrais combats de survie pour chacun, dans tous les domaines. Clone 001 Spring vivait dans un monde de tendres dont les besoins essentiels étaient pourvus par le distributionnisme. Les guerres n’étaient que de lointains souvenirs, les différentes ethnies s’étaient brassées et la peau de tous avait la même jolie couleur beige dorée, donc plus d’exclusives raciales. Au plan religieux, la liberté était totale et les quelques croyants qui restaient, divisés en dix mille chapelles, étaient unis par le fait qu’ils croyaient, donc presque du même bord. Les athées s’en foutaient complètement et acceptaient les religions comme une sorte de passe-temps au même titre que les collections de ceci ou cela ou les spécialisations de plus en plus pointues que les plus savants choisissaient.
Quand un enfant avait une intelligence sortant de l’ordinaire on confiait son éducation à un corps de professeurs spécialisés et on lui permettait d’accéder ainsi rapidement aux diplômes qu’il méritait. C’est ainsi que, sans surprise pour les Directeurs, Clone 001 Spring put parvenir à sa majorité au grade le plus élevé possible pour un étudiant : le Doctorat Professoral. Ce qui correspond un peu à ce qu’était une agrégation du temps de son modèle. Ses spécialisations furent, de toute évidence, celles de ses aspirations profondes : la physique fondamentale et les mathématiques supérieures induites par la redécouverte du paradigme de Ducerf, c’est à dire les conséquences et implications d’un univers ou trois dimensions spatiales rencontraient trois dimensions temporelles. En théorie on pouvait résumer de façon simpliste en exposant : Chaque point de matière avait de zéro à trois dimensions temporelles, chaque instant possédait de zéro à trois coordonnées spatiales. Pour les spécialistes c’était bien plus complexe et seuls des artifices mathématiques, comme l’étude des propriétés des espaces fibrés et de leurs projections virtuelles permettaient, à quelques forts en thème de s’y retrouver.
Comme si cela n’avait pas déjà été assez compliqué, le problème des mandalas et de la réalité de leurs propriétés se heurtait de front avec l’absence de théories suffisantes pour les expliquer. Il y avait du boulot pour des gens comme Clone 001 Betty.
Mais toute médaille à son revers, et à l’égal de son modèle, notre clone avait un caractère fougueux, indiscipliné, imaginatif qui la rendait impropre au contact permanent avec le reste de la population. Dès qu’elle eut 15 ans elle demanda et obtint de disposer d’un laboratoire pour ses propres recherches, loin de toute université mais en liaison permanente avec ses professeurs par le biais de l’informatique. Quand elle avait trop travaillé, elle s’accordait une sorte de récréation en étudiant les détails de la vie de Betty Spring et, par l’Araignée put, en quelques années réunir une documentation importante. Mais elle se sentait assez différente sur bien des plans. Betty était active, certes, mais pas spécialement sportive, alors que clone 001 cultivait son corps et sa musculature avec plaisir et comme on le lui avait recommandé pour quand elle ferait le “Voyage “ vers une autre planète. Autant l’original était en rondeurs et en féminité, autant le clone était en muscles et se sentait l’égale des hommes. Betty Spring avait, de son temps, des appétits brusque de nourriture, de boissons, de relations sexuelles qu’elle se dépêchait de satisfaire aussi vite que possible pour que ce genre de besoins ne ralentissent jamais son activité.
Clone 001 Spring recevait, comme tout un chacun, sa pitance au distributeur de son logement et n’avait jamais ni soif ni faim brutale. La limitation et régulation des naissances s ‘effectuait par le biais de ces distributeurs qui incluaient dans la ration quotidienne de quoi ralentir toutes les pulsions inopportunes. Quand un individu ou un couple désirait un enfant il le demandait au centre le plus proche. Alors Nounou se chargeait de la réalisation technique in vitro ou in vivo ou par le biais des moyens naturels si les deux futurs parents étaient d’accord et quand le planning mondial l’autorisait. Ensuite, la ration quotidienne ne contenait plus aucun contraceptif ni aucun modérateur d’hormones. Ceci expliquait que Clone 001 Betty différait d’une façon notable de Betty Spring de l’an 2000 après J. C.
Le problème de l’insertion d’une individualité aussi forte que celle de la Betty actuelle fut résolu par elle-même qui se sentait étouffer sous le carcan des contraintes de politesse, d’urbanité et de la paresse ambiante. La population de la terre était rassemblée dans des zones urbaines couvrant de grandes surfaces et où les maisons individuelles étaient de rigueur. Seuls quelques jeunes célibataires ou étudiants, et quelques déviants recherchant les contacts humains permanents vivaient dans de beaux immeubles situés au coeur même de ces agglomérations. Les exploitations agricoles étaient automatisées et très peu peuplées, quelques techniciens de maintenance et des camions de livraisons devaient les visiter. Un grand nombre d’anciennes bourgades avaient disparu soit en se trouvant englobées dans une mégalopole soit abandonnées par la population. Certaines de ces petites villes oubliées avaient, au cours de l’histoire, eu leur heure de gloire et possédé facultés et services de recherches. Betty chercha et trouva un endroit de ce type qui lui convenait pour s’y isoler, travailler et épuiser son énergie en battant la campagne et les forêts avoisinantes. Après tout, au mieux, elle devrait attendre encore au moins quatre ou cinq ans avant son voyage. Le mieux était d’organiser sa vie de la façon qui lui convenait le mieux.
Elle s’installa dans une ancienne zone industrielle qui se trouvait proche de la ville de Kolwesi, laquelle fut pendant trois siècles la capitale mondiale du cuivre, et depuis, complètement abandonnée. Elle se trouvait dans une région que l’agriculture automatisée avait laissée en friche. C’était au nord du lac Kivu, que dominait le plus haut des anciens volcans de la chaîne des Virunga, le Kansimbi, prés de la frontière de ce qu’on avait nommé le Rwunda. La ville elle-même avait prospéré, pendant quelques siècles, en vivant des industries d’extraction, et au début du 21° siècle chrétien, de métallurgie. Puis, on lui avait préféré Novosibirsk, pour des facilités d’extraction mécanisée et la richesse des gisements. A l’épuisement des mines elle se dépeupla peu à peu et les bâtiments, tombés depuis longtemps en ruines, se trouvaient recouverts de végétation. Seuls avaient résisté au temps, deux blockhaus identifiés comme anciens centres de recherches en minéralogie, chimie, géologie, résistance des matériaux, pour les principales activités qui, jadis, étaient financée par les mines. En complément, pour la formation des ingénieurs, quelques salles étaient équipées pour servir de laboratoires de mécanique, physique, analyses, électricité, magnétisme, etc... Tout ce dont Betty pouvait avoir besoin.
La mégalopole la plus proche se trouvait à moins d’une heure de libellule et lui permettrait certains achats ou de prendre tous contacts utiles avec d’autres personnes. Le lieu convenait aussi aux Directeurs car la surveillance du clone en serait facilitée et les rapports avec le reste des habitants raréfiés. Ils donnèrent leur accord et se déclarèrent prêts à l’aider si le besoin s’en faisait sentir.
Le nécessaire fut fait pour qu’on lui aménage un petit appartement confortable dans un ancien groupe de bureaux dont les fenêtres donnaient directement sur la forêt, pour peu que l’on ouvre les lourds stores antiatomiques qui à son arrivée les masquaient. Le jour de son anniversaire de quinze ans, licenciée en sciences, elle attaqua des études pour son Doctorat Professoral, depuis son nouveau domicile. Un distributeur de nourriture et un médic existaient et furent remis en route, dans cette installation de base, comme dans n’importe quelle habitation sur notre planète. Pour le reste elle disposait, comme tout un chacun, de sa carte mensuelle.
Le sujet de la thèse qu’elle attaqua dès son arrivée, était désigné sous un titre pompeux car depuis que les doctorats et les thèses existent, ceux qui les donnent aux impétrants considèrent cette forme comme esthétique. Ce fut donc :
“Contribution à l’étude des propriétés rétro temporelles des dispositifs fibro spaciaux dits” mandalas” au voisinage des limites géométriques et énergétiques minimales et maximales des dits dispositifs.” .Ce baragouin signifiant : voir ce qui se passe quand on agrandit ou réduit la taille des mandalas tout en variant le courant d’alimentation utilisé.
Comme on le pense, rien de bien passionnant !Cela serait, au plus, une collation des expériences passées avec une remise en ordre des données et examen des cas extrêmes. Le groupe des Directeurs ne voulait pas qu’elle s’embarque dans quelque chose de novateur qu’elle ne quitterait qu’à regret quand le moment de son départ serait fixé. De plus, qui sait ? Peut-être que cela lui permettrait de trouver un moyen pour le retour ?
Ce qu’ils ignoraient c’est que Betty avait décidé de ne partir vers une planète inconnue, que contrainte et forcée. Elle allait endormir leur attention, préparer sa thèse comme une gentille petite fille tout en explorant la région forestière. Son intention était de s’ y promener, plusieurs fois durant quelques jours, pour les habituer au fait qu’elle vadrouillait volontiers. Puis, elle trouverait le moyen de s’évaporer dans la nature et de mener sa vie. Clone peut-être, mais pas copie, ni personne de second rang ! Elle se considérait comme Elisabeth Spring et ne voulait qu’on la regarde uniquement comme la reproduction utile d’une personne morte depuis tant d’années. Elisabeth/Betty disposait encore de beaucoup de temps et avait confiance en ses propres qualités pour parvenir à échapper au sort que les Directeurs lui avaient réservé. Mais il lui fallait un peu noyer le poisson en attendant. Alors elle attaqua son travail avec force et intensité. En moins de deux ans elle avait rédigé quelque chose de présentable mais ne laissa pas savoir que c’était fini. Par contre, elle se livra à des recherches personnelles sur une idée de base qui, un soir lui avait traversé l’esprit et valait d’être creusée :
<< Le but ultime de la population terrestre était de prendre contact avec des planètes éloignées pour initier les voyages spatiaux. Oui, mais pourquoi au juste ? Quel était le réel intérêt de visiter à grands frais des mondes si lointains ? La seule vraie réponse sous tendue résidait, en fait, dans l’espoir de rencontrer d’autres civilisations, d’autres êtres pensants, donc de savoir si, oui ou non nous étions seuls ? Et, en affinant encore, seules étaient espérées des civilisations aussi évoluées que celle de la Terre ou plus avancées encore, Car à quoi cela aurait-il pu bien servir de tomber sur des peuples découvrant tout juste le feu ? La seule réelle justification de toute l’entreprise humaine depuis plus d’un millénaire se trouvait dans l’hypothèse de rencontres avec des êtres d’un égal degré d’évolution ! En conséquence certains de ces extraterrestres qui nous intéressaient tant, avaient peut-être déjà la maîtrise des voyages spatiaux. Pour des raisons identiques aux nôtres (quel intérêt d’accélérer l’évolution d’un autre monde, pour eux arriéré ? ) ils nous connaissaient et attendaient tranquillement que nous ayons atteint le degré de maturité voulue.
Il y aurait donc eu, pendant notre histoire quelques rares visites de leurs savants pour constater la vitesse de notre évolution et nous aurions été délaissés. Pas impossible en toute logique. Maintenant, poussons plus loin, se dit Elisabeth. Si plusieurs de ces planètes existaient, elles devaient comporter des voyageurs se promenant des uns aux autres ! Par quel moyen voyageaient-ils ? L’extrapolation des théories de Ducerf montrait que notre Univers était bien l’interpénétration d’un espace tridimensionnel abélien et d’un temps tridimensionnel qui, lui ne l’était pas. Il était possible que d’autres moyens de transport aient été trouvés. Qui pouvait le dire ? Mais le plus probable était qu’ils utilisaient, comme les terriens commençaient à tenter de le faire, le système de mandalas dont ils avaient une bien meilleure maîtrise. Ils auraient donc installé des mandalas dans toutes les planètes sélectionnées entre eux par consensus mutuels ou par cooptation. Donc des mandalas récepteurs existeraient sur tous les mondes considérés comme assez civilisés. Voilà un grand pas franchi dans ma réflexion! . En effet, si j’ai raison, pourquoi attendre que l’un de nos mandalas, dans quelques années, arrive dans un monde qui pourrait se trouver inhabitable ?. Je serais bien plus avisée en essayant de créer un instrument qui puisse me permettre de déceler, avec une précision suffisante, quelles sont les caractéristiques de LEURS mandalas. Ainsi, il me suffirait d’ajuster un mandala personnel aux bonnes modulations pour me retrouver chez eux avant que les autres voyageurs ou clones n’arrivent dans leurs planètes respectives. >>
Elle décida de consacrer ses recherches à l’étude d’un tel appareil. Quand il serait aussi au point que possible, elle aurait à déménager vers un observatoire astronomique et à le coupler avec un radio télescope explorant l’Univers. Avec un peu de chance elle trouverait un point de chute ! Elle divisa son travail personnel en deux parties
D’une part la construction d’un émetteur plus précis que tous ceux qui existaient et qui serait capable de produire une émission dont la valeur de la modulation de fréquence s’exprimerait avec six décimales ou plus. Ceci ne devait présenter que des difficultés technologiques qu’elle se sentait à même de résoudre avec l’aide Nounou puis de réaliser elle-même ou aidée d’habiles artisans.
Dans une recherche parallèle elle se devait de se documenter sur les radiotélescopes et tout ce qu’ils avaient pu glaner comme informations depuis qu’ils existaient. Puis, et surtout se demander comment elle pourrait les perfectionner assez pour qu’ils puissent détecter, presque à l’infini, un mandala récepteur en attente ?
Effectivement en quelques mois elle trouva ce que devrait devenir son “émetteur de précision” et essaya de le construire. Mais ses doigts étaient trop gros pour la précision des pièces et elle n’avait aucune pratique du travail sous microscope ; alors elle dût se résoudre à en établir le schéma et à établir une demande aux Directeurs pour obtenir que des ateliers spécialisés prennent ce travail en charge. Cela demanda encore du temps mais elle obtint des prototypes, en provenance de trois usines différentes. Il n’y en avait qu’un de parfaitement réalisé et qui donnait une précision encore 100 fois plus grande que celle espérée : huit décimales au lieu de six !
Nounou consultée sur les données concernant la récolte faite par les radiotélescopes lui donna le sentiment de s’attaquer à trop gros pour une seule vie, alors, elle décida de re formuler ses questions. Ce qui se rapportait à la technologie des radiotélescopes, elle l’avait enregistré et le savait maintenant tout à fait bien. Mais rien ne l’intéressait dans tout le fatras de données concernant les réceptions de quasars ou de pulsars, explosions stellaires de diverses origines ou radiations émises par les soleils. Elle demanda donc à être simplement informée de tout ce qui n’était pas tout cela. Dans ses données propres Nounou n’avait rien à fournir comme réponse, car chaque fois que la machine donnait une liste des réceptions de type “ fatras” Elisabeth lui faisait disparaître la catégorie complète dans la recherche. Il ne restait à la fin que les données que BAFESI avait recueillies depuis son départ. Là il y avait une seule et unique réponse. Nounou en précisa les coordonnées astronomiques telles qu’elles étaient au moment ou l’engin des Cephs avait reçu ce signal et calcula très exactement où se positionnait l’émetteur à présent. Pour ne pas avoir ultérieurement à reposer la même question en recommençant toute la recherche, elle donna à cet émetteur une référence spéciale et un nom : Port Spring 0001.Ainsi lorsqu’elle serait opérationnelle elle redemanderait la position précise et pourrait y diriger son radiotélescope.
Il ne lui restait plus qu’à trouver un progrès technique qui permette d’affiner encore la précision de ces instruments et d’obtenir l’autorisation d’aller l’expérimenter à sa guise. Clone 001 Traoré était à moins de deux ans de son départ quand Elisabeth fut prête. Elle était âgée de 20 ans et 1 mois.
Il lui fallait maintenant choisir une voie : ou bien après la remise de sa thèse elle disparaissait dans la nature comme prévu et essayait de vivre dans une sorte de clandestinité ou bien, plus hardie, elle renonçait à cet ancien rêve et tentait de partir, seule et bien avant le voyage de clone 001 Kog, directement à Port Spring !
Son caractère impétueux la poussait à choisir la seconde des alternatives mais, c’était aussi une personne raisonnable. Elle pensa qu’un essai de vie hors du système distributionniste méritait d’être tenté. Quelques mois en sauvage ne pouvaient que lui apporter du grain à moudre. Si cela se révélait trop dur, elle reviendrait tout simplement mais elle aurait appris ses propres limites. Si, au contraire, elle s’en sortait alors ce serait un encouragement pour elle à franchir le pas en se rendant à Port Spring.
Dans le monde homogène où elle vivait avec des gens bien adaptés et plutôt de caractères mous, on ne connaissait pas d’exceptions. Tous parlaient une langue unique dérivant de l’anglais antique, tous étaient enregistrés dès leurs naissances et suivis tout le long de leurs vies, profitant du système de distribution et en tirant le principal de leurs besoins. Au début de l’ère AA et durant 250 ans il y avait eu quelques groupes de réfractaires qui refusèrent le système puis tentèrent de survivre en indépendants. On les laissa à leurs tentatives et, au cours des années, ils se raréfièrent puis, disparurent totalement.
Les archives de Nounou ne comportaient aucun cas de gens signalés hors de sa portée ou inconnus dans les données. Or, à la surprise d’Elisabeth, elle en avait rencontré au cours d’une de ses balades dans la forêt. Sans préméditation de sa part sa libellule se posa un jour à dix mètres d’un village de pygmées. Elle en vit les huttes mais n’ entreprit rien pour s’en approcher. Comme elle s’était assise auprès d’un arbre pour manger quelques gâteaux secs les petits hommes sortirent les uns après les autres et la regardèrent avec curiosité mais sans montrer de crainte. Elle leur fit l’offrande d’un paquet de délicieux biscuits qu’ils acceptèrent avec beaucoup de naturel. Ils utilisaient un idiome particulier mais deux d’entres eux parlaient la langue générale. Ils préféraient vivre comme leurs ancêtres et se passaient de distributeurs pour s’alimenter ou se vêtir. Elle leur promit de ne pas parler d’eux et tint parole. Chaque fois qu’elle trouvait un moment de libre ou qu’elle voulait faire une pose dans son travail, elle allait leur rendre visite avec de menus cadeaux. En échange, ils l’instruisaient sur la façon d’utiliser les ressources naturelles. Ils devinrent peu à peu de bons amis. Un jour elle leur amena en cadeau une machette d’acier qui fut très apprécié, mais la première chose dont ils se préoccupèrent fut d’en briser la poignée de bois pour la remplacer par une plus étroite et compatible avec la dimension de leurs mains. En retour ils lui donnèrent des colliers de graines.
Puis, vint le jour ou l’un des jeunes célibataires lui proposa, dans une demande tout à fait imprévue, de bien vouloir s’accoupler avec lui ! Il exposa que le principal problème qu’ils rencontraient venait de la raréfaction des pygmées. Ceci remontait à la fin de l’ère chrétienne au cours de la guerre que se livrèrent deux civilisations de même ethnie : les Utus et les Tutsis on compta beaucoup de morts parmi les belligérants et leurs familles, mais les plus touchés furent en fait les mirmidons, les petits hommes de la forêt, leur propre race. Réduits à une poignée de groupes tribaux dispersés dans la forêt, ils devaient veiller à éviter les unions consanguines et chercher de temps en temps à renouveler leurs gènes en se croisant avec les gens de tailles supérieures. D’où la curieuse demande !
Elisabeth expliqua qu’elle ne souhaitait pas encore enfanter car elle avait un grand voyage à accomplir. Elle atténua son refus en exprimant que si le jeune homme voulait bien lui indiquer la direction d’un autre groupe, même lointain, elle pouvait lui éviter bien de la fatigue en l’y emmenant avec sa libellule. Elle comprit aussi que toute tentative de sa part d’aller, dans cette région, vivre en solitaire quelques jours pour s’aguerrir, risquait de lui apporter des problèmes auxquels elle n’avait pas songé.
Elisabeth y renonça donc, mais emmena le jeune homme à six cents kilomètres, là où vivait un autre groupe de pygmées. Pour la remercier, il lui fit présent d’un paquet de “lianes éprouvettes “et lui en montra l’usage : en présence de toute plante inconnue ou douteuse il suffisait de prendre un petit morceau de cette liane séchée et de l’introduire dans la plante puis de la ressortir et d’examiner la couleur qu’elle avait prise. Si elle ressortait verte, c’était consommable, si la teinte virait au rouge ou à l’orange, il s’agissait d’un poison pour l’homme. Dans quelques rares cas, la liane pouvait ressortir bleue. C’est qu’ il s’agissait alors d’un produit à caractère de drogue qui susceptible de trouver des usages en médecine ou pour engourdir les animaux à sang chaud, mais que l’on devait éviter de manger. La première pensée d’Elisabeth fut de se dire que cela aurait pu être précieux pour visiter d’autres planètes, mais, que comme on ne pouvait rien emmener avec soi dans le mandala, il faudrait qu’elle se débrouille sans. De plus, dans son hypothèse, elle ne visiterait que des mondes civilisés. Comparativement, Clone 001 Traoré ne savait pas sur quoi il pouvait tomber et risquait de subir le malheureux sort de ce pauvre Clone 002 Palmer.

Ce fut 14 mois avant le départ de Clone 001 Traoré qu’elle fut fin prête. Sa thèse avait été rendue et soutenue avec succès. Elle vivait, depuis quelques semaines, auprès de l’observatoire de Radio astronomie du Pic du Midi. Elisabeth avait parfaitement repéré et mesuré les paramètres de sa cible ! Puis elle avait réglé son mandala de départ avec une précision maximale et laissé en différé un message pour Nounou. La machine ne le recevrait que quand elle ne serait plus qu’à cinq minutes de son “lancement “. Elle y expliquait ses idées et la méthode choisie. Quand l’instant précis de son départ fut arrivé, elle se positionna, nue, dans son mandala et enclencha le levier.
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Le CEPH Voyageur

Lorsque le Ceph eut son réveil cyclique, comme tous les deux cents ans, bien des choses étaient changées. Le vaisseau se trouvait coincé en orbite et ne pouvait s’en dégager. Il y avait eu communication et compréhension entre le système logique d’une planète et celui de son engin de transport. Le Ceph constata que les deux cerveaux électroniques échangeaient des données et chargeaient des programmes en continu. Ceci ne le dérangeait en rien, mais il avait eu une sensation bizarre à son réveil et ne pouvait pas préciser. De son aquarium il disposait de possibilités de commandes tactiles et sa première opération fut d’arrêter le cycle de ses dissociations et régénérations. Puis de concentrer son esprit vers la direction dans laquelle se trouvait cette planète. Il subit alors un choc car il venait de déceler d’autres Cephs, peu avancés certes, mais dotés de télépathie et donc capables de communiquer avec lui. Bien qu’ils fussent très peu évolués par rapport à lui-même il comprit que sa mission avait trouvé un terme ! Il pouvait, maintenant, communiquer toute la science de sa planète aux Cephs de celle-ci. Bien qu’il n’ait pas détecté de Cralangs il reçut le message retour concernant des espèces avoisinantes qui pourraient les remplacer . La seule chose qui le gênait était l’orbite de Pluton qui le mettait hors de portée de la terre pendant les neuf dixièmes de son temps. En fait le système de BAFESI l’avait déjà réveillé quatre fois sans que la conjonction planétaire ne lui permette un contact. Cette fois ci était la bonne. Mais il disposait d’une méthode pour livrer le maximum d’informations : au lieu d’ouvrir son esprit à un échange qui, dans ce cas aurait demandé plusieurs dizaines d’années, il pouvait se livrer à une opération” fragmentation et émissions “ qui aboutirait à ce que l’ensemble des données dont il disposait serait subdivisé en une centaine de milliers de fragments dont chacun serait reçu par plusieurs Cephs au même instant sur la planète. Sur le monde des Cralangs, ils avaient disposé de plus de mille années pour préparer cette technique et entraîner celui qui, parmi eux, entreprendrait le voyage. Il n’eut donc aucune hésitation sachant pourtant qu’ensuite il mourrait. Les Cephs de la planète réceptrice échangeraient entre eux les informations reçues et chacun d’entre eux, à la fin, recevrait toute l’expérience vécue par l’envoyé du monde des Cephs et des Cralangs. Il se recroquevilla dans un suprême effort de concentration et, quand il sentit le moment arrivé, il toucha le contact voulu avec son tentacule. Il ressentit comme un choc tout en ayant la certitude qu’à l’autre bout les informations étaient perçues. Pas comprises, pas assimilées, mais disponibles pour des générations de Cephs locaux. Puis il rendit à l’entropie ce qu’il devait, car toute vie est contraire à l’entropie et n’est qu’un emprunt momentané au système qui régit notre univers. Sa mort fut donc naturelle et acceptée.
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SAPIENS.

La mort du Ceph et la fin de la mission de ce dernier auraient pu terminer celle de BAFESI. Mais sa mise en réseau avec Nounou modifia bien des paramètres de base pour les deux cerveaux. Ils ne formèrent qu’une entité et s’adressèrent à Varo, dernier des directeurs ayant pris contact avec eux, pour l’informer des points suivants :

Le réseau était intelligent. Il avait fusionné avec le cerveau embarqué d’un vaisseau stellaire envoyé par une autre civilisation.
Il n’avait pas de mission autre que celle de répondre aux besoins de l’humanité, comme Nounou le faisait par le passé.
Il pouvait répondre à des questions non posées et qui auraient dû l’être.
Il avait une réponse à la question posée concernant les Clones et était prêt à la fournir.
Il avait une réponse urgente à une question non posée concernant le Clone 001 Spring.
Il demandait à Varo de lui donner une nouvelle identité plus conforme à ce qu’il était devenu.

Varo était tellement stupéfaite par l’avalanche de ces nouvelles qu’elle ne prit pas le temps de réfléchir et pensa que le règne de l’homo sapiens/ sapiens venait de se terminer pour voir l’avènement d’un Réseau Sapiens ! Elle répondit donc, à la dernière question, sans consulter les autres, tout simplement:
<< NOUNOU SAPIENS >> Ce nom fut enregistré par le réseau qui, désormais, répondrait sous les deux termes : Nounou comme par le passé et / ou SAPIENS pour les questions compliquées.
Le premier acte de Varo fut de réunir, d’urgence, une conférence avec tous les autres Sages de la planète afin qu’ils suivent l’évolution des échanges entre elle et SAPIENS. Cela ne consomma que quelques instants. Puis elle demanda quelle était la question urgente non posée et quelle était la réponse à la question qu’elle avait elle-même inscrite et pour laquelle elle n’avait reçu que la réponse :
<< Je ne sais pas, je vais demander >>
Curieusement c’est par-là que SAPIENS débuta sa réponse :
<<Le Clone 001 Traoré n’étant que la réplique des propriétés de base de l’individu décédé qu’était le fameux Kog original de la légende de Ducerf, vous ne disposerez pas de l’ensemble des qualités et surtout de l’expérience personnelle acquises par celui-ci. Je suis à même, maintenant et grâce aux données fournies par le vaisseau BAFESI, de transférer dans ce corps, et très exactement au moment de sa dissociation/ reconstitution, les données que j’ai en mémoire de l’être original à un âge voisin. Ceci a eu lieu pour chaque voyage exécuté par l’intermédiaire de BAFESI et pour tous les voyageurs ayant utilisé le système des mandalas. Les données ont été conservées à chaque fois et je suis capable de fournir celles qu’avait ce même Kog lors de son dernier passage, onze années encore plus tard. Lors de la première opération Mandala de ce Kog, elle fut exécutée alors qu’il était âgé de trente cinq ans, ce qui est très voisin de l’âge actuel du clone 001 Traoré.
Ce que les humains ignorent et que vous devez savoir maintenant, est que le système de guérison par mandala ne peut se produire sans l’assistance du vaisseau et c’est toujours ainsi qu’il a pu fonctionner depuis le début. Il y a d’autres conditions. Par exemple : Quand, après une dissociation et une reconstitution à grande distance, on tente de faire voyager un individu dans l’autre sens ! Notamment en remplaçant le mandala de départ par un autre plus grand que celui de l’arrivée. Le système BAFESI redonne la première structure enregistrée et, de ce fait n’apporte pas de guérison ni de remise en forme. La théorie de Ducerf avait des lacunes auxquelles les civilisations des Cephs et des Cralangs ont suppléé sans l’avoir expressément voulu, et ce, par le biais des mécanismes automatiques incorporés dans le vaisseau BAFESI. Ainsi, celui qui arrivera dans le Mandala récepteur, pourra être, si vous le décidez, une superposition de Kog et de son propre clone. La fusion des identités sera immédiate et ce qu’ils savent l’un de l’autre dès cette fusion opérée, fera que la mémoire de chacun s’ajoutera à celle de l’autre. Il ne devrait pas y avoir de grands troubles, sauf vraisemblablement sous forme de rêves. Son coefficient d’adaptation devrait permettre cette reconstruction sans grave problème >>.
<< Oui, je comprends, mais qu’en est-il de Clone 001 Spring ? >>
<< Dans quatre minutes le Clone 001 Spring va se transférer sur un mandala d’un monde étranger à votre civilisation et à celle des Cephs. Ceci, grâce à un dispositif qu’elle a mis au point. La confirmation de son entreprise vient de me parvenir. Je vous la communiquerai plus tard vu l’urgence. Je dispose aussi, et par les mêmes moyens, d’une copie de l’original “ Betty” à un âge qui en permettrait la reconstitution quand elle arrivera dans un monde sur lequel je ne possède que les coordonnées. En effet ni dans mes mémoires, ni dans celles de BAFESI, je ne trouve rien de plus. Me donnez-vous l’ordre de l’effectuer ? Il reste quarante-deux secondes >>.
Varo consulta d’un coup d’oeil les écrans où les autres Sages étaient à l’image. Il y eut quelques approbations de la tête, d’autres réfléchissaient encore. Varo se jeta à l’eau et répondit :
<< Faites-le ! >>
SAPIENS exécuta l’ordre aussitôt. C’est la personnalité de Betty à 20 ans, très forte, sous celle de son clone, dans le corps plus musclé de Clone 001 Spring, qui arriva sur Floric en pleine forme et prête à affronter tous les dangers de l’inconnu. Mais rien ne l’avait préparée à l’indifférence des habitants qu’elle rencontra.
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CLONE 001 BETTY SPRING

