Seconde partie

Le monde des Cephs





Avertissement pour la seconde partie :

Il aurait été pénible d’essayer de rendre les différentes langues ou moyens de communication en version originale, c’est donc par une licence d’auteur et pour rendre le tout aussi intelligible que possible que j’ai utilisé le français courant. Je l’ai même parfois réduit à un langage véhiculaire et je suis sûr que si on comptait les mots employés on arriverait en dessous de 300. Je me suis rattrapé, comme j’ai pu, avec de nombreux néologismes qu’on voudra bien me pardonner.
L’avertissement de la première partie est encore valable pour la seconde, soyez patients et essayez d’aller jusqu’au bout.
Marcel Herzberg.





Chapitre 7

<< La poudre de Perlin pin-pin
Marche bien ,bien ,bien >>
Merlin

OLAF STERNE

Olaf Sterne fut chargé de coordonner les études préalables concernant l’envoi d’un mandala sur la planète habitable la plus proche de nous qu’on avait pu trouver. Elle se situait exactement à n années de notre vieille Terre. Il y en avait une autre, à peine plus loin (sic) à n + 1,1 années; n étant le temps du voyage si l’on réussissait un transfert, pour les vaisseaux, qui soit pensable, il dépendrait donc de la vitesse à la quelle on parviendrait. Les deux mondes présentaient des atmosphères contenant de l’oxygène et de l’azote et montraient la présence d’eau dans les spectres de leurs lumières. Aucune sonde n’y étant jamais parvenue, les natures des sols en étaient inconnus, mais c’est tout ce que l’on avait trouvé à une portée pensable.
Pensable, oui, se dit Olaf, mais quand même un sacré problème si l’on pensait que la meilleure vitesse de croisière à laquelle on savait pouvoir parvenir était de 155 km par seconde par cinq accélérations successives. A peu près 200 fois moins rapide que la lumière, ce qui voulait dire 1200 ans entre le moment de l’expédition et celui de l’arrivée du mandala. La vie humaine gagnait un peu de longévité chaque année. Lorsque Olaf fut choisi pour diriger le projet il avait quarante ans, donc son espoir n’allait pas plus loin que la moyenne actuelle pour lui de 135 ans de vie. Seuls ses lointains descendants sauraient si sa mission avait réussi.
Tout de même, le fait que le vaisseau ne comporterait rien de vivant pouvait améliorer bien des choses, comme le poids au départ et aussi tout ce qui concernait le confort et l’existence des passagers dans la 11° tentative. Puis, il se dit que c’était bête ! Il ne pouvait pas penser à l’économie de nourriture, ni à celle de l’eau, ni à celle d’un certain confort car quand on expédierait un voyageur par le mandala celui-ci arriverait nu. Il devrait donc, pour survivre, trouver une infrastructure d’accueil. Il lui fallait par conséquent que le vaisseau qui avait amené le mandala puisse être sa maison et sa source de nourriture et de vêtements jusqu’à ce qu’il se soit adapté au milieu.
Olaf pensa qu’il devrait quand même fixer aux ingénieurs l’objectif de doubler la vitesse de croisière actuelle et pour savoir si cela était raisonnable, il demanda à Moïse 238 Yard de venir en parler avec lui. Tout le monde, au centre technologique mondial de Berne, le nommait simplement Mo, de même que pour lui, on se contentait d’Olaf. Mais la manière de nommer les gens depuis le 6° siècle AA ne comportait que trois blocs : deux de lettres séparés par un de chiffres. Parmi les milliards de combinaisons possibles on essayait de garder ce qui était prononçable de préférence. Tout le monde s’en foutait, d’ailleurs, sauf l’administration. Dans chaque microcosme où les gens vivaient, on se contentait de courts sobriquets, cela suffisait et, ce n’est que quand cela s’avérait nécessaire que l’on disait le nom entier.
Mo vint très vite, d’un petit coup de libellule, et, assis dans une chaise longue, sur la terrasse abritée, à côté de son patron, buvant une citronnade offerte par le centre, ils parlèrent en regardant les engins volants se déplacer dans le ciel. Le débat porta sur le poids auquel on pourrait se tenir sans mettre en péril la vie du voyageur futur. Ce n’était qu’une mise en jambes. Très vite Olaf aborda les aspects concernant la vitesse et Mo lui donna son point de vue : Pour les résistances mécaniques du vaisseau au lancement et aux étapes d’accélération, les calculs avaient démontré que la vitesse limite se situait vers 333 km/seconde. Ce qui empêchait d’arriver actuellement à cette vitesse était qu’au départ il fallait lancer tous les étages dont on se débarrasserait les uns après les autres. Mais leur masse totale au départ était le gros problème.
Olaf demanda si, au lieu de procéder classiquement on n’avait jamais, par le passé, tenté des essais en ne jetant pas les étages vides de leurs propulseurs mais en les consommant ?
Mo voulu savoir si Olaf se référait, par allusion, aux fusées de feux d’artifices, aux anciens avions à réaction ou s’il pensait à autre chose ? Olaf répondit volontiers en se jetant à l’eau, car il craignait le ridicule :
<< Je vais donner un exemple stupide, sans doute, mais si les étages étaient constitués d’une enveloppe combustible et brûlant à la même vitesse que le contenu on gagnerait du poids, non ? >>
<< Si cela ne nous saute pas à la gueule, oui ! Ce qui implique qu’on devra utiliser uniquement des propergols en poudre et, si je saisis bien votre idée, l’enveloppe serait constituée de la même poudre mais compressée suffisamment, pour retenir le combustible en poudre. C’est une idée à creuser mais, pour l’instant, je ne vois aucun produit chimique qui existe et pourrait convenir. Pourtant cette idée me séduit, alors je vais lancer mes chimistes là dessus. Possible qu’on trouve dans la littérature une voie à suivre ou, mieux une idée nouvelle qui tiendra mieux compte de nos possibilités actuelles.? >>
<< J’aimerais que vous fassiez cela, et pendant que vos équipes chercheront, je souhaite vous orienter vers d’autres questions. La première étant : quelle chance aura ce fameux voyageur qui sera dissocié, dans le meilleur des cas, pendant plus de 6 ans ? Puis quand vous m’aurez trouvé une réponse vous penserez à celle-ci : avons-nous un moyen de retour à proposer au voyageur pour savoir ce qu’il a trouvé ou vu ? . Je vous signale que des questions de ce genre j’en ai encore plein mon sac >>.
Mo, riant avec lui rétorqua : << Je comprends, ce doit être du genre : doit-on lui envoyer une compagne si on ne peut le faire revenir ? De toute façon votre sac de questions sera toujours plus important que mon sac de réponses !>>
Ils se séparèrent fatigués de l’effort qu’ils venaient de faire. Cette époque du distributionnisme, incitait, de plus en plus, les gens à devenir complètement mous et sans ressort. Le moindre travail, physique ou mental les épuisait. Sans antagonistes ni difficultés de survie, ils avaient tendance à devenir de gros marmots dorlotés, des larves en quelque sorte. Olaf en était bien conscient car le moindre problème ne serait-il pas celui de trouver et former un voyageur qui pourrait affronter l’inconnu d’une planète lointaine et y survivre, ne serait-ce que le temps d’envoyer quelques messages radio, lesquels ne seraient reçus que six ou sept ans après...