Nue comme un ver et comme c’était la règle depuis Ducerf pour le transfert, Betty arriva dans une station de réception parfaitement aménagée :
Sortant du mandala elle repéra ce qui devait être un pictogramme lui indiquant la direction à suivre : en avant. Ceci était symbolisé par une forme humaine en bleu ciel sur fond noir et au-dessus une sorte d’oeuf allongé dont le plus gros bout était tourné vers l’avant. Comme il était hautement improbable qu’un arrivant veuille retourner dans la direction du mandala ce signe était clair pour tout être pensant humanoïde. C’était, en même temps, le premier enseignement pour un voyageur étranger. Ce signe était ce qu’est pour nous une flèche directionnelle.
D’abord elle dût franchir ce qui devait être une stérilisation ou un traitement de ce genre, avec un pédiluve et des émanations de gaz et de lumières bleues. Puis, elle remarqua des armoires (vestiaires ? ) le long de deux murs, avec des serrures garnies de douze touches portant des symboles, sûrement pour un code, et qui devaient contenir les vêtements des voyageurs de retour. Ceci lui enseigna aussi que les mathématiques de ce monde semblaient exprimée en base douze. Sur le troisième mur il y avait des patères ou du moins des triangles sphériques qui en tenaient lieu, garnies de vêtements en une seule pièce. Donc, sûrement des combinaisons ou des uniformes de différentes tailles. Ils étaient de couleur jaune avec une bande rouge. Ceci devait se trouver en attente pour des étrangers. Un pictogramme représentait une forme humaine en train de se glisser dedans. Betty en choisit une adaptée à sa morphologie et l’enfila aisément. Sous les pieds, elle sentait une sur épaisseur, indiquant un rôle de semelles. Le vêtement s’ajusta à ses dimensions. La matière en était fibreuse et ne semblait pas imperméable au passage de l’air. Il n’y avait pas de fermetures à glissières mais un genre de système auto-collant magnétique.
Devant elle, se trouvait une porte de grande taille qu’elle poussa simplement. Dehors des hommes et des femmes marchaient dans une rue animée et sans véhicules. Ils étaient de toutes tailles, les adultes montraient, pour les plus nombreux, à peu près celle de Betty, mais certains autres celles de pygmées ou de joueurs de basket, variant de 1, 3 à 2, 5 mètres de haut. Betty franchit le seuil et fut ainsi la première personne de la planète Terre à arriver sur Floric, monde le plus important et capitale des 79 planètes habitées par des “humanoïdes aboutis” de notre univers.
Juste à côté de la sortie qu’elle venait d’emprunter, elle suivit un signe directionnel qui lui fit prendre sur la droite, pour une courte marche d’une vingtaine de pas. Puis un signe lui intimait d’entrer dans ce qui aurait pu être une cabine téléphonique, si ce n’était l’absence totale de cadran ou de numéroteur et que le combiné était remplacé par un fil unique au bout duquel pendait une “ paire d’écouteurs ? “. Les gens de la rue jetaient un coup d’oeil indifférent sur la combinaison qu’elle portait,, savaient qu’elle venait de débarquer, n’en semblait pas étonnés et poursuivaient leurs balades. Nul ne lui adressa la parole, pourtant elle avait pu noter que certains avaient des conversations dans une langue totalement inconnue d’elle et qu’ils gesticulaient volontiers en s’exprimant. En dehors du fait que les vêtements combinaisons semblaient un modèle pour tous, ils différaient néanmoins par la couleur, les motifs et décors divers incrustés dessus et qui pouvaient avoir ou non des significations.
Elle entra dans la cabine, se posa sur une sorte de fauteuil bien rembourré et coiffa le casque. Elle se demandait ce qu’elle allait entendre et ce qu’elle pourrait bien comprendre de ce qui lui serait dit dans une langue ignorée d’elle. Mais il n’y eut aucun autre son qu’un léger bourdonnement. Puis elle sentit comme une grande lassitude, se laissa aller en arrière et s’endormit en observant au mur, ce qui devait être une machine à compter le temps. C’était un genre de montre avec trois aiguilles qui tournaient en sens inverse des nôtres sur un cadran gradué en 16 positions. Elle avait noté, machinalement, la position en mettant le casque, à son réveil elle comprit que son sommeil avait duré plus de la moitié d’un de leur cycle. Elle éprouvait une grande faim.
Sortant de la cabine, elle demanda au premier passant venu où elle pourrait avoir de la nourriture et il lui montra, de son bras tendu, un porche à une centaine de mètres. Elle se rendit alors compte qu’elle s’était exprimée dans la langue du coin et qu’on lui avait répondu de même. Ce n’était pas un téléphone mais un système sophistiqué de formation de base pour les étrangers à leur première visite ! Betty pensa que ce qu’elle-même savait avait dû se trouver enregistré ?
Marchant vers le porche indiqué elle se rendit également compte de ce qu’elle n’était plus identique à elle-même depuis son départ. Elle était à la fois elle-même et la Betty Spring d’origine. Elle en fut surprise et contente et attribua provisoirement ce fait à son passage dans le mandala. Elle y repenserait plus tard, se dit-elle. Betty pénétra dans ce qui ressemblait à une sorte de self-service et se mit dans la courte file d’attente, elle décida de prendre ce que choisissait la femme qui la précédait. Au bout, pas de caisse, mais une grande salle avec des tables individuelles. Elle trouva une place libre, au hasard, et goûta ce qu’elle avait déposé sur son plateau carré. Cela n’avait que peu de parfum et semblait assez bourratif. Elle s’en empiffra copieusement en accompagnant à l’aide de la boisson rose sortant du robinet de chaque table. C’était frais, un peu acidulé et agréable.
Elle avait observé que la plus grande partie des consommateurs se dirigeaient après leur repas et avant de repartir, vers une salle différente et pensa que ce devait être une pièce qui tenait lieu de toilettes. Elle s’y rendit à son tour, vit le pictogramme de l’endroit destiné aux personnes de sexe féminin (silhouette de profil avec poitrine en avant ) et y entra, choisit une cabine libre et y trouva toutes les commodités désirées. En quittant ces lieux, elle s’observa dans un miroir, rectifia sa coiffure et sortit dans la rue en se demandant par quoi elle allait commencer ? Vaine question ! Deux personnages de hautes tailles,( en combinaison d’un ton vert foncé comportant des incrustations de métal brillant), l’attendaient et lui demandèrent poliment mais avec la fermeté qui, dans tous les mondes, caractérise les forces de l’ordre, de bien vouloir les accompagner.
Ils marchèrent pendant une dizaine de minutes, s’éloignant des rues les plus passantes et arrivèrent sur une voie où circulaient quelques véhicules dans le plus parfait silence.
Ils la prièrent de monter dans l’un d’eux, de teinte semblable à celle de leur uniforme et ne dirent pas un mot de plus jusqu’à l’arrivée. Cela ressemblait à une voiture magnétique pouvant contenir six à huit personnes.
La grande tour devant laquelle ils s’arrêtèrent devait être le plus haut bâtiment de la ville et culminait à au moins trois cents mètres. Il semblait construit en alternance, de plaques de plastiques, opaques et transparents. Des cordes colorées de différentes couleurs pendaient au bout de perches placées tout en haut. Ceci devait remplacer pour eux, nos drapeaux. Ils pénétrèrent dans un immense hall plein de monde et allèrent droit vers un “ ascenseur ? “. En fait, ils entrèrent dans une pièce ronde, l’un des accompagnateurs appuya sur un bouton dans le mur, et quasi instantanément ils se retrouvèrent au dernier étage en sortant de là. Ils débouchèrent dans une grande salle qui aurait pu aussi bien servir de théâtre que de tribunal car elle était pleine de monde. Sur ce qui ressemblait à une scène se trouvaient, assis autour d’une immense table ovale, un grand nombre de personnes habillées de combinaisons oranges. Il y avait un seul fauteuil libre vers lequel elle fut conduite. On lui demanda de prendre place et les “gardes ? “ se retirèrent dans l’ombre.
La femme qui semblait présider se tourna vers elle pour démarrer un entretien qui était diffusé à tous les spectateurs présents et sûrement retransmis bien plus loin encore.
<< Au nom de la fédération universelle des Humabs, humanoïdes aboutis, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue parmi nous. Nous représentons les 79 planètes habitées par des humains arrivés à un degré suffisant de civilisation dans cette galaxie et sommes heureux d’accueillir, avec vous, un 80 ème membre. Votre planète nous est connue et se trouve surveillée depuis dix mille de vos années. Nous n’attentions votre aboutissement que dans quelques siècles et avons été surpris de votre arrivée si précoce. Nous en sommes heureux malgré tout et espérons que votre voyage sera un enchantement. Les codes des portes interplanétaires vous seront officiellement remis au cours d’une cérémonie qui aura lieu dans 5 cycles diurnes. Ainsi et désormais, vous et les gens de votre planète, pourrez visiter tous les mondes de la Fédération. Vous aurez accès aussi à quelques-unes des planètes dont la civilisation n’est pas encore parvenue à l’aboutissement mais qui sont prometteuses. . Un guide officiel peut vous être affecté pour votre séjour parmi nous. Nous vous réservons, selon notre protocole, un logement dans votre ambassade, ici, dans ce palais qui est territoire commun à toutes les planètes. Vous habiterez à l’étage qui se trouve deux niveaux plus bas que celui où nous sommes. C’est moi qui assure la Présidence de notre Fédération. Mon nom, pour vous, sera celui de ma fonction : Présidente. L’année prochaine je vous dirais le nom sous lequel vous me connaîtrez et vous ferez de même. Car une des coutumes dans nos planètes est d’avoir un nom pour chaque interlocuteur et selon tout un code de degré d’intimité et de confiance. Respectant ce code nous vous nommerons Terrienne, du nom de votre planète.
Je ne vous cacherai pas la grande curiosité que, nous tous, avons d’entrer dans les détails du savoir que vous avez acquis sur votre Terre et que nous souhaitons interconnecter au plus tôt nos réseaux informatiques avec le vôtre. Mais notre curiosité va se porter en premier lieu sur les résultats de l’analyse que nous avons réalisée à propos de votre personnalité au cours de votre formation primaire dans la cabine que vous avez utilisée en arrivant. En effet, nous avons remarqué que vous étiez duale et non unique ! ,De plus un important décalage temporel entre vos deux personnalités nous pose un énorme problème de compréhension. Nous serions heureux de savoir ce qu’il en est ? Pouvez-vous répondre ou bien préférez vous différer ? Désirez-vous consulter les autorités de votre planète avant de donner une suite à notre curiosité ? >>
Betty, avec le culot de ses vingt ans et la confiance qu’elle éprouvait à propos de ses propres facultés intellectuelles, se leva et répondit, d’une voix claire en détachant bien ses mots :
<< Je suis très heureuse de me trouver parmi vous et vous remercie de bien vouloir envisager de recevoir ma planète, la Terre, dans votre groupe. Mais je ne suis pas mandatée pour prendre une ambassade par moi-même. D’autres viendront pour cela. Par contre, à titre privé et, en attendant, je serais heureuse de pouvoir visiter quelques-uns de vos mondes et aussi plusieurs de ceux en cours d’évolution. Je veux bien que vous me nommiez Terrienne, mais chez nous, nous ne disposons que d’un nom officiel de référence composé de lettres et de chiffres. Pourtant, dès que nous intégrons dans un groupe, nous sommes désignés par un surnom très court. Pour mes relations d’amitié ou de travail, mon nom, est Betty et je serais heureuse que vous soyez amenés à vous en servir.
Je dois, pour répondre à votre question concernant ma dualité, consulter les autorités de ma planète ! . Mais, compte tenu de l’énorme distance qui nous sépare, il faudrait que mon message soit apporté par l’un de vos messagers utilisant le système des Mandalas. Ainsi le temps de transmission serait recalé sur le temps du départ et dès que vous aurez donné à notre ordinateur central le texte que je vous ferais apprendre par coeur, la machine vous donnera des réponses. Il ne restera à votre émissaire qu’à revenir pour vous les apporter. Je lui expliquerai comment, chez nous, on se connecte, et lui donnerai mon identification. Je ne peux vous proposer mieux pour l’instant. Toutefois, ayant rencontré, moi-même, beaucoup de difficultés pour trouver votre “ porte “, je serais curieuse de savoir quelle est celle que vous utilisez lorsque vous nous visitiez ? >>
<< Le processus que vous nous proposez est acceptable et nous allons le rendre concret. Accepteriez-vous d’accompagner notre envoyé chez vous ou bien préférez-vous rester un peu parmi nous et comprendre mieux ce que nous sommes ? Pour satisfaire votre bien légitime curiosité, je dirais que le mandala que nous utilisons sur Terre actuellement est celui du temple de Samye, au Tibet. Il y en a eu de plus anciens dans votre Mésopotamie, des Ziggourats, mais le temps a fait son oeuvre et ils ont disparu. Celui dont je vous parle est, bien sûr, dissimulé dans l’architecture du temple. Mais votre entrée dans notre fédération va permettre d’ouvrir une autre porte, bien en vue, dans l’une de vos capitales. Nous n’aurons plus à venir en nous cachant et je m’en réjouis ! >>
<< Je préfère, en effet, faire un peu de tourisme et donner tous les éléments nécessaires à votre envoyé. Je dois aussi vous signaler que je ne suis pas la seule à voyager et que d’autres personnes de notre planète se lancent dans une exploration au hasard de planètes dont nous ne savons pas grand chose en prenant des risques considérables. A cet égard le réseau de mandalas que vous nous avez aimablement proposé sera le bienvenu. De mon côté, si l’un de nos explorateurs trouve quelque chose d’intéressant je vous donnerai les coordonnées du mandala de sa réception. Je pense que la gravité de votre planète est un peu supérieure à celle de la mienne car j’éprouve une certaine fatigue que rien d’autre ne peut expliquer. Aussi vous demanderais-je de bien vouloir, aussi tôt que possible, me faire accompagner vers l’appartement que vous’avez choisi pou moi. Je vous en remercie. Je pense que quelques cycles solaires sont nécessaires pour une bonne adaptation et je crois que je serais prête pour la cérémonie officielle de remise des codes de vos “portes “. >>
<< Je reconnais que nous avons un peu précipité le mouvement, mais cela fait plus de 5000 ans que nous n’avons pas eu le plaisir de recevoir de nouveaux partenaires. Tous les ambassadeurs, ainsi que moi-même, ont voulu vous accueillir aussitôt. J’aurais dû me renseigner sur le passé et aurais sûrement constaté que tout nouvel arrivant avait à faire face à trop de nouveautés et trop de fatigue pour qu’on le questionne le premier jour. Au nom de tous je vous présente mes excuses et lève la séance. Je demande que des gardes vous accompagnent chez vous. >>
Un garde amena Betty dans une luxueuse suite attenante à une série de pièces destinée à l’organisation d’une ambassade. Ne connaissant pas la taille des gens qui viendraient un jour s’y établir, tout était très grand, selon le principe de qui peut le plus peut le moins. Le lit carré dans lequel elle s’affala avec délice mesurait trois mètres environ. Le matelas semblait fabriqué dans un nuage enveloppé d’un linon, il épousait la forme du corps du ou des dormeurs. Pas de draps ni de couvertures mais un système isotherme adaptable aux besoins était prêt pour tous réglages. Betty tâtonna un peu avant de trouver un bon équilibre.
Une pièce voisine semblait réservée aux ablutions. Pas de baignoires ni de douches mais pédiluve, émission de gaz et lumières bleues comme en sortant du mandala. Pour les besoins naturels quelque chose qui ressemblait à un “turc “ mais avec jets de lavage et séchage automatique. Il faudrait s’y habituer !.
Dans ce qui servait d’endroit pour se nourrir, des portes murales dissimulaient des armoires pleines de nourriture congelée, des plats, des instruments de cuisine et de nombreux appareils électro ménagers dont l’un était manifestement un four à micro-onde. Pour se le prouver, et aussi pour ne pas entamer sa nuit, en ayant faim, elle se fit réchauffer un plat et le mangea. Betty n’aurait pas pu dire de quoi il s’agissait, mais, ce qui était clair est que la gastronomie deviendrait un apport important de la civilisation terrienne à la Fédération...



Chapitre 9

Une porte doit être ouverte
Ou fermée. Un esprit aussi.

EMISSAIRE.


Emissaire ne faisait pas partie des spécialistes observant régulièrement la planète Terre mais, vieille baderne, avait visité bien des mondes et savait s’adapter. Ses prédécesseurs avaient laissé des informations et des documents en grande quantité et il avait eu le temps d’apprendre la langue locale avant son départ. Cette charmante Betty l’avait aidé à assimiler bien des détails et il n’entreprit le voyage que lorsque ses objectifs furent atteints :
Connaître par coeur les procédures de consultations de Nounou, posséder à fond le langage véhiculaire des terriens et recenser tout ce que les voyageurs précédents avaient appris à leur contact à propos de leur histoire, leur science, leur éthique, leurs moeurs, et autres. Sur Floric le premier vrai contact avec un nouveau partenaire valait bien une préparation sérieuse. Emissaire se donna le temps de s’ adonner à ce travail en apprenant tout le nécessaire et un peu de données superflues.
Betty n’avait pas pu lui préciser où il trouverait le premier terminal de Nounou, mais il savait qu’il y en existait partout et, en particulier dans chaque domicile. Donc, aussitôt arrivé, il ferait parvenir le message que Betty lui avait fait apprendre, mémoriserait les réponses et ne se livrerait au tourisme qu’ensuite.
La formation, que Betty avait complétée, fut réalisée entre les voyages que celle-ci entreprenait vers les mondes de la fédération, par périodes de quelques jours à chaque fois. Emissaire ne put donc se présenter au mandala de départ que 15 mois terrestres après l’arrivée de Betty sur Floric (ou Port Spring 0001, comme elle disait pour désigner la “porte “ )

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De son côté, Betty avait fait un peu traîner les choses. Elle ne voulait rien engager avant que Clone 001 Traoré ne soit arrivé dans son mandala ! Ce n’était pas par ce qu’elle avait trouvé un moyen de se balader en utilisant les portes des autres qu’elle devait risquer de compromettre la mission normale. Celle choisie par les Sages de la Terre consistant à construire d’autres portes et à les expédier au loin. De plus, elle avait formé, dans sa tête, l’idée amusante de se propulser ,par mandala, vers la planète d’arrivée de Clone 001 Traoré, (si celle-ci possédait une porte répertoriée sur Floric) ! Son souhait était de le surprendre par sa visite et de lui apporter son aide si nécessaire, accentuant ainsi, une sorte de pied de nez aux Sages !. Donc Emissaire arriva sur Terre quand tout fut prêt pour lui et dans la semaine suivant celle du départ de Clone 001 Traoré.
A quelques jours près, c’était difficile de le calculer avec précision, Betty arriva sur la planète sauvage 157 de la constellation de la vierge, où une porte existait effectivement. Mais son mandala de réception se trouvait à trois jours de marche de l’endroit prévu pour le débarquement de celui de Kog. . A son arrivée elle remarqua qu’en plus des combinaisons standard de la Fédération, il y avait des outres pendues en attente d’être remplies au distributeur installé. Une note, en langage véhiculaire commun, assorti de pictogrammes, indiquait que la planète n’offrait pas de ressources naturelles pour se désaltérer et que tout voyageur devait emmener, avec lui, une quantité d’eau suffisante pour sa promenade. Il était déconseillé de s’éloigner à plus de huit jours de marche. Ce monde ne comportant pas d’espèces intelligentes décelées ni de géographie particulière qui aurait pu inciter un voyageur à l’explorer mais manquait d’eau. Le gros de cette exploration avait déjà été accompli par quelques visiteurs précédents et les archives consultables confortablement sur console dans n’importe lequel des mondes de la Fédération. Bref, rien d’encourageant !Elle approvionna donc une quantité d’eau largement calculée et des rations alimentaires pour la soutenir tandis qu’elle essaierait d’aller jusqu’au vaisseau.
Avec la chance des innocents, elle croisa une piste montrant une large trace d’ancien brûlis dès le second jour. Manifestement, en se posant, un vaisseau avait fait griller la végétation et laissé une zone noire au milieu d’une très courte végétation clairsemée. Malgré les années, rien n’avait repoussé, tout était extrêmement sec, comme aux abords du Sahara, là où le Sahel fait place au désert. Elle arriva au vaisseau terrien la veille du jour où Kog devait s’y retrouver, du moins si son estimation était valable. Le mandala se trouvait bien en place, la porte pivotante l’avait positionné à l’extérieur, et prêt à recevoir un voyageur. Elle ouvrit, avec le code, le sas du vaisseau et décida de s’y installer. Crevée par cette longue marche elle alla vite se répandre sur l’une des couchettes et dormit sans rêves.

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.Emissaire, sortant du temple de Samye, fut impressionné par l’altitude des montagnes à l’entour. Il avait revêtu la robe de bure trouvée à son arrivée sans se rendre compte que ce vêtement était celui que portent les plus hauts dignitaires, selon la religion en pratique dans ce lieu. Toutes les personnes rencontrées baissaient les yeux à son passage, s’inclinaient où se prosternaient à son approche. Il lui fallut user de patience pour atteindre une porte donnant sur le village. Emissaire venait d’un monde où les habitants ont une taille courante de deux mètres de haut et un poids de 160 kilos. Pour des terriens de base, son allure rappelait celle des anciens lutteurs japonais, les Sumos. Pour des religieux de la culture du tantrisme, il était beaux et ressemblait à un Bouddha !
Au village, son passage ouvrait la foule qui se refermait derrière lui en murmurant admirativement. Il cherchait un point d’où il pourrait contacter Nounou. Le moindre terminal aurait été suffisant mais où en trouver un dans cette population de miséreux vivant apparemment comme vivaient leurs plus lointains ancêtres ? Il attrapa par le bras un passant agenouillé, le releva et lui posa la question. L’autre eut l’air stupéfait de la demande, puis prenant sa décision, lui répondit qu’il y en avait un chez lui. Il pria Emissaire de bien vouloir entrer dans sa modeste demeure. Cinq minutes plus tard Emissaire entra en contact avec Nounou sous les coordonnées de Clone 001 Spring.
Nounou savait de façon certaine où se trouvait le corps de Betty, 15 mois auparavant et n’ayant pas décelé son retour hautement improbable, se servit de la caméra vidéo du terminal émetteur pour voir qui s’adressait à elle. Elle posa, en phonie, les questions habituelles et prévues par Betty << Qui êtes-vous, d’où venez-vous ? Que voulez-vous ? Pourquoi utilisez-vous le code d’accès de Clone 001 Spring ? Comment l’avez-vous obtenu ? >>
Emissaire et Nounou / SAPIENS eurent une conversation de trois heures échangeant questions et réponses et, après ce temps, se séparèrent provisoirement. Emissaire revint au Temple et se dirigea vers la salle par laquelle il était arrivé. Là, comme il venait de l’apprendre, dans une petite pièce voisine se trouvait un terminal à partir duquel ils auraient à converser de nouveau. Au prétexte que Emissaire devait éprouver de la fatigue, mais pour la vraie raison que SAPIENS voulait faire part aux sages de tout ce qu’il venait d’apprendre, la suite de leurs entretiens fut remise au lendemain matin.
De tout cela Emissaire retenait deux choses explosives :
Les terriens utilisaient le système des mandalas mais ne le comprenaient pas à fond, donc n’étaient pas une civilisation aboutie. A ce titre, ils devaient rester où ils en étaient en attendant leur aboutissement parfait.
Les terriens avaient hérité de la science de toute une civilisation non humanoïde maintenant disparue mais ils disposaient, dans les données reçues par hasard, de plus de puissance que n’en avaient les 79 autres planètes de la Fédération. A ce titre la Fédération avait certainement plus d’intérêt à changer ses règles d’admission que de s’y maintenir en rejetant la Terre qui aurait alors représenté un danger potentiel.
SAPIENS analysait les informations tirées de cet Emissaire et parvenait à des conclusions provisoires et aux questions à préciser :
Betty était arrivée à bon port et avait fait gagner quelques mois à la Terre.
Les appareils qu’elle avait mis au point fonctionnaient.
Les terriens n’étaient pas seuls dans l’Univers.
Le système des mandalas de la fédération différait de celui que les terriens expérimentaient. Il faudrait savoir en quoi ? Y avait-il chez eux quelque chose jouant le rôle que BAFESI avait eu (et continuait à avoir) en tant que SAPIENS ?
La Fédération ne concernant que les humanoïdes, quelles étaient les autres intelligences dans l’univers qu’ils avaient pu rencontrer ? Et quels rapports entretenaient-ils avec eux ?
Emissaire ne savait rien du monde des Cephs et des Cralangs mais souhaitait procéder à un échange de toutes les données stockées par les terriens et en particulier celles de BAFESI. Pourquoi ? Existerait-il une race ennemie à la Fédération ?
En annexe et à voir ensuite :
Kog se retrouverait sur un monde sauvage et sans humanoïdes. SAPIENS devait-il tenter de lui faire parvenir des compagnons ou des successeurs par le mandala ? Qui ?
Betty ramènerait des informations car le voyage “retour” vers la terre était assuré par le Temple de Samye. Mais les gens de la Fédération utilisaient cette porte depuis l’antiquité et étaient restés discrets. Qu’en serait-il maintenant ? Devait-on envisager de faire face à une invasion de touristes ?
Varo
Le compte-rendu complet de l’entretien et les réflexions de SAPIENS, s’étalaient sur les écrans des Directeurs et suscitaient bien des réflexions. La question principale étant : Doit-on continuer à tout dire à Emissaire ou doit-on demander à SAPIENS de cesser ses échanges ? Quels étaient les risques et les avantages de faire partie de cette Fédération de Planètes ? Après tout, sur Terre cela marchait plutôt bien, non ?
Ce fut Varo qui résuma le mieux la situation :
<< Nous voulions savoir si nous étions seuls et maintenant que nous le savons nous avons peur d’entrer dans un groupement plus vaste que le notre. Nous réalisons que nous n’avons pas les moyens de mettre en balance les avantages et les inconvénients. Nous ne savons rien ni des uns ni des autres. Toutes les supputations seront donc stériles tant que nous n’en apprendrons pas plus. La seule source d’information dont nous disposons est Emissaire. C’est peu. Nous devons faire revenir Betty ( et Kog si possible) avant de prendre une décision, mais aussi leur laisser le temps de récolter les informations les plus utiles. Je propose donc la démarche suivante :
Répondre aux questions de Emissaire et le laisser interroger SAPIENS sur tout ce qu’il veut. Ses questions nous donnerons des indications. Etant donné que ce qu’il aura appris, il devra le mémoriser avant son retour, il y a une limite technique à ce qu’il peut retenir. Betty est maintenant occupée à visiter les mondes de la Fédération depuis 16 mois. Elle possède certainement bien des informations qui nous seraient précieuses. Nous devons donc demander à Emissaire d’ abbréger son séjour chez nous, de retourner sur Floric et de transmettre notre ordre à Betty : Elle doit, toutes affaires cessantes, revenir sur Terre avec lui. Contre ce service il pourra communiquer librement avec SAPIENS, sauf pour ce qui concerne notre technique des mandalas. Selon ce que seront les informations de Betty, nous déciderons si oui ou non nous entrons dans la Fédération. Si oui, tout sera parfait pour Emissaire. Si la réponse est non, nous détruirons leur porte au temple de Samye, nous renverrons Emissaire chez lui par le biais du système mis au point par Betty. Emissaire, à son retour, sera la copie conforme de celui de l’arrivée. Il aura tout oublié de son séjour chez nous ! Que ceux qui sont d’accord avec moi le disent, j’aimerais bien que la réponse soit unanime ! >>
SAPIENS, qui enregistrait tout, savait qu’elle le serait ! Comment faire autrement ?
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Clone 001 Traoré

Contrairement à Clone 001 Spring, Clone 001 Traoré ne fut pas lancé dans l’existence normale d’un jeune enfant. Il fut un produit de laboratoire pendant six ans, puis le résultat d’une éducation spécifique qui combinait la formation standard avec l’étude poussée de l’histoire de Kémémani Traoré depuis son enfance jusqu’à l’affaire des coucous. De vingt à trente ans, cinq ans avant la date prévue pour son voyage vers le mandala qui l’attendait dans la constellation de la Vierge, il fut isolé avec un groupe de six autres clones. Ceci, dans une formation para militaire inspirée de celle que recevaient les “Marines “ américains, à l’époque de Mat Ducerf.
Le plus difficile avait été de trouver des moniteurs et des professeurs. En effet, si les données existaient dans les archives de Langley ou celles de l’armée, plus personne n’était capable de montrer assez d’énergie, de rigueur ou de dureté, pour transmettre ce type de formation. C’était heureux, dans un sens. Cela prouvait qu’il n’existait plus de personnages assez méchants, assez bornés, assez idiots pour faire entrer, à force de brimades et de punitions, les notions de combativité, obéissance aveugle, sacrifice, oubli de soi-même, qui étaient le but de ce genre de formation. Personne, non plus, pour créer des réflexes conditionnés que l’on n’aurait jamais oser inculquer à un animal.
Ces cadres n’existant pas, il avait fallu les remplacer par des machines. Ce furent des terminaux en forme de robots hauts de 2,5 mètres, mobiles et agressifs qui furent programmés pour tenir le rôle des anciens sergents. Lestes et rapides, ils étaient capables d’ attraper un des stagiaires et de lui infliger des douleurs physiques diverses en écrasant ses poignets, en l’électrocutant, en le brûlant, par exemple. Ils furent craints et haïs comme de vrais instructeurs. En plus de l’entraînement sur place, les stagiaires avaient, chaque année, à effectuer des missions dans les jungles les plus reculées, les déserts les plus arides ou les zones polaires. Aventures qui les poussaient à la limite de leurs forces et finissaient souvent à l’hôpital de leur caserne. Les ennemis n’existant pas, il leur fallut combattre des incendies de forêts, des inondations ou se rendre précipitamment là où des catastrophes étaient encours : tremblements de terre, éruptions volcaniques, tornades et typhons. Ces missions étaient réalisées hors de la présence des robots mais, ils avaient à en rendre compte à leur retour et craignaient le pire. La dernière année ils durent, sur un voilier, entreprendre le tour du monde sans aucune escale.
En fait, tout était fait pour qu’un seul survive : Clone 001 Traoré . Dans un scénario soigneusement organisé, des sept du départ, après cinq années d’épreuves il n’en restait que quatre, et comme par hasard c’était toujours les meilleurs copains de Clone 001 Traoré qui disparaissaient ! Plus tard, pour la croisière finale, ils partirent à trois sur un bateau à quille large, de dix mètres de long gréé en jonque, ne portant pas trop de toiles et ayant plus l’allure d’un pêcheur que d’un navire au long cours. Ils n’en revinrent que deux, épuisés et blessés dans les coups de tempêtes des quarantièmes rugissants.
Selon la programmation originale, à la fin, le dernier compagnon de Clone 001 Traoré ne revint pas de l’hôpital. Dès le lancement de l’opération il fut décidé que 6 parmi les clones puisés dans la réserve de Langley disparaîtraient. Les robots instructeurs, simples terminaux n’avaient pas d’état d’âme à ce sujet. Le scénario de leurs morts, quant à lui, était humain. A ceci près que celui qui l’avait écrit pensait rédiger le texte d’un roman d’aventures- sujet d’une thèse d’histoire- se rapportant aux moeurs de la fin du 20° siècle chrétien !
La pression psychologique et physique ne se relâchait que pour de brèves périodes de un ou deux jours pendant lesquelles, sans sortir de l’école, ils pouvaient s’enivrer, dormir ou forniquer avec des femmes volontaires qui recherchaient, de leur côté, des émotions fortes. Lorsque la formation fut achevée, restait à faire suivre au clone un programme de réadaptation à la vie normale et à l’instruire pour en faire un navigateur spatial. Ce ne fut pas le plus aisé !
Comment introduire un véritable soudard dans un monde policé de gens fatigués du matin au soir et se complaisant dans de petits travaux de paperasserie ou de recherches, à raisons de quelques heure par jour ? Nounou avait prédit des catastrophes si on essayait seulement ! Pourtant il fallait bien que cette préparation ait lieu ! Les cinq années qui restaient ne seraient pas de trop pour un bon résultat. La solution fut trouvée en faisant vivre à l’impétrant une vie virtuelle onirique. Sa tête fut enfermée dans un casque inviolable quand il était éveillé, et qui faisait penser à celui de la légende du masque de fer. Seule l’ouverture de la bouche permettait la prise d’aliments et de boissons. Pendant la phase hypnotique de son sommeil, le masque lui était ôté et on le lavait, lui coupait les cheveux et le rasait si nécessaire.
A la fin de sa formation on remplaça progressivement le virtuel par du réel et en dernière année, il fut fin prêt et capable de vivre jusqu’à son départ avec le reste de la population. Il était parfaitement conscient qu’il avait subi une préparation spéciale pour son voyage. Il se rendait parfaitement compte de ce qu’il n’était pas comme les autres. Il acceptait, que cela ait été très dur et injuste, mais que tout ceci avait été rendu indispensable par le malheureux sort de Clone 002 Fox. Il l’acceptait et se sentait prêt à affronter le pire.
C’est dans cet état d’esprit que le jour du départ, Clone 001 Traoré franchit le passage du mandala...
L’affrontement de ses deux personnalités lui causa un choc intense et il tomba au sol dans un état voisin de la catatonie. Il eut une sorte de voyage de transes et se vit, lui Traoré, affublé d’un petit frère, qui pour ne pas mourir, voulait rentrer dans son propre corps. Ils palabrèrent longuement et parvinrent à un accord. Le petit frère serait là mais devrait rester caché tout le temps durant lequel Traoré ne s’adresserait pas à lui pour obtenir son aide. Le seul cas où il réagirait concernait les urgences absolues et la sauvegarde de l’intégrité physique de leur corps. Kémémani fit siens les souvenirs du grand frère et les accepta comme faisant partie de ces choses vaguement rêvées et qui existent néanmoins. Ils transigèrent pour répondre au nom de Kog, seule grosse concession faite par Traoré.
Puis, après quelque trente minutes, il se réveilla, danss le mandala d’arrivée, en tant que Kog ayant tout assimilé et compris, il s’était adapté à la situation. Les deux personnalités avaient fusionné. Mais une autre chose étrange venait le questionner, il avait senti comme une odeur de café provenant du vaisseau et voyant le sas ouvert, toujours dans le plus simple appareil, il entra.
Betty préparait son petit déjeuner et ne fut pas surprise de voir Kog puisqu’elle l’attendait ! Par contre ce dernier, le pauvre Kog, était animé de toute son ardeur agressive, transformé en animal de combat pendant quinze ans. Il avait été formé pour affronter des dangers inconnus et fut complètement ahuri de rencontrer, dans ce vaisseau et à son arrivée, sa magnifique amoureuse. Il pensa que le délire continuait et qu’en fait, il restait évanoui devant le mandala et continuait un autre genre de rêve.
A la vue du corps nu de Kog, la personnalité d’Elisabeth (clone 001 Spring) fut submergée par celle de Betty et dût s’effacer. Ainsi depuis son arrivée dans la Fédération, et selon les circonstances, c’était l’une ou l’autre qui prenait les commandes. Il n’y avait jamais eu de fusion, Mais, quelles que soient les circonstances, c’est la plus apte des deux qui faisait face. Souvent elles étaient tellement proches qu’elles ne faisaient qu’une mais pour les choses relevant de la sexualité c’était toujours Betty qui prédominait. S’il avait fallu vivre en pleine jungle cela aurait été Elisabeth, sans aucun doute. La fusion s’accomplirait à la longue, elles le savaient car sur certaines détails mineurs cela avait déjà eu lieu, mais cela prendrait quelques bonnes années avant qu’elles ne soient plus qu’une.
Donc Betty avait faim de nourriture et proposa à Kog de partager sa collation, ce qu’il fit de bon coeur. Elle avait aussi d’autres faims et l’invita à partager la couche sur laquelle elle était assise. Kog fut très heureux d’accepter. Ainsi passa-t-il sa première journée de voyageur interplanétaire ! Contrairement à la préparation intensive qu’il avait subie, ce ne fut pas à se battre contre des animaux féroces ni à avancer péniblement dans une végétation luxuriante, ni à affronter des monstres galactiques. Non, mais tout simplement à se donner un peu de bon temps. Le lendemain ils prirent des décisions concernant l’exploration de cette planète que Kog malicieusement nomma “Love “

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Emissaire.