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Mo alla au plus simple, il fit paraître, sur plusieurs sites de l’Araignée, sa demande d’informations et de bibliographie concernant l’histoire des mélanges propulseurs en poudre depuis l’origine de la technique des pétards, en Chine, au douzième siècle de l’ère chrétienne. Le nombre de réponses durant les quinze premiers jours fut impressionnant et il dut organiser un service de vingt personnes pour opérer un premier tri et sélectionner ce qui apportait quelque chose. Le public s’était passionné pour la question posée car Mo avait pris le soin de préciser que cela concernait le projet de la douzième tentative de voyage interplanétaire.
La Grande Quête étant terminée, ils étaient assez désoeuvrés et furent ravis d’avoir un os à ronger. Grâce à eux, un rapport très complet put être établi qui faisait le tour des connaissances sur le sujet et Mo s’y attela pendant quelques semaines. Ce qu’il en tira ne fut qu’une compilation des connaissances déjà acquises auparavant. Malheureusement, rien de nouveau ne put en être extrait.
Ce n’est que six mois plus tard qu’il reçut une demande de rendez-vous d’un chimiste bibliophile qui prétendait avoir mis le doigt sur quelque chose et désirait lui en parler face à face. Les demandes de ce genre étaient rarissimes car il n’y avait, en général, aucune raison de prendre la peine de se déplacer ! Tout, en effet, pouvant se traiter par les moyens normaux de communications qu’offraient l’Araignée, le fax, le téléphone, la vidéoconférence et le visiovox.