Il lui avait été nécessaire de quitter le Tibet et le temple de Samye pour aller rencontrer les vrais responsables de cette planète. Première curiosité : le voyage par mandala était interdit ou du moins réservé à des cas tellement spéciaux qu’ils ne se produisaient jamais ! Lorsqu’il avait demandé pourquoi ? La réponse fut encore plus surprenante : il fallait éviter d’encombrer l’espace avec les ondes dissociées de plusieurs personnes à la fois. D’autant plus étrange, se disait Emissaire, que les communications de tous ordres telles que radio, télévision, téléphones, signaux automatiques étaient utilisés sans retenue. Emissaire pensa que, sans doute, l’utilisation du système mandala sur Terre était en fait, interdite pour d’autres raisons que celles annoncées. Par contre, s’il voulait aller visiter la base lunaire, comme on le lui avait aimablement proposé, le mandala était de rigueur pour l’aller ! Enfin, au cours d’un entretien avec le pilote de l’appareil volant qui le conduisait vers Varo, il avait incidemment noté un détail encore plus ahurissant : le système des mandalas était assez largement utilisé dans des cas thérapeutiques graves, et il croyait avoir compris que c’était pour des voyages pratiquement sans bouger et dans un même lieu ! Oui, les terriens avaient des choses importantes à apporter à la fédération, et lui, Emissaire, disposait d’un an pour en savoir le plus possible.
Varo avait choisi le site de Washington pour organiser la visio conférence entre les Directeurs et Emissaire. Dans la salle, dite” Salle Centrale des Symposiums” ou plus brièvement, selon la curieuse habitude des terriens de raccourcir les vocables : “La Vitrine “, ils n’étaient que deux réellement présents. Tous les autres n’étaient là que par écrans interposés et sur le mur qui leur faisait face. Il y avait de plus, une nouveauté : un écran supplémentaire. Là, sur un fond représentant la voie lactée, Nounou et SAPIENS pouvaient intervenir sous forme humaine. Avec un visage d’androgyne emprunté à un tableau célèbre tombé en poussière depuis des siècles mais reproduit encore et toujours à chaque génération : La Joconde. Ce devait encore être une forme de cet humour particulier nouvellement surgi dans l’ordinateur commun de la grande toile des terriens, pensa Varo, en souriant.
Emissaire passa tout son temps, à essayer de comprendre et d’enregistrer. Son emploi du temps fut adapté à la fois à ses besoins et à ceux de ses hôtes. Lorsqu’il ne visitait pas quelque région du globe, en général il se rendait deux heures chaque matin à la Vitrine, se branchait et échangeait des questions et des réponses avec ceux des Directeurs qui étaient représentés sur écran et, surtout avec la Joconde.
Dès le début, il avait fait valoir ses droits et prérogatives d’ambassadeur et demandé que l’on mette à sa disposition un lieu pour son ambassade et le logement de fonction qui devait y être inclus. Il n’y eut aucune difficulté, de nombreuses demeures luxueuses étaient libres dans la périphérie et on lui fit choisir à son gré. Il opta pour une grande demeure entourée d’un magnifique parc qui se nommait la Maison Blanche. Ce monument, dans un passé lointain, avait été dévolue aux présidents de la région nommée les “ Etats Unis d’Amérique”, avant que, pour des raisons de sécurité, cette présidence ne fut transférée à Langley. Ceci se passait plus de 1000 ans auparavant. Ensuite, la Maison Blanche fut conservée en bon état et se visitait, puis devint une sorte de musée. Quand le nombre de visiteurs tomba en dessous de 5 personnes par mois, la Maison fut fermée sauf pour les équipes de nettoyage et d’entretien.
Emissaire pouvait se rendre à pied jusqu’à la Vitrine et se promener au retour, ceci lui permettait de réfléchir et de rassembler dans sa mémoire ce qu’il avait appris dans la conférence et aussi ce qu’il leur avait enseigné sur la fédération. Mais, au fur et à mesure que les mois passaient, et bien que la gravité de cette planète soit équivalente à celle où il était né, une fatigue de plus en plus lourde le gagnait. Il savait que seul le poids des ans en était la cause et que, si on l’avait choisi pour cette visite c’était à cause de son âge et de son expérience. Pourtant, il était au soir de sa vie et rien ne disait qu’il aurait la force de terminer sa mission. Alors il résolut de laisser dans son bureau, à la Maison Blanche, un résumé de tout ce qu’il avait vu, entendu et compris pendant son séjour. Ainsi son successeur ne serait pas obligé de repartir à zéro.
Il y eut une interruption dans son séjour, on vint lui demander de rentrer sur Floric pour revenir avec Betty. Ce qu’il fit bien volontiers car il rapporta ainsi quelques-unes de ses impressions à Présidente avant de rejoindre la Terre pour terminer son année.
Puis, un matin, en sortant du Centre, il s’écroula sur le trottoir devant des passants ébahis qui appelèrent des secours. Connu de tous les terriens qui suivaient de chez eux, quand ils le voulaient, la suite des conversations du Symposium, il était considéré comme un vieillard sympathique et apprécié par tous. A la clinique, les médecins se donnèrent beaucoup de mal pour le réveiller et lui rendre sa conscience. Varo, prévenue, se dit qu’elle pouvait dans la même décision, faire une bonne action tout en réalisant une des opérations prévues qui était de faire enregistrer Emissaire dissocié par Nounou. Elle se rendit au chevet du mourant et lui proposa de tenter de le remettre sur pied de la façon utilisée sur Terre, par la technique des mandalas en paire dans un même lieu.
Emissaire se savait condamné et n’avait donc rien à perdre. D’autre part sa curiosité demeurait insatisfaite quant à cette technique particulière et il voulait savoir, alors il répondit qu’il était d’accord. Avant qu’on ne pousse sa chaise roulante vers la salle réservée à ce type de traitement, on lui fit rédiger, puis signer, une décharge. Pièce légale sur laquelle il dût indiquer qu’il était en train de mourir de vieillesse et qu’il souhaitait, de son plein gré, faire une ultime tentative de guérison par une technique terrienne. Il l’écrivit dans un langage secret que seuls les ambassadeurs de la Fédération connaissaient. Donc, Emissaire aurait, aussi bien, pu écrire n’importe quoi! Mais il fut loyal. Il ne tenait pas à créer le moindre incident entre cette planète et la Fédération, et si celle-ci avait été imprudente en expédiant un homme si vieux, il ne fallait pas que la Terre en souffre.
Les infirmiers l’aidèrent à se dévêtir et il entra dans le mandala comme on se jette par la fenêtre pour un suicide. Il ressortit aussitôt du second mandala plus en forme que lorsqu’il avait débarqué sur ce monde.
Il remercia tout le monde, serrant des mains comme le faisaient les gens ici, et une fois ramené dans sa chambre, se rendit compte que ces terriens avaient découvert une chose importante que les gens de la Fédération ne connaissaient pas du tout et qui marchait parfaitement. Alors, même s’ils ne savaient pas bien comment ni pourquoi leurs mandalas fonctionnaient pour des allers interplanétaires, ils seraient des partenaires à part entière dans la Fédération. Oui, c’est ce qu’il était décidé à dire lors de son retour. Il ne pensa plus du tout à ce papier qu’il avait signé avant sa guérison, mais se demandait combien de temps on allait le garder à l’hôpital ?
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Planète Love

Lorsque le vaisseau arriva dans l’atmosphère de Love, il effectua les sondages prévus et renforcés depuis la catastrophe de Fox 3, donc parcourut en orbite et pendant le temps voulu toute la surface de ce globe. Tout était dans la mémoire du vaisseau, les vues, la nature et la solidité du terrain, la flore, la faune, enfin tout ce qui mesurait au moins un quart de mètre. Le calculateur du vaisseau pouvait, à la demande, donner en vision une reconstitution allant de celle du globe à celle de n’importe quel point de cette planète. La première chose que Betty et Kog constatèrent était l’absence totale de mers ou de fleuves. Le taux d’humidité de l’air était très bas et on ne constatait pas de rosée le matin sur les rares herbes sèches, mais il devait y en exister des traces pour qu’elles continuent à pousser. Il apparaissait qu’une calotte glacière de faible importance constituait la seule réserve de ce coin déshérité de l’univers. La faune était rare, quelques rongeurs de la taille de nos mulots se satisfaisant de l’herbe et de quelques insectes ou vers, sans doute. Ils virent de plus deux prédateurs qui mangeaient ces rongeurs. Le plus gros, de ces carnivores, avait l’air d’un petit renard. Il y existait aussi un oiseau rapace dont le bec indiquait qu’il jouait le rôle du fossoyeur, il ressemblait à une petite buse. S’il y avait d’autres êtres ce ne pouvait être qu’auprès du pôle nord, et encore, à condition qu’ils soient restés invisibles aux appareils du vaisseau car cachés dans les zones glacées.
Ils décidèrent de monter la libellule, embarquée en pièces détachées dans le vaisseau, et de l’équiper pour une expédition. Le calcul montrait que pour atteindre la glace il leur faudrait effectuer un parcours de 30 000 kilomètres. Le champ magnétique de Love n’était pas très fort, la calculatrice indiqua que une alternance de douze journées de vol avec repos au sol pendant les nuits, serait nécessaire. Il leur fallait donc prévoir des vivres et de l’eau pour un tel voyage. La réserve du vaisseau donnerait les rations alimentaires mais serait un peu courte pour l’eau. Il leur fallait donc espérer en trouver sur place ou envisager un rationnement pour le retour.
Avant de partir, ils durent trier, dans le matériel d’exploration prévu, entre ce qui pouvait correspondre à Love et ce qui n’avait rien à voir. A quoi bon, par exemple, emmener une grande quantité d’armes sur une planète à peine habitée par quelques bestioles ? Ils préférèrent des outils et des pièces de rechange pour le cas d’une panne ou d’un accident. Leur matériel de bivouac ne comportait qu’une tente avec des sacs de couchages, mais, en cas de besoin ils pouvaient se reposer en position de relaxation en modifiant l’inclinaison de leurs sièges dans la libellule et rendre celle-ci inviolable.
Dès leur départ, la monotonie et l’uniformité du paysage les lassa. Tout était plat et tapissé de quelques rares pousses, chaque jour montrait la même chose que la veille et ils avaient l’impression qu’ils restaient sur place. Pour tromper leur ennui et se tenir éveillés Betty rendait compte à son compagnon du résultat des nombreux voyages qu’elle avait effectués depuis son arrivée. Elle avait beau chercher des détails subtils et souligner quelques différences, si on voulait résumer, cela tenait en quelques phrases :
<< Chaque monde diffère des autres par des caractéristiques mesurables et purement physiques. Par exemple : la force de la gravité, la teneur de l’air en oxygène, la pression atmosphérique. Mais aussi : la distance au soleil autour duquel le monde gravite et la chaleur de ce soleil, la position du ou des satellites quand il y en a, la proportion de terres émergées. Les humanoïdes qui les habitaient avaient, de ce fait, des différences qui en découlaient que ce soit au niveau de leur taille, de l’importance du système respiratoire ou de la forme des yeux pour ne citer que cela. Une bonne logique et pas de surprise de ce côté là !
Les nuances venaient donc plus de leurs éthiques ou de leurs esthétiques car les règles de savoir-vivre changeaient de l’une à l’autre. Mais, avant de visiter une autre planète on devait apprendre les règles locales et s’y conformer. Le plus petit commun dénominateur de ces bonnes manières était celui employé sur la planète Floric. Il fallait se rendre compte que chaque planète se trouvait extrêmement éloignée de sa plus proche voisine, et que, sans le système des mandalas il n’y aurait jamais eu la moindre possibilité de communication. Mais la question de savoir comment les mandalas, qui servaient de portes, avaient été placés dans chaque monde, demeurait ouverte. Le plus probable était que la démarche suivie avait été celle de Betty pour trouver Floric et non celle des hommes de notre terre envoyant des vaisseaux avec un mandala vers des destinations hasardeuses pendant des dizaines de millénaires. Betty pensait que lorsque chaque civilisation séparée avait suffisamment évolué et était enfin arrivée au paradigme d’un univers à six dimensions, immanquablement on avait abouti à des études sur les mandalas. Donc, qu’enfin des mandalas construits sur place devenaient des portes quand quelqu’un, dans un autre monde entreprenait ce que Betty avait accompli.
Ce système de voyage permettait de se rendre sur une autre planète, certes, mais dans quel but ? Car seuls les corps vivants franchissaient les portes. Il n’était pas question du moindre échange de marchandises, si précieuses fussent-elles. Quant à l’idée d’en échanger par vaisseau cela devenait ridicule en termes de temps de voyage et de prix de revient. Pour motiver un déplacement, ne restaient que la curiosité et les perspectives d’échanges intellectuels. Les humanoïdes étaient rarement attirés par ceux d’un autre monde de la Fédération. Bien que la règle ne soit pas absolue, bien des essais de croisements s’étaient révélés stériles, car les ovules et les spermatozoïdes se montraient, le plus souvent, incompatibles. D’ailleurs un tel mélange les tentait rarement et dans le but unique de procéder à une expérience. Donc, en gros, la curiosité pouvait être satisfaite sur documentation. Le seul véritable motif à ces voyages résidait dans les échanges que des spécialistes pouvaient avoir entre eux sur des sujets précis concernant ce qui les intéressaient. De cette manière, par le biais des mandalas, ils pouvaient les obtenir, en temps réel, et non en attentant qu’un signal leur parvienne, après des années, entre demande et réponses.
Autre chose avait frappé Betty. C’était l’absence totale du moindre racisme et la tolérance généralisée de chacun vis à vis, des différences avec les autres. Il avait fallu environ 15000 ans pour y parvenir avait expliqué la Présidente, mais c’était acquis. Donc pas d’animosité ni de rivalité. Ajoutez cela à un système de gratuité totale pour la satisfaction des besoins primordiaux. Cela faisait que les mondes de la Fédération étaient en paix pour toujours. Oui, les gens, sur chaque planète, s’activaient du matin au soir au lieu de traîner comme sur notre Terre! Mais ils étaient motivés par le fait qu’ils se trouvaient membres d’une Fédération et que les honneurs retombaient sur ceux qui accomplissaient une oeuvre utile à tous. Ces honneurs, mérités, rejaillissaient sur la planète toute entière pendant une année. Un genre d’esprit de Club, en somme.
La Terre avait bien des choses à apprendre de la Fédération, mais aussi beaucoup à y apporter et tout se concrétiserait quand Emissaire aurait parachevé son voyage. Si tout se passait normalement Nounou/Sapiens et les réseaux informatiques de Floric seraient liés et chargeraient toutes les données en permanence. Dans le cas contraire, la porte située sur terre serait détruite et les 79 autres portes de la fédération munie d’un système de filtrage pour qu’aucun terrien ne puisse s’en servir avant que la Terre ne soit admise.
Betty avoua que pendant les voyages qu’elle avait effectués sur les autres mondes, elle s’était plutôt ennuyée. Quand elle avait choisi de tenter un essai vers une planète “sauvage”, comme Love, tous ses interlocuteurs avaient manifesté de la surprise car rares étaient les membres de la Fédération qui envisageaient encore de telles explorations. Mais ils lui facilitèrent la tâche.
Maintenant qu’elle se trouvait avec Kog pour cette expédition, la monotonie de ce qu’elle découvrait soulignait la vanité des hommes à vouloir, depuis tant de milliers d’années, savoir ce qu’il y avait dans des mondes lointains. En fait, pour elle, il n’y avait rien qui méritait un tel effort. Elle irait donc jusqu’à ce pôle, reviendrait au mandala par lequel elle était venue et tenterait de convaincre Kog de faire de même, de retourner sur Floric, puis, de là, vers la Terre. >>
Kog l’écoutait s’expliquer comprenant que ces discours étaient autant destinés à lui qu’à aider Betty à remettre un peu d’ordre dans sa tête. Il relançait de temps en temps pour montrer qu’il suivait les idées développées. Lui-même, se demandait quel était l’intérêt de s’obstiner à vouloir aller jusqu’au pôle ? Et il était assez prêt à faire demi-tour quand ils eurent un contact psychique violent! Pas une voix audible mais une idée forte qui s’imposait dans leur cerveau. Ils se regardèrent pour vérifier que l’autre avait ressenti le même phénomène et virent que la réponse était positive !
Traduit en paroles le sens général serait :
<< Proposition échange ?>> et cela se répétait toutes les minutes.
Kog l’avait ressenti bien plus fortement que Betty et sut aussitôt comment faire. Il pensa fortement au sens des mots << Réflexion nécessaire >> plusieurs fois de suite et le signal stoppa. Il en parla avec sa compagne qui avait bien reçu comme lui, mais effectivement sous forme assez légère alors que pour Kog cela avait hurlé comme avec un haut-parleur. Ils convinrent donc que Kog seul poursuivrait cet échange télépathique. Il “projeta” ou “émis “ les mots ou plus précisément les idées que l’on peut traduire par :
<< ? Échange >> et eut en réponse une image de structure atomique qu’il dessina sur un papier avant de le montrer à Betty. Celle-ci n’eut besoin que d’un coup d’oeil pour lui dire : << Chrome >>.
Ainsi, celui qui émettait, désirait obtenir une quantité de ce métal mais combien et en échange de quoi et surtout dans quel but ? Il n’eut pas le temps de poser les questions, les réponses étaient là, moins fortes et plus adaptées à sa réception, formulées aussi en langage humain. La “Chose “ apprenait très vite et s’exprimait très bien. Si on devait la croire cela donnait à peu près ceci :
<< Je suis la masse aqueuse polymérisée blanche située sur le pôle nord de ce monde. Ma constitution est basée sur l’eau mais ma température est de + 2 5 degrés Celcius et non - 15 comme vous le pensez.. Je grandis en utilisant la faible humidité ambiante de cette planète où je suis sans doute né après l’explosion d’un astéroïde. Mais cet accroissement a besoin de chrome pour la catalyse et ce monde en manque terriblement. J’ai décelé la présence de ce métal dans votre engin de transport et toute quantité, si faible soit-elle, que vous me laisserez sera la bienvenue. Je ne dispose pas de moyens pour vous indiquer un poids, mais si vous acceptez l’échange, je serais à même de préciser. >>
Kog se demanda ce qu’un tel être pouvait avoir à proposer ? Et, il reçut immédiatement la réponse :
<< Vous n’êtes pas naturellement télépathe et vous ne me recevez que par l’effort important que je suis obligé de soutenir. Je vous propose d’ouvrir votre esprit à la télépathie et de pouvoir continuer à vous en servir quand vous le voudrez. Je vous enseignerai les mouvements de pensée et les exercices à pratiquer. Le second être qui est avec vous n’est pas apte à recevoir le même enseignement, mais je peux entrouvrir un passage entre vous deux. Si vous acceptez, j’aurais accès à l’ensemble de votre vocabulaire et vous pourrez me parler par la pensée sans le moindre effort. Je ne demande qu’un peu de chrome. >>
Kog était un garçon prudent et ne se serait pas laissé tripoter l’esprit sans réfléchir aux risques, mais Clone Traoré, soldat d’élite entraîné aux dangers et à les prendre de front prit les commandes sans prévenir et donna son accord. Il ressentit comme un grand déchirement douloureux dans sa tête, pire qu’une névralgie, puis cela commença à s’atténuer un peu, puis de plus en plus. En moins d’une heure il se sentait tout à fait bien. A ce moment il entendit une voix dans sa tête aussi claire que si on lui avait parlé et qui exprimait :
<< Voilà, c’est fait, j’ai donné ma part de l’échange. Je souhaite que vous déposiez sur ma masse un de vos outils en acier inoxydable, une pince, par exemple, elle contient assez de chrome pour que je puisse continuer à vivre et croître pendant encore deux mille ans. Ferez-vous le nécessaire ? Je n’ai aucun moyen de vous y contraindre et ne dispose que de possibilités chimiques. Je dissoudrai lentement votre outil et prélèverai le chrome qui m’est indispensable au fur et à mesure de mes besoins. >>
<< Nous allons arriver au bord de la zone “ polaire “ dans six heures et j’ exécuterai ce que vous demandez et même plus que cela ! car le service que vous m’avez donné en échange le mérite. Avez-vous un nom ? >>
<<Je me réjouis de votre attitude, j’attends votre arrivée, je n’ai pas de nom. Est-ce utile ? Connaissez-vous d’autres êtres comme moi ? >>
<<Je n’en connais pas mais nous avons l’habitude de donner un nom à tout et à tous, voulez-vous que je vous en trouve un ? >>
<<J’aimerai bien, mais n’en saisis pas l’utilité. Je lis que vous avez plusieurs noms et deux personnalités fusionnées. Votre nom de Kog, je le retiens pour m’adresser à vous où y penser lorsque vous aures quitté la zone polaire. >>
<<Pour moi et le reste de la Fédération, vous serez nommé Hydros. Donc, à dans quelques heures, mon cher Hydros ! >>
Effectivement, en fin de journée ils arrivèrent vers la masse blanche et y déposèrent trois gros outils dont ils étaient certains de pouvoir se passer. Ils étaient fabriqués en acier inoxydable de nuance 18/ 8 soit: 18% de chrome et 8 % de Molybdène. Puis, sans dormir, ils reprirent le chemin du retour afin d’économiser l’eau. Pas étonnant que la planète en manque si, pour sa croissance, Hydros séquestrait, dans ses molécules, tout le disponible produit par la planète( sous forme d’évaporations et de condensation) au cours des ans. Bientôt toute végétation disparaîtrait, puis toute vie animale. Seul Hydros, de plus en plus gros, serait vivant. Mais pour combien de temps sans croître ? ....................................................................................................................................................
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Une semaine plus tard, Betty et Kog, arrivaient sur Floric et se rendaient à l’ambassade terrienne dans l’appartement de fonction. Emissaire les y attendait et leur transmis les ordres de revenir tous les deux, avec lui, sur la Terre sans le moindre délai. Ils ne prirent même pas le temps de se reposer un peu et Betty ne put faire visiter la capitale de la Fédération à son ami. Le lendemain ils arrivèrent tous les trois sur Terre au temple de Samye. Chacun d’entre eux garda la plus grande réserve et ne prononça que le nombre de mots indispensable. Ce retour brutal leur paraissait suspect et ils gardaient une certaine réserve. Emissaire, de son côté, avait une idée qui le rongeait et revenait sans cesse : Utiliser les mandalas pour soigner et guérir impliquait bien des choses, il se sentait presque revenu de la mort. Sur Floric, les savants consultés n’avaient eu que trop peu de temps pour y réfléchir mais étaient parvenu à la conclusion que tout ceci n’était possible que par une reconstruction à partir de l’A D N de base. Cette technique, si elle existait, était intéressante et à creuser. De plus, si on y ajoutait cette histoire plus ou moins confuse de clones dont Emissaire avait entendu parler, cela revenait à une possibilité de vie éternelle. Or cela, comme le clonage d’ailleurs, était strictement interdit dans la Fédération. Il s’en fallait d’un rien pour que cette dernière ne décide de faire sauter la porte de Samye et de se fermer aux terriens. Emissaire se posait vraiment la question et utiliserait les quelques mois qui lui restaient sur cette planète pour creuser autant que faire se pouvait. En attendant, il ferait bon visage et dissimulerait au mieux ses sentiments.
Kog, assis derrière lui, dans l’appareil qui les ramenait, avait fermé ses yeux et entendait absolument tout de ses pensées. Il se dit qu’une consultation de SAPIENS s’imposait. Arrivés à Washington, Emissaire se dirigea vers la Maison Blanche tandis que Betty et Kog se rendaient compte que ni l’un ni l’autre ne possédait de domicile. Clone 001 Traoré avait vécu les dernières années avant son départ dans la vie virtuelle de son masque de fer. Il demeurait, de fait, dans une salle de laboratoire. De là, il avait été amené vers le mandala pour son expédition lointaine sur Love. Betty, de son côté, avait habité, ces dernières années, dans une installation minière désaffectée en Afrique noire et, en dernière phase, avec un contrat de location temporaire, auprès du laboratoire de radioastronomie. C’était son seul domicile !
Ils s’en ouvrirent à Varo qui avait fait l’effort de venir les accueillir à l’arrivée. Celle-ci avait répondu qu’elle leur avait réservé tout un étage dans une aile de Langley et qu’ils le méritaient bien. Cet étage comportait quatre appartements pour des hôtes de marque de passage et ils choisiraient. Elle les prévint que les Directeurs, (les Sages comme on disait de préférence maintenant), avaient hâte de les entendre et pas seulement par curiosité. SAPIENS leur avait fait part de déductions inquiétantes à propos des questions posées par Emissaire. Les éléments qui manquaient pour une prise de décision dépendaient, pour beaucoup, de leurs récentes expériences hors de la Terre. Demain, donc, ils auraient à en exposer chacun le récit. Ensuite ils devraient répondre à toutes les questions.
Varo, sans vouloir orienter les rapports qu’ils auraient à faire, crut bon d’ajouter un élément. Elle pensait que le motif de l’intervention de SAPIENS était dû aux hésitations de Emissaire. L’envoyé de la Fédération craignait que la population de la Terre ne soit pas assez “ aboutie “ pour que la Fédération s’en satisfasse. Emissaire ne serait, en effet, pas long à se rendre compte des lacunes !


CHAPITRE 10

Transformer le mirage en réalité.
Le livre des 36 stratagèmes- (chinois)

Zaon 438 Pim

Dès les premières conversations avec Emissaire il fut patent, pour Nounou, que les terriens n’étaient pas tout à fait prêts à être reçus dans la Fédération. De plus la question se posait de l’utilité de la chose. Ce que les terriens avaient à apporter aux autres était bien trop dangereux. Ils semblaient les seuls à avoir utilisé le système des mandalas pour guérir en reconstruisant des personnes dissociées. Mais cela, ils le devaient aux Cephs et non à leur propre aboutissement. Ce qu’ils avaient découvert depuis Ducerf pouvait se résumer à un système de transport instantané mais dont l’usage demeurait interdit sur leur planète. Betty venait de trouver comment utiliser les portes des autres, certes, mais ces autres étaient ceux qui les avaient mis en place et qui en possédaient toute la conception. L’expérience réalisée par Kog n’était qu’un essai isolé et hasardeux. Donc, les terriens n’étaient pas assez matures selon le point de vue de la Fédération et cela se verrait très vite.
Une autre question venait s’ajouter : en copiant la personnalité des passagers de ses mandalas les terriens possédaient un savoir-faire qui les rendaient proches de la conquête de l’immortalité. En effet, SAPIENS pouvait ajouter au clone d’un individu, la copie de la personnalité qu’il avait dans sa mémoire et donc recréer pratiquement la même personne autant de fois qu’on le lui demanderait. Etait-il utile que la Fédération le sache ? Et, corollaire, comment s’arranger pour qu’elle ne le sache pas si toutes les toiles d’araignée n’en faisaient plus qu’une par mise en réseau ?
Pour être admis parmi les autres il aurait fallu que les terriens aient une idée plus complète des systèmes de mandalas, ce qui impliquait un meilleur paradigme que celui qu’ils concevaient pour expliquer l’Univers. Or, il s’en fallait de très peu, car les Cephs étaient allés au bout de leur réflexion sur ce sujet et cela se trouvait dans BAFESI mais n’en sortirait que sur une demande bien formulée. Les Cephs, méfiants, avaient réservé cette science aux uniques télépathes ! Ils sous-entendaient par là : les autres Cephs éventuels que leur vaisseau pourrait rencontrer.
Ce bout du problème fut résolu lorsque à leur retour Kog et Betty rendirent compte de leurs voyages. SAPIENS trouvait désormais, en Kog, interlocuteur à qui communiquer ces précieuses informations sur le paradigme des Cephs, mais c’était trop tard ! Il s’en fallait de quelques mois, un seul aurait même pu suffire, mais Emissaire avait déjà intérieurement pris sa décision. Or, celle-ci était de couper les ponts pour encore quelques millénaires. Ah ! Si Kog était revenu au moins un mois plus tôt !
SAPIENS en déduisit que si les terriens voulaient absolument entrer dans la fédération, il lui fallait envisager de modifier le passé. Il fallait donner une légère accélération aux événements pour que tout se passe comme cela c’était déjà produit, sauf le fait que Kog et donc Betty et donc que ces deux là, soient de retour un ou deux mois plus tôt. Pas aisé, mais réalisable, peut-être ? Nounou se posait le problème et SAPIENS répondait, schizophrène, qu’il y avait un moyen. Ils demandèrent aux Sages et ceux ci décidèrent un Symposium, Dans ses mémoires Nounou essaya de commencer à sélectionner quelles personnalités pouvaient être expédiées vers le passé et en final n’en retint que quatre. Le meilleur étant un certain Zaon 438 Pim. Ensuite, et toujours en harmonie avec sa partie BAFESI, elle calcula les points temporels d’arrivée les plus intéressants dans le but d’avancer un peu le progrès sans créer de paradoxes. Possédant, dans ses archives, toute l’histoire de l’humanité, elle trouva que le premier point temporel où cela était jouable se situait vers la fin du .20° siècle de l’ère chrétienne. La personnalité réceptrice ne pouvait être que Mathieu Ducerf, celui qui, le premier avait eu l’idée du nouveau paradigme pour les terriens. Mais il fallait encore deux étapes autour de ce point. L’ une postérieure et une autre antérieure. Celui qui avait été le réel déclencheur de ce qu’on avait nommé la grande Quête était incontestablement Manius et il serait donc le premier réceptacle. Le noeud du problème, et le plus aisé à manipuler sans risques, se trouvait être le délai situé entre la découverte de Boris et la date précise à laquelle il se décida à enfin envoyer ce qu’il avait trouvé dans la valise. C’était en 435 AA , il suffisait d’un ou deux mois de décalage, juste là, et pas ailleurs. Ne restait plus qu’à peaufiner mais sans trop en faire. Organiser, juste pour obtenir un léger mieux. Comme de trouver le plus lointain, la personne réceptacle, qui accélérerait un peu la découverte de Ducerf. Il fallait que Niels Bohr ait l’idée maîtresse de sa vie concernant l’atome un tout petit peu plus vite. Cela pouvait être obtenu par le biais de l’influence qu’aurait sur lui un gamin, un petit norvégien, par exemple le fils d’un ami, chez lequel il était de passage. L’enfant, pour jouer, tracerait au sol une série de cercles concentriques et s’amuserait à sauter de l’un à l’autre en posant ses pieds uniquement hors des traits dessinés. Bohr ne le remarquerait pas particulièrement sur le coup mais cela lui ferait trouver un peu plus tôt sa théorie. Einstein serait amené à lire et étudier Bohr parmi tant d’autres et inventerait la relativité tandis que l’école française tenterait de faire l’étude des mathématiques qui trancheraient entre les théories corpusculaires et ondulatoires. Dans la grande bataille de savants qui en découlerait, Einstein parlerait, certes, du temps comme d’une dimension. Mais, il le ferait en étant un peu moins sûr de lui car un tantinet plus jeune. Il écrirait une phrase laissant une porte entr’ouverte au fait que le temps n’était mesurable qu’en tant qu’une dimension mais ne dirait pas que c’était une dimension et rien d’autre. Cela suffirait pour que Mat Ducerf y repense etc...
SAPIENS était maintenant tout à fait prêt à répondre aux questions qui lui seraient posées et à organiser le voyage vers le passé de Zaon 438 Pim.
Pendant que ce changement s’effectuerait, on garderait Emissaire en convalescence. Si cela ne suffisait pas, SAPIENS le mettrait hors du temps ! Exactement comme il l’avait fait pour le Ceph passager. Ensuite on le réveillerait sous forme de la copie enregistrée de sa personnalité telle qu’elle était lorsqu’il avait failli mourir. Seul son corps serait amélioré. Pour Emissaire les soins, au lieu d’être instantanés, auraient pris tout le temps nécessaire aux Terriens pour qu’ils puissent constater si Pim avait réussi sa mission de lisseur de temps.

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Les Directeurs tenaient de nouveau un important symposium car le moment semblait venu d’expédier vers le passé un esprit solide qui, sans paradoxes ni perturbations temporelles, ferait juste un peu avancer les choses. La finalité de la mission devant être que la terre soit mieux prête qu’à l’heure actuelle pour rencontrer d’autres humanoïdes. Le but était ténu, presque insignifiant, il fallait un léger coup de pouce à l’évolution pour que la technique des mandalas figure bien dans la panoplie humaine un ou deux mois avant la date normale. Juste ce petit laps de décalage qui ferait que ce seraient les humains qui manipulent la Fédération et non le contraire.

SAPIENS, consulté établit un programme de régressions temporelles et donna les moyens pratiques pour réussir. Cette technique, il avait dû l’employer sur BAFESI quand il avait fait la lourde erreur à propos du chien. Il disposait de la réserve d’énergie voulue et de la technologie de base pour de courts sauts temporels en régression totale. Mais Nounou, lui et quelques forts matheux durent travailler en collaboration quant à la mise sur pied du système. Il leur fallait trouver une méthode qui tenterait d’envoyer, non un corps, mais une personnalité seule quelques siècles en arrière.
D’autres conditions devaient se trouver réunies :
Le départ ne pouvant se faire qu’à partir du vaisseau BAFESI il faudrait donc, au préalable, que des équipes de techniciens s’y rendent pour construire les appareillages nécessaires . Lorsque tout serait opérationnel on enverrait Pim.
Kog, rendu télépathe, devrait trouver le moyen de lever le dernier secret des Cephs et, s’il n’y parvenait pas en direct il serait bon qu’il amène avec lui un des Cephs de la terre. Nounou, en collaboration avec BAFESI en avait identifié un particulièrement réceptif. C’était juste après que le Ceph Voyageur leur avait transmis tout son savoir. Sur Terre le nom utilisé était “seiches”. Les océans en étaient pleins. Les terriens les avaient toujours considérés comme des animaux assez peu intéressants. Maintenant ils devraient réviser leur point de vue car avant quelques années, les “Seiches “ sauraient tout ce que le monde des Cephs avait appris.
En cas de difficultés Kog devait pouvoir communiquer avec la seiche et celle-ci faire ouvrir les fichiers cachés du vaisseau. Alors Kog saurait et trouverait toutes les informations utiles concernant le paradigme des Cephs. Informations bloquées jusque là dans la ferrite du vaisseau. Ils pourraient les transférer dans les données de Nounou /SAPIENS. Donc, elles seraient à la disposition des terriens. Ceci et, en particulier, pour les spécialistes du relativisme et des espaces fibrés dont Betty n’était pas la moindre.
Impossible de spéculer sur les impacts de ce paradigme puisque tout était encore caché, mais il était probable que les répercussions seraient énormes que la Terre décide, ou non, d’adhérer à la Fédération.
Tout ceci devait se réaliser en un court laps de temps, et surtout, de toute façon ,en moins de deux mois. Il était indispensable que quand on sortirait Emissaire de son état dissocié, on l’autorise du même coup à communiquer avec SAPIENS sans restrictions. Le but étant de faire croire à l’envoyé de la Fédération que les Terriens étaient bien des humanoïdes aboutis du fait même que leurs savants connaissaient à fond l’Univers à 6 dimensions des Cephs. Lequel serait sûrement le même que celui des 79 planètes fédérées.
Les Directeurs n’avaient donc plus qu’un problème à résoudre : convaincre Pim de se sacrifier pour remplir des missions vers le passé et y laisser sa vie. On lui proposerait, certes, un clone et un enregistrement pour qu’il ne meure pas tout à fait. Là, il ne s’agissait pas de convaincre un être jeune ayant assez peu vécu pour qu’un changement de corps, à moins de quarante ans, puisse être envisagé et finir par une fusion. Non, Pim n’était pas un jeune homme, il se trouvait au meilleur âge à un peu plus de la moitié de son parcours. Il avait 61 ans et n’avait aucune raison valable d’accepter. Le seul bon argument résidait dans les âges que SAPIENS avait prévus pour ses réceptacles, mais impossible de s’en servir à fond ! Lorsqu’il partirait, on le laisserait dans l’ignorance des identités de ceux-ci . Pim devait croire que le hasard seul, (la concomitance d’états d’évanouissements, d’anesthésies ou de comas avec les dates de ses incarnations ), avait joué. Si on faisait l’erreur de l’informer avant qu’il ne parte, il ne pourrait s’empêcher d’enquêter sur les personnages et, partant, d’obtenir des informations sur le cours complet de leurs existences. Cela créerait automatiquement des paradoxes temporels. Donc Pim ignorerait que sa première réincarnation se ferait avec Manius ( alors âgé de 18 ans ) que la seconde concernerait Mat Ducerf (59 ans) et que la dernière concernerait un gamin au moment de ses douze ans. Par contre, il saurait qu’il finirait sa vie dans sa troisième identité d’emprunt.
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Pim le nexialiste.