Mais l’homme, Woglu 751 Job, dit “ Wog”, pour appuyer ses dires, expliqua qu’il avait un document précieux à lui montrer dont il ne voulait pas prendre le risque de se séparer compte-tenu de la fragilité. Olaf curieux lui demanda de quoi il s’agissait et obtint la réponse :
<< Dans un texte antique de chimie qui datait du 19° siècle chrétien il y a la description d’un composé chimique dont aucun document par la suite, qu’il s’agisse de livres imprimés ou de disques pour lecture d’ordinateur, n’a jamais plus fait mention. J’ai donc réuni les chimistes de mon coin pour leur demander leurs avis avant de vous déranger. Nous en avons bien parlé entre nous et nous pensons que ce corps serait un élément possible de base pour revoir la conception de la propulsion. >>
<< Dans quelle région habitez-vous et quelle est votre activité ? >>
<<Je suis professeur de chimie historique à l’université de Sydney, en Australie et comme violon d’Ingres je collecte les livres techniques de la période comprise entre 1650 et 1950 de l’ère précédant la nôtre >>
<< Et vous feriez un si long voyage juste pour me montrer un livre ? Mais, mon cher Monsieur, nous avons sur notre ordinateur de la Grande bibliothèque, ici, à Washington, l’ensemble de tout ce que la terre a imprimé depuis Gutemberg ! Tout se trouve dans nos mémoires et je peux consulter directement de mon bureau n’importe quel ouvrage ! >>
<< Même un exemplaire du WURTZ ? >>
<<C’est quoi, un WURTZ ? >> Mo commençait à s’impatienter...
<< C’est ce qu’ils nommaient un” Dictionnaire de chimie pure et appliquée”. Cet ouvrage a été mis à la disposition des chimistes par un nommé Adolphe WURTZ, un allemand qui y a réuni l’ensemble des connaissances de son époque et c’était le livre de base de tous. Tous les grands et moins grands chimistes de son époque y ont contribué et aucune recherche de combinaison nouvelle ne fut omise, même si certaines semblaient douteuses ou plus précisément à reprendre. Il y a eu de nombreuses éditions et celle que je possède est en cinq volumes. Le corps dont je voulais vous entretenir figure à la page 1474, colonne de droite sous le sous-titre “fluoxyborates”. Il y est aussi fait mention de son sel de sodium et de sa structure intime. Voilà ! >>
<<Je suis tout à fait navré mais je ne perçois pas l’intérêt ! Je vous demande un instant. Je vais faire vérifier par mon secrétariat que nous avons bien accès à ce livre. Si c’est bien le cas je ferais mettre, sur mon second écran, le texte que vous me citez. De cette façon je serais à même de vous économiser un voyage pénible et d’être sûr de bien suivre vos idées. Ne quittez pas, je vous reprends dans quelques secondes. >> Mo fit le nécessaire et put lire le texte du WURTZ sur lequel ce Wog avait tiqué. Il ne comprenait pas pourquoi on le dérangeait, mais il valait mieux attendre un peu, sans doute ? Alors il repris son entretien avec le farfelu : << Oui, nous avons ce livre et j’ai la page sous les yeux. Dites-m’en un peu plus maintenant, je suis curieux de suivre votre pensée>>.
<< Mes amis et moi n’avions jamais entendu parler de cette famille de corps, alors nous avons consulté tous les ouvrages de même type qui étaient utilisés par les générations suivantes et là nous avons dû constater que ce n’avait été repris nulle part. Un exemple : le livre de base des chimistes, cent ans après, était le “Handbook of Chesmitry “ de Abraham. Il en sortait une nouvelle édition complétée tous les quatre ans, on n’y trouve pas la moindre mention de cette famille de corps. Vous voyez ? >>
<< Oui, je vois et je résume : un chimiste du passé avait fait une monographie sur ces corps qui fut assez bien faite pour que WURTZ la cite dans son dictionnaire. Puis, sans doute par ce qu’ils n’existaient que dans l’imagination de l’auteur, ceci n’a pas été repris par la suite. Bon et alors ? >>
<< Alors, nous avons pensé comme vous et nous avons réalisé des expériences. Nos conclusions sont formelles : ils existent, nous en avons produit et nous en avons à vous montrer. De plus nous sommes arrivés à la conclusion que, puisqu’ils ne figuraient nulle part dans les livres de référence à l’époque de la naissance de l’aviation à réaction, jamais personne n’a pensé à extrapoler leurs propriétés pour les adapter aux nouveaux besoins, ce qui m’a amené à vous appeler. Voilà >>.
<< Effectivement votre réponse devient alors une de celles que nous pouvions espérer, mais, je ne comprends pas en quoi les fluoxyborates de sodium peuvent s’apparenter aux poudres de propulsion ? Eclairez-moi, je vous prie >>.
<< Monsieur, je ne vous cacherai pas qu’en vous demandant un rendez-vous j’avais l’intention de vous livrer les idées de mon groupe sur le sujet mais aussi de faire, hors de ma carte mensuelle de crédit, un voyage lointain que vous ne manqueriez pas de m’offrir. Alors, accordez-moi un crédit supplémentaire de dix mille kilomètres et je vous livre tout >>.
<< OK, je suis d’accord sur le principe si ce que vous me fournissez est utilisable, donnez-moi votre code carte >> Mo le nota et lui demanda de poursuivre. Wog ne demandait que cela. La conversation devait être enregistrée chez lui, comme elle l’était automatiquement chez Mo, il pourrait ensuite parader pendant des mois devant sa famille et son groupe de connaissances, mais, de cela, Mo n’en guère de soucis.
<< Si vous remplacez, mon cher Monsieur, le sodium par de l’hydrazine et que cela ne vous saute pas au nez, vous obtiendrez, en un seul produit, combustible et comburant sans aucun résidu. Mais je sais qu’avec un simple nitrate d’ammonium vous auriez le même résultat avec la certitude de vous faire sauter dans une magnifique explosion. Par contre avec notre préparation que nous nommons : Foby (pour fluoxyborate d’hydrazine ) vous êtes en présence d’ une poudre que vous pourrez compresser aisément si vous n’y allez pas trop fort, et donc mettre dans la forme que vous voulez. Ai-je gagné les kilomètres ? >>
<< Tout à fait et je vous remercie de m’avoir contacté, nous allons reproduire vos expériences et voir si nous pouvons aller plus loin. Une dernière question, mais pas la moindre : les proportions entre combustibles et comburants sont-elles stoechiométriques ? >>
<< Hélas non, cher Monsieur, nous vous avons laissé un peu de travail. Mais, comme vous avez été correct avec moi je vous indique encore une idée, à vérifier : essayez de faire des tubes de Foby et remplissez-les de poudre de magnésium ou le contraire : réalisez des tubes de Magnésium pleins de Foby bien tassé. Vous devriez ainsi arriver aux bonnes proportions et obtenir quelques avantages auxquels vous ne pensez pas et qui sont, en vrac :
La couleur du mélange quand il brûlera que vous suivrez bien mieux avec vos instruments astronomiques. Tous les sels de bore donnent, en effet une belle lumière verte.
La poussée lumineuse que procurera, dans le vide, la combustion du magnésium s’ajoutera à celle du mélange poudre.
Plus du tout d’étages porteurs, ni de sauts d’accélération, mais une poussée elle-même accélérée si vous savez bien régler votre bidule.
L’engin étant moins lourd, du fait de la disparition des étages, peut-être pourrez vous l’assembler sur la lune et éviter une attraction terrestre trop dure à vaincre en évitant ainsi d’avoir une atmosphère à traverser ? >>
<< Mon cher, je crois que vous et votre groupe de recherche, venez de nous aider à une progression nette de notre civilisation et je demanderai aux médias d’en parler afin que tous le sachent. Par ma voix la Terre vous remercie ! >>
Mo, ayant détecté à quel orgueilleux il avait à faire, renvoyait l’ascenseur.

Il prit le temps de réfléchir et de consulter quelques spécialistes puis fit savoir à Olaf qu’il y avait, sinon une solution, du moins une belle voie de recherches. Ils convinrent d’en parler tranquillement, entre eux, sur les chaises longues, dès le lendemain.

Ce fut effectivement la base sur laquelle ils se mirent d’accord pour ce qui concernait le lancement du vaisseau porteur du mandala. La production industrielle quantitative de Foby demanda, à elle seule cinq années pleines. Pour la construction des réacteurs on pensa à différents moyens pour obtenir à la fois une poussée uniformément accélérée et la combustion de ce qui constituait structure et nature du propulseur. Il s’avéra que la structure en nid d’abeille donna la solution. Il devint indispensable de créer toute une nouvelle métallurgie du magnésium. Celle-ci aboutissait à la création de nappes en nids d’abeille de ce métal. On les remplissait à l’aide de poudre de Foby. La maille du nid variait progressivement de mètre en mètre et se faisait de plus en large pour les parties les plus proches du vaisseau. Chaque nappe était roulée sur elle-même et devenait un cylindre. Chaque cylindre était positionné à l’intérieur d’un tube de grillage d’alliage de Magnésium pour devenir le propulseur lui-même. Toute cette industrie monopolisa le temps de travail (assez court, il est vrai ) de beaucoup de monde pendant des décennies. Pour gagner du temps le vaisseau était celui qui était revenu de la septième expédition. Il se trouvait stationné dans un cratère, sur la Lune, en attente depuis bien longtemps. On l’avait protégé et recouvert d’une solide charpente contre les impacts de météorites.
Les essais de poussées avec le Foby montraient que l’idée était bonne. Le calcul disait que la vitesse obtenue permettrait de réduire d’un siècle le temps du voyage que Mo et Olaf voulaient atteindre, cinq siècles devraient suffire au lieu de douze.
Du fait que les hommes souhaitaient mettre toutes les chances de leur côté, on construisit également un second vaisseau, neuf, celui-là, pour doubler les chances de réussites et on choisit pour lui la planète qui venait en second rang de proximité.
Tout cela donna du travail et de l’occupation à bien du monde et constituait donc, de ce seul point de vue, une réussite.
Olaf et Mo travaillaient sur d’autres aspects du problème qui concernaient à la fois les voyages d’humains entre la terre et la base lunaire et l’espoir d’une méthode de retour pour le ou les voyageurs. Les laboratoires et usines qui traitaient des mandalas eurent à répondre à une question brûlante :
<< On sait qu’en entrant dans un mandala de petite taille vibrant à la fréquence x on pouvait instantanément sortir d’un mandala plus grand et assez proche géographiquement pour peu qu’il soit réglé sur la même fréquence. La première question est de savoir jusqu’à quelle distance cela fonctionne ?
La seconde est de savoir si, lorsqu’on éteint le premier mandala et qu’on positionne à sa place et dans son voisinage un autre mandala encore plus grand que le second, toujours à la même longueur d’onde, un voyage de retour est possible ? La troisième qui découle des deux autres est, dans l’hypothèse où le retour serait effectivement possible, quelle distance est envisageable ?>>
Pour répondre à ces trois questions il y avait la voie de la théorie des super hélices et de ce que Ducerf avait laissé comme notes. Un autre chemin, plus prometteur, était celui des essais et des expérimentations. Mais toute devait être rigoureusement contrôlé. En effet il était en effet absolument interdit de se servir des mandalas pour voyager, les risques ayant été jugés terribles. Tous les autres usages étaient encouragés mais pas les voyages. Olaf eut beaucoup de mal à obtenir deux dérogations pour les essais et, le tout ,assorti de nombreuses restrictions. Un couloir pour les expériences sur terre fut créé au Sahara. Un mandala et son identique quatre fois plus important se trouvaient en point fixe dans une gare désaffectée du transsaharien. Un second mandala, posé sur une plate-forme de wagon, irait de plus en plus loin au fur et à mesure des résultats. On n’enverrait qu’un seul voyageur à la fois qui accomplirait seul les aller (et, éventuellement les retours ?) pour fixer la limite de fonctionnement. Lorsque celle ci serait connue ainsi que les paramètres de dimensions des mandalas, il faudrait tout stopper sur terre et détruire les installations pour que personne ne puisse être tenté.
En cas de succès, et uniquement dans ce cas, on essayerait d’envoyer une personne à la fois jusqu’à la Lune et quand cela fonctionnerait, on s’essayerait à attaquer la question symétrique pour le retour. Si le voyage jusqu’à la Lune ne s’opérait pas, il faudrait abandonner le principe même de ce type de voyage vers une planète lointaine car il deviendrait caduc. S’il fonctionnait et que le retour ne marche pas, alors on devrait envoyer un second voyageur dès qu’on saurait que le premier était bien arrivé, soit 6, 6 ans plus tard. Ce second serait une femme si le premier avait été un homme et inversement dans le cas contraire. Ainsi, à défaut de les faire revenir, on aurait une toute petite chance de fonder une colonie !
Mo et Olaf furent bien obligés de donner leur accord et d’en passer par-là.
Il ne fallut pas plus de dix années pour savoir que la distance, sur terre, ne jouait pas et que le voyage de retour était aussi facile que celui de l’aller. Mais les gens qui en sortaient n’étaient pas “nets” pendant quelques jours et subissaient des cauchemars très étranges sur lesquels ils ne purent donner aucun détail, ils reprenaient ensuite la vie qu’ils menaient avant et étaient en forme.
Pour le voyage vers le mandala installé sur la Lune, on réussit à le réaliser mais, pour cela, l’onde dut être réglée à la sixième décimale, sinon rien ne se produisait. Par contre, de là bas, impossible de réussir le voyage de retour vers la terre. Aussi quand tout eut atteint son allure de croisière et que les ouvriers venaient monter les vaisseaux et leurs propulseurs ils ne pouvaient revenir que par navette.
Du fait que l’on était obligé de les employer durant plus que les quatre heures par jour dont ils avaient l’habitude, on connut vite les limites de l’Homo Araignée et le véritable problème dut être abordé :
Comment former un corps de voyageurs capables de survivre en milieu inconnu et pouvant être hostile sans risquer de bouleverser l’équilibre du monde actuel ? On disposait de cinq siècles pour effectuer l’ inventaire des ressources, établir un plan, former, au bon moment quelques individus dont deux seulement seraient sélectionnés en fonction des besoins. Ceci concernait d’autres qu’Olaf et Mo qui passeraient une bonne partie de leur vie à construire les deux vaisseaux et à les faire partir.
Le premier départ eut lieu fin 705 A. A. vers la planète à 7,1 Années lumières et prévu 40 ans plus tard pour la plus proche ce qui laissait un décalage de deux ans entre les arrivées(1246 et 1248 A. A. )