Le terme de nexialiste a été créé par un auteur de science fiction du nom de Van Vogt pour désigner une nouvelle profession qui n’a jamais réellement existé. Ce métier aurait consisté à opérer des transferts de connaissances d’une branche de la science aux autres. Pour illustrer disons que si Untel dirige un laboratoire dans lequel on a découvert un produit x auquel on ne trouve pas d’usage intéressant et que si, dans l’atelier de mécanique de Quidam on cherche, sans le trouver, un produit y ayant les propriétés qu’à x, le nexialiste fera passer l’information, à la satisfaction des deux.
Quand il était d’âge scolaire, Pim se révéla très vite appartenir à la catégorie assez rare des cancres intelligents. Cancre, il l’était car il refusait l’effort d’apprendre, il aurait aimé que la simple écoute ou lecture des cours suffise. Malheureusement il avait une mémoire détestable et ne retenait pas grand-chose. Ceci n’avait rien à voir avec la qualité de son cerveau. Les tests avaient montré que son Q.I. montait souvent à 125 ce qui le classait déjà en haut de gamme. Son cycle étudiant ne fut guère plus brillant, il changeait constamment de spécialité, absorbait un peu ce qui satisfaisait sa curiosité et allait voir ailleurs. Aussi, quand il eut accompli le minimum obligatoire, il laissa l’université et, sans réelle spécialité, fut capable de rendre des services en orientant les gens qui avaient des questions vers ceux qui pouvaient avoir des réponses. Il s’intitula donc Nexialiste car il avait eu une période intense de lecture des microfilms d’ouvrages anciens traitant de science fiction.
Enjoué et aimable, sans une once de méchanceté, il était assez aimé de ses concitoyens. Ainsi il aidait les uns et les autres en traînant des heures avec chacun sur le lieu de leur travail ou de leur violon d’Ingres. Il apprenait énormément, n’en retenait que des généralités ou des directions de recherches et transmettait des informations utiles à ceux qui en avaient le plus grand besoin. Il opérait par le seul jeu de son intelligence qui construisait un pont entre des préoccupations différentes. La toile d’araignée pouvait aboutir au même résultat, mais par des chemins complexes puisque les données à relier se trouvaient dans des domaines ou dossiers tout à fait distincts et dépourvus de corrélations. Donc, Pim allait plus vite que Nounou ou BAFESI. C’est le noeud de la différence entre une intelligence humaine et une autre uniquement électronique, même si cette dernière se trouve sous la forme la plus poussée, celle de SAPIENS.
Pim vécu ainsi sa vie en continuant en permanence à picorer des informations, des faits, des idées un peu partout. Si on lui avait demandé quelle part de son temps était du travail et donc à inclure dans le minimum imposé, il se serait trouvé bien embarrassé, car, en réalité il n’arrêtait que lorsqu’il dormait. Son boulot et son activité de détente ne faisaient qu’un et cela le distinguait tout à fait du reste de ses contemporains. Participant à de nombreuses activités toujours diversifiées, en tant que spectateur ou d’assistant, ne comptant pas son temps, il devint bientôt indispensable à beaucoup. Il se sentait apprécié, bref, il était tout à fait bien dans sa peau et décidé à continuer ainsi tant qu’il le pourrait. Comme tout un chacun, et peut-être un peu plus que la moyenne, il suivit tous les efforts déployés pour atteindre les mondes extérieurs à notre système solaire. La chose l’intéressait, mais pas plus que d’autres. Quant, à l’occasion des symposiums, il eut entendu Emissaire et les Directeurs discuter, il s’en réjouit mais ne se sentit pas particulièrement concerné. Or, pour SAPIENS il était, et de loin, le meilleur voyageur vers le passé possible. Car même ses défauts devenaient des qualités pour la mission. Sa faible mémoire serait une bénédiction, car dans les réincarnations cela perturberait moins l’esprit du receveur. Il aurait à apprendre par coeur quelques chiffres pour ses sauts temporels, mais cela on pouvait l’obtenir de lui. Surtout si sa vie en dépendait ! Son intelligence était assez bonne pour qu’il comprenne l’importance de la mission et les priorités qu’elle comportait. Son côté touche à tout lui conférerait un coefficient d’adaptation remarquable. Enfin il y avait sa grande capacité de travail, qualité rarissime à l’époque.
Pim, allant de l’un à l’autre et souvent vers des activités mal connues de lui avait appris la prudence. De plus il s’aimait bien et ne prendrait aucun risque inutile, sa tendance, en vieillissant, allait plus dans l’autre sens, une sorte d’excès de précautions. Ceci n’était pas mal non plus pour la mission mais n’aiderait pas à le convaincre.
Le problème ne pouvait se trouver abordé et résolu que par des humains et c’est donc sur les Sages qu’elle retomba. Il fallait trouver un biais, un levier pour que Pim, non seulement accepte, mais se montre enthousiaste. Les gens qui commercent nomment cela des “motivations “ et ces dernières ont, depuis plus de 1500 ans, été classées, triées, répertoriées et utilisées par ceux qui en avaient besoin. Dans le système appliqué, le distributionnisme, il fallait éliminer le facteur argent. De plus, Pim n’avait montré aucun signe de recherche de puissance ou d’honneur, donc encore une piste à laisser. Le sexe était à oublier, non à cause de l’âge de Pim, mais par suite du contrôle des naissances et de la distribution dans les rations alimentaires de contraceptifs ou de calmants. D’ailleurs que lui proposer en supposant des introductions d’excitants au lieu de tranquillisants ? D’aller vers le passé conquérir une belle ? Il ne restait donc que les grands mythes qui trouvent toujours preneurs : l’immortalité ou le bain de Jouvence.
Les Sages décidèrent d’utiliser les deux en proposant à Pim le droit à un clone et la fusion avec les informations que SAPIENS mémoriserait sur lui lors d’un passage de remise en forme par mandalas. Comme Pim s’aimait énormément, cette perspective devait lui plaire. Au besoin Clone 001 Kog lui parlerait et lui prouverait l’intérêt de la chose. Pour le rajeunissement ils lui promirent trois vies à des âges particulièrement intéressants : la puberté, la jeunesse, et celui de la raison. Ils ne précisèrent pas comment ils le savaient d’avance, mais Pim avait confiance, les Sages pas plus que SAPIENS ne sauraient mentir.
L’affaire fut emportée par un argument ajouté au dernier moment : il serait le premier à accomplir ce travail de lisseur du temps qui, de fait, pouvait être considéré comme la forme la plus poussée de liaison Nexialiste. Zaon 438 Pim donna son accord et s’en fut vers ses destins en tant que Manius, Mat Ducerf et Oleg Petersen.

Clone 001 Kog.

Le Bambara avait dû se rendre sur le vaisseau BAFESI pour essayer de faire ouvrir par des influx télépathiques, le fichier caché par les Cephs. Il n’y réussit pas car ses formes de langage et de pensées n’étaient pas recevable. Alors il essaya de communiquer avec la seiche qu’il avait emportée avec lui dans son aquarium. Là, il eut un contact et s’ouvrit totalement comme Hydros le lui avait enseigné. Il n’y eut rien de plus le premier jour. Le lendemain il perçut des images marines très nettes et des pensées concrètes tenant à la nourriture. Il versa dans l’aquarium les alevins de la ration quotidienne et eut en retour une pensée reconnaissante et de bonne volonté. Kog essaya de signifier sa demande pour que la seiche communique avec BAFESI. Mais il y eut incompréhension et étonnement. Au troisième jour, de bonne heure, le matin Kog capta des échanges télépathiques entre la seiche et ses congénères dans l’océan terrestre. Il semblait qu’elle soit à la recherche d’informations dispersées. Des réponses vinrent, en grand nombre et la seiche sembla avoir compris un peu mieux ce qu’on attendait d’elle. Malheureusement, Pluton avait bougé et il faudrait maintenant attendre encore un mois avant qu’une lucarne astronomique ne se présente à nouveau. Kog et la Seiche, qu’il nomma “ Secco “, eurent entre eux bien des échanges et autant d’étonnements.
Secco était intelligente mais encore primitive et, de ce que le Ceph Voyageur avait transmis, très peu avait été compris et assimilé. Mais Secco avait constaté des progrès nets dans son espèce propre. Ils avaient choisi quel autre animal jouerait, pour eux, sur la Terre, le rôle qu’avaient tenu les Cralangs pour les Cephs. Ce seraient les Homards avec lesquels il y avait, depuis longtemps, des échanges d’informations sur les courants marins ou les réserves de nourriture, mais sans plus.
Enfin, le moment vint où un nouveau contact avec les seiches de la terre était possible et le résultat en fut fructueux. Toutes les seiches avaient eut le temps de trier dans les données envoyées par le Ceph voyageur, d’en faire la synthèse et d’en comprendre l’essence. Secco absorbait à grande vitesse et Kog n’attrapait que des bribes sans significations pour lui. Le lendemain il adressa mentalement, à nouveau sa demande à Secco. Celle-ci savait de quoi il était question et donna son accord. Une condition fut posée qui concernait la possibilité ultérieure de voyages vers d’autres mondes pour les seiches avec l’aide des humains. Puis, abandonnant ses échanges avec Kog, Secco entreprit de débloquer BAFESI. Cela ne se fit pas de suite, mais Secco était pugnace et ,à force de variations dans la manière de transmettre, finit par arriver à ce qu’elle voulait. Le programme concernant le paradigme des Cephs était enfin ouvert. Restait à le transformer en langage humain et à le comprendre. On disposait, au mieux de huit jours.

Présidente.

Dans le bâtiment en forme de tour qui dominait la capitale de la Fédération, Présidente se posait des questions. Emissaire au moment de son court passage avait apporté des informations contradictoires à propos de la planète Terre. Il devait bientôt revenir de sa mission avec des réponses. D’autre part, depuis que Betty était sortie du mandala en visiteuse, les historiens de Floric et des autres mondes avaient fouillé les archives. Ils cherchaient à relier tous les éléments qu’ils possédaient concernant les voyages réalisés vers cette destination. Cela commençait plus de 10.000 ans en arrière avec la construction de la première ziggourat, à la limite d’une faille géologique séparant deux continents dont les plaques tectoniques n’étaient pas encore stabilisées totalement. Les terriens vivaient une civilisation primitive et les visiteurs mandatés par la Fédération, étaient des Eloïens. A cette époque, songea-t-elle, il n’y avait que 63 mondes acceptés comme assez aboutis, et les Eloïens faisaient partie des dix premières planètes fédérées. Ils étaient les meilleurs fabricants de vaisseaux spatiaux et ensuite de mandalas. Pourtant, pour cette première expédition vers la Terre, il y avait eu la plus improbable des pannes, dont le facteur principal était venu de changements directionnels du champ magnétique terrestre au lieu d’arrivée. Ceci se produisit suite à un phénomène sismique d’amplitude moyenne, mais qui provoqua la modification. Durant trois décades, ils étaient restées bloquées sur ce monde encore sauvage mais ne manquant pas de charmes. Puis, la cause de la panne ayant enfin été trouvée, ils purent rentrer sur leur monde et remettre leur rapport : << Monde à suivre >>
Ce qu’ils n’avouèrent pas et dont aucun des participants n’osa parler ou écrire à leur retour, fut qu’ils avaient enfreint une des règles d’or de ces explorations : Ils n’avaient pas pu s’empêcher de se rapprocher des femmes de terriens qu’ils trouvaient de plus en plus belles au fur et à mesure de leur présence, donc de leur privation. L’erreur de base venait du choix de l’équipage, qui par hasard, ne comportait que des mâles ! En théorie, leur expédition ne devait durer que deux mois et le sexe n’avait pas été pris en compte pour un si bref laps de temps. Oh ! Ne leur jetons pas la pierre, ils avaient des circonstances atténuantes, car physiquement les terriens et les Eloïens avaient les mêmes caractères physiques, simplement les terriens semblaient des modèles réduits. La taille d’un terrien adulte devait avoisiner 1,5 mètres quand celle des visiteurs en faisait deux, mais, chose rare, leurs hormones sexuelles étaient de même famille chimique et ne différaient que d’un groupe méthyle.
Plus tard, quelques décennies après leur retour, les langues se délièrent et ils avouèrent leur transgression de la règle. Mais le mal -ou le bien- était fait. Ils avaient induit un progrès génétique, psychologique et technique dans une population locale qui les considéra comme des dieux. Ils eurent même une descendance qui se dilua, au cours des siècles suivants, dans le reste de la population. Leur nom se transmis de bouche à oreille de génération en génération avec une légère modification de prononciation, ainsi que c’est toujours le cas. Dans la mémoire des hommes ils furent les Elohim.( Un Eloïen, des Elohim ). Les installations minimales de production de fruits et de légumes qu’ils durent mettre en route pour survivre modifièrent, en un lieu précis, le paysage ambiant qui était particulièrement aride, sinon à demi désertique. Les autochtones en furent frappés et, ne pouvant y pénétrer à cause de la barrière électrique, le contemplaient avec admiration et s’imaginaient y séjournant. Dans la langue des Elohïm, potager se prononce “ Purdess “ et ce nom pour les terriens devint, au long des transmissions orales, pardès, puis paradès, puis paradis.
Lorsque leur retour se trouva compromis, sinon renvoyé à jamais, les visiteurs commencèrent à choisir parmi les filles des terriens et il y eut quelques bagarres qui, elles aussi, donnèrent lieu à des légendes dans les histoires racontées sur Terre après leur départ. Les récits s’embellirent au cours des siècles, chaque conteur enjolivant un peu pour mieux capter l’attention de son auditoire. Ainsi, une histoire de dispute due à la jalousie fit qu’un terrien se lança à la poursuite d’un visiteur, lequel, peu agressif préféra rentrer dans le vaisseau en se servant d’une échelle de secours. Il y eut altercation sur cette échelle et le terrien fut repoussé d’un coup de pied négligent et retenu, mais il se brisa la cheville et boita ensuite toute sa vie. Son prénom devait être quelque chose comme Jancov et se perpétua sous la désignation de Jacob dans l’histoire de la population locale. Pour que cela soit encore plus miraculeux, on décala les dates en faisant passer cet incident comme bien postérieur à la venue des Elohim.
Présidente avait passé des soirées complètes à faire le lien entre ce qui était resté dans la mémoire des hommes de la terre et les faits réels tels que les historiens de la Fédération avaient pu les reconstituer. Il y avait plein d’historiettes montrant l’impact qu’avait eu cette visite prolongée et fâcheuse des humanoïdes de la Fédération.
Quatre mille ans plus tard, une visite de contrôle avait montré que cette population avait subit une évolution accélérée dans un sens mais que des guerres incessantes (pour des histoires de dieux, de troupeaux, de territoires, de jalousie ou de sexe) avaient produit un effet inverse. Ils bataillaient sans merci, sans réels motifs, de tribu à tribu, de peuple à peuple, de pays à pays. Alors, les visiteurs, qui ne restèrent que les quelques jours nécessaires et indispensables, prirent, comme le règlement le prescrivait, l’initiative de donner quelques préceptes indispensables de morale et d’éthique. Il ne fallait pas trop pousser en ce domaine, par conséquent ils se limitèrent à une dizaine en portant une attention particulière sur l’unicité d’un Dieu et l’interdit de sa représentation, ce qui éviterait les guerres d’idoles. Malgré une mise en scène bien faite, la portée en demeura bien plus faible que dans d’autres mondes où cette technique avait été appliquée avec succès. Mais elle dura et fini par s’imposer. A cette occasion ils offrirent aux terriens un système graphique et un alphabet pour remplacer les idéogrammes. Ils n’avaient pas le droit de donner d’avantage. Il y eut d’autres courtes visites de surveillance ou pour remplacer la ziggourat, originelle et alors écroulée, par le temple de Samye.
Encore plus tard ils détectèrent une guerre nucléaire et la Fédération voulut en savoir plus. Le continuum de l’espace-temps pouvant se trouver déchiré, le danger commandait une urgence et un approfondissement de la surveillance. Cette fois ci, à la fin du 20° siècle de l’ère chrétienne sur terre, ils décidèrent de créer des bases secrètes à partir desquelles des envoyés venant de plusieurs des planètes de la Fédération espionneraient les terriens. Certains incidents eurent lieu et la présence des humanoïdes de la planète Ballant, recouverts de combinaisons vertes à la mode chez eux, posa bien des problèmes. Ce fut sur Terre l’époque dite “des petits hommes verts “ D’une façon identique les engins ovoïdes volants (une autre équipe en provenance du monde de Réa) n’échappèrent pas toujours aux hommes. A la longue cela se tassa et on n’en parlait plus sur Terre qu’en plaisantant. Mais les rapports remis au retour étaient inquiétants et la question de la destruction pure et simple de la Planète Terre fut mentionnée comme possibilité dernière. Puis, avec les années A. A , les terriens devinrent raisonnables et commencèrent à essayer de franchir la barrière de leur système planétaire.
Tous les membres de la Fédération furent d’accord, il n’était absolument pas question de laisser une race non aboutie aller se promener et répandre sa violence n’importe où. Ils durent se résoudre à utiliser le système de “quarantaine “ qui faisait disparaître tout corps organique issu du vivant. Tout humain, animal, animalcule, bactérie, virus, microbe, vivant ou mort, se trouvait transformé en énergie en une fraction de seconde dès que le vaisseau s’apprêtait à sortir du système. Il n’y eut qu’une exception, un équipage de cinq navigateurs fut capté par un mandala intérieur au système solaire mais la Fédération n’en trouva pas trace. Comment Présidente aurait-t-elle pu s’imaginer que Mat Ducerf avait reçu ces gens quelques centaines d’années plus tôt que leur départ ? Et, de plus, sans le faire exprès ? .
Oui, la Fédération avait des raisons de se soucier de l’arrivée de la 80° planète en son sein ! Des conséquences pouvant se révéler redoutables. Présidente était assez anxieuse de voir revenir au plus vite Emissaire. Pour le lui faire savoir, elle ne disposait que de deux moyens. Soit envoyer un second visiteur qui porterait ses instructions de retour précipité, soit consommer une grande énergie pour envoyer un “Titane” à mémoire de forme. On risquait, ce faisant, d’apprendre aux terriens une chose qu’ils semblaient ignorer totalement. Cela concernait les mandalas et donc le paradigme des 6 dimensions sur lequel toute la civilisation technique de la Fédération reposait. Ceci reviendrait à leur donner la réponse à la question que Emissaire avait à trancher. Donc, de rendre son séjour inutile car à quoi bon faire passer un examen dont le candidat aurait les réponses fournies par l’examinateur ? Il fallait bien y réfléchir se dit-elle, il semblait que les terriens aient, de l’usage des mandalas, une science différente de celle des planètes fédérées. Certaines utilisations qu’ils semblaient avoir découvertes étaient inconnues ici. Par contre une partie de ce qui était évident dans les 79 planètes paraissait totalement ignoré d’eux
Si ce que Emissaire avait dit au cours de son bref passage se trouvait confirmé, les terriens ignoraient que l’on peut expédier de la matière par les mandalas. Bien qu’il y ait des limitations très restrictives, si on s’en tenait à des corps simples élémentaires, on pouvait y faire passer un métal comme l’aluminium ou un gaz comme l’oxygène ou un liquide comme le mercure. Ce n’était qu’une question d’intensité électrique dans le dispositif. La forme de ce qu’on expédiait ainsi ne pouvait être conservée pendant le transfert, tout arrivait sphérique, c’était une question d’encombrement minimum pour une masse donnée. Par contre, le temps de transfert n’était pas nul, puisque l’on n’utilisait ni l’inversion de temps ni le retour d’entropie comme c’était possible avec le vivant. Un rapide calcul sur son terminal lui montra que pour envoyer une masse de 10 grammes de Titane à mémoire de forme, le temps de transfert serait de 4 jours 9 heures et six minutes en temps local. Si Emissaire était à Samye quand cette bille arriverait, il lui suffirait de la chauffer à 594° pour qu’elle reprenne sa forme initiale : celle d’une feuille carrée de un pouce par un pouce par 0,01 pouce. Le pouce type universel pour les fédérés correspond à 6,058 cm.
Sur cette feuille, un ordre bref serait gravé en creux à la pointe sèche. Puis le Titane pur subirait une opération de recuit spécial qui lui conférait la mémoire de la forme. L’ordre donné à Emissaire pouvait être, par exemple << Revenez >>. Mais qui le préviendrait qu’un message “titane “ l’attendait ?.
Non, tout compte fait, il était préférable d’envoyer un espion qui le joindrait discrètement et lui donnerait les ordres de retour de vive voix.
Un autre argument s’ajouta aux précédents, durant sa réflexion. En effet, les règles de la Fédération limitaient les envois de matières à des cas particuliers très précis. Le message “titane “ figurait dans la liste des opérations à n’exécuter que rarement. Ce type d’envoi n’était pas considéré comme très poli, ni particulièrement aimable ,alors on essayait de l’éviter. Ah! S’il avait été simplement question d’expédier de l’oxygène et de l’hydrogène séparément dans un monde sans eau! Cela se justifierait pour permettre à quelqu’un de survivre en réalisant la synthèse de l’eau, par étincelles à la sortie du mandala récepteur. De surcroît,, cela aurait été bien vu. Il en aurait été de même si un mandala devait être réparé et que l’on eut manqué de cuivre pour ce travail. Mais, pour un simple message qui circulait moins vite qu’un envoyé, cela devenait bien trop grossier !
Elle se mit à la recherche sur fichiers. Pour elle, le meilleur espion possible devait, d’une part, avoir déjà opéré sur la Terre, bien en connaître les usages et la langue, mais aussi savoir être particulièrement discret, têtu et rusé. Finalement il n’y avait que très peu de personnes pouvant accomplir ce travail ! Finalement elle eut à choisir entre trois personnes, venant de planètes différentes. Mais une seule était habitée par des HUMABS dont l’aspect physique était assez proche de celui des terriens pour qu’elle ne soient pas immédiatement repérée. Il s’agissait des fameux Eloïens. Donc l’espionne, puisqu’il s’agissait d’une femme, devrait passer inaperçue malgré une taille assez grande et voisine de 1 m 85.
Présidente, ressentant une grande gêne, car cela ne se faisait pas, regarda l’identité officielle de la personne. En principe la politesse aurait voulu qu’elle demande à cette femme sous quel nom elle désirait que Présidente la nomme et de son côté, Présidente aurait dû en faire autant. Mais pour les cas sans échange de noms, et quand la simple fonction ne pouvait suffire, on pouvait regarder dans l’Officiel pour obtenir au moins une désignation d’attente.
Ainsi que pour tous les Eloïens, son nom se terminait en “ ael “. Sa fiche nominale de base indiquait Féligrabael. Il était vraisemblable que ses amis de travail la nomment Fégael, pensa-t-elle en rougissant de confusion. Lors de sa précédente mission sur la Terre, il y avait maintenant 21 ans terrestres, Fégael, donc, participa, en tant que “remplaçante”, à une équipe des meilleures équipes de nageuses . Elle avait soigneusement conservé par devers elle, les documents qu’elle avait eu à utiliser sous le nom terrien de LUON 457 ARCO - (dite “ Arc “ pour les proches). Curieuse manie qu’avaient ces terriens de donner un nom en deux groupes de lettres souvent imprononçables, séparés par un bloc de chiffres. Et ce, pour tout le monde. Ils y ajoutaient un bref sobriquet, que tout un chacun pouvait connaître, et qui était utilisé aussi bien par les proches que pour les particulièrement intimes. Quel manque de raffinement !
Présidente se pencha sur le cas Fégael pour connaître les détails de sa précédente mission et constata à quel point l’opération avait été bien menée ! Il y avait eu, tout simplement, substitution de personne. Les services de la Fédération avaient cherché et repéré, parmi une multitude, une femme ressemblant le plus possible à un agent de leur service. Ils ne regardèrent pas du côté masculin car, si sur Terre il existe des grandes femmes, trop peu d’hommes dépassent les deux mètres. Ils avaient préféré cette démarche plutôt que réaliser l’inverse , c’est à dire chercher à ce qu’une espionne se grime assez bien pour ressembler à une terrienne. Quand ils eurent trouvé leur victime, ils l’étudièrent pendant des mois et finirent par tout en savoir. Puis, un soir, ce fut la fausse Arc qui rentra au domicile de la victime choisie et se substitua à la vraie. Cette dernière, la pauvre, pensa Présidente, fut enlevée, emmenée au mandala de Samye et envoyée dans le monde des Eloïens. Une fois sur place, elle fut inscrite et coincée dans un centre de recherches. Là, on lui donna un travail de surveillance de machines analytiques, en lui faisant croire qu’elle avait été sélectionnée pour un projet secret commandé par Nounou. Elle se croyait encore sur la Terre !. L’opération inverse fut réalisée six mois plus tard. On lui rendit ses identifications et ses cartes de distribution, non sans les avoir copiées. Présidente en déduisit que si elle confiait la mission à cette Fégael il faudrait, de nouveau, opérer de la même façon. Mais, il semblait qu’après que la première avait eu lieu, la véritable Arc avait éprouvé des difficultés à se réadapter. Elle passa longtemps pour un peu dingue avec ses histoires de base secrète et de recherches pour Nounou.
Ses amis, qui voulurent vérifier ses dires, auprès de la grande toile n’obtinrent que des réponses négatives. Mais, si Nounou avait effectivement mené des études secrètes, n’en aurait-il pas été exactement de même ? Bien joué ! , se dit Présidente. Eh bien ! Donc, qu’il en soit ainsi, elle enverrait la fausse Arc reprendre du service et lui demanderait de contacter Emissaire.
Deux éléments déterminants et de la plus haute importance ne figuraient pas dans les documents que consultait la Présidente. Il s’agissait d’histoires de coeurs que les intéressées avaient soigneusement gardées cachées. Car, tant la vraie que la fausse Arc, avaient trouvé le compagnon idéal au cours de cet échange imposé.

Arc.
Voici comment Arc, la terrienne, vécut la chose. C’était une grande jeune femme, bien faite et portée sur l’élégance vestimentaire ainsi que sur la beauté en général. Elle cultivait son corps en se livrant avec passion à la natation et à la danse classique. Figurant parmi les meilleures mais pas classée super championne, il arrivait, de temps à autre, que l’on sollicite son inscription pour remplacer une défaillance dans l’équipe de sa région. Arc vivait un gros problème que toutes les femmes coquettes comprendront . Compte tenu de sa taille, elle devait éviter les chaussures à talons hauts car elle se serait trouvée plus grande que ses compagnons de danses ou de sorties. Il s’était pourtant produit, trois fois dans sa vie d’adulte, que l’assistance ou la réunion comporte un célibataire très grand. Ce furent : un basketteur, un joueur de volley, et pour le dernier, un plongeur. Elle s’était senti attirée et avait tenté sa chance, mais tous ces hommes très grands adorent les femmes les plus petites ainsi que Nounou consultée le lui avait expliqué. Donc, en dehors du plaisir de tourner quelques danses avec de hauts talons qui mettaient bien en valeur la beauté de ses jambes, elle n’obtint rien d’autre. Bien sûr, et hors des sorties accompagnées elle avait une vie sexuelle normale pour les terriens de l’époque. Arc pouvait assurer sa quotité moyenne minimale d’orgasmes : une petite série de deux à quatre, selon le partenaire, à chaque trimestre. Cela ne l’empêchait nullement de rêver du Prince Charmant qui, un jour, l’aimerait.
Un Eloïen vint, sur la Terre prendre livraison du colis qu’elle était pour les services secrets de la Fédération. Il l’emmena vers Samye, puis composa le code qui les conduirait directement chez lui, sans passer par Floric. Pendant le voyage aérien, entre Paris et le mandala, elle n’eut de regards que pour lui, tant elle le trouvait charmant. Sa taille dépassait les deux mètres mais il était si bien proportionné qu’il fallait être tout près de lui pour le remarquer. Ses cheveux étaient blonds, souples et descendaient dans son dos jusqu’à la ceinture, en longues mèches d’or. Ses yeux montraient une couleur bleue, mais tirant un peu sur le violet, sous d’épais sourcils aussi blonds que la tête. Son âge était indéfinissable, ce n’était pas un gamin certes, mais, elle le crédita de quarante ans à peine. Elle ne s’aperçut même pas qu’ils entraient et sortaient du mandala tant elle était en contemplation de son idéal masculin. Une fois à destination et d’un geste naturel, elle lui donna le bras tandis qu’il la dirigeait à travers un dédale de couloirs et de portes. En réalité ce pseudo laboratoire secret était situé dans le sous-sol d’un complexe administratif dont la tâche était de contrôler des prélèvements sanguins de routine. L’Eloïen lui avait déclaré, avec une certaine gêne, que ses relations de travail le nommaient Préleveur car son travail consistait à prélever des échantillons dans des tubes et à les introduire ensuite dans l’appareil qui en ferait les analyses. Arc déclina son identité officielle et lui demanda de la nommer Arc, tout simplement. Seulement trois lettres ! Sur ce monde, plus on autorisait un autre à vous donner un nom court, plus on montrait son affection. Trois lettres signifiaient une déclaration enflammée avec désir de relations stables et durables. Comme elle lui plaisait bien avec sa taille un peu petite et ses beaux yeux noirs, rarissimes ici, et donc particulièrement prisés, il lui donna l’un de ses noms, il choisit six lettres car, pas question d’aller trop vite avec cette souris. << Vous pouvez me nommer Mikael >>.
Ce prénom, existant sur la terre, ne devrait pas la surprendre et c’était le but. Moins elle saurait ce qui lui arrivait et mieux ce serait. Donc, à partir de ce jour Mikael et Arc travaillèrent dans le même laboratoire, mangèrent ensemble et conversèrent de tout et de rien chaque jour. Au cours de la fin du premier mois, Arc, ayant besoin que Mikael lui passe un instrument s’adressa à lui en lui disant :
<< Miki, peux-tu me passer le porte-tube s’il te plaît ? >>
Il en devint cramoisi et ne savait ou se mettre devant les collègues. L’utilisation, devant d’autres d’un prénom plus court que celui employé d’habitude revenait à annoncer qu’ils vivaient ensemble. Cela correspondait, à un enregistrement à l’Etat Civil, d’une demande de procréation commune ! Impossible de révéler à Arc qu’elle ne se trouvait pas sur Terre et que d’autres règles jouaient. Interdiction aussi de mettre les autres travailleurs du centre dans le secret, sinon ou serait le secret ? Et combien de temps passerait avant qu’un imbécile ne se coupe ? Il n’avait pas d’autre choix que d’entériner. Depuis qu’il l’avait amenée pourtant, il l’avait toujours nommée avec le nom de son travail :” Conductrice sept”, car elle avait à fournir les tubes à traiter, au septième bloc d’analyse,. Et voilà qu’il devait employer devant les autres le nom qu’il utilisait pour elle dans ses pensées intimes lorsqu’il se disait qu’il aurait bien vécu un ou deux siècles avec elle. Il se trouva obligé de brûler les étapes et, donc répondit :
<< Tiens, le voilà, Arc >>
A cet énoncé toute la salle se mit à applaudir à l’ébahissement de la pauvre terrienne. En quelques minutes les paillasses furent débarrassées de ce qui les encombraient et transformées en tables sur lesquelles vinrent bientôt s’étaler des plats de nourritures et des boissons alcoolisées. En peu de mots, le mariage fut ainsi célébré et les jeunes époux raccompagnés jusqu’aux appartements de Mikael. Si Arc avait de l’attirance pour Miki, ce dernier depuis cette déclaration dévergondée, avait ressenti une poussée hormonale intense. Encore sans la moindre descendance il éprouvait effectivement un fort sentiment pour Arc qu’il n’osait pas désigner sous le terme d’amour, mais qui y ressemblait fort. Mikael n’avait que 149 ans à l’époque, ce qui était le début de l’âge adulte chez les Eloïens puisque leur espérance de vie avoisine le demi-millénaire. Donc, sachant que la relation ne pouvait être que précaire, et avec regret, il ne fit rien pour obtenir une autorisation. Ceci ne surprendrait personne, souvent de jeunes couples attendaient leur âge mûr pour le faire. Ainsi ils pouvaient avoir une vie amoureuse intense en attendant de pouvoir se consacrer aux joies parentales.
Les femmes terriennes avaient toujours eu beaucoup de succès avec les Eloïm car l’odeur de leur peau entraînait un effet aphrodisiaque sur eux. Ce serait peu de chose que d’écrire que Arc et Miki furent heureux ensemble. Ils ne voyaient pas le temps passer, entièrement absorbés dans leur passion. Quand Arc se retrouva, plus tard, de retour sur terre, elle fut persuadée qu’elle sortait d’un labo enfoui sous l’Himalaya et pensa que dès que son Miki aurait fini son boulot il la rejoindrait. Donc elle l’attendait patiemment en élevant l’enfant qu’elle avait eu de lui sans la moindre autorisation. En effet, Mikael se sachant protégé par les contraceptifs que Arc absorbait chaque jour avec sa pitance, n’avait pas pris d’autres précautions. De son côté Arc, se croyant sur terre, pensait également que sa ration alimentaire et son médic opéraient comme d’habitude. Grossières erreurs, car dans le pseudo labo secret, l’ordinateur qui servait Arc ne la considérait que comme visiteuse et donc n’introduisait aucun produit spécial puisque cela aurait constitué une ingérence grave d’un monde dans un autre. Il ne lui servait pas plus ce qu’aurait demandé une visiteuse qui ne désirait pas procréer puis qu’elle n’avait fourni aucune consigne particulière dans un sens ou dans un autre. En résumé, revenue dans sa vie normale, elle retrouva avec un môme et sans pouvoir désigner le père autrement que par son prénom “ Mikael “. Quand quelqu’un voulait en savoir plus, elle racontait son travail “secret “ pour Nounou et tous rigolaient de sa fantaisie.
Ne pouvait-elle donc pas dire simplement qu’une nuit, lors d’une fin de semaine loin de chez elle, un peu ivre, sans doute, elle avait oublié les précautions d’usage et s’était fait faire un gosse par un gars de passage qui lui avait plu?. Elle ne serait pas la première et certainement pas la dernière. On finit par s’habituer au petit qui était très beau et grand pour son âge. Elle l’avait enregistré et la machine avait sorti son nom : Bhoz 006 Diom, mais tout le monde le nommait Iomael, sobriquet que la mère avait choisi pour lui et qu’il garda toute sa longue vie. Beaucoup plus tard, alors que son fils avait atteint l’âge de 46 ans, Miki, alias Mikael, alias Préleveur mais de son vrai nom Garboxipael, eut à consulter sa propre fiche dans l’officiel pour une raison purement administrative.
Il constata, avec stupéfaction, qu’il avait eu un enfant de cette Arc qui lui avait tant plu. Il en nota les références, le nom officiel sur terre et le sobriquet sous lequel tout le monde le connaissait : Iomael. Miki en fut heureux et se décida à réaliser, un jour, le nécessaire pour régulariser officiellement ses liens avec Arc. Il ne songea pas que pour Arc la moitié de sa vie était accomplie et qu’elle avait maintenant presque 70 ans. Il renvoya cette reconnaissance de paternité au moment où la Terre serait définitivement admise dans la Fédération. En attendant, il décida de se documenter un peu mieux sur ce qu’avaient jadis donné les croisements entre les Eloïens et les Terriennes.
Ce qu’il constata, au début et sans difficulté, était que ces hybrides s’étaient à leur tour croisés avec des humains plutôt que de se croiser entre eux. La loterie génétique avait entraîné que, sporadiquement, il naissait un individu plus près des Eloïens que des humains et que cela avait largement contribué aux progrès de l’humanité terrienne. La seconde chose concernait la longévité qui était celle des terriens à l’époque de la panne sur la Terre. Si on enlevait les morts par maladies, guerres ou famines elle se situait vers cinquante années et les plus anciens arrivaient à soixante ans. Les Eloïens vivaient une moyenne de 650 années de leur planète ce qui correspondait, en temps absolu, à 500 ans terriens. Les plus anciens atteignaient péniblement 5% de plus. Or, comme c’est souvent le cas avec les hybrides de première génération, certains caractères sont bien plus développés que celui de chaque parent considéré seul. Un type de cotonnier croissant à 1,2 mètres de haut, croisé avec un plant dont la taille va jusqu’à deux mètres peut donner un hybride H 1 qui croit à plus de trois mètres ! Eh bien ! les descendants avaient vécu bien plus de 800 ans ! L’histoire des terriens l’avait noté dans un texte nommé “bible” . Un Adam vécut 930 ans , son fils Seth 912 et son petit-fils Enoch 905. Le record avait appartenu à un Mathusalem qui tint jusqu’à 969 années. Lamech, ainsi, n’eut plus droit qu’à 777 ans tandis que son fils vécut, lui, 950 ans.
Puis, cela avait baissé de façon très rapide ensuite pour arriver à la moyenne générale quelques générations après. Ce qu’en retenait Garboxipael c’était que son fils avait des chances de devenir l’ancien de la Fédération, un jour lointain. Honneur suprême ! , mais honneur qu’il ne partagerait pas, bien sûr, mais dont il se réjouissait pour sa lignée.
Sa décision était prise, il retournerait sur Terre et verrait Arc. Il ferait sa demande et ils choisiraient tous les deux sur quel monde ils souhaitaient vivre. Il lui dirait tout ! Le secret serait levé pour tous. Et ceci, dès l’admission effective de la Terre dans le groupe des planètes. Ceci serait concrétisé lorsque les ordinateurs centraux de la Terre se mettraient en réseau avec ceux de la Fédération. Pourvu que cela se fasse vite !