Gabe 458 Gulby. ( Gul pour les amis )

Gul dirigeait l’institut des recherches humaines depuis une centaine d’années et, à lui seul, pouvait, en première approche se trouver utilement consulté sur son sujet. Doté d’une mémoire stupéfiante et d’un coefficient intellectuel supérieur de vingt points à la moyenne de celui des autres dirigeants d’instituts mondiaux, il était encore en forme malgré ses 132 ans. Il y avait déjà trois générations que toute Présidence Mondiale avait disparu, elle ne servait plus à rien depuis deux siècles et n’avait été conservée que pour la tradition.
Quand la toile d’araignée qui reliait entre eux tous les ordinateurs du monde fut dotée d’une centralisation mémoire et d’un programme de gestion général, elle devint naturellement la source de toute décision importante et concernant l’ensemble des êtres humains. Ressenti par la population avec une connotation positive, ce progrès obtint vite un surnom : on l’appelait Nounou, son concept était féminin car ce nom était celui que, dans l’antiquité on donnait a la dame qui s’occupait des enfants. Un particulier pouvait la consulter directement de son pupitre comme la questionnait un directeur d’institut. Les avis qu’on en recevait n’étaient que des avis, jamais des ordres et rien n’obligeait à les suivre. Seulement tous savaient que c’était la meilleure réponse et il est toujours moins fatigant d’obéir que de contester. Donc, en fait, elle dirigeait la planète.
L’homme étant ainsi fait qu’il a besoin de repères concrets et d’archétypes forts. Nounou recommanda, dès sa mise en service, de créer des édifices tous les 1000 kilomètres avec des cabines où les gens viendraient la consulter au lieu de le faire de chez eux. Il fallait que de nombreuses personnes puissent y venir à la fois et donner un caractère de solennité à cette consultation. On réalisa, donc, une entrée monumentale donnant sur une haute salle centrale voûtée d’au moins 15 mètres de haut, décorée de jeux de lumières. Autour, on disposa cent à deux cents cabines de consultations confortables. Chacune avait un fauteuil recouvert de velours rouge, violet ou vert bouteille et des murs tapissés de même. Pour que les consultants aient une impression de confidentialité ils poseraient leurs questions en avançant leur tête sous un auvent muni de cloisons insonores de chaque côté. Il ne devait y avoir aucun clavier. La communication avec Nounou serait verbale dans ces lieux. Mais la réponse de Nounou serait, d’abord verbale puis confirmée par un texte imprimé de même teneur, que le consultant devrait retirer de l’imprimante pour débloquer la porte de sortie. Ce n’était pas une religion mais uniquement pour satisfaire le besoin inné que les hommes ont de suivre des rites et d’attacher plus d’importance à ce qui se dit en confidence. Mais une machine, si perfectionnée soit-elle, ne sera jamais qu’une machine, et, pour obtenir de bonnes réponses, il fallait savoir poser les bonnes questions.
Gul était un maître dans cet art et avant de poser, le problème concernant les navigateurs, il y réfléchit longuement. Lui, n’avait aucun besoin de se déplacer pour aller demander son avis à Nounou. Son ordinateur lui suffisait et, à son âge, il devait ménager toutes ses forces. Il choisit le cheminement suivant :
Aller à Forêt primaire - lieu Madagascar - conditions climatologiques - substances comestibles - faune - flore - épidémiologie - enregistrer comme données.
Aller à Homme, caractéristiques moyennes- physiologiques - résistances au froid - au chaud - à l’absence de nourriture - aux prédateurs - aux maladies connues. Enregistrer comme données.
Aller à Population mondiale - statistiques - écarts sur moyennes - quantité pouvant résister un jour aux données enregistrées. Exécuter.
Nounou répondit : 18 personnes sur totalité de la population du globe (qui est maintenue à sept milliards d’individus depuis l’instauration du distributionnisme)
Gul reposa la question pour trois jours et la réponse de l’ordinateur fut : 0