Fégael.
Se glisser dans l’identité de Arc ne posa aucune difficulté à Fégael, c’était une de ces tâches auxquelles elle avait été longuement préparée. La mission qu’elle devait accomplir pendant les six mois de substitution était simple : chercher à savoir ce qu’il en était de l’entraînement guerrier de futurs voyageurs de l’espace dont d’autres agents avaient entendu parler. En annexe, se renseigner sur ce qu’étaient les essais de voyage à distance que les terriens entreprenaient près du Sahara. La tâche principale put être accomplie par simple lecture des bulletins d’information dans la presse courante. En fait cet entraînement concernait un très petit nombre d’individus et ne cachait aucune intention belliqueuse. C’était plus une formation spécifique destinée à l’étude de mondes extérieurs inconnus. Quand la substitution se fit, la Terre ne savait même pas que la Fédération existait et elle ne l’ apprendrait que quelques décennies plus tard, lorsque Betty reviendrait de Floric.
Pour la mission subsidiaire elle participa aux essais qui eurent lieu dans une gare désaffectée du chemin de fer transsaharien et c’est dans ce lieu désertique qu’elle rencontra pour la première fois l’un des plus grands savants de la planète : Olaf (000) Sterne que tous nommaient Olaf. Ce gaillard, bien moins grand qu’elle, était le responsable du projet de lancement d’un vaisseau porteur de mandala vers une planète lointaine. Ce qui l’amenait dans ce trou, pour les quelques mois à venir, était surtout la vérification de la distance maximale à laquelle une paire de mandalas synchronisés pouvait fonctionner en tant que transporteur d’humains. Fégael, dans le rôle de Arc, technicienne standard, polyvalente pour des tâches simples, n’avait eu aucun mal à obtenir l’un des six postes à pourvoir car les amateurs ne se bousculaient pas. Elle avait prétendu vouloir, en travaillant quelques mois d’affilée, se constituer un capital de kilomètres assez grand pour qu’elle puisse, ensuite, entreprendre le tour de la planète en congé, quand tout serait achevé. Ce genre de motivation était le seul qui ne surprendrait personne. Fégael portait, en réalité, un âge beaucoup plus conséquent que celui de Arc, et dépassait les 220 années. Pour sa planète d’origine c’était la force de l’âge et aussi le bon moment pour procréer. Olaf, quant à lui n’avait que 65 ans ce qui le mettait à mi-chemin de son espérance de vie. En cela ils en étaient au même point : chacun d’eux pouvait vivre encore autant et un peu plus que ce qu’il avait déjà vécu.
Une des constantes universelles est que, si un motif de coquetterie n’intervient pas, (comme celui du fantasme de la vraie Arc pour les talons hauts ), les grands hommes sont attirés par les petites femmes et inversement. Donc, Fégael fut touchée par la musculature compacte d’Olaf et celui-ci par l’immensité de la conquête potentielle que représentait cette magnifique femme. Elle n’était pas particulièrement futée alors que lui était l’un des plus beaux esprits de la terre. Il aima sa simplicité elle admira sa puissance intellectuelle. Un jour, timidement, il osa une tentative qu’elle ne repoussa pas et ,sans réfléchir, lui demanda son plus petit nom. Elle avait oublié, sous l’émotion qu’elle se trouvait sur terre ! Olaf lui dit que sa mère, lorsqu’il était bébé le nommait Oli et qu’elle pouvait agir de même. Elle en fut charmée, il acceptait l’union ! A son tour elle le pria de ne plus l’appeler que Fael et se considéra comme liée à lui pour un long bail. Puis, elle se rendit compte que, sur la planète Terre, cet échange de petits noms ne signifiait rien de plus qu’une camaraderie. Elle passa outre et ils devinrent amants à leurs satisfactions réciproques. Puis, Oli lui demanda si elle voulait bien avoir un enfant avec lui. Elle avait retardé l’échéance de procréer trop longtemps. Sans se soucier le moins du monde de la précarité de sa situation, ni de l’interdit qui frappait encore les croisements avec des humains “non aboutis” elle se laissa porter par ses phéromones. Elle se disait, qu’avant cent ans, la terre serait Fédérée. En un mot, elle se trouva suffisamment de bonnes raisons pour commettre cette grosse bêtise.
De retour sur sa planète après une rupture explosive (simulée mais définitive) d’avec Olaf, elle eut la même démarche que Préleveur, alias Mikael, et chercha à se renseigner en ce qui concernait les hybrides entre humains et femmes de sa planète. Elle dut vite constater que le cas n’était pas répertorié ! Des hommes Eloïm avaient eu des descendants de femme de la Terre, mais jamais le contraire ne s’était produit. Elle innovait. Mais, toujours aussi peu intelligente que d’habitude, elle se dit qu’il n’y avait pas de raison que cela ne marche pas et attendit avec impatience la naissance de son enfant. Elle eut de la chance, car effectivement un bébé naquit, de sexe féminin et qui avait une forme et des caractéristiques humanoïdes certaines. Mais cette enfant présentait une caractéristique unique et bien particulière. Quelque chose que nul n’avait jamais constaté depuis que les mondes de la Fédération existaient : elle avait les cheveux bleus. Assez clairs à la naissance, ils foncèrent rapidement après quelques mois et se stabilisèrent en un joli bleu comme celui du ciel terrestre. Fégael la nomma Jikosibaelle ce qui veut dire “ciel lointain “ . Oui, elle eut le culot de terminer le nom en ” aelle” ce qui ne se faisait que pour les anciennes impératrices. Mais comme l’enfant était l’unique de son espèce cela fut accepté. Dans l’intimité elle la nommait Jiko, tout simplement.
La mère était néanmoins inquiète car elle se demandait quelle serait l’espérance de vie de Jiko ? Les médicastres ne purent que pronostiquer d’après la vitesse de son développement osseux et de la maturation de son intelligence. Ils dirent que, pour eux, Jiko vivrait autant que la moyenne de la population. Ce qui ne les mouillait pas beaucoup car ils omirent de préciser s’il s’agissait de celle du père ou celle dont la mère était originaire ?

Fégael fut surprise, et aussi ennuyée lorsque, par la voie des Ambassades, elle reçut une convocation de Présidente. Celle-ci précisait vouloir l’expédier sur Terre. Dans le but de voir l’évolution de la mission de Emissaire, et surtout pour transmettre à ce dernier l’ordre de revenir au plus tôt exposer son rapport. Reprendre du service, juste maintenant, ne l’enchantait guère, même si c’était pour peu de temps. Car, si l’on sait quand on part, il est assez difficile de savoir quand le retour effectif aura lieu. Il y a tant de dangers et d’avatars possibles. La seule raison qui pouvait un peu la motiver était la perspective de rencontrer Olaf et de pouvoir lui parler de la coqueluche de la Fédération : leur fille, Jiko ! Mais, ce n’était que peu de satisfaction comparée au fait de laisser sur place tout ce qu’elle avait en cours. Lancer son enfant dans l’impitoyable univers de la communication prenait tous ses instants de liberté. Partir vers une autre planète juste maintenant, au moment du grand rassemblement du solstice d’été, ne l’enchantait pas.
Seulement, les Eloïens diffèrent des terriens notamment en ce qu’ils ne sont pas des humabs ressentant des humeurs ou des pulsions de rébellion. Quand une autorité décide, c’est que le bien commun en dépend. Donc on obéit et c’est tout. C’est donc, le coeur un peu gros, qu’elle se retrouva quelques jours plus tard au Temple de Samye munie des faux papiers de Arc.
Le voyage vers Washington se déroula sans incident et, à peine sur place, elle se mit en quête de Emissaire. Or, elle apprit avec stupéfaction que ce dernier avait eu une crise et que les terriens essayaient désespérément de sauver sa vie dans l’hôpital central de Washington. Les visites étaient interdites, le malade semblait être considéré comme perdu, mourant de vieillesse et d’épuisement. D’après ce qu’elle put savoir nul n’était capable de dire depuis combien de temps les soins duraient et pas plus si un espoir existait vraiment. Pour Fégael, cela devenait extrêmement ennuyeux car elle devait faire un choix et prendre une initiative. Or, elle détestait cela. Si elle revenait aussi vite que possible vers Floric pour avertir la Présidente de la situation cela n’aiderait en rien cette dernière. Si elle restait sur place pour tenter d’obtenir des informations utilisables sur le réel degré d’évolution des terriens, cela risquait de durer un peu trop à son goût. De plus, elle ne se sentait pas la personne la plus compétente. Finalement elle décida de rester une semaine et de tenter de voir Olaf pour obtenir de lui quelques informations et même des passe-droits lui donnant accès à Emissaire.
Mais il y avait un sacré hic, cette fois-ci : pas question de faire disparaître, à elle seule, la vraie Arc et de prendre sa place. Il n’y avait pas d’équipes de la Fédération opérationnelles attendant ses ordres. Autant dire qu’elle ne pouvait compter que sur elle-même. Elle se dit que, parfois, exprimer la vérité est le plus simple. Elle décida donc de se présenter au premier centre/temple de Nounou, d’entrer dans une des cabines pour converser avec la machine, de lui dire qui elle était et qu’elle voulait des nouvelles de Emissaire.
Profondément enfoncée dans son fauteuil et la tête dans ce qui semblait un terminal son, elle déclina sa véritable identité et posa sa question. Il y eut environ deux secondes d’attente et elle entendit ceci :
<< J’ai enregistré votre identité et votre provenance. Depuis votre arrivée vous utilisez des cartes sous un code existant ailleurs et cette situation me cause des problèmes. Vous trouverez dans le tiroir sous la planchette du terminal, le texte intégral de notre entretien et de vraies cartes à votre nom. Ceci vous évitera d’utiliser de fausses références à l’avenir. L’envoyé de la Fédération que vous désignez comme “ Emissaire “ n’est pas décédé. Malgré son vieillissement et la fragilité des ses organes, il y a un espoir de le sauver grâce à la technique thérapeutique par Mandalas. D’après les entretiens que j’ai eus avec votre ambassadeur depuis son arrivée, cette méthode n’est. pas connue de la Fédération. Elle participera à l’apport de la planète Terre, si (et quand) les terriens décident d’y entrer en tant que quatre-vingtième monde. Cette décision est imminente. Je ferai savoir ce qu’elle est à Emissaire, si sa santé est rétablie ou à vous-même dans le cas contraire. Actuellement, et sans autres détails de la technique des terriens, Emissaire est sous une forme “dissociée “. Il ne sera reconstruit que quand sa guérison sera probable. D’ici là vous pouvez me poser toutes les questions que vous voulez, sauf, bien sûr, si cela concerne les mandalas >>
Fégael ne comprenait rien à ce que la machine expliquait si ce n’est que sous un délai inconnu, elle saurait si Emissaire était vivant ou mort et, donc qu’elle devait au moins rester sur place encore quelques jours au plus. Pour le reste elle rendrait compte à Emissaire ou à Présidente et lui communiquerait tout ce que l’ordinateur Nounou lui imprimerait. En attendant, elle se sentait assez libre, et posa la seule autre question qui l’intéressait :
<< Pouvez-vous me communiquer l’adresse et les détails de l’état civil d’une personne nommée : Olaf 000 Sterne ? >>
<< Olaf 000 Sterne 156 Avenue Mathieu Ducerf à Milan en Italie -Europe. Marié, enfants : 2, demande de permis de procréer en attente : 0, Profession : Physicien, Spécialisation : Super hélices et mandalas, âge : 85 ans terrestres. Désirez-vous ses coordonnées téléphoniques, télex, et terminal personnel ? >>
<<Oui, j’aimerais bien que vous les imprimiez sur la copie de notre entretien. Y a-t-il un inconvénient à ce que je le contacte ? >>
<< Non, mais auparavant sachez que Olaf 000 Sterne est tenu au secret pour tout ce qui concerne les mandalas et, ce, jusqu’à l’entrée des habitants de cette planète dans votre Fédération. >>
<< Fin de consultation >>
Sous la tablette, quelques instants plus tard, Fégael trouva ses cartes d’identification et de distribution ainsi que le compte-rendu de l’entretien. Sans sortir de la cabine elle composa le numéro qui devait la mettre en contact avec Olaf 000 Sterne, et, par chance tomba directement sur lui. Elle lui dit qui elle était vraiment et tenta faire renaître le souvenir de la période où ils travaillaient tous les deux dans cette ancienne gare à la limite du Sahara, vingt ans plus tôt. Mais il n’avait gardé, de cette époque, que des flashes se rapportant à son travail dont il ne pouvait pas trop parler. Oui, en y repensant, il admit qu’il avait eu une aventure sur ce site et qu’il lui semblait qu’à la fin il s’était fait jeter. Comme ce genre de choses ne lui arrivait jamais, il s’était dépêché d’oublier l’incident. Maintenant, il était marié, heureux en ménage et ne comprenait pas bien pourquoi, après si longtemps, elle prenait contact avec lui ? De son point de vue, Fégael perçut cette réponse comme une douche glacée et demeura saisie. Elle avait toujours cru être reçue avec allégresse et, donc, à ce moment parler de leur fille comme d’un cadeau qu’elle lui ferait ! Elle se rendit compte qu’elle avait passé toutes ces années dans un romantisme injustifié et que, lui n’en était pas responsable. Voulant, à son tour, le choquer, elle lui exposa que sous le nom de Arc, il avait, en fait, fréquenté une personne de la Fédération envoyée pour savoir quels étaient les progrès des terriens. A son tour, il en demeura sans voix. Pour parfaire sa revanche à l’accueil si froid qu’elle venait de recevoir, elle lui parla de Jiko. Insistant sur la réputation de la fille aux cheveux bleus, connue de toute la Fédération, et considérée à l’unanimité comme la plus belle jeune femme des 79 planètes.
Olaf restait muet et, sûrement, se demandait s’il n’avait pas affaire à une piquée. Il ne savait pas quoi dire, alors, pour gagner du temps il demanda de lui transmettre par e-mail une photo actuelle de la mère et de la fille. Fégael expédia aussitôt sa propre photo,( le terminal disposant du matériel nécessaire) puis expliqua qu’elle était arrivée par mandala et donc sans rien d’autre que son corps. Elle n’avait aucune photo de sa fille à lui montrer. Mais, ajouta-t-elle, dès que la Terre entrerait officiellement dans la Fédération, il était cordialement invité à venir la voir. Olaf dit que ce serait bien comme cela, et du bout des lèvres posa la question de savoir si, elle, Fégael et non plus Arc, voulait entreprendre le voyage pour le rencontrer physiquement . Elle avait, depuis plusieurs minutes, parfaitement pigé que de ce côté, elle ne trouverait ni appui, ni passe-droit, alors elle remercia et déclina l’invitation. Malgré tout, avant de terminer, elle se sentit obligée de lui demander ce qu’il savait sur ce qui était arrivé à Emissaire et sur le pronostic de son rétablissement ? Heureux de laisser tomber le sujet scabreux de leurs anciennes relations, Olaf, qui n’en savait pas plus que le commun de mortels sur le sujet, lui livra un petit détail sans même s’en apercevoir en lui disant :
<< Le passage par mandalas se faisant en quelques instants, Emissaire doit se trouver sorti de ces appareils depuis belle lurette et, donc se trouver en réanimation ou en soins intensifs >>
Fégael ne prolongea pas la conversation. Elle venait de comprendre que Emissaire serait mort ou guéri avant peu. Elle prit la décision à s’installer dans un hôtel proche de l’hôpital et à l’attendre. Au moment où elle se levait de son siège elle entendit qu’un document arrivait dans le tiroir et s’en saisit, il y avait deux feuillets, l’un, en provenance de Nounou disait : <<Veuillez trouver ci-joint le message que Emissaire a laissé, avant son opération mandalas, et qui est destiné aux personnes de la Fédération. Comme il est rédigé dans un langage qui est inconnu ici, je vous adresse une photocopie. J’apprends à l’instant que l’opération a eu lieu et semble réussie mais que Emissaire doit rester dans l’isolement encore quelques jours. >>
L’autre page était écrite dans une langue secrète réservée aux Ambassades et services d’espionnage. La signature et les codes d’identification nécessaires étaient bien sûr, incontestables, donc ne pouvaient venir, effectivement que de Emissaire. Elle précisait que les gens de cette planète Terre, à sa demande, et vu son état désespéré, allaient tenter une thérapeutique pour le sauver. Emissaire y avait ajouté une phrase à l’insu des terriens tout en rédigeant le texte sous leur dictée : <<Je me demande s’ils sont assez aboutis pour être admis ? >> Fégael décida de retourner à Samye et d’envoyer un “titane “ vers Floric pour rendre compte de la situation puis de revenir, ici, suivre les événements.


Chapitre 11


LES SEICHES.

Qui part en voyage,
S’emporte en bagage.
M. H.

Secco avait tout de même posé une condition à Kog pour ouvrir le dernier des fichiers secrets de BAFESI et l’homme avait accepté cette demande : Les seiches voulaient pouvoir participer, si elles le souhaitaient, à l’aventure extraterrestre. Elles demandaient que l’on étudie comment pouvoir leur appliquer le système des mandalas pour visiter d’autres planètes. Il était peu probable qu’un mandala puisse être utilisé dans l’eau de mer. Il faudrait donc des bonnes volontés pour les amener, en bon état, pendant quelques instants à l’air libre vers un premier mandala pendant qu’une autre bonne volonté les attendrait au second mandala avec un aquarium ! Le service que venait de rendre l’amie Secco, valait bien ces modestes contraintes.
Les plus grands physiciens et savants mathématiciens de la Terre pouvaient disposer, enfin, de la connaissance qu’avaient les Cephs du monde ancien des Cralangs d’où venait BAFESI. Ils se mirent à travailler d’arrache pied et parvinrent à une bonne compréhension du paradigme en 5 jours et 5 nuits. Traduit en langage courant par Betty pour Kog, cela donnait quelque chose comme ceci :
<< Mat Ducerf a essayé de mettre au net un nouveau paradigme qui comportait six dimensions, en cela il eut raison. Mais il se trompa sur la nature des dimensions. Lui, avait conçu un système symétrique dans lequel il voulait voir trois dimensions spatiales mêlées à trois dimensions temporelles. Pour les anciens Cephs, et sans doute aussi pour ceux de la Fédération, il n’en est pas ainsi. Aux trois dimensions géométriques ou spatiales bien connues et très compréhensibles, ils en ajoutaient une quatrième comme l’avait fait Einstein. Celle-ci n’était perceptible que par son effet : la gravité. Ensuite pour le temps ils distinguaient une dimension (ou un effet) ondulatoire et une dimension (ou une propriété) corpusculaire. Mais la quatrième dimension, celle définie par Einstein, ne jouait pas que sur l’espace, elle avait aussi un effet sur les deux autres dimensions du temps. Voilà où résidait toute la différence ! >>
Kog écoutait et cherchait, de bonne foi, à comprendre, comme le faisaient tous ceux qui suivaient le symposium et n’étaient pas des spécialistes. Alors il posa quelques questions dont la première fut :
<< Quand tu parles de la quatrième dimension géométrique dont nous ne percevons que l’effet sous forme de force de gravitation, que veux-tu dire ? >>
<<Je vais essayer de te faire comprendre avec un mauvais exemple : imagine un oreiller en plastique transparent et gonflé avec de l’air. O. K. ? Poses dessus, en équilibre, deux balles de tennis, tu suis ? Maintenant, avec le bout d’une règle, enfonce le dessus de l’oreiller vers le bas, que va-t-il se passer si tu pousses de plus en plus ?>>
<< A la fin les balles vont rouler vers le creux causé par la règle et se rencontrer, c’est cela ? >>
<<Tout à fait ! Seulement Einstein ne considère que la force de poussée de la règle et ne voit que l’attraction potentielle des balles vers le centre. En un mot, la règle, on ne la voit pas, on sait par calcul qu’elle existe et crée une force d’attraction. Tu as ta réponse ! Autre question ? >>
<<Oui, évidemment : D’abord je croyais avoir compris, comme tout le monde, que Mat Ducerf avait, pour son paradigme, une dimension du temps en rapport avec une quantité consommable, que devient-elle maintenant ? Et s’il ne reste que deux dimensions du temps peuvent-elles être non abéliennes ? >>
<< C’est sans doute pour une raison de pure symétrie (trois pour l’espace, trois pour le temps ) que Ducerf avait inventé ce troisième facteur temps. Il faut dire que, si, à son époque, aucun savant n’a pris au sérieux ce qu’il écrivait, et si lui-même a toujours buté sur un développement de sa théorie, c’est justement par ce que ce point là ne tenait pas la route. Tout le monde pouvait imaginer la dimension granulaire du temps, de petites unités de 10 puissance moins quarante-trois secondes séparées par du non temps de même valeur. D’autres y avaient pensé et les avaient nommés les chronons. De la même façon, une onde dont restait la longueur et la fréquence à définir, pouvait se concevoir et les tenants de la nature ondulatoire de la matière s’en réjouissaient. Mais, là où le bât blessait, c’était dans cette vision de consommation, car cela revenait en fait à répéter que le temps existait dans le temps ! Ce pauvre Mat est tombé dans le panneau et n’a pas vu sa faute de logique. Quant aux utilisateurs de mandalas et étudiants ou professeurs venus après lui, du fait que le système fonctionnait, ils n’ont jamais vraiment remis en question la théorie.
Pour répondre à ta seconde question, je vais encore te donner un exemple : prends un dé à jouer de forme cubique avec ses points bien marqués. Poses-le, par exemple avec le un en haut. Supposes que tu doives exécuter deux mouvements : un vers toi plus un à gauche. Eh bien ! Tu pourras vérifier aisément que selon que tu fais en premier le mouvement à gauche ou le mouvement vers toi le résultat sera différent, les deux mouvements ne sont pas abéliens, as-tu pigé ? Je continue. Je t’ai dit que dans le paradigme des Cephs, la quatrième dimension géométrique intervient aussi sur les dimensions du temps, en fait, elle joue principalement sur la dimension ondulatoire et presque pas sur l’autre. Les calculs différentiels qui l’établissent ne sont pas à ta portée mais, fais-moi confiance à cet égard ! Donc, de même que s’ajoute, aux dimensions géométriques, un effet dû à la vision d’Einstein d’une dimension de plus, pour les deux dimensions du temps, s’ajoutent aussi un effet supplémentaire. Ce qui fait que sous cet angle, l’idée qu’avait Ducerf sur le confinement des quarks, semble toujours valable. Mais, pour le savoir, il va falloir que nous creusions un peu plus ce que nous venons d’apprendre. Veux-tu encore des explications sur tout cela ? >>
<<Non, je crois que j’ai compris, en gros, j’y réfléchirai une autre fois. Pour moi et donc pour nous tous , je me demande ce que ce paradigme va nous apporter dans l’immédiat, outre le fait que nous pouvons maintenant montrer à Emissaire que nous possédons cette théorie ? Quelles applications devons-nous espérer ? >>
<< Bien sûr, le fait de montrer aux autres que nous savons est un grand pas et plus rien ne s’oppose à ce que nous rentrions dans leur Fédération. Mais est-ce souhaitable ? Ce n’est pas moi qui vais le dire mais les Sages et sans doute après une consultation générale de la population terrienne. Pour répondre à tes interrogations je te rappelle que notre science des mandalas est embryonnaire ! N’oublies pas que seul le hasard a fait que lorsque Ducerf a réalisé ses essais, BAFESI soit autour de Pluton pour attraper les corps dissociés, les copier et les retourner par simple automatisme. Donc, à part le fait d’avoir confectionné des solénoïdes d’ordre trois, le niveau inventif des terriens peut être qualifié de “ plutôt bas” ! Nous commençons seulement à être capables d’envoyer des gens d’une planète vers une autre par nos bricolages. Le voyage que tu as effectué pour aller sur Love est le premier qui ne doive rien aux mandalas déjà mis en place par la Fédération. Moi, je n’ai fait que de savoir me servir des leurs ! Ce n’est pas super malin ! Nous ne comprenons même pas comment les outres pleines d’eau que j’ai trouvées en arrivant sur Love sont remplies par les gens de la Fédération ! Il doit bien exister un moyen de transmettre autre chose que du vivant ? Nous pouvons choisir de le rechercher nous-mêmes ou de le demander aux autres.
Par contre ce que BAFESI sait faire, et dont nous disposons, est le retour dans le temps sans déplacement de matière du tout.. Même si ce n’est possible que pour des circonstances exceptionnelles . Il nous faudra bien essayer de comprendre, avec ou sans l’aide des autres, y compris en interrogeant le vaisseau, comment cela fonctionne. Il y a pour des générations de travaux en perspective et cela me réjouit. Pas toi ? >>
<< Je ne sais pas trop quoi penser, je laisse le soin aux autres de choisir la meilleure solution pour la Terre. Moi, je suis un homme d’action et je me satisferai assez bien de pouvoir visiter tous les mondes de la Fédération et, encore plus, d’aller un peu traîner sur les planètes peu explorées. Ceci m’amène à une autre question : Si je conçois très bien que sur une planète où vivent des humanoïdes aboutis ceux-ci soient capables de construire des mandalas, je comprends mal comment il peut s’en trouver sur des mondes inhabités, sauvages ou mal connus, comment ont-ils pu réussir cela ? >>
<< Je ne sais pas ! Je pense qu’ils ont dû procéder comme nous et envoyer plusieurs centaines d’années avant nous des mandalas, par vaisseaux vides, vers toutes les planètes où l’humain pouvait vivre ? Du fait qu’ils sont 79, au bout de quelques millénaires, cela doit répondre à ta question>>.
<< Il m’en reste une et qui n’est pas la moindre : Dans les explications que nous avons eues sur Floric, ils prétendent être venus sur notre Terre depuis 10 000 ans au moins et avoir construit une ziggourat, en fait un mandala pour leurs venues postérieures. Bon, d’accord. Mais comment sont-ils arrivés jusqu’à nous première fois ? >>
<< Comme toi sur Love : ils ont envoyé un vaisseau avec mandala et sans équipage, puis ils sont arrivés nus dans leur vaisseau. Lorsque j’étais sur Floric, j’ai lu quelque part leur histoire. Quand ils ont voulu repartir, les plaques tectoniques avaient bougé, le champ magnétique terrestre local fut profondément modifié et leur mandala paraissait hors d’usage. Il leur a fallu des années pour comprendre pourquoi ils étaient bloqués et ils ont vécu dans leur vaisseau, se sont nourri des fruits et légumes de leur jardin pendant tout ce temps, puis ils ont pris une décision. Ils disposaient du matériel nécessaire à la construction d’un autre mandala mais à condition de détruire leur propre vaisseau. Alors, ils se sont mis à en construire un autre, à grande distance, en Mésopotamie, et loin de l’accident magnétique local qui les privait de retour. Ils l’ont dissimulé dans la ziggourat et construit de taille suffisante pour assurer, mieux que le vaisseau, les voyages futurs. Ensuite, quand ils furent prêts, ils ont sans doute mis le feu à ce qui restait de l’épave et sont rentrés chez eux. Ce qu’on peut en déduire est assez effrayant : il y a plus de dix milles ans qu’ils possèdent la technique à laquelle nous venons d’accéder, peut-être 11 000 années puisqu’il a fallu bien du temps pour qu’un engin vide parte de chez eux et arrive ici. De plus rien ne nous dit que ce transporteur était le premier de la série ! Ils ont une telle avance sur nous que cela me donne le vertige. Pourtant, sur place et dans les mondes que j’ai visités, je n’ai pas été frappée par autre chose que des différences de moeurs ou d’us et coutumes. Y -a-t-il eu régression, stagnation, absence de motivations ? Peut-être manquons-nous d’informations ? >>
Ils continuèrent ainsi à bavarder, puis décidèrent de rentrer et de suivre le grand symposium sur leurs écrans.

Le grand Symposium.
Ce qui se dit pendant cette conférence débat se ramenait à trois grands chapitres :
**Le premier, explicatif, se rapportait à des thèmes et des échanges. Tout à fait comme ceux que venaient d’établir Betty et Kog. Un peu plus technique certes, et partant moins compréhensible pour le commun des terriens, mais cela revenait peu ou prou au même.

**Le second fut d’avantage tourné vers la question de savoir si ,oui ou non, le voyage de Pim vers le passé avait eu un effet ? Cela donna lieu aux plus belles empoignades pendant trois jours jusqu’à ce que Varo prenne la parole et fasse le petit speech suivant :
<< Nous n’avons aucun moyen de comparer ce qui est à ce qui aurait pu être puisque nous ne vivons qu’un seul temps. Mais, du fait que nous sommes en possession maintenant du paradigme des Cephs, je dirais que cela a dû fonctionner. En effet, si nous laissons Emissaire sortir de sa convalescence et l’autorisons à vérifier auprès de nous (ou de SAPIENS) l’état de nos connaissances, il arrivera à des conclusions favorables. Je dirais donc que Pim nous à au moins fait gagner la douzaine de jours qui se sont écoulés entre son entrée et sa sortie de l’hôpital. Donc cela a effectivement fonctionné ! >>
La polémique se termina sur cette manière de voir les choses.

**La troisième partie concernait le choix d’adhérer ou non à cette Fédération. Après exposé des raisons pour et contre, on convoqua la population à une votation pour le lendemain matin. Chacun, sur son terminal, entre neuf et dix heures, (heure de Washington), donnerait son avis, comme à chaque fois qu’il y avait une importante décision à prendre. Nounou ferait les comptes, comme à l’accoutumée. Vers midi, au plus tard, la réponse de la Terre serait connue. On décida de laisser Emissaire sortir, juste à l’heure du résultat définitif.

Emissaire.
Au soleil, direct pour la première fois depuis presque deux semaines, Emissaire éprouva un peu de difficultés à supporter la lumière durant le premier quart d’heure. Mais, cela se confirmait, les terriens lui avaient rendu une forme physique qu’il avait oubliée depuis longtemps. Certes l’âge était là et la fatigue aussi, mais tellement moins qu’avant !
A l’hôpital, sa première surprise fut de constater qu’il avait toutes ses dents, et de plus en parfait état. Ses cheveux, aussi, avaient l’abondance oubliée de son plus bel âge. Tous les rhumatismes avaient disparus ! Son appétit revenu il dévorait ses repas. Ce n’est que le troisième jour qu’il se rendit compte que sa vue ne nécessitait plus de lentilles de contact.
Ainsi chaque matin il constatait une nouvelle amélioration et comprenait à quel point le système de guérison par Mandalas était précieux. Jamais, dans son esprit il ne pensa que les deux semaines passées en repos pouvaient être un moyen de le mettre hors d’action. Il était bien trop reconnaissant envers ce monde qui, non seulement avait sauvé sa vie, mais encore lui avait donné un bain de jouvence. Il avait hâte d’aller expliquer tout cela à Présidente.
Emissaire constatant une certaine agitation, dans les rues et dans les magasins, se renseigna. On lui expliqua que les terriens venaient de se prononcer et que les résultats étaient imminents. Quand il demanda la raison du vote et que ses interlocuteurs lui eurent répondu que cela concernait le fait d’entrer ou non dans la Fédération, il attendit avec la même impatience que les autres.
Sa surprise était grande, en effet, le cas ne s’était jamais produit auparavant. Chaque monde avait considéré comme une faveur et un honneur de pouvoir figurer dans le groupe. Or, pour la première fois, une planète avait voulu peser le pour et le contre avant de s’engager. La démarche, si on y réfléchissait, n’était pas sotte, car, lui, Emissaire avait, comme objectif, la même question. Pour y répondre, il faudrait qu’il consulte la machine afin de constater si oui ou non, le paradigme des Fédérés était connu ici. Dès que le vote serait tombé, il le ferait, et très vite, depuis le premier poste venu. Il en était parvenu à ce point de sa réflexion quand il vit, se dirigeant vers lui, Fégael qu’il connaissait assez bien.
Elle s’enquit de l’état de sa santé et se sentit heureuse de constater à quel point il avait été retapé. Puis, elle lui exposa le motif de sa présence et le fait qu’elle revenait de Samye après y avoir lancé un “titane”. Quand pensait-il rentrer ? Quel était son opinion sur cette planète ? Emissaire lui exposa que dans quelques instants il saurait le résultat du référendum et qu’ensuite il se dirigerait vers un terminal pour poser des questions clefs. Sous réserve, bien sûr, que les terriens disent oui et que plus aucun secteur de SAPIENS ne lui soit fermé.