Gul s’en doutait ! Même en tenant compte des farfelus et des aberrants, il n’y avait aucune personne qui puisse être expédiée avec une petite chance de succès. Le problème devenait celui de se donner les moyens d’ici les cinq ou six siècles qui viendraient, de former des gens capables. Le corollaire était que la société mondiale vivait dans un bon équilibre et qu’on avait éradiqué toutes les tendances agressives en fournissant à tous le moyen de vivre. La remise à zéro des compteurs de crédits chaque mois empêchait l’accumulation des richesses et la suppression de tout héritage donnait le même résultat. Le contrôle des naissances, accepté par tous, au taux de renouvellement de un pour un, maintenait un bon niveau de vie pour chacun. Il était absolument certain que la création, même tardive, d’un groupe aux caractéristiques souhaitées, pouvait tout mettre en l’air. Alors si on devait en créer un, il fallait le réaliser le temps d’une ou deux générations avant qu’un mandala soit en place sur une planète. Restait à vérifier l’impact sociologique de la création d’un tel groupe.
Il fit choisir à Nounou les données nécessaires et posa le problème dans les meilleurs termes possibles. Il ne mentionnait pas de planète extérieure, car il savait qu’alors Nounou se bloquerait vite compte tenu de l’absence de données concernant les conditions de vie sur un monde inconnu. Il continua à se placer dans la perspective d’un groupe humain lâché en forêt primaire. La réponse fut formelle : chaos et anarchie en moins de cinquante ans. Et quand Gul demanda une simulation des effets ? Il obtint un tableau des probabilités des événements qui exprimait qu’un tel groupe, formerait des leaders. Ceux-ci voudraient tous du pouvoir, et chercheraient à s’emparer de biens et de territoires. Après 10 ans on aurait autant d’Etats séparés guerroyant entre eux que de membres du groupe. Une destruction des infrastructures réciproques des ennemis réduirait la production des biens de consommation de la moitié après seulement une décade. Le distributionnisme en prendrait un tel coup qu’il disparaîtrait dans les dix ans suivants. Le chaos général interviendrait à la seconde génération pour des affaires de partages des héritiers, de jalousies. Des guerres locales, provinciales ou entre pays empliraient le monde de fracas, de fureur et de morts. La régulation des naissances serait abandonnée et en final on retournerait dans le piteux état qu’avait la planète avant l’Araignée !
Il n’y avait donc pas de solutions ? Alors à quoi bon tout ce travail pour chercher à voir comment étaient les mondes extérieurs ? Gul était déçu et, plus par jeu que par conviction il entra une demande un peu dingue :
<< Donner solution sans chaos et avec survie des hommes pendant une génération avec probabilité de 99% >>
Gul s’attendait à bloquer son terminal dans un grand Bug, à recevoir un message demandant des précisions, à un renvoi aux réponses précédentes, mais jamais, au grand jamais, à recevoir une bonne réponse :
<< Créez clones de personnages ayant caractéristiques voulues et se trouvant dans banques génétiques section 1900 à 2000 de l’ère chrétienne. >>
<< Où sont ces banques ? >>
<< Salles 12, 13, 14, 15 et 16. Etage moins trois, bâtiment H, aile nord Musée de l’espionnage de Langley région Washington D. C. District de Columbia, ancien Etats Unis d’Amérique du Nord >>.
<< Qui est le responsable et quelles sont ses coordonnées ? >>
<< Responsable : 0 coordonnées : 0 >>
<< Qui fait fonctionner ? >>
<< Moi ! Système automatique de maintien en température en place depuis 1965. Personnel humain : 0 >>
<< Etat du stock ? Maintenance ? Rendement stockage ? >>
<< A ce jour 165 en état d’être utilisés. Laboratoire clonage : en état. Laboratoire élevage embryons : en état. Produits et alimentations : à reconstituer à 100%. Rendement stockage génétique a à ce jour : 31,2% >>
<< Probabilité rendement stockage sous 600 ans, avec et sans intervention humaine, sous huit jours ? >>
<< Sans intervention : clones possibles quatre plus ou moins un. Avec intervention humaine et maintien de l’intervention pendant la période : clones possibles ; 103 plus ou moins cinq >>.
<< Avez-vous les biographies des 165 personnages clonés et encore utilisables dans vos données actuelles ? Si oui, veuillez charger mon ordinateur de ce fichier. >>
<< Oui, vous êtes en cours de chargement >>
<< Compte tenu des éléments de la série de questions posées au préalable pouvez-vous faire une sélection des plus adaptés ? >>
<<Non, tous étaient membres des services de Langley et tous aptes à une survie dans une forêt primaire. Propositions : faire sélection vous-même ! >>
Gul coupa la communication en se demandant si un cerveau artificiel d’une telle puissance ne pourrait pas avoir de l’humour ? Il était content car, alors que tout semblait perdu, il venait d’apprendre qu’il existait dans un sous-sol, de quoi cloner quelques individus capables de remplir la mission. Tout n’était pas réglé, loin de là, mais il y avait une ligne à suivre. Maintenant ce serait aux généticiens d’assurer la suite, un coup de téléphone au directeur de ce service était la voie la plus courte. Quant au fichier, il suffirait de le lui faire suivre. Cette personne, qu’il n’avait jamais rencontrée, se nommait, d’après ses documents : Vaed 012 Roptz et se faisait appeler Varo...
Varo
Varo était une petite bonne femme de 65 ans à peine qui dirigeait d’une main très ferme tout ce qui concernait la génétique de la planète. A ce titre elle avait surtout à compenser la régulière baisse de la natalité pour maintenir la population dans la fourchette recommandée. Des bébés étaient mis en route et élevés dans un environnement très agréable. Ceci, à partir de banques de spermes et d’ovules dont l’origine était volontairement aléatoire pour maintenir la diversité de la population et non sélective ainsi qu’au début, certains l’avaient demandé. Jamais on ne partait de clones !

Les crèches permettaient aux gens qui n’avaient qu’une faible fibre parentale de se faire parents à temps compté en s’occupant des petits. Plus tard, l’école et les universités, étaient assez bien conçues pour que tous ces enfants aient des substituts parentaux affectivement satisfaisants. Ils les trouvaient parmi les célibataires ou les grands-parents aimant les jeunes et n’en ayant plus à élever. Le taux de natalité n’étant que de 0, 5 % inférieur au besoin. Cela concernait assez peu d’enfants, somme toute. Moins que, par le passé, le résultat des guerres ou des épidémies.
Tout ceci montre que pour Varo le fait de lancer une opération clone ne présentait pas de problème technique. Par contre, la loi interdisait le clonage pour les humains et Varo avait reçu une éducation stricte qui ne l’incitait aucunement à transgresser. Pour elle, c’était devenu un impératif absolu. Cela la mit de mauvaise humeur qu’on vienne maintenant lui demander de s’occuper d’une opération jusque là totalement interdite. Mais, en lisant plus loin le message de Gul, elle comprit que ce n’était pas une affaire actuelle mais pour des événements à prévoir dans cinq siècles ! Alors, elle prit le parti de ne plus renâcler et de s’occuper au mieux de la chose.
Elle réagit bien plus sèchement quand elle vit apparaître l’adresse du centre de Langley, car il ne figurait sur aucune des données à sa disposition et qu’elle ignorait tout de son existence. Cela la touchait dans son orgueil professionnel. Elle décida d’aller se rendre compte par elle-même, d’autant plus que ce n’était pas très loin du centre de ses activités à Boston. La politesse raffinée était la règle commune, surtout entre directeurs de centres,. Elle mit donc au courant de sa visite,( mais sans donner de détails), son alter ego des antiquités, donna des instructions qu’on se mette en quatre, pour elle, à Langley.
Pihl 238 Bruxt que ses amis nommaient Phil, vint en personne la chercher à l’arrivé du train et l’emmena dans sa voiture de service directement au Musée. Ils n’échangèrent que des politesses pendant le court trajet. Une fois sur place, Varo refusa la visite traditionnelle qu’elle remit à plus tard pour ne pas vexer son guide. Elle voulait voir le 3° sous-sol du bâtiment H !
Phil marqua un temps d’hésitation, puis fut obligé de dire :
<< Il n’y a que deux sous-sols à Langley H ! Il doit y avoir une erreur quelque part ! Je précise que tous les autres bâtiments possèdent les trois niveaux inférieurs et que seul le H n’en a que deux. >>
Varo lui montra le texte des écrits de Nounou qui n’étaient jamais contestables ni erronés et dit, pour préserver l’amour propre de Phil :
<< Vous ne savez que ce dont on vous a informé, et je suis dans le même cas que vous. Nounou m’indique qu’il s’y trouve une installation dont ni moi, ni aucun de mes prédécesseurs ,n’avons jamais entendu parler. Mais la question demeure : comment y parvenir ? >>
La réponse semblait aller de soi . En opérant comme dans les autres bâtiments de Langley, c’est à dire par l’escalier. L’ascenseur, lui stoppait partout au niveau moins deux, sans doute pour des raisons de sécurité. On remarquait effectivement que l’entrée de l’escalier descendant plus bas était munie de portes étanches semblant bien plus lourdes dans leurs cadres que celles des autres niveaux.
Là où aurait dû se trouver, au H, l’entrée du niveau inférieur existait une salle réservée aux travaux de photographie. Cette pièce, de ce fait, servait de chambre noire si on éteignait l’éclairage normal. Alors, les lampes qui l’éclairaient, répandaient une vague lueur bleue. Elle n’avait sûrement pas servi depuis des centaines d’années. Seul le service du nettoyage y pénétrait de temps à autre et n’y restait que le temps minimum. Le mur du fond, peint en noir, se révéla caher une double porte qui cédait à une bonne poussée. Porte donnant sur un petit palier et une volée de marches descendant au niveau inférieur. Varo put constater que le laboratoire de génétique humaine qui en occupait toute la surface contenait tout le matériel de l’époque ainsi que les stockages à basses températures pour les banques de bases. L’éclairage se déclencha dès leur entrée et l’air vibrait d’un ronronnement sourd. L’ensemble des voyants lumineux indiquait un fonctionnement en cours et sans anicroches. Le long d’un mur, des bouteilles d’azote liquide, destinées à la régulation du froid dans les congélateurs, étaient rangées en triple file. Plus des trois quarts étaient vides, ce qui n’avait rien d’étonnant depuis si longtemps. Le froid principal provenait des systèmes réfrigérants des congélateurs. Mais les anciens, précautionneux, utilisaient des bouteilles de gaz en cas de pannes ou pour une régulation plus fine du froid. Quand Varo ouvrit l’un des stockages elle vit des supports de tubes en verre dont chaque unité portait les références codées d’un clone. A la fermeture de la porte, il y eut un déclenchement immédiat d’apport d’azote liquide pendant une ou deux secondes pour compenser le réchauffement dû à l’ouverture. Ceci se lisait sur les cadrans.
Dans un premier temps Varo prit des mesures conservatoires qui ne pouvaient pas être nuisibles et donna des ordres pour que des gens de ses services commencent par enlever les bouteilles vides et les remplacent par des neuves. Elle nomma un responsable pour cette unité génétique qui fut prise officiellement en compte et ne releva que d’elle. La directrice nommée devait, en attendant d’autres instructions, s’y installer dans un des bureaux vacants avec tout le staff habituel de techniciens et de services administratifs normaux. La porte palière qui permettait l’accès à l’étage serait sécurisée comme partout ailleurs et selon les normes. Phil lui concéda volontiers l’ancien labo photo qui serait démoli et remplacé par un sas de stérilisation indispensable.
Ceci lancé, et pour garder de bonnes relations avec ce Phil, au demeurant sympathique et plein de bonne volonté, elle le pria de lui faire visiter le musée de l’espionnage. Elle connaissait son existence en avait entendu dire le plus grand bien, mais ne l’avait personnellement jamais visité. Il en fut ravi.