Une heure plus tard ils obtinrent les réponses aux questions principales :
-Oui la Terre acceptait de devenir le 80° membre de la Fédération.
-Oui, Emissaire avait pu se brancher sur SAPIENS, désormais ouvert à toutes ses questions.
-Oui, dès que les moyens techniques seraient en place, SAPIENS se mettrait en réseau avec le réseau central de Fédération.
-Oui enfin, il y avait, dans la machine terrienne les données essentielles du paradigme admis chez les fédérés.
Après avoir exposé ses conclusions aux Sages, il les remercia encore une fois de l’avoir sauvé et si bien rétabli, puis prit congé de tous et retourna vers le temple de Samye en compagnie de la belle Fégael.
Ils étaient prêts, désormais, à passer dans le mandala pour rentrer sur Floric. Sur le socle de départ, il y eut une petite surprise : Olaf, qui savait, par les médias, que le retour de Fégael était prévu pour ce jour là, avait pris la peine de venir la voir partir. Il avait éprouvé un remords, s’étant rendu compte, en y repensant, que la manière dont leur aventure s’était achevée, n’avait rien eu de naturel. Il venait s’excuser de sa froideur au téléphone et lui dire de vive voix qu’elle et sa fille seraient les bienvenues à son foyer, quand elles le souhaiteraient. Son épouse était au courant et curieuse d’avoir chez elle cette si belle enfant aux cheveux bleus. Ils se quittèrent un peu plus émus que les convenances ne le permettaient.
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Lorsque, sur Floric, Présidente put se rendre compte dans quelle forme exceptionnelle lui revenait le vieillard (qu’elle avait pratiquement sacrifié en l’envoyant en mission), elle fut convaincue de tout le bénéfice que la Fédération tirerait du nouveau monde fédéré. Les études des futurs historiens diraient que cela s’était produit au cours de son mandat. Ce serait un plus et un honneur qui rejaillirait sur tout Floric. Elle en fut heureuse, et se laissant un peu aller, annonça à Emissaire, que pour l’apport d’une si bonne nouvelle et aussi pour une si magnifique mission, il pouvait désormais l’appeler : ***** ( un nom de cinq lettres, mais beaucoup trop confidentiel pour être noté ici, ce serait de la muflerie ! )

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Questions pour les ambassadeurs.

L’ambassade de la Terre sur Floric comprenait une vingtaine de personnes sous la responsabilité de Olaf 000 Sterne. Ce dernier était venu, accompagné de son épouse et du personnel trié par les terriens pour le travail à accomplir. S’y ajoutaient, en tant qu’honorables correspondants, Betty et Kog dont la mission serait tout à fait différente de celles des savants et fonctionnaires qui demeureraient dans la grande tour de Floric. De plus, il y avait Secco que l’on avait vaguement présentée comme faisant partie de la maisonnée de Kog en ne disant pas, mais en laissant entendre, qu’elle était un animal de compagnie. Ils firent installer Secco dans son aquarium au milieu du grand hall de l’ambassade. Elle s’y ébattrait quand elle ne voyagerait pas avec Kog et Betty.
Pour ces derniers, les Sages, avaient fixé comme but principal de voir ce qu’il en était des mondes non encore aboutis et sous surveillance des Fédérés. Ceci devait s’ accomplir pendant que se créeraient les raccordements entre les réseaux de la Fédération et Nounou/SAPIENS. Ils devraient tenter de trouver des réponses satisfaisantes aux questions suivantes :

--Pourquoi les 10 à 15000 ans d’avance qu’avaient les plus anciens fédérés par rapport aux terriens ne se sentaient pas plus ?

--Pourquoi, possédant le bon paradigme et utilisant l’hyperespace pour les transferts d’humanoïdes, n’avaient-ils pas mis au point le système du Ceph Voyageur qui faisait la régénération ou le stockage d’attente des personnalités utilisant les mandalas ?

--Comment une question aussi importante avait-elle pu leur échapper après tant de temps ?

--Existait-il une menace ou un ennemi dont les fédérés n’auraient rien dit ?
--Comment, par exemple, un être aussi intéressant que Hydros avait-il pu échapper à leurs équipes d’explorateurs ?
--Accessoirement, aussi, qu’avaient-ils besoin de se fédérer ? Et pourquoi tant se réjouir de la venue d’un membre de plus ? .......................................................................................................................................................

Betty et Kog avaient, avant de partir, décidé de régulariser leur union et c’est donc en tant que Monsieur et Madame Traoré, qu’ils se virent attribuer, dans l’ambassade, un logement de fonction. Du fait même qu’ils seraient plus souvent dans d’autres mondes que sur Floric, ils n’attachèrent que peu d’importance à la surface relativement réduite dont ils héritèrent ! Ces 100 mètres carrés seraient plus que suffisants pour une base fixe. Les dimensions des meubles et la hauteur des pièces tenaient compte de ce que bien des humanoïdes étaient plus grands que les terriens. Donc, avant leur première mission, ils embauchèrent une décoratrice locale et lui donnèrent des instructions pour tout adapter à leur usage. Une partie de la hauteur pouvait se voir transformée en duplex. De plus, la réduction de la taille des meubles et le nouvel aménagement de la cuisine transformaient leur appartement en quelque chose de spacieux. Pour la salle d’eau ils avaient préféré laisser la douche et son bac de réception aux dimensions de base qui étaient d’environ deux mètres sur trois avec une profondeur de cinquante centimètres. Cela leur procurait une micro piscine. Tous ces travaux demanderaient du temps et rendraient leur logement inhabitable, alors ils se mirent à chercher une destination pour commencer leur vrai travail.
Parmi toutes les possibilités ils pouvaient :
-Soit visiter les autres planètes fédérées, mais, ils ne pensaient pas que c’était là qu’ils récolteraient le plus d’informations.
-Soit choisir entre les mondes peuplés d’humanoïdes,( en lisant les rapports des gens qui y faisaient des incursions de surveillance), celui qui leur paraîtrait le plus prometteur ou le plus susceptible de les aider à comprendre.
-Soit, encore, recenser tous les mondes sur lesquels des mandalas avaient été posés et qui n’étaient pas habités par des humanoïdes, mais, (si cela avait été noté), par d’autres formes dominantes. Formes possédant une civilisation ou la connaissance de sciences ou des formes de vie en société. Bref des extraterrestres au sens des anciens livres de science fiction.
Soit, se diriger vers des mondes paraissant complètement sauvages et aussi peu explorés que “Love “ dans l’espoir de mettre le doigt sur quelque chose.
Après réflexions, supputations, consultations de Secco et de nombreuses lectures d’archives, ils se fixèrent un programme en trois temps :
Visite d’une planète non aboutie dont le degré d’évolution correspondait, en gros à quelque chose comme l’époque du début de l’aviation sur Terre.
Ce serait “Bilunes“ nom donné par le premier visiteur qui avait été frappé par l’existence de ces deux satellites tournant en positions diamétralement opposées. La taille des habitants était celle de petits terriens mais, Kog ou Betty ne se remarqueraient pas trop. Le climat un peu chaud serait tout à fait supportable. Leurs sciences n’avaient pas été développées de manière linéairement parallèle à celle des terriens. En chimie ils en étaient encore à l’analyse par voie humide. Leur aviation était à inventer. Par contre, en sociologie et en sciences humaines ils avaient, pour le moins, le niveau atteint, sur Terre ,vers l’époque de Manius. Secco, insistait beaucoup pour ce choix ! . Elle se disait conseillée, en ce sens, par BAFESI !
Un détail fournissait un bon argument de plus pour y aller : la moitié de la surface de leur monde était recouverte d’un océan unique entourant un seul énorme continent et quelques îles et îlots. Ce serait une occasion pour la seiche de voir s’il y existait une forme d’intelligence supérieure, du genre de celle des Cephs ou des Cralangs ? Ceci était rendu possible car le mandala d’arrivée se trouvait sur le promontoire d’un îlot rocheux avec un hameau abandonné, à faible distance de la côte. Un générateur bulbe, dans une petite chute d’eau, fournissait l’électricité nécessaire aux anciens habitants et avait été branché discrètement. A cela s’ajoutait le fait, non négligeable, que la précédente visite ne remontait pas à plus de 18 ans. Les informations dont on disposait avaient une fraîcheur suffisante pour qu’on s’y fie. Mais ce qui motiva le plus Betty fut le ton des derniers rapports, on devinait, entre les lignes, une grave préoccupation de l’équipe, laquelle avait écourté son séjour. Ils n’en disaient pas clairement la raison se contentant de laisser deviner qu’ils auraient été reconnus pour ce qu’ils étaient !

Le second voyage serait entrepris vers une planète peuplée par des êtres, non humains, parvenus au plus haut degré de civilisation que les voyageurs de la Fédération aient détecté. De plus ils n’avaient pas manifesté d’hostilité particulière aux premiers explorateurs. Ils devraient porter une combinaison isolante car la température avoisinait les moins cinq degrés Celcius et un masque pour filtrer les traces de fluor présentes dans l’air. Cet halogène rongerait leurs poumons en quelques heures. Leur séjour serait donc bref. Les habitants, d’après ce qu’ils avaient compris, présentaient l’allure de composés en plastique, complètement lisses et translucides, laissant deviner leurs organes internes, ne pouvaient être comparés à rien de ce qui existait sur Terre, si ce n’est à des protoplasmes. Leurs formes étaient totalement modifiables en fonction des nécessités : pour se déplacer, ils faisaient sortir une multitude de petites excroissances et filaient comme des mille-pattes. De plus, ils pouvaient rendre plus ou moins dure n’importe quelle partie de leur anatomie. Ils auraient aussi bien pu se faire pousser une hache qu’une pince. Totalement au repos ils adoptaient une forme de grosse goutte liquide aplatie qui aurait plus d’un mètre de diamètre et quarante centimètres de haut. Avec une imagination débordante, les explorateurs avaient nommé la planète : Amibios et l’espèce civilisée les “ Silicones “. Ceci était un abus de terme car, s’il était vrai que la chimie des vivants de ce monde comportait des radicaux avec silice, et au moins autant de radicaux basés sur le titane, le reste, soit plus des neuf dixièmes étaient des dérivés du carbone, comme ailleurs. Les visiteurs de la Fédération n’y étaient restés que de temps et n’avaient pas pu donner d’idées précises sur leur degré de civilisation, mais avaient noté la présence de nombreux robots et appareils sophistiqués. Secco ne pourrait les accompagner, la composition des mers contenant également trop de fluorures. On ne trouvait plus dans les archives la date à laquelle le mandala avait été déposé par un vaisseau, ce qui signifiait que ce devait être l’un des plus anciens. Les mondes non humains ne se visitaient que pour un problème précis, or, pour ce monde là, il n’y en avait pas puisqu’ aucune communication sensée ne put pu être établie. On se contentait d’y jeter un coup d’oeil tous les millénaires et de se dépêcher de revenir. La fois précédente avait eu lieu huit siècles auparavant.

La dernière de leurs explorations les amèneraient vers une planète dont la visite était vivement déconseillée, car dangereuse. Il n’y avait pas de vie proprement dite mais des machines dont les rapports disaient qu’elles s’entretenaient elles-mêmes. Une légende racontait qu’elles créaient en permanence de nouvelles machines et que la limite n’était que celle des matières premières disponibles dans ce lieu ? Ces engins ne semblaient que des mécaniques et n’auraient pas d’assistance par électronique, mais la réalité était que les visiteurs fédérés avaient eu une telle trouille qu’ils s’étaient enfuis comme des lapins vers leur mandala. Seule chose curieuse, les machines ne s’approchaient pas de ce mandala qui aurait dû être détruit pour leur fournir des matériaux. Les rarissimes visiteurs avaient nommé ce monde : << Mécanica >> et n’avaient pas trouvé de désignations autres que “ Machines “ à ce qu’ils avaient vu sur place.
Betty et Kog, ne pouvant rien trouver dans les archives concernant l’origine de cet endroit, supposaient qu’au départ, ce devait être un dépôt d’appareils obsolètes ou considérés comme dangereux par ceux qui les avaient construits. Ceux là, donc, ne devaient pas venir d’un monde de la Fédération puisqu’on n’en trouvait aucune trace dans les fichiers historiques des 79 mondes humabs. Il y avait 607
ans terrestres que personne n’y était allé, les volontaires ne se bousculaient pas.



Les trois planètes.

C’est sur une période de presque deux ans que ces trois expéditions eurent lieu. Après chaque visite, les voyageurs rentraient sur Floric et rédigeaient un rapport détaillé dans le cadre strictement privé de leur ambassade. Puis, en ayant tiré les enseignements, ils partaient pour le voyage suivant. Le récit complet de chacun de ces périples ne se révélant pas indispensable, toutes les questions concernant la géographie, l’histoire, la géologie, les moeurs, les populations, les progrès, la politique, les religions, etc... furent laissées de côté. Des spécialistes de ces questions avaient déjà fourni ou seraient amenés à accomplir leur travail dans ces domaines. Betty et Kog n’en rapportèrent que ce qui était l’essentiel : mieux comprendre ce qu’était la Fédération et le comportement qu’elle montrait en général. En une phrase : sa façon de voir les choses et de comprendre les autres. Voici les extraits les plus significatifs :

La planète “ Bilunes”

Arriver nue sur une planète déserte, comme Betty l’avait fait sur Love, n’avait posé aucun problème. Pas plus que lorsqu’elle s’était trouvée dans la salle de réception sur Floric avec ses combinaisons attendant les voyageurs. Se retrouver dans un vaisseau avec tout ce qu’il fallait à bord comme ce fut le cas pour Kog, assurait vêtements et nourriture de départ.
Dans le cas de leur mission sur Bilunes, arrivèrent, à poil, sur un caillou battu par de grosses vagues et démunis de tout. Seule Secco, immédiatement lâchée trouva tout ce qu’il lui fallait. Elle garda le contact télépathique avec Kog dès son immersion et pendant tout leur séjour en se manifestant par de courts flashes.
La Fédération surveillait ce monde depuis plusieurs millénaires et avait mis au point une procédure : Des billes d’or pur étaient passées par le mandala et se trouvaient stockées à un endroit proche mais dissimulé sous une grosse pierre recouverte de varechs. Les premiers voyageurs les avaient utilisées pour se procurer l’indispensable auprès des pécheurs du coin en se prétendant des naufragés.
Chaque fois qu’une équipe en repartait, elle abandonnait, à disposition de ceux qui viendraient après elle, un récipient étanche de forme tubulaire et de la taille d’une torpille qui était immergé au bout d’un solide filin d’acier. A l’intérieur ils laissaient des vêtements, des outils, des objets qu’ils jugeaient comme indispensables, des pièces de monnaies et des carnets imprimés qui devaient posséder les qualités combinées des chèques et des billets. Quelques billes de Tungstène, non utilisées, en général, y étaient jointes en cas de besoin, ce métal étant, en ce lieu, dix fois plus précieux que l’or. Enfin un rapport écrit dans la langue des ambassades (dont Betty et Kog n’avaient aucune notion ) donnait le dernier point des observations et actions réalisées sur place, avant le départ.
Les deux espions trouvèrent dans tout ce fatras, quelques vêtements assez flous pour la première nécessité ainsi qu’une longue vue qui leur facilita une première observation discrète à distance. Ils virent, dans le village, en face du rocher, de quelle manière précise il leur faudrait se vêtir, se chausser et s’équiper pour un premier contact. Ils recommencèrent à s’habiller, mais mieux cette fois-ci. À l’aide d’une ligne, ils cherchèrent à pécher un peu, pour pouvoir manger. Il est probable que sans l’aide de Secco ils auraient eu énormément de mal. Mais la seiche leur indiqua ce qu’ils pouvaient accrocher aux hameçons et où lancer les lignes. Il ne se passa donc que très peu de temps avant que trois beaux poissons, genre mulets ne soient pris et ne grillent. Avec des morceaux de bois secs laissés sur le roc par une grande marée ils avaient allumé un bon feu. Betty pensa qu’avec deux lunes il devait se produire des importants mouvements dans les eaux !
Après leur repas ils discutèrent de la façon de poursuivre. Ne possédant aucune notion de la langue parlée sur place il leur fallait, en premier lieu ,en apprendre assez pour comprendre cette civilisation. D’autre part, la manière assez sournoise qu’utilisaient les gens de la Fédération pour observer en douce les mondes moins évolués ne correspondait vraiment pas à l’éthique qui était la leur. Ils préféraient, au contraire, se montrer ouvertement pour ce qu’ils étaient et de ne venir que comme des curieux ayant l’espoir d’échanger des idées et des informations. Pour cette raison ils avaient bien ostensiblement allumé leur feu et se préparaient à entreprendre une petite nage vers le port tout proche. Ils n’eurent pas à se donner ce mal, un bateau style garde-côte se dirigeait droit vers eux. Sur le tillac un individu gesticulait d’abondance en tentant de leur indiquer quelque chose à l’aide de ses bras. Ils s’approchèrent de la partie plus basse de leur rocher, laquelle pouvait être utilisée comme appontement et attendirent le sourire aux lèvres. Le bateau avait du mal à se stabiliser car aucune bite d’amarrage ne permettait de le fixer. Plusieurs personnes à bord, leur indiquèrent par gestes, de sauter sur le pont, ce qu’ils firent aisément. Aussitôt, pour ne pas se trouver drossée contre le roc, l’embarcation repartit en marche arrière. Kog et Betty avaient eu le temps de ramasser les sacs à dos, contenant le bazar qu’ils avaient préparé, et de les enfiler avant le saut.
Celui qui devait assumer les responsabilités leur adressa la parole. Ne comprenant rien, ils exprimèrent par mimiques leur ignorance ce qui fit rire leur interlocuteur. Il donna un ordre assez bref à l’un de ses assistants et celui-ci revint en rapportant deux coiffes, genre casques de moto, mais munies de grandes oreillettes. .Il les leur tendit en rigolant. Lorsque ces engins se trouvèrent ajustés sur leur tête,( le capitaine ? ), sortit de sa poche un genre de téléphone portable, sans fil, dans lequel il commença à s’exprimer. Dans leurs écouteurs, au début, ne comprirent absolument rien ! Mais, cela devait faire partie du système, car tous attendaient patiemment. L’homme répétait inlassablement les mêmes deux ou trois phrases. Après une vingtaine de minutes et alors que le bateau entrait au port, soudainement, ils comprirent parfaitement, sinon les mots, du moins avec précision le sens général : << Soyez les bienvenus sur la planète aux deux lunes, vous qui venez d’un autre monde- Cet instrument n’est pas une machine à traduire* mais vous enseigne notre langue. Vous devrez la garder sur vous jusqu’au lever du prochain jour Ne soyez pas effrayés par ce que vous ne comprendrez pas, nous vous expliquerons >>
Kog savait que ce n’était pas de la télépathie car il n’avait reçu rien d’autre que quelques images lui venant de Secco qui se baladait là dessous. Betty pensa que les sciences de la psychologie et de la communication étaient très en avance ici. Elle se dit que les mimiques étant universelles, elles avaient été enregistrées traduites et analysées ainsi, peut-être, que leurs électro encéphalogrammes. Pour les Bilunaires, comme les baptisa Kog, cela paraissait une opération de routine. Visiblement ils n’éprouvaient pas de surprise et connaissaient les visiteurs venant d’ailleurs. Ils avaient plutôt l’air de s’en amuser, ce qui était un peu plus difficile à assimiler.
Pendant que tout cela se déroulait l’observation fut réciproque. Ces gens et les terriens se ressemblaient comme des frères. Le seul point qui était nettement différent résidait dans l’épaisseur de leur peau, double ou triple de celles des terriens. Ceci se remarquait à l’endroit des plis au poignet ou au cou et dans la forme des rides. Ils étaient recouverts d’un véritable cuir et d’un système chevelu plus dense que celui de Kog, pourtant d’ethnie Bambara. Betty savait que les différences physiques dans les mondes peuplés d’humanoïdes venaient de facteurs extérieurs. La conclusion logique qu’elle en tira fut la probabilité de l’existence de plantes très urticantes ou d’insectes piqueurs à longues trompes, voire munis de dards impressionnants. Elle se trompait, mais l’idée de base était la bonne.
Au bord du quai, les attendant, un groupe d’officiels, qui, sachant pertinemment qu’ils ne comprenaient pas encore, se contenta de signes de bon accueil. Ces gens les menèrent, en troupe, vers un véhicule ressemblant assez à ce qu’était un autobus au temps de Mat Ducerf. Quatre d’entre eux, les notables, sans doute, prirent place à l’avant et leur montrèrent comment s’installer confortablement sur les couchettes de l’arrière. Il fallait donc prévoir que le voyage serait long. Juste avant qu’ils ne s’allongent, l’un d’entre eux vint, timidement toucher de son doigt épais et rugueux, la peau fine de Betty et prit alors une décision. Il alla jusqu’à un coffre, en sorti deux grands sacs en plastique de deux mètres sur un et leur fit signe de s’y introduire. Lorsque cela fut réalisé, il vérifia le lacet qui resserrait le sac autour de leur cou, vérifia que les casques cachaient bien les oreilles et leur fit signe de s’allonger. Il avait l’air de craindre une réaction vive, pensa Kog. Mais les terriens ne pouvaient rêver d’une meilleure introduction sur cette planète. Ils se plièrent volontiers aux exigences de leurs hôtes. Le véhicule roulait sur une chaussée bien entretenue et avec un minimum de bruits. Autour d’eux, la nuit tomba vite, puis la première lune sortit, mais sa lumière ne les réveilla pas. La seconde lune éclipsait un peu le soleil levant quand le voyage fut près de se terminer.
Betty la première, puis Kog, sortirent de leur plastique et enlevèrent les casques. Ils constatèrent avec plaisir que les bruits des conversations de leurs accompagnateurs étaient intelligibles pour eux. Puis repliant, dans un souci de participation, les sacs dans lesquels ils avaient dormi, ils virent sur la couche, grouiller une multitude de petites bêtes. Cela provoqua, chez eux, un mouvement de recul involontaire que Betty, toujours très scientifique, maîtrisa la première. Elle avait identifié aussitôt ces vermines comme des acariens géants.
Géant était un mot fort, car ils n’avaient que le double ou le triple de la taille de ceux qui vivent dans les draps des terriens. Ce qui les rendait hideux était que, sur cette planète, on les voyait, alors que pour apercevoir ceux de la terre il faut une très forte loupe. Là, comme ailleurs, ils vivaient en symbiose avec les humanoïdes en se gavant de peaux mortes, en se nourrissant de leurs desquamations. Sur Terre on les oubliait le plus souvent. Quelques puristes faisaient passer de la vapeur sur leur literie tous les quelques mois et changeaient leurs draps plus fréquemment. Mais le subconscient collectif décidait, de préférence, de les oublier. Ici, la peau des autochtones était plus épaisse, en relation certainement avec des facteurs climatologiques, du genre brusques changements de température au cours des cycles de la planète. En effet, les deux lunes en opposition devaient multiplier les ombres et les éclipses. Les acariens, pour pouvoir vivre, avaient dû s’adapter et, il fallait reconnaître que cela pouvait effrayer des gens aussi civilisés que les habitants des planètes fédérées. Il en serait de même pour ceux de la terre actuelle. Mais, pour le mélange entre clone 001 Traoré et le Kog d’origine tel qu’il était au même âge, ce n’était pas grand chose ! Kémémani dans sa jeunesse avait souvent dormi à même le sol et fréquemment écrasé un scorpion de belle taille d’un bon coup de talon. Quant à son clone il avait reçu un entraînement particulièrement dur avec des missions périlleuses où insectes et bestioles n’avaient pas la priorité. En ce qui concernait la Betty de base, c’est par le raisonnement qu’elle triomphait de sa répulsion. Par ailleurs, son clone, aguerrie par ses séjours chez les pygmées ne se frappait pas outre mesure !.
L’individu, qui paraissait le responsable, s’adressa à eux pour, en premier lieu, vérifier s’ils comprenaient, puis pour s’étonner de leur manque de réactions vis à vis des acariens. Il était clair qu’ils comprenaient tout, mais pour répondre ? Kog fit un essai en s’exprimant naturellement, comme sur terre, pour voir :
<< Nous vous comprenons et nous vous remercions de votre accueil. Votre appareil vous permet-il de me comprendre aussi ? >>.
<< Parfaitement, j’ai été en liaison permanente avec vous durant votre apprentissage. Donc, de mon côté, je sais votre langue de base. Celle ci a été enregistrée et n’importe lequel d’entre nous pourra se la faire “ infiltrer “ ,si nécessaire. Il y a des années que personne de la Fédération n’est venu nous voir et les derniers que nous avons reçu nous ont bien fait rire ! >>
<<Ah ! Oui ? En quoi ? >>
<< En premier lieu en essayant de s’infiltrer chez nous comme leurs prédécesseurs, sans se faire remarquer alors qu’un simple coup d’oeil sur leur peau suffit à les identifier. Secondement, au lieu de chercher à communiquer où à se mettre en rapport direct avec nous ils n’ont pas pu avoir l’occasion d’ acquérir notre langue et nous en sommes encore à nous demander ce qu’ils sont venus faire. Mais c’est la façon dont ils sont repartis qui cause notre hilarité. Ils ne sont restés, en fait que deux jours : le premier ils se sont cachés sur leur caillou en mer et le second ils sont allés dans une auberge du port. Là ils ont retenu, e, s’exprimant par gestes, des chambres où ils se sont couchés. C’était, sans doute, dans une idée de première étape d’exploration. Mais, au milieu de la nuit l’un d’entre eux s’est réveillé et a vu sur quel nid de petites bestioles il dormait ! Il a poussé un hurlement qui a réveillé tout le monde, bref, ils sont repartis en courant et on ne les a jamais plus revus. Nous, on en rigole encore ! J’ai pu constater que, pour vous, après la surprise, votre réaction a été très saine. J’ajoute que je me réjouis, en mon nom et au nom de notre conseil des anciens, que vous veniez nous voir, pour faire connaissance avec nous, sans vous cacher le moins du monde >>.
Le bus entrait dans la cour d’une énorme construction qui, semble-t-il, devait être un bâtiment officiel. Il stoppa devant un perron où une dizaine de dignitaires attendaient. A leur descente Betty et Kog furent accueillis avec des compliments et des politesses puis, menés dans une grande salle où siégeaient environ cinquante individus au milieu de cent places vides. Tous n’avaient pu se trouver là à temps, sans doute. Sur une estrade, une longue table faisait face à l’assistance et ils furent priés de s’asseoir au milieu. Celui qui devait être le chef ou le Président attendit que le bruit des chaises remuées et des voix se fut arrêté puis commença, très directement à s’exprimer :
<< Madame, Monsieur, vous n’êtes pas les premiers visiteurs de notre planète, d’autres, au cours des millénaires passés sont venus et ont laissé, dans nos légendes des traces durables de leurs passages. Pour les plus anciens contacts, notre civilisation était embryonnaire et ils furent perçus comme des divinités. Pour le plus récent, nous avions énormément progressé et notre civilisation est aujourd’hui bien avancée, aussi les avons-nous trouvés assez ridicules.
Chaque monde suit un développement différent et ce que nous savons n’est pas ce que vous savez, et réciproquement. Nous éprouvons ,par exemple et en ce moment, de grandes difficultés à réaliser des machines qui volent. Vous devriez pouvoir nous aider à progresser dans ce sens si, pour vous, c’est simple. Nous déduisons , en effet, que venant de l’espace, il est plus que probable que vous avez commencé par maîtriser les voyages aériens chez vous. De notre côté, nous avons bien travaillé sur le psychisme et les possibilités du cerveau, et sans avoir été indiscrets, nous avons compris que vous ne connaissiez pas les machines à intégration de langues.
Vous devez savoir bien des choses sur nous et nous ne voyons aucune raison de vous cacher quoi que ce soit . Il est évident que vous n’avez aucune idée de conquête car vous venez sans la moindre arme et par groupes minuscules. Pouvez-vous nous dire qui vous êtes et nous parler un peu de votre, ou de vos, mondes ? >>
Ce fut Betty qui se leva pour prendre la parole, elle s’exprimait assez lentement et en articulant bien, car ce n’était pas le moment de risquer des contre-sens, dans une langue si nouvellement acquise.
<< Mon nom le plus simple et que je vous demande d’utiliser est Betty, mon compagnon est Kog, nous sommes originaires d’une planète lointaine qui se nomme Terre et nous désignons la vôtre sous le nom de Bilunes. Nous sommes ici en curieux car notre planète vient seulement d’être acceptée dans une Fédération qui en comporte, maintenant, quatre-vingts. Mais nous n’avons pas les mêmes moeurs que les autres. Nous n’avons rien à dissimuler et nous sommes prêts à collaborer et à répondre, autant que faire se peut, à votre attente. Les autres mondes de la Fédération partent de l’idée que seuls sont admissibles, les planètes dont l’évolution est allée assez loin. Mais ils ne font jamais rien pour accélérer les choses. Ils ont un critère pour mesurer cela, un certain paradigme expliquant l’Univers. Ils attendent donc qu’une planète ait trouvé cette théorie pour la considérer comme recevable. Je suis moi-même physicienne et spécialiste en ce genre de science mais je n’aurais jamais l’outrecuidance de considérer qu’un degré de civilisation se mesure avec une seule idée en tête.
Mon compagnon et moi, profitons des facilités de transports interplanétaires mises à notre disposition pour nous promener et apprendre. Mais nous ne refusons pas du tout de vous aider si nous le pouvons ! Nous n’avons pas de grands livres dans nos têtes mais il est certain que je puis vous exposer quelques bons principes d’aérodynamique et vous dessiner quelques formes de machines qui voleront. De son côté, Kog a utilisé des engins volants sans moteurs, grandes toiles tendues qui permettent de sauter depuis des hauteurs et de réaliser de longs vols. Nous pouvons aussi vous montrer comment fabriquer des ballons gonflés de gaz légers. Je dois vous dire que ceci n’est qu’un premier contact et que nous n’avons pas prévu un long séjour, mais nous vous aiderons du mieux que nous pourrons. Je laisse la parole à mon compagnon. >> Elle se posa sur sa chaise tandis, que Kog, à son tour, se levait pour parler :
<< Moi, je suis d’accord pour vous aider à avancer dans les chemins que nous connaissons mieux que vous et, en échange, je serais le meilleur élève possible si vous voulez bien m’enseigner comment réaliser une machine à intégrer les langages*. Je dois, pour ne rien vous cacher, vous dire que nous ne sommes pas venus seuls, mais accompagnés d’un être marin très intelligent qui vit dans nos océans et avec lequel je reste en liaison télépathique. Je ne sais pas encore si vous connaissez une espèce semblable ici, mais je peux vous dessiner sa forme sur la grande feuille qui est là, sans doute, dans ce but ? >>
<< Veuillez, je vous en prie nous dessiner un membre de cette espèce ! >>.
Kog esquissa, aussi bien que possible, ce qu’était Secco et il y eut quelques murmures dans la foule. Alors il déclara :
<< Voici Secco, la seiche qui nous a rendus de grands services et qui est mon amie. Existe-t-il une espèce semblable chez vous ? >>
<< Pouvez-vous nous indiquer quelle taille a cette Secco quand elle est adulte ? >>
Kog répondit en écartant les mains pour une taille de 1, 2 mètres et reprit :
<< Secco est un être de taille moyenne, il en existe de plus petites et de plus grandes. D’autres animaux, moins évolués ont aussi des formes avoisinantes, cela vous fait penser à quelque chose ? >>
<<Tout à fait ! Nous n’avons pas de ça chez nous, mais nous avons trouvé, dans une de nos îles, un monument qui représente exactement ce que vous avez dessiné. Seulement il fait 5 fois votre propre taille et se trouve dans l’entrée d’une grotte décorée de gravures, incompréhensibles pour nous, et montrant la vie de ces animaux marins dans les océans. Cet endroit est considéré par nous comme sacré et terrible car, jadis, nos ancêtres y sacrifiaient, selon la légende, des humains en les abandonnant dans la grotte. Personne ne les revoyait jamais. Maintenant, c’est assez peu visité et sert surtout à effrayer les enfants qui ne sont pas gentils. Serez-vous intéressés que nous vous y menions ? >>
D’une seule voix, ils répondirent par l’affirmative.

Les Capitaines.

Ce que furent les cinq mois passés par les terriens sur cette planète est aisé à deviner mais, pour plus de détails, se reporter, comme indiqué plus haut, aux oeuvres et travaux des experts classés sous la référence “ Bilunes”. Ce qui est notable est que l’utile fut joint à l’agréable. L’île où se trouvait le monument représentant un Dieu “seiche “ était fort éloignée du continent et les paquebots les plus rapides, dans les meilleures conditions climatiques, mettaient plus de quatre-vingts jours pour s’y rendre. Il fut donc décidé que le temps du voyage serait mis à profit pour que Terriens et Bilunaires échangent leurs connaissances dans les domaines qui avaient été programmés. Chaque jour, ils travaillaient ensemble, du matin au soir avec de courtes interruptions pour manger. Quand l’île fut en vue, Betty avait compris le principe et les astuces de la machine à langage* et leurs hôtes, comme de juste, savaient l’essentiel sur les plus lourds et les plus légers que l’air. Kog avait même dirigé la fabrication d’ une aile delta dans le but de se livrer à une démonstration, si la configuration de l’île le permettait. Tous étaient très satisfaits et la sympathie devenait de plus en plus grande entre ces gens de planètes si éloignées. Grâce à quelques billes de tungstène, les terriens offrirent un somptueux repas aux Bilunaires la veille de l’arrivée alors que le sommet du volcan éteint, point culminant de leur destination, pouvait être observé à l’oeil nu.
Secco, qui ne pouvait se déplacer à la vitesse du navire, les accompagnait dans un aquarium et se trempait en mer, de temps en temps, pendant que les marins renouvelaient l’eau. Ce qu’elle avait déduit de ses explorations se réduisait à peu de choses : Il n’y avait aucun céphalopode doué d’intelligence ou de télépathie sur ce monde. Certains crustacés, plus proches des Cralangs que des animaux terrestres, possédaient un cerveau bien fait et une mémoire transmissible. Ils étaient capables de transmissions télépathiques mais ne les utilisaient que pour leurs incursions sur les rivages. Sinon, ils communiquaient par signes d’antennes. Leur histoire était celle d’une lente rétrogradation depuis qu’ils sse trouvaient sur cette planète. Il semblait qu’ils y soient arrivés en même temps que des Cephs dans la nuit des temps et que ces derniers n’avaient pas survécus très longtemps dans cet Océan. Peu nombreux lors de leur arrivée, les Cephs, à force de se croiser entre eux, avaient fini par dégénérer et, finalement par disparaître. Mais du temps de leur présence ils dirigeaient le travail de ces pseudo Cralangs. Lorsque Secco entra en contact avec eux ils étaient prêts, sans discuter, à se mettre à sa disposition, cela paraissait inscrit dans leurs gènes. Mais Secco, bien sûr, déclina cette offre.
Bien que rongé par la curiosité, Kog décida de faire d’abord sa démonstration de vol. La raison en était que, par la suite, les Bilunaires se passionneraient pour en faire autant et que, partant, Betty et lui seraient plus libres pour leur visite.
Donc, à peine l’équipe débarquée, un petit engin à moteur les amena presque jusqu’au sommet qui culminait à 1800 mètres. Ils grimpèrent la dernière dénivellation sur deux cents mètres en portant le deltaplane sur leur dos. Kog expliqua comment il fallait choisir l’orientation en fonction du vent, et sans plus attendre, se lança dans le vide à la grande émotion des Bilunaires présents. Il eut la chance de rencontrer une configuration de vents réguliers avec des flux ascendants bien placés et resta plus d’une heure à tournoyer avant de commencer sa descente. Il réussit à se poser sur un méplat à l’altitude de 1200 mètres. La voiture vint le rechercher et ils remontèrent tout en haut. Pour le second vol, Kog demanda un volontaire comme passager et lui donna ses instructions. Tout en volant, il lui expliqua bien la façon de s’y prendre et ils revinrent encore au méplat. Pour la suite, Kog leur laissa l’engin et redescendit vers la grotte. Ces gens étaient malins et doués. Il n’y eut pas d’accidents sauf une cheville foulée à l’atterrissage et quelques bains forcés. Ils étaient ravis et bien décidés à tous participer aux essais. Ils projetaient de construire de nombreux engins semblables par la suite.
Devant la grotte, Betty et Secco (dans une grande cuvette ) attendaient. Les Bilunaires qui étaient avec eux avaient bien insisté pour que la visite soit groupée entre les terriens et, aussi, pour ne pas y participer. Ils manifestaient une sorte de crainte atavique et viscérale vis à vis de ce lieu, c’était certain ! On remarquait déjà depuis l’extérieur que la grotte plongeait vers le sous-sol et devenait sombre quelques pas après la grille. Un bruit de ressac en provenait indiquant la présence d’une autre entrée, sous-marine celle-la. Kog et Betty commencèrent leur visite en descendant les quelques marches taillées courageusement dans le basalte, roche magmatique dure, s’il en fut. Il devait exister un détecteur en état de marche car la lumière s’alluma quand ils parvinrent au niveau inférieur. Le couple de terriens marchait assez lentement car chacun d’eux tenait une des poignées de la bassine dans laquelle la seiche était emmenée. Ils arrivèrent devant la statue qui paraissait encore plus monumentale qu’ils ne le pensaient. Betty en estima la hauteur à une vingtaine de mètres. Elle était posée sur un socle relativement large et de forme carrée dont le côté devait faire la moitié de la hauteur totale du monument. Etant donné que le tout se trouvait sur une plage sableuse et au niveau d’une nappe d’eau de mer communiquant, aux marées basses avec l’océan, la grande surface de la base conférait la stabilité nécessaire. Cela représentait un céphalopode, du genre seiche dont les tentacules dirigés vers le sol, sous forme de faisceaux, formaient un pied quasi unique. Le tout construit en ce même basalte dont les marches étaient constituées. Cette roche provenait sûrement du volcan. La partie la plus haute affleurait le toit de la grotte et il semblait qu’il y avait encore une anfractuosité au-dessus comme si, au final, on eut manqué d’un demi-mètre de hauteur.
Cette image redoutable d’un animal marin n’avait pu être réalisée que par coulée ce qui supposait tout un art métallurgique et une haute technologie du moulage. Ensuite, il avait fallu exécuter le déplacement et le redressement d’une énorme masse ! Là, on se demandait forcément comment cela avait pu être mené à bien. L’humidité marine ambiante recouvrait toute la surface d’une rosée et lui donnait un aspect visqueux assez décourageant. Secco fut portée vers le petit bras de mer qui venait effleurer et lécher la base de la statue. Mais elle gardait un plein contact avec Kog, car elle avait senti une très forte présence de message télépathique en ce langage que BAFESI utilisait. Ce fut donc la seiche qui, de ce fait, prit entièrement le commandement de la suite des opérations.
En premier lieu elle demanda à Kog de monter sur statue, puis, devant son étonnement et son sentiment d’impuissance, elle lui dit d’aller entre la paroi du fond et le monument. Il y trouverait de quoi monter jusqu’à un levier qu’il devrait trouver au quart de la hauteur. Effectivement, bien que discrètes et recouvertes de mousses gluantes, il put voir la présence de tiges en relief qui dépassaient un peu et devraient lui permettre de grimper. Il suffirait qu’il les gratte au fur et à mesure et prenne des précautions pour ne pas glisser. C’est donc lentement, avec un sac en bandoulière contenant un couteau à large lame pour faire tomber la végétation parasite, des chiffons en quantité pour essuyer ensuite, et un bout de corde pour s’assurer au “piton” du dessus, que Kog entrepris l’ascention du monument sur une demi-douzaine de mètres. Cela lui demanda 25 minutes. Il pensa que si le levier indiqué par Secco se trouvait là c’est que le tentacule d’un Ceph de taille standard pouvait l’atteindre, donc, que la statue devait être à peu près tripler le modèle réel et vivant. Ce qui indiquait déjà une belle bête !
Ce qu’il vit, n’était pas proprement un levier, le message télépathique en donnait l’idée mais cela signifiait “contacteur “ et l’esprit de Kog était allé au plus simple. Il avait remarqué que c’était souvent le cas dans ce genre de communication. On émettait une idée, pas une image et à l’autre bout on recevait l’idée dont on se construisait une image. Cela résumait tout le problème de la sémantique, pensa Kog. Quand je pense et envoie l’idée “chaise “ je peux avoir dans l’esprit l’image d’une certaine chaise. Par exemple une chaise de cuisine en bois brut avec un fond en paille tressée. Lorsque mon interlocuteur reçoit “chaise “ il peut percevoir l’image d’une chaise de salon à haut dossier recouverte de velours rouge ! Mais, aussi bien, ce pourait être, pour lui, celle d’un meuble léger à cannages !
Donc Kog voyait, non un levier mais un trou cylindrique horizontal d’un diamètre de 5 à 6 cm et de profondeur qu’il estima, en l’ éclairant de sa lampe torche, à environ 15 cm. Au fond il semblait qu’il y ait une grosse bille de verre ? Avec le manche de sa brosse, il pouvait toucher cette bille et appuyer, mais avant de le faire, il désirait en savoir un peu plus et tourna sa pensée vers Secco. La seiche lui fit comprendre qu’en pénétrant dans ces lieux elle avait été alertée par une sorte de “balise “ qui émettait régulièrement un signal télépathique destiné aux Cephs. Ce signal lui donnait l’emplacement de la commande d’un dispositif plus élaboré. Ce dernier se mettrait en marche si Kog enfonçait la bille. Aucune présence de vivant ne se faisant sentir dans la statue, il devait donc y avoir un message enregistré à destination des Cephs qui pourraient venir. Secco pensait qu’elle devrait pouvoir le comprendre. Elle se proposait, si cela s’avérait possible, en même temps qu’elle écouterait, de communiquer et traduire pour Kog. Si cela s’avérait trop difficile, elle écouterait d’abord, une ou plusieurs fois, pour bien tout comprendre et enregistrer, puis elle traduirait ensuite pour Kog . Si des points demeuraient obscurs il suffirait d’enfoncer la bille de nouveau.
Lorsque Kog, d’une forte pression, sentit la bille bouger, Secco fut presque submergée par un flot ininterrompu d’idées et d’images. Pas question de traduire en simultané !. Elle dut demander quatre fois à Kog de faire repasser l’enregistrement. Ensuite, Kog étant redescendu de son perchoir, elle se mit à émettre tandis que l’homme notait sur un bloc de papier, ce qu’il recevait. Cela donna quelque chose comme cela :
<< Vous êtes le premier visiteur depuis 1.359.456 rotations de cette planète autour de son soleil. Soyez le bienvenu. La balise automatique qui vous reçoit a été construite par nous, l’équipage de la bulle 19875. Nous sommes arrivés en exploration sur ordre de la Centralité et établis ici depuis 65 générations. Nous savons que notre race, sur ce monde, va disparaître, faute de gènes nouveaux. Nous aurions pu revenir vers notre planète d’origine mais nos ordres étaient précis et semblables pour tous. Ils s’appliquent sans exception à tous les explorateurs de la grande dispersion :
“ Trouver des mondes nouveaux habitables pour notre espèce et dotés d’ océans importants. Choisir un de ces 894 mondes en accord avec la Centralité. S’en rendre maîtres sans violence, aider à développer les races de crustacés et laisser le domaine de la terre sèche à d’autres espèces plus précaires. Informer, chaque siècle, du point où nous en sommes de notre tâche en envoyant des messages radio vers le Centralité. Ne jamais revenir, attendre “
Nous avons attendu, attendu en vain et nous avons réalisé notre travail, mais nous sommes de moins en moins nombreux et de plus en plus fragiles. Notre bulle est restée et devrait se conserver en état de fonctionnement presque infiniment car elle se trouve en stase intemporelle. Si vous en avez besoin, elle se trouve au-dessus de la statue mais ne peut être manoeuvrée que par un capitaine connaissant totalement les principes de son fonctionnement et donc le paradigme complet de l’univers à 11 dimensions qui est le nôtre. Dans le cas où un tel spécialiste ne fait pas partie de votre groupe c’est que vous êtes arrivés ici en utilisant l’un des dispositifs simples. Ceux qui sont basés sur le paradigme à six dimensions que nous, les Cephs, avons déposés dans tous les mondes habitables de la galaxie.
Alors, ne touchez pas à la bulle, ce serait dangereux pour la trame même de l’espace-temps, et rejoignez l’océan où vous trouverez tout ce qui vous est nécessaire. Si, par suite d’un accident votre dispositif à six dimensions était hors d’état de fonctionner et que vous deviez tout de même voyager, il vous est possible d ‘utiliser celui que nous avons bâti sur ce monde. Cette statue est creuse et le contient ! Elle ne peut vous en permettre l’accès que sur ordre télépathique en langage Ceph. La mise en route se fait en appuyant un tentacule sur la bille de verre qui se trouve à droite de l’appareil. La statue se refermera avec votre départ. N’oubliez pas que seuls vos corps voyageront et que vous ne pourrez rien emporter avec vous. Seules les bulles permettent le transport des êtres vivants en même temps que des objets mais il faut un capitaine formé spécialement pour les manier. Nous avons utilisé le dispositif à six dimensions pour envoyer les spécimens des animaux et êtres pensants de ce monde vers la Centralité, selon le code d’instructions générales.
Ce que nous avons ressenti, vécu et noté sur ce monde depuis notre arrivée existe, exprimé en enregistrement télépathique, à votre disposition et peut être reçu par vous en enfonçant le contacteur qui se trouve au sommet de la statue. Cela se trouve juste avant l’accès à la bulle, mais cela ne sera utile que si vous devez demeurer, comme nous l’avons fait, sur cette planète. Sinon que l’un d’entre vous enlève l’enregistrement de sa niche, le copie, le remette en place et emporte la copie vers la Centralité. Message terminé >>.
Après avoir tout noté et vérifié avec Secco, Kog tendit le texte à Betty et lui laissa le temps de se pénétrer de son sens. Lorsqu’elle releva la tête, ils se regardèrent car ils venaient de comprendre bien des choses essentielles :
--La technique des mandalas n’était découverte, dans chaque monde que sous l’influence des Cephs.
--Les premiers mandalas avaient été construits par et pour les Cephs.
--Il existait un paradigme de physique fondamentale à onze dimensions dont la connaissance permettait pratiquement tous types de transports en temps nul.
Cette science était dangereuse pour ceux qui ne la connaissaient pas. Peut-être même, le monde des Cralangs avait-il disparu par suite d’une fausse manoeuvre ?
--Les Cephs considéraient qu’il y avait, en tout et hors de chez eux, 894 mondes où la vie était possible pour eux dans cette galaxie !
Il y avait de nombreuses conclusions à en tirer et ils profiteraient du voyage de retour pour en parler. Mais, en premier lieu, Kog et Betty voulaient absolument jeter un regard sur la bulle et sur le “mandala “ qu’utilisaient les Cephs. Ils grimpèrent donc, tant bien que mal jusqu’au sommet de la sculpture et virent, au-dessus d’eux une galerie large de deux mètres qui continuait en pente douce. Ils s’y engagèrent, n’eurent que quelques pas à faire pour se trouver devant une grande sphère transparente d’un diamètre de six mètres. A l’intérieur, ils purent apercevoir, en moitié supérieure une multitude de tableaux de commandes et dans la demi-sphère du bas ce qui devait être une piscine dans laquelle le ou les voyageurs devaient se tenir. Ils décidèrent de laisser tout cela en place et de ne rien toucher. En revenant vers la tête de la statue ils virent ce qui se présentait comme un disque noir, lisse et brillant comme un miroir et Kog dut faire appel à Secco pour transmettre l’ordre télépathique. Revenu au pied du monument ils virent qu’un bloc représentant deux des tentacules s’était détaché du reste et en poussant fortement ils purent pénétrer dans la statue. A leur passage une lumière s’alluma et ils purent effectivement voir ce qu’était un “mandala” Ceph. Si l’on excepte le fait que les fils utilisés n’étaient pas en cuivre mais en platine, et que la taille était énorme par rapport à celle établie par Mat Ducerf, les dispositifs étaient très voisins. Ils préférèrent ne pas l’essayer car ils ignoraient où cela les enverrait. Quand ils revinrent, la lumière s’éteignit et la porte se referma, redevenant invisible.


Sur le navire qui les ramenaient, Betty et Kog phosphoraient et cherchaient toutes les implications de leur découverte. Et il y en avait un sacré paquet !
Par exemple, le message laissé datait de bien avant la disparition du monde des Cralangs, mais cette grande colonisation indiquait qu’ils étaient inquiets de leur devenir et voulaient essaimer. Or le monde des Cralangs n’avait su et pu qu’envoyer un unique vaisseau avec un seul Ceph. Par conséquent, ce n’était qu’une colonie de la grande dispersion et ils avaient régressé au point que plus personne ne connaissant l’usage du paradigme à 11 dimensions. La Centralité appartenait à quelque chose qui devait dater d’environ deux millions d’années et pouvait avoir complètement disparu. Mais cela c’était de la philosophie. Il y avait bien plus important dans l’immédiat :
Les fameux 80 mondes aboutis, ne représentaient qu’une fraction de tous les mondes habitables.
Les humanoïdes n’étaient pas la race la plus intelligente de l’Univers.
Les habitants des mondes fédérés n’étaient pas si malins que l’on croyait, ils avaient simplement été formés plus tôt par les Cephs.
Sur chacun des 894 mondes répertoriés se trouvait un mandala et, avec le dispositif mis au point par Betty, tous pouvaient être découverts et visités. Hors de la première ziggourat, il en existait donc, quelque part, un autre sur Terre.
Le paradigme à onze dimensions, dont certains terriens avaient eu l’intuition du temps de Ducerf, était le plus élaboré possible et permettrait, quand on l’aurait mis à plat, de transporter hommes et matériels partout, quasi instantanément.
Oui, il y aurait bien des choses à raconter sur Floric à leur retour ! Et encore plus à dire sur la Terre quand leur triple mission serait achevée.



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**Incise sur les machines à traduire les langages.

La machine qui recevait les visiteurs sur Floric, enseignait, par hypnose, la base véhiculaire du langage standard de la Fédération. Cela représentait, en tout, 300 mots, verbes et conjugaisons. Le complément venait ensuite au fur et à mesure du séjour du voyageur. Ainsi Betty avait été à même de rapidement comprendre et de s’exprimer en termes simples le jour même de son arrivée. Cet engin n’apprenait pas le langage du voyageur et ne se livrait qu’à un sondage léger pour l’identifier.

Le système utilisé sur Bilunes était d’un autre genre : en premier lieu la machine traduisait en pensées le langage de chacun des participants, puis elle leur enseignait le processus mental de la parole en même temps que la transformation de leur pensée en phonèmes entendus par l’autre. Pour ce faire elle devait analyser le psychisme du voyageur et s’y adapter. Ensuite ce dernier pouvait totalement s’exprimer dans la langue locale aussi bien qu’un homme de Bilunes pouvait comprendre la langue de la Fédération, le terrien standard ou le Bambara.
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La Planète AMIBIOS

Tandis que sur la Terre les Sages se livraient à l’étude des éléments ramenés de Bilunes, et que Secco communiquait aux autres seiches ce qu’elle avait appris, Betty et Kog décidèrent d’effectuer une courte visite sur la planète Amibios et de rencontrer les étranges “Silicones” qui la peuplaient.

Lorsqu’ils sortirent de leur mandala, un gros progrès avait été réalisé depuis la visite précédente. Ils se trouvèrent, non à l’atmosphère générale trop riche en fluor pour eux, mais dans un vaste local dans lequel ils pouvaient respirer librement. La température devait se situer vers 20 à 25 degrés Celcius et ils n’éprouvèrent ni chaud ni froid particulier. Les Silicones avaient dû comprendre pourquoi les visites étaient si rares et si brèves et, en conséquence, pour les prolonger, avaient aménagé les lieux. Leur analyse avait dû aller plus loin car des pans de toile étaient en attente et ils purent les utiliser comme des toges. En fait, ils se trouvaient dans un immense local en matériau transparent, comme des animaux en cage et celle-ci se trouvait elle-même à l’intérieur d’une construction encore plus vaste. Ils ne furent donc pas trop surpris de voir arriver quelques-uns de leurs hôtes. Ils avaient bien l’allure décrite par les précédents visiteurs, de grosses gouttes aplaties translucides, qui se mouvaient sur des petits pseudopodes. Arrivés de l’autre côté de la baie ils entreprirent d’examiner Betty et Kog pendant un moment et semblaient se communiquer leurs impressions, non par un langage audio phonique ni sémaphorique, mais à la manière des cellules en échangeant des ions sur leur interface.
Betty exprima cette hypothèse à Kog, lequel lui fit observer que, si c’était le cas, ils ne pouvaient pas communiquer à distance, ce qui ne révélait pas une civilisation aussi poussée que les voyageurs l’avaient décrite.
En même temps qu’il le disait, il en conclut qu’un langage télépathique ne pouvait donc pas être exclu. Il se mit donc, comme Hydros le lui avait enseigné, en état de totale réception. Il y eut intensification des échanges entre les Silicones présents, ce qui se voyait par des changements de nuances multiples et très rapides aux interfaces. Puis Kog reçut, non des mots mais une idée : << Vous ? Comprendre ? >> et il s’efforça de répondre en adressant une idée affirmative. Cela sembla bien leur parvenir et manifestement devait leur poser un problème car, ils se retirèrent dans les minutes qui suivirent. Trois heures après, ils (ou d’autres ? Comment les distinguer ? ) étaient de retour poussant devant eux une machine complexe, construite en métal brillant et relié à l’extérieur par de gros câbles. Cela avait l’allure d’un gros crayon court d’une longueur de six mètres et d’un diamètre de un, dont la pointe située à une hauteur de 1,5 mètres environ du sol, était tournée vers eux et touchait la paroi qui les séparait. Ils durent, quelque part, établir un contact car l’engin émis un faisceau de lumière jaune d’or dirigé vers les terriens. Instinctivement ils eurent un mouvement de recul. Kog” entendit “ que les silicones lui demandaient de laisser le faisceau lumineux les baigner. Ils émettaient, simultanément, des pensées rassurantes. Alors, il l’exprima à Betty et, ouvrant bien son esprit se soumit à la lumière. Rien de spécial ne se passa pendant les dix minutes qui suivirent, puis la machine fut retirée. Un des Silicones ouvrit dans la paroi une petite trappe circulaire d’un diamètre de deux centimètres au plus et y poussa un pseudopode qui l’obstrua complètement, continuant ainsi à assurer l’étanchéité. Kog compris qu’il devait prendre le risque d’un contact physique et enfonça son index dans ce qui lui paraissait comme le bout d’une corde en plastique. Son doigt s’y enfonça jusqu’à la seconde phalange. Dès que cela fut réalisé, ils furent en communication. Le langage ionique se transformait , à l’intérieur de son esprit, en idées. Et cela il le recevait comme des idées en son propre langage le plus fondamental, le Bambara. La peau de son doigt, enserré dans la gaine que constituait le pseudopode, échangeait des ions de métaux alcalins et alcalino-terreux, comme le font les cellules de tout être dans les planètes dont le vivant est basé sur la chimie du carbone. Etonnament, il se trouvait capable d’en recevoir les messages au niveau le plus supérieur, celui de son intelligence. Lorsque, au cours de cet échange, Kog expliquait à Betty ce qui se passait et ce qu’il comprenait, les Silicones participaient aussi à cette communication entre terriens. De temps à autre ils précisaient et donnaient des compléments d’informations. Ce qui était notable résidait dans le temps de réponse. Pour les Silicones, il était très court, comme pour une conversation parlée sur la terre ou sur Floric. Mais, Kog, lui, ne recevait que quelques secondes plus tard ce que ses yeux avaient vu de l’émission du message à l’interface. Sans doute, était-ce un manque d’habitude, pensa-t-il ! .
De ces entretiens qui durèrent à peu près une heure chaque matinée et deux heures chaque soir, les échanges se déroulèrent sans aucune retenue. On se communiquait absolument tout, car il n’y avait pas de moyen de retenir la moindre information au cours de ce type de communication intégrale.
Les espèces humanoïdes et Silicones n’étaient ni en rivalité, ni en conflit n’ayant en fait pas grand chose en commun sauf une grande curiosité. Ce que Betty en comprit et qu’elle nota sur son rapport est que la plus grande des différences ne vient pas toujours du fait que l’air a une composition différente ou que les corps appartiennent à d’autres groupes de molécules. Non, ce qui changeait tout, c’est la conscience personnelle que chacun avait de ce qui constituait son “moi “ propre et le “moi” collectif. Pour les habitants de la Fédération Kog ou Betty se considéraient comme des individus, certes composés de cellules, mais chaque personne avait son “moi “ bien défini. ( Quoique, l’exemple de Betty et Kog fut particulièrement mauvais puisque chacun d’eux était non un mais deux plus ou moins fusionnés ).
Pour les Silicones, chacun d’entre eux se considérait comme une foule ou une population de cellules dont chacune possédait une intelligence individuelle. Selon leur point de vue, chaque cellule du vivant de leur planète était un individu, correspondant avec les individus la jouxtant. Cela se produisait par le biais d’échanges ioniques, et chacune contribuant pour sa part au maintien dans le meilleur état possible de la république qu’elles formaient à elles toutes. Ils admettaient bien volontiers qu’il existait une conscience collective de même que certains groupes de cellules constituant telle ou telle partie de leur anatomie, avait des objectifs différents de ceux de l’organe voisin. Transposé en langage humain, cela reviendrait à dire qu’une cellule du foie serait intelligente et saurait ce qu’elle a à faire en tant que cellule au degré un. Mais aussi qu’il y aurait une conscience collective de rang deux, consciente et active pour l’organe foie. Ensuite, existerait une conscience encore plus haute, au niveau de l’individu possédant ce foie. Et pourquoi pas, conscience ensuite de ce qu’était l’ensemble des individus possédant les mêmes caractéristiques générales, une foule ou même la population totale ?
Ce qui en résultait pour eux, au plan pratique, résidait dans le fait que la communication passait en permanence entre tous les niveaux de conscience alors que chez les humains rien de tout cela n’existait. Un silicone pouvait faire exécuter à l’un de ses organes la tâche qu’il voulait et cet organe obtenait de chaque cellule un travail dirigé. La notion de cancer n’existait tellement pas dans leur forme de raisonnement qu’il fallut y consacrer une dizaine de séances pour qu’ils l’intègrent. Chez eux, si une cellule était en dysfonctionnement, on la ramenait dans le droit chemin et si cela s’avérait impossible, elle était éliminée aussi vite que remplacée.
Kog et Betty auraient bien voulu pouvoir en faire autant mais, chez l’homme le lien n’existe pas entre les niveaux de conscience. Ce serait à creuser un jour car bien des maladies disparaîtraient alors.
Il y eut quelques problèmes pratiques assez difficiles à régler entre Terriens et Silicones. Le plus urgent fut celui de la nourriture. L’alimentation des autochtones était à base de plantes et d’animaux dont la chimie comportaient les mêmes radicaux qu’eux. Cela ne pouvait convenir au métabolisme des terriens et la synthèse d’aliments, spéciaux pour eux, demanda du temps et ne comportait que quelques hydrates de carbone, du type sucre. Il en eurent de quoi calmer leur faim, mais il était clair que leur séjour devrait être abrégé s’ils ne voulaient pas risquer de carences graves. Les Silicones comprenaient et promirent qu’à la prochaine visite toute une chimie spéciale existerait qui comprendrait des protéines et des lipides. Mais pour le présent ils étaient pris de court. Les terriens dirent, que, dans ces conditions, ils ne tiendraient pas plus de dix jours. Pour l’eau, il n’y eut aucun problème, c’était aisé d’en faire en quantité et ils n’en manquèrent jamais.
Une autre question à résoudre concernait la possibilité qu’auraient les humanoïdes pour visiter la planète et se rendre compte de leur genre de civilisation. Au bout de six jours la question fut résolue, ils disposèrent d’un véhicule spécialement aménagé pour eux, avec un habitacle étanche et une réserve d’air respirable suffisante. La conduite en était simple, un levier donnait la direction avec grande précision et un second réglait la vitesse. Ils purent ainsi, pour les quelques jours qui restaient, aller visiter plus loin que le hall abritant le mandala.
La description des cités troglodytes où vivent les Silicones, la géographie et l’histoire de cette espèce figurent aussi dans les ouvrages à disposition du public et n’ont pas de place ici. Ce qui est à noter c’est, par contre, l’absence totale de recherche d’autres membres éventuels de même espèce sur d’autres planètes plus ou moins lointaines. Chaque silicone considérait que sa vie, avec tous les niveaux de conscience auxquels il avait accès, était déjà tout un problème. Vivre avec les autres silicones de l’entourage compliquait encore le casse-tête. Cela devenait limite avec la population complète de leur globe qui comptait cinq milliards “d’individus - gouttes ”, alors, l’idée d’en trouver d’autres ailleurs ne les effleuraient pas l’ombre d’un instant. Chacun d’eux vivait très vieux car les phénomènes, de dégénérescence et de maladies, étaient inconnus. On réparait aussi sec tout ce qui n’allait pas. L’année de leur planète valait deux fois celle d’une année terrestre et sauf accident ils finissaient par mourir à plus de 400 de leurs années. Le contrôle des natalités était strict et la population toujours maintenue au niveau actuel. Ils se reproduisaient quand ils obtenaient une autorisation du conseil de la natalité. Ne possédant pas de mémoire transmissible, les jeunes, comme pour les humanoïdes, devaient, à chaque fois, tout réapprendre.
Ils vivaient groupés par quelques millions à la fois dans ce qu’on peut nommer des villes, mais qui, en fait étaient des étages de grottes artificielles installées dans les parois des nombreuses falaises ou montagnes. Ils choisissaient les versant qui faisaient face au lever du soleil. Leurs demeures étaient spacieuses et fermées par une unique baie transparente. L’absence de vis à vis indiscrets laissaient tous les logements ouverts à la lumière. De loin une ville ressemblait à une gigantesque nappe de points lumineux la nuit ou brillants le jour. Les logements s’étageaient sur 150 niveaux en hauteur et, selon les villes, plusieurs milliers en longueur. Les silicones y accédaient par des tunnels dont les entrées se trouvaient aux points bas que l’on repérait de loin par leur éclairage vert. Il leur était interdit de circuler avec des engins volants devant les baies. Seuls les services de sécurité, en avaient le droit pour des interventions précises. Les magasins d’approvisionnement, les endroits pour leurs distractions ou pour leur travail se trouvaient à l’intérieur du réseau de galerie, d’ascenseurs, de transports collectifs constituant la vraie ville, laquellei ne pouvait pas se voir de l’extérieur. En un mot, tout ce qui ne concernait pas la vie privée, était souterrain.
Comme les humains ils s’adonnaient aux arts et aux sciences. La qualité de leurs sculptures était accessible aux visiteurs mais leurs tableaux noirs et blancs, non figuratifs, demeuraient hermétiques à Kog. En musique, la gamme était dodécaphonique et donc assez mal perçue pour des oreilles terriennes. Il fallait s’y habituer. Mais ils étaient des experts pour les rythmes. En sciences, la priorité avait été donnée aux matières ayant trait à la biologie et à la chimie. Sur ces plans les humains auraient plus à apprendre qu’à enseigner.
Les continents, très montagneux, représentaient les trois quarts de la surface de la planète. Les Océans, de teinte “vert-jade” à cause des fluorures contenus dans l’eau, n’étaient soumis à aucune marée, puisqu’il n’y avait pas de lunes. Par contre un vent violent soufflant en permanence à une vitesse élevée (plus de 130 km /heure, estima Betty ) y creusait de fortes vagues. Ce vent était sans doute la cause de l’aérodynamique de toutes les formes naturelles ou artificielles de ce monde. Depuis la position de goutte aplatie que prenaient les habitants pour mieux tenir au vent, jusqu’à la façon de concevoir leurs logements ou leurs appareils et engins de transport.
Lorsque les Terriens décidèrent de rentrer, ils n’avaient encore pu obtenir aucune information sur leur éventuelle religion ni concernant leurs perspectives à long terme. Mais ils avaient un rendez-vous pour une visite prochaine avant vingt années. Tout serait prêt pour échanger des idées et rendre le séjour confortable. Avant de repartir, ils s’offrirent, réciproquement, des cadeaux utiles. Betty, qui avait remarqué l’absence totale d’éléments colorés autres que ceux de la nature, leur donna des informations sur la chimie des colorants organiques. Elle indiqua les groupes “ chromophores” des radicaux qui risquaient de fournir des teintes et les applications possibles à la décoration ou à l’embellissement de leur milieu. Ils furent intéressés et curieux de s’y atteler.

Pour leur part ils exposèrent, tant bien que mal, le principe des moteurs de leurs engins de transports, qui semblait-il, étaient conçus sur l’inversion de la gravité ou sur son annulation. Betty n’était pas du tout certaine d’avoir bien compris, mais cela donnerait du grain à moudre à quelques générations de Fédérés.
C’est donc, amaigris et affaiblis qu’ils revinrent sur Floric. Leur décision première fut d ‘entrer en convalescence pendant deux mois et de rendre leur rapport ensuite. Rien ne pressait. Ce qu’ils avaient rapporté de leur visite à Bilunes n’était encore ni traduit ni exploité. De plus, à propos de la planète Amibios, ils avaient assez peu à dire aux Fédérés.
Lorsque le troisième voyage aurait été accompli, ils retourneraient sur la Terre.

Mécanica.

Ce fut le plus périlleux des trois voyages entrepris par l’équipe des envoyés de la Terre. Ce qui leur arriva sur place peut tenir en quatre lignes :

Capturés à leur arrivée, soumis à la question et sondés pendant des semaines, ils purent s’évader à la faveur de l’un des nombreux courts-circuits. Ceci, leur permis de rejoindre, en se dissimulant, la zone du mandala et de revenir, indemnes, mais beaucoup plus instruits de l’histoire de l’univers.

C’est donc cette histoire constituant le plus important apport d’informations ramenées par un si petit groupe en si peu de temps qui leur valu d’être sacré Héros de l’année dans la Fédération. Ils eurent accès à cette connaissance au cours des sondages qui cherchaient à explorer leurs cerveaux car durant ces opérations il y avait échange total de données pour que la compréhension soit réciproque. Les machines n’avaient aucun but réel ni aucune perspective. Elles fonctionnaient et c’est tout ! Ce qu’elle purent faire d’autre que de stocker ce qu’elles apprirent de nouveau, restera un mystère. En effet, suite à ce qu’avaient ramené les deux héros, le monde Mécanica fut condamné, détruit et transformé en pure énergie, comme il aurait dû l’être au temps de la Centralité. Le résumé de l’Histoire lointaine du peuple des grands Cephs et de la Centralité est donné ci-après.
Il n’y avait pas de date précise quant à première des civilisations qui prit naissance dans une planète tournant autour du soleil désigné comme numéro 27 et qui faisait partie de région la plus proche du centre de la voie lactée. On savait qu’au début cela ne concernait qu’un seul monde presque entièrement recouvert d’eau mais parsemé d’une multitude d’atolls et de quelques volcans éteints pour la partie émergée. Si l’on se réfère au calendrier terrien, il y a environ 2 à 2,5 millions d’années que cela était arrivé.
Au fond de l’océan unique la nature avait multiplié ses essais et quelques millions d’espèces cohabitaient et s’entredévoraient allègrement en suivant l’évolution. Ils finirent par constituer un écosystème à peu près stable. Puis l’intelligence fit son apparition chez l’espèce la plus accomplie, celle des céphalopodes. Très longtemps elle ne fut employée qu’à des fins de chasse à la nourriture ou dans des conflits de reproduction. Puis il y apparut le langage lumineux qui, à son début n’était qu’une parade nuptiale de séduction. Mais il devint, en quelques milliers d’années, un langage codé extrêmement complexe en même temps qu’une expression artistique sophistiquée. La seule vague comparaison qu’on puisse évoquer est celle des écrits en langue arabe ou asiatique qui allient, sur Terre, le sens du message à la beauté de sa forme de calligraphie. Durant encore des millénaires les céphalopodes échangèrent ainsi des idées, des théories, de la philosophie et de la beauté en se positionnant l’un en face d’un autre. Mais cela limitait la possibilité de communiquer des messages à une courte distance : celle de la vue.
Des générations de Cephs se penchèrent sur cette question et observèrent les espèces qui les entouraient. Les crustacés, en particulier, qui disposaient , eux, de deux modes d’échanges. L’un spatial et de proximité était de type sémaphorique. Ils utilisaient leurs systèmes d’antennes et les positions dans l’espace. Chaque espèce de crustacé avait son langage particulier mais celui qui montrait le plus de complexité, donc d’intelligence, était celui des ”Crabes-Langoustes” (ou Cralangs ) pour prendre ce qui y ressemblait le plus sur la Terre. Les Cephs eurent tôt fait de déchiffrer leur code et de comprendre leurs échanges. Puis ils surent que, pour les communications hors de l’eau, lorsque les Cralangs allaient chercher des noix de coco sur les atolls, leur vue devenait trop mauvaise. Ils communiquaient alors par télépathie. Les Cephs auraient bien voulu pouvoir disposer de ce mode de communication, car ainsi, leur civilisation aurait pu progresser bien plus vite.
En effet, dotés de mémoire transmissible, ils auraient pu, par le biais de cette télépathie, se mettre tous rapidement au même niveau de connaissance et consacrer la durée de leur vie à la création ou à la réflexion partagée. Les Cephs savaient qu’ils étaient beaucoup plus avancés que ne le seraient jamais les Cralangs ! Aussi, se consacrèrent-ils pendant plus de 20 000 ans à essayer de devenir télépathes. Ce fut en vain, il leur manquait le savoir-faire. Puis, un jour arriva une météorite qui créa une grande perturbation, car sa masse était énorme et la chaleur qu’elle dégagea fit monter la température de l’eau de la planète de trois degrés. Ceci peut paraître peu, mais il faut considérer le volume total de l’eau à réchauffer et surtout le gradient de température entre l’endroit de l’impact qui fusa sous les 1.400 ° C du météore et celui de l’endroit le plus éloigné. L’équilibrage final demanda plus de 80 années. Mais, ce qu’il faut en retenir c’est que suite à cet accident astronomique, se forma un polymère principalement composée d’eau (96 % ) et de silice sous forme de gel. Très exactement comme dans les silicogels qui sont utilisés pour les boites de Pétri dans les laboratoires de microbiologie sur la Terre. L’eau et la silice de la météorite, se combinèrent sous l’effet catalytique de quelques métaux nobles présents dans le corps céleste et aussi sous la force de la pression de vapeur qui localement monta à plus de 250 atmosphères. Bref, il y eut une synthèse improbable et un nouvel être pensant qui commençait à évoluer et recherchait, pour croître des sels métalliques dans les nodules du fond de l’océan. Les Cephs constatèrent que les Cralangs et ce nouveau venu, (désigné ensuite sous le terme de Hydros ) avaient des échanges télépathiques. Les Cralangs poussaient des nodules vers Hydros et recevaient, en échange, des informations sur les endroits où ils trouveraient la chair corrompue qui était l’essentiel de leur alimentation. Un Ceph, particulièrement têtu ou veinard, décida de tenter une expérience et, s’emparant d’un nodule de gros volume le présenta sans le donner à Hydros. Celui-ci émis un message télépathique d’échange que le Ceph reçut. Tout s’enchaîna ensuite très bien. Les Cephs apprirent d’Hydros comment ouvrir leurs esprits et comment envoyer des messages. Encore 5 ou 6000 ans plus tard, tous les Cephs étaient parfaitement télépathes, avaient réalisés d’énormes progrès dans leurs spéculations intellectuelles mais se trouvaient confrontés à un grave problème qui était celui du développement exponentiel de Hydros. Ils avaient compris que cet être unique était immortel et continuerait à croître aussi longtemps qu’il y aurait de l’eau, de la silice et des métaux lourds. Deux hypothèses lourdes de conséquences s’ouvraient à eux : tenter de détruire Hydros si cela s’avérait possible ou sinon, quitter ce monde pour un autre. Les deux cas impliquaient l’acquisition de sciences concrètes et donc l’abandon de leurs habitudes de vie statique, philosophique et artistique.
Ils utilisèrent les Cralangs comme ouvriers et apprirent la chimie, la mécanique, l’optique, l’astronomie, la métallurgie, l’énergétique et milles autres sciences de la matière. Puis, étant capables d’obtenir ce qu’ils souhaitaient, s’en prirent à la conquête de l’espace pour pouvoir trouver un autre monde habitable qu’ils envahiraient. Mais, pour faire fabriquer, par les Cralangs, des vaisseaux susceptibles de les emmener en nombre et sans trop de dégâts, ils durent reprendre leurs études conceptuelles pures. Ils trouvèrent que l’Univers pouvait être considéré sous l’angle d’un système à 11 dimensions. Par l’utilisation de l’hyperespace et des lignes de tensions temporelles ils seraient à même de franchir en temps court, des espaces intersidéraux considérables.
Il faut préciser que si tous les Cephs avaient accès aux informations totales connues de l’espèce, le degré de compréhension, les possibilités d’abstraction et d’une manière plus générale, le coefficient intellectuel de chaque individu était aussi variable que dans n’importe quelle espèce pensante. Tous savaient quelles étaient les bases d’un paradigme à 11 dimensions, certes, mais à peine un sur cent mille, intégrait vraiment le concept dans son entier. Quant à la possibilité de diriger un vaisseau, seul un millième seulement de ceux qui comprenaient pouvait s’y risquer. On les nommait les “Capitaines “. La plus proche des planètes qui avait les caractéristiques voulues fut choisie comme cible. Elle se trouvait dans notre secteur galactique.
Hydros prospérait et avait déjà la taille d’une colline. Avant deux ou trois siècles il serait au bout de son expansion et la planète deviendrait inhabitable. Les Cephs firent accélérer la construction de trente vaisseaux pouvant chacun emporter plus de 5000 d’entre eux. Les autres resteraient et chercheraient les moyens de détruire Hydros. Cent cinquante mille Cephs s’en allèrent vers une planète qui devint, par la suite le centre d’une diaspora importante, elle se nomma “ Centrale “ et resta le siège de ce qu’on appelait la Centralité.
La majorité des Cephs, restés sur leur monde entreprirent de détruire Hydros, mais n’y parvinrent pas. Alors, pour que le reste de l’Univers ne connaisse pas une telle menace, ils prirent la résolution de supprimer toute l’eau de leur globe en l’expédiant vers un autre monde sec. Ils savaient qu’en même temps, et bien avant que Hydros n’en souffre, ils seraient tous morts. Ils firent poser par les Cralangs des dispositifs capables, en premier lieu de vaporiser l’eau sous le flux thermique dégagé. Ces appareils fonctionnaient à l’énergie solaire et rien ne les arrêterait. Puis, ils firent construire des machines à ionisation dont le canon s’élevait à plus de 100 mètres du niveau des atolls et transformaient la vapeur d’eau en ses composants : Hydrogène et Oxygène. Ils récupéraient l’énergie ainsi libérée et la dirigeaient vers leur milieu naturel, la mer, dont la température montait. Les gaz élémentaires obtenus étaient envoyés en continu vers des mondes lointains et inhabités à l’aide de dispositifs de transport simplifiés n’utilisant que six des dimensions. Leur programme se déroula jusqu’au bout comme prévu, la planète devint aride et seules quelques plantes capables de survivre avec un taux d’humidité bas, s’y développèrent. Hydros, à sec, ne mourut pas, mais sa croissance fut ralentie et pratiquement stoppée. C’est dans cet état que Betty et Kog l’avaient vu sur le monde qu’il rebaptisèrent “Love “

Après cet épisode de l’évolution des Cephs, vint celui de La Centralité. En changeant de monde, les Cephs perdirent 95 % de leur population mais avaient, néanmoins réalisé une assez bonne affaire. Cette planète de la voie lactée comportait un volume liquide (de mers et d’océans) propice à leur développement. La température en était plus douce, la gravité moins importante et les prédateurs moins bien armés. Les Cralangs, emmenés avec eux, avaient tendance à y pulluler et s’adaptèrent parfaitement, gardant une reconnaissance à ceux qui les avaient sélectionnés pour le voyage. Les Cephs pendant le million d’années qui suivit eurent leur époque la plus faste. Ils retrouvèrent vite la population qu’ils avaient sur Love et qui correspondait à un bon équilibre. Les conditions locales, sur Centrale, avaient amené un accroissement de leur taille et la quantité d’informations à enregistrer, analyser et mémoriser avait fait croître la taille de leurs cerveaux en même temps que la surface développée de chacun d’entre eux. Ils furent de plus en plus grands et intelligents et il semblait que rien ne limiterait jamais leur essor.
Puis vint l’époque où revint la question d’envoyer des Cephs sur l’ensemble des planètes dont les conditions semblaient convenir. L’opération de transfert de Love jusqu’à la planète Centrale ayant été un succès, les Cephs voulurent continuer à explorer l’espace à l’aide de leurs télescopes et instruments d’observations à distance. Ils y trouvèrent de nombreuses planètes très convenables pour s’y reproduire et prospérer. Le corps des Cephs navigateurs fut créé et ils se lancèrent, pendant quelques milliers d’années, dans une campagne d’explorations plus poussées que celles aux instruments qui les avaient occupés précédemment. En fait, et compte tenu de la quantité de planètes existant dans la voie lactée, il y en avait, relativement, très peu qui convenaient pour eux. Ils en recensèrent moins de dix mille parmi plusieurs milliards examinés.
Le phénomène de la vie semblait les concerner toutes mais constituait une exception, un phénomène improbable et presque une aberration, dans le tissu ou la trame de l’Univers. Mathématiquement, la vie ne pouvait être considérée que comme un phénomène allant dans le sens inverse de l’Entropie et, de ce fait, ne pouvait exister que de façon précaire. La “vie “ n’était qu’un emprunt provisoire à l’entropie et la mort ramenait l’équilibre. Dans les mondes où la vie existait, une sur dix convenait aux Cephs car les conditions concernaient des êtres composés de molécules de la chimie dite “organique “ sur Terre à savoir : carbone, hydrogène, azote et oxygène pour les éléments gazeux, calcium, sodium, potassium, fer pour les métaux. Dans les neuf dixièmes restant, il y avait toute une vie grouillante d’êtres dont la chimie avait des bases différentes comme les Silicones ou les Titanyles et en général les atmosphères ou les conditions climatologiques les rayaient de la liste des planètes à conquérir.
La planète Centrale envoya donc ses Capitaines vers ces mondes dans des expéditions sans retour. Non seulement ils avaient pour mission de s’y installer et s’en rendre les dirigeants sans agressivité, mais ils devraient l’accomplir sans esprit de retour. Les Capitaines, une fois sur place, devaient automatiquement être “neutralisés “ par les équipages, coupant ainsi toute idée de revenir vers Centrale. Pourquoi ? .
C’est que sur cette dernière il y avait eu un grand schisme. Près cinquante pour cent des Cephs, désiraient de toutes leurs âmes revenir à l’état de purs penseurs abstraits qu’ils avaient avant l’entreprise de changement de planète. Ils ne voyaient aucunement le besoin de se rendre dépendants d’objets fabriqués pour eux par les Cralangs. D’accord, ils en avaient vu l’intérêt pendant un temps et avaient appris bien des choses, mais, maintenant que tout était rentré dans l’ordre, pourquoi ne pas redevenir les aimables philosophes qu’ils étaient avant la naissance de Hydros ? . l ‘autre moitié des Cephs, était d’un avis contraire. Ses philosophes pensaient qu’en se rendant maîtres des sciences concrètes, ils allaient dans le sens d’une évolution positive. Donc ils ne voulaient pas opérer de retour en arrière. Ils désiraient conquérir d’autres mondes et les faire profiter de tout ce qu’ils savaient. Il y avait la place pour que chaque point de vue aille jusqu’au bout de ses idées. Sur Centrale, resteraient les penseurs qui collecteraient les informations envoyées par les Cephs Conquérants. Ceux-ci iraient de par l’Univers pour essaimer, mais ne reviendraient jamais perturber à nouveau la sérénité de Centrale.
Donc lorsqu’ un vaisseau arrivait dans un monde, les Cephs et les Cralangs en débarquaient. Puis, le vaisseau était placé en stase temporelle et le capitaine “neutralisé “. Qu’entendaient donc les Cephs par cette expression ? Une mise à mort ? Non, car plus aucun Capitaine n’aurait voulu prendre de commandement. Simplement un traitement télépathique, volontairement accepté, de surcharge de concepts. Son but était de lui faire occulter, sous l’abondance des données, sa connaissance du paradigme de l’espace à onze dimensions et ainsi lui interdire de le transmettre. Cela fonctionna très bien. Après environ une dizaine de générations, les Cephs Conquérants savaient toujours que le paradigme existait mais étaient incapables de l’énoncer, de le concevoir ou même de l’utiliser . Cent générations de plus et ils ne pensaient plus que dans le confortable paradigme à six dimensions !
Il y eut donc La Centralité qui était dispersée dans tout l’Univers, qui, dans chaque monde développait sa propre civilisation et transmettait tout ce qu’elle apprenait vers la planète mère. Après un million d’années harmonieuses et fructueuses, de petites différences se firent jour entre les Cephs de la Diaspora. Ces particularismes entraînèrent des tensions, les tensions amenèrent des ruptures, ces dernières débouchèrent sur des guerres. En très peu de temps tout le travail réalisé par les générations précédentes fut détruit. Ne restaient de philosophes que ceux de la planète mère :Centrale. Les autres furent des guerriers qui se détruisirent les uns après les autres, s’envahissant réciproquement, créant selon leurs envies des machines et des armes de plus en plus sophistiquées et meurtrières. Les survivants, sur chaque monde, comprirent enfin que la position que ceux , restés sur Centrale, avaient choisie était la bonne et la seule valable. Ils abandonnèrent ce qui restait de leurs armes et machines sur un monde inhabité qu’ils nommèrent Mécanica. Pour le faire, ils durent faire donner la réserve en utilisant le seul vaisseau resté sur Centrale et le seul Capitaine qui allait avec, tous deux maintenus en stase temporelle en cas de besoin depuis le grand schisme.
La fin sanglante des émigrants de la Centralité eut de grandes conséquences. Ne restaient qu’une demi douzaine de mondes, hors de Centrale, qui possédaient encore une population de Cephs. Pour les Cralangs, c’était un peu mieux, ils survivaient dans presque tous les mondes mais abandonnèrent les sciences concrètes. Ils en revinrent à leurs poésies et à leurs ballets d’antennes. La guerre avait laissé de grands stigmates dans les esprits des Cephs et les chocs psychologiques entraînèrent souvent une régression en même temps que la perte des données principales. La communication entre ces mondes fut coupée et chaque planète où restaient encore des Cephs se replia sur elle-même. Au cours des millénaires certains mondes disparurent suite à des phénomènes astronomiques normaux tels que trous noirs ou super novae. Au moment où Kog et Betty visitèrent Mécanica, il y avait encore des Cephs sur quelques mondes : Centrale, mais on ne savait pas où se trouvait cette planète. La Terre, dont les seiches venaient de recevoir les connaissances des Cephs du monde des Cralangs par l’intermédiaire de BAFESI. Et, aussi, au moins un monde qui devait se trouver dans la constellation Magenta. Mais, les machines de Mécanica ne purent en donner les coordonnées exactes. La seule chose qu’ils purent préciser était qu’un guerrier Ceph de cette planète, plus qu’à demi mort, vint pendant leur guerre, s’échouer sur la Terre vers l’an 2000 de l’ère chrétienne. On pouvait penser que c’est ce Ceph qui, (par l’intermédiaire d’une seiche ou directement ?) influença Mat Ducerf lors de sa visite à l’aquarium de Monte Carlo et provoqua son évanouissement.
Sur Mécanica les machines et armes, sans programme commun, exécutaient les tâches pour lesquelles elles avaient été inventées et construites. Elles se détruisaient au moindre déclenchement, se reconstruisaient anarchiquement dans une ronde qui n’était interrompue que si un être vivant se posait sur leur monde. Alors, en quête d’ordres ou d’instructions, ils sondaient les esprits après avoir immobilisés les corps et ne relâchaient leurs pressions que lorsqu’une autre machine ou arme provoquait une coupure de courant. Pour Kog et Betty ce fut la dualité de leurs personnalités qui fit sauter les fusibles.
Un jour l’intelligence pouvait y naître par hasard et cela représentait un danger potentiel énorme pour la Fédération. Celle-ci n’ayant, apparemment, aucun ennemi n’avait aucune raison de garder ce dépotoir dans l’idée d’y rechercher des moyens de destruction contre qui que ce soit.
Kog et Betty, en conclusion, avaient recommandé un anéantissement total. Ils furent suivis dans cette voie.

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Compte tenu de la contribution important apportée par les deux clones, ils furent reçus, sur Terre à un grand Symposium, spécialement convoqué pour les entendre raconter leurs voyages et ce qu’ils en avaient compris. Les Sages avaient bien des questions à poser et beaucoup de précisons à demander. Ce n’est qu’après cette convocation exceptionnelle, qui s’étala sur plus d’un mois que furent prises les décisions principales suivantes :

-Betty et Kog rejoindraient le groupe fermé des Sages de la Terre.
-Kog prendrait la direction d’une Académie, pour enseigner, à tous ceux qui le voudraient, la façon d’ouvrir son esprit à la télépathie et l’art de communiquer avec les seiches.
-Des ateliers et laboratoires seraient consacrés à l’étude de toutes les formes de machines à traduire les langues.
-Le langage sémaphorique des Cralangs serait au programme d’une équipe spécialisée qui aurait aussi pour but de créer des robots capables de reproduire ce langage visuel.
-Betty deviendrait le chef de file concernant les études théoriques des différents paradigmes et, ce, jusqu’à ce que l’humanité soit capable de se servir de la Bulle qui était en stase sur Bilunes.
-Les liens avec les mondes de la Fédération seraient conservés mais les Terriens se comporteraient d’égal à égal avec eux sans le moindre complexe. En conséquence directe, les terriens collaboreraient loyalement et donneraient toutes les informations recueillies par les deux nouveaux Sages.
-La Terre insisterait pour que les mondes humanoïdes considérés comme non encore aboutis soient aidés à progresser et non simplement observés de loin.
-Les humabs devraient tenter de garder une communication avec les seiches ou les Cephs partout où il y en aurait et devraient réviser l’optique sous laquelle ils voyaient ces espèces intelligentes. Ils tenteraient d’agir de la même façon avec tous les crustacés. Mais comme l’avait exprimé avec humour l’un de ceux-ci par l’intermédiaire de Secco : << On ne peut nier que nos deux espèces s’apprécient énormément l’une l’autre ! >>.

La moisson ramenée était d’une telle importance qu’il faudrait plusieurs générations pour aller au bout de toutes les implications. Cela donnerait du travail qui déboucherait sur toute une ramification de tâches laquelle devrait occuper les 80 mondes humanoïdes pendant longtemps. Ajouté aux quasi 900 mondes à visiter quel programme pour l’avenir ! . Plus personne ne sombrerait dans l’ennui.

En fin de séance, le jour de la clôture, Betty et Kog trouvèrent indispensable de dire qu’on devait tenir la promesse faite à Zaon 438 Pim, alias Manius, alias Mat Ducerf, alias Oleg ...etc.... Cet homme avait accompli la difficile mission que l’on sait. Il méritait donc, à leur avis, une sorte de nouvelle vie au même titre qu’eux mêmes. Donc, son clone devait être mis en lancement, une éducation programmée comme cela avait été le cas pour nos deux héros. Ensuite à l’âge convenable on devrait passer par BAFESI pour reproduire ce qu’il y avait de plus proche de celui qu’ils avaient connu sous le nom de Mat Ducerf. Les Sages furent tout à fait de cet avis mais la question rebondit d’une manière imprévue.
Dans la Fédération, comme sur Terre, le clonage humain était tabou et s’il y avait eu transgression, c’était devant une exigence absolue. Maintenant, on devait en revenir à une application stricte. Donc, le cas Pim serait la dernière exception ! Ensuite les laboratoires de Washington et tous les clones restants en potentiels seraient détruits.

Dans ces conditions il n’existerait, dans toute la Fédération, que quatre humains à double personnalité. Et c’était une sage mesure, car tout ne se passait pas au mieux pour eux. La fusion s’était plus ou moins bien réalisée au cours de leur dissociation première quand ils quittèrent la Terre pour la première fois. Ensuite ils eurent une vie pleine d’actions, d’aventures et de découvertes qui les prit à temps complet. Maintenant qu’ils se trouvaient à nouveau sur la Terre et pratiquement au repos, ils se sentaient assez mal à l’aise. Les personnages fabriqués à partir des clones dans le but précis des missions à accomplir, cohabitaient de moins en moins bien avec les personnalités enregistrées par BAFESI, sept siècles plus tôt. Ils eurent de violentes migraines, quelques troubles psychomoteurs et allèrent jusqu’aux crises épileptiques.
Impossible de l’éviter cela car le fait demeurait que, dans chaque corps, se trouvaient deux esprits, deux mémoires et deux conceptions de ce qu’était le monde les entourant. Le seul cas où la dualité donnait une synthèse aisée à vivre était celui d’un contexte d’aventures dans des mondes extérieurs. Là, les personnalités s’ajoutaient au mieux des besoins sans provoquer de malaises alors qu’au repos il y avait des divergences.
C’est la raison pour laquelle, le reste de leur longue vie, Fox, Betty et Kog, rejoints ensuite par celui qu’ils nommèrent toujours Mat, sillonnèrent sans relâche toutes les planètes où les Grands Cephs de la Centralité avaient laissé des Mandalas.
Mais ceci n’est-il pas raconté dans les douze disques de “ La Grande Légende “ que vous avez tous lus dans votre premier âge ?. De même, n’avez-vous pas dévoré, plus tard à l’adolescence, les histoires d’amour et la saga (en 25 C D ) de Jiko la fille aux cheveux bleus et de Iomael le musicien ?




Chapitre 12

Océaniques.

Qui est le monstre,
Qui est la bête ?
(Secco )
.

Le monstre marin était de très mauvaise humeur et le manifesta rageusement en expulsant un puissant jet d’eau. Un requin marteau qui passait un peu trop près en fut déséquilibré et, effrayé, se dépêcha de quitter la zone profonde où il s’était laissé entraîner par sa perpétuelle faim. Autour de lui, encore et toujours, une bande de seiches tournoyait sans relâche, échangeant des messages lumineux qui ne le touchaient guère. Lui, le monstre, n’était pas artiste comme tous ces petits êtres. La moitié de son temps était utilisée à la satisfaction de ses besoins vitaux, l’autre à servir de réceptacle, bien malgré lui, à la multitude de messages télépathiques arrivant de tous les Océans et Mers habités par le peuple des seiches. De proche en proche ils se communiquaient le résultat de leurs réflexions, théories, jeux d’esprit, questions et réponses. Puis ces millions de messages arrivaient vers le petit groupe qui ne le quittait jamais et le tout se trouvait projeté avec une force télépathique à laquelle il ne pouvait résister et s’inscrivait dans la myriade de ses neurones.
C’est le moyen que ces êtres intelligents avaient trouvé pour stocker les données de leur science et aussi pour les consulter. Le monstre n’était ni consentant, ni participant, simplement il ne pouvait rien faire contre ! Quand le flux en devenait trop dense il en éprouvait de la douleur dans son immense cervelle. Ces céphalées douloureuses provoquaient son agacement et le rendaient hargneux.
Depuis que le Ceph voyageur de la planète des Cralangs avait fragmenté et expédié toute sa science vers les seiches, la douleur ne cessait plus. Chaque seiche transmettait à ses plus proches congénères ce qu’elle avait reçu et, comme une onde, les informations se propageaient et étaient finalement stockées en lui. Le monstre n’analysait rien, n’utilisait aucune logique car il était complètement stupide et réagissait plus qu’il ne sentait. De plus, depuis quelques mois, tout allait dans le même sens, on ne consultait pas les données introduites en sondant son esprit, on ne faisait que les accumuler. Ainsi, aucun schéma conçu par les seiches ne venait remettre de l’ordre dans tout ce qu’il recevait et, donc, aucun soulagement ne venait. Un moment, tout de même, il y avait eu la synthèse réalisée à la demande de Secco concernant la façon d’aller chercher encore d’autres données. Cela l’avait calmé pendant presque un mois. Mais depuis, plus rien de ce genre. Heureusement que le monstre avait ses problèmes personnels de nourriture et pendant qu’il chassait de quoi alimenter les vingt-huit tonnes de sa masse, il ne pensait à rien d’autre. Les communications avec ses bourreaux étaient presque coupées. Ceux-ci lui transmettaient en permanence des indications sur les lieux où il trouverait de quoi restaurer ses forces, et, en cela, ils étaient précieux. Mais le reste du temps ils lui empoisonnaient l’existence. Par expérience le monstre savait que tout était cyclique et qu’après une séquence, trop longue, de réceptions, viendrait le temps où les seiches utiliseraient et reclasseraient tout ce fatras et qu’il s’en trouverait heureux.
Sans l’avoir cherché, il comprendrait des choses auxquelles il ne s’intéressait aucunement, ce qui augmenterait son savoir mais pas sa faible intelligence. Sa mémoire était infaillible et totale. Il aurait pu se rappeler le moindre des événements survenus pendant le déroulement des quarante années de sa vie. De la même façon il possédait la mémoire de sa race et pouvait rappeler chaque détail de la vie de n’importe lequel de ses ascendants. Mais à quoi bon ? Seules les seiches s’intéressaient à ces choses du passé.
Rarement, pourtant, pendant sa digestion, des pans entiers de l’histoire de sa lignée lui revenaient. A une époque lointaine les seiches avaient eu à trancher sur un énorme dilemme qui pouvait se résumer à : artefacts ou pas d’artefacts ? “. Autrement dit leur civilisation de philosophes et d’artistes devait se déterminer à propos de la voie qui serait celle que suivraient leurs descendants : utiliser ou non les qualités de certains crustacés munis d’outils naturels pour fabriquer des objets ? Le peuple des ” munis de pinces” n’était pas un peuple de réflexion mais plutôt tourné vers l’action. Ils communiquaient par un système sémaphorique de proximité mais assez volontiers par télépathie quand la distance était trop grande pour leur courte vue. Cela avait été un jeu d’enfant pour les seiches de les comprendre et d’utiliser la suggestion pour leur faire exécuter des taches. Mais, indéniablement, ils étaient intelligents. On devait en tenir compte. Ce qui provoqua cette question venait de conclusions sur la nature de l’univers auxquelles était parvenu un groupe de seiches plus tourné vers ce genre de discussion. La démonstration que six dimensions étaient à prendre en considération fut un peu polémique et les seiches durent, pour une vérification qui couperait court à ces échanges perturbateurs, se résoudre à faire construire. Le premier problème à régler fut de faire amener, par les grands crabes, les nodules de magnétite qui étaient indispensable. Un lieu fut soigneusement choisi pour l’expérience. Cela demanda quelques siècles. Puis lorsque la quantité fut suffisante il fallut organiser une construction de forme particulière pour que des lignes aimantées tournent de telle ou telle façon et ce fut là que les ancêtres du monstre commencèrent à servir les seiches. Tous ces poulpes munis de bras et de ventouses savaient manier les objets et, pour stupides qu’ils soient, étaient de bons récepteurs d’ordres. Moins de vingt ans plus tard l’oeuvre était achevée. Les essais montrèrent deux choses : que la théorie paraissait valable mais qu’elle était assez inefficace dans l’eau ! Maintenant que tout cela était admis et compris, les seiches choisirent de ne pas pousser d’avantage dans la voie matérielle et continuèrent à s’adresser de beaux poèmes lumineux comme par le passé. Certains provoquaient par leur harmonie, le rythme des lumières, le choix des alternances de couleurs et le signifiant qu’ils délivraient une telle impression de beauté que les seiches voulurent les stocker. Le choix se porta sur le premier poulpe venu. Ils introduisirent les données dans son cerveau. Ils développèrent chez lui une mémoire transmissible en jouant sur ses glandes à sécrétion interne. . L’habitude et la commodité firent qu’au cours des millénaires suivants ils eurent de plus en plus à conserver. Ils furent amenés, par conséquent à modifier les hormones de croissance de l’animal porteur pour que les descendants de ce réceptacle grandissent en même temps que croîtrait la taille du cerveau, donc des capacités de stockage. Petit à petit la taille devint monstrueuse, il était maintenant le plus gros des habitants de l’Océan, plus que la baleine ou que l’orque ! Quand viendrait l’heure où sa mort devait être envisagée, les seiches se chargeraient d’organiser, avec un autre poulpe femelle, la fécondation des oeufs et la sélection de l’un d’entre eux pour devenir leur réservoir musée suivant.
Oui, le monstre, aussi stupide soit-il, était conscient des raisons de sa présence et de son utilité.
Ce que ni lui, ni les seiches ne réalisèrent vraiment, c’est qu’au cours des ères géologiques et des glaciations tout bascula plusieurs fois et que l’édifice construit pour la démonstration de la théorie se trouva, un jour, au sec. C’était dans une région nommée, pendant une période, la Mésopotamie. Les sauvages humains qui la peuplaient lui donnèrent le nom de ziggourat et en firent un monument sacré. Ils avaient constaté que, parfois, des gens qui s’y rendaient pour apporter leurs offrandes, disparaissaient sans laisser de trace. La ziggourat fut réservée à quelques prêtres qui ne l’approchèrent plus que sous certains angles, à certaines dates et avec bien des précautions. Il y en eut quelques copies au fur et à mesure que les populations s’en éloignaient par leur croissance exponentielle et on les adora comme on l’avait fait pour l’originale. Celle-ci s’effondra de vétusté après moins de trois mille ans.

Quand commencèrent à arriver toutes les données transmises par le Ceph voyageur il fut évident pour tous, les seiches aussi bien que le monstre, que sur le monde des Cralangs l’option choisie avait été inverse de celle prise par les seiches. La grande question qui donnait lieu à de nombreux débats et réflexions était de savoir si les seiches continuaient dans leur voie ou si elles se dirigeaient désormais dans celle de Centrale, la planète disparue ? Le monstre se moquait de ce genre de préoccupations. Ce qui le motivait était de se nourrir et de se tenir à l’abri du seul prédateur qu’il pouvait redouter : l’Homme.
Un de ses ancêtres déjà volumineux, (un peu plus que le quart de ce que lui-même était devenu), avait eu directement affaire à eux. De bonne foi, et malgré les avertissements de sa nuée accompagnatrice, il s’était s’attaqué aux navires de pêche qui sillonnaient l’interface eau/ air. Au début il ressentit les ondes de terreur paralysante qui embrumaient les cerveaux humains comme ceux de ses proies habituelles. Puis ces choses s’organisèrent et il dût renoncer à cette nourriture car il fut plusieurs fois blessé par des harpons. Il eut même un tentacule dont l’extrémité fut sectionnée d’un coup de hache d’abordage. Donc, lui et ses descendants se dissimulèrent du mieux qu’ils purent. Puis ces êtres qui vivaient dans l’air se livrèrent à des batailles et le fond de l’océan où il se tenait tranquille fut perturbé par des mines, des torpilles, des épaves mais aussi par beaucoup de choses bonnes à manger.
De tout cela les seiches retinrent que le poulpe avait réussi à recevoir des pensées humaines, donc, pour eux-mêmes il ne fut plus exclu de tenter de réussir une communication avec ces êtres bizarres. Par télépathie, ils fouillèrent le contenu des émotions du monstre, trouvèrent le chemin suivi et surent comment procéder. La question était maintenant de savoir dans quel but le faire ?
Comme pour tous les êtres demeurant dans le milieu marin la pollution des mers par les hommes devenait un problème vital ! Pouvaient-ils se faire comprendre des humains et leur demander d’arrêter de tout saloper ? Comment s’en approcher suffisamment ? Y avait-il parmi les humains quelques télépathes ? Autant de questions à résoudre. Ils savaient, par le biais de certains d’entre eux, conservés vivants dans des aquariums visités par les hommes, que le problème de la distance était résolu. Mais les épais verres qui s’interposaient entre ces seiches et les hommes ne rendraient-elles pas impossibles toutes communications ? Ils se résolurent à tenter un essai mais, n’ayant aucun langage à partager, ils durent se contenter d’essayer de transmettre un concept. Les hommes défilaient sans cesse devant l’aquarium mais il n’y avait pas de télépathe. Puis, enfin un jour, un homme passait qui était absorbé dans de profondes spéculations concernant le concept même, qu’ils désiraient faire passer. Toutes les seiches qui se trouvaient dans la mer proche s’unirent avec celles qui se trouvaient en présence de cet individu particulier et lui envoyèrent, ensemble, leur message. L’homme tomba foudroyé et fut très près de mourir.
Les seiches décidèrent de ne plus faire d’essai de communication directe avec les hommes mais d’utiliser celles d’entre elles qui se trouvaient à proximité des humains pour leur inspirer des sentiments de respect de la nature et d’écologie. Elles préférèrent créer une ambiance générale durable à la communication directe trop traumatisante. Moins de deux siècles plus tard, ils cessèrent complètement de tout souiller. Le message avait été reçu et compris 5/5.
Une époque nouvelle s’ouvrait maintenant qui était pleine de promesses et de perspectives positives. Secco avait trouvé un humain télépathe avec lequel elle pouvait communiquer. La liaison entre la lignée des seiches intelligentes et les hommes, qui l’étaient moins, devint possible. Une porte avait été ouverte vers d’autres planètes et donc la possibilité d’essaimer ou de rencontrer d’autres seiches pour échanger expériences et idées. Il faudrait en profiter assez vite, avant la fin des 50.000 années qui venaient car l’espèce humaine montrait tous les signes d’une disparition proche. Ils avaient perdu le contact avec l’essentiel : les difficultés à surmonter dans tous les actes qui font la vie. Bientôt leur taux de natalité baisserait, leurs facultés non exercées s’amenuiseraient, leur désir de vivre s’éteindrait et ils seraient remplacés par une autre espèce. Une de celles qui devaient se battre pour manger, boire, se reproduire, asservir la nature et régner sur les autres.
Impossible de pronostiquer laquelle, mais c’était certain. Comme avaient disparus les dinosaures, les hommes s’évanouiraient et la Terre continuerait à tourner autour de son soleil. Les seiches, arrivées depuis des millions d’années à l’état parfait de l’évolution, continueraient à échanger des idées et des oeuvres d’art au fond des Océans. Pourquoi aller dresser les homards si un jour ils voulaient qu’on leur construise des artefacts ? Sur cette planète Terre, ils avaient aussi bien que les Cralangs. Pour les cinquante millénaires à venir, ils feraient travailler la sous-espèce intelligente : les hommes.

F I N



La suite du cycle des Mandalas est dans
“Le Hop double”