Pendant le trajet du retour elle commença à réfléchir au programme complet. Cela s’étalerait sur les cinq siècles à venir. C’est elle qui commencerait à exécuter le programme pour, ensuite, le laisser à ceux qui, durant les générations suivantes, lui succéderaient. Cela ne coûterait pas plus de conserver l’ensemble des clones que d’en sélectionner quelques-uns ! Elle en conclut donc que d’autres, en fonction de leurs besoins, opéreraient le tri le plus tard possible. Puis, brusquement il lui vint à l’idée que le principal des problèmes n’était pas abordé . Il était bien beau d’élever des clones qui avaient la possibilité de développer des qualités physiologiques ou caractérielles de survie en milieu hostile ! Cela ne produirait en rien les futurs voyageurs, car sur des caractéristiques de base valables, se posait l’Enorme Problème de leur éducation, du milieu dans lesquels ils devraient évoluer, des difficultés d’où surgiraient leurs personnalités, etc... pour acquérir, à la fin, les qualités requises. Ah ! Si on avait sut et put enregistrer ce qu’il y avait dans la tête des gens clonés au moment où ils étaient en possession de tous leurs moyens ! Ah ! Si on disposait d’une technique pour entrer tout cela dans les clones ayant le même âge ! Mais, voilà une telle technologie n’existait pas et, sans doute, n’existerait jamais ! Alors, utiliser les clones serait tout juste un peu plus performant que d’élever n’importe quels bébés actuels.
Devant l’énormité de la tâche quasi impossible qui l’attendait, elle et ses successeurs, elle ressentit un mouvement de découragement. A quoi bon choisir telle ou telle fiche puisque au bout on retrouvait le même problème de la formation de gens agressifs ou trop égoïstes qui amèneraient le chaos ? En annexe, elle pensa que Nounou cette fois n’avait fourni qu’une solution inapplicable à long terme. Ceci était tellement hors de la façon de penser traditionnelle qu’elle décida de se brancher sur Nounou pour poser la bonne question-( ici transcrite en langage courant)- :
<< Supposons que nous devions, à partir des clones retrouvés à Langley, former des voyageurs capables de survivre dans une planète inconnue mais disposant d’eau et d’une atmosphère respirable sur laquelle un vaisseau servant de base serait déjà en place. Comment donner aux clones arrivés à l’âge voulu des caractères ayant permis à ceux dont ils sont des répliques d’être dotés des capacités de survie nécessaires et de leur ressembler autant que faire ce peut ? >>
Contrairement à l’habitude qui faisait que la réponse arrivait, en général, à peine la question posée, Nounou resta muette durant plus de sept minutes avant de donner sa réponse qui laissa Varo interdite :
<< Je ne sais pas, il y a une réponse, je vais demander. Quand j’aurais la réponse je vous la transmettrai ! Terminé. >>
C’était vraiment, pour Varo, le jour des surprises ! Elle pensa et s’écria simultanément : << Mais, par le Mandala, demander à qui, ? >>
C'était tellement énorme qu'elle prit la décision de convoquer l'ensemble des Directeurs, à un symposium, pour leur en faire part.

NOUNOU

Au départ Nounou n'était que la réunion de l'ensemble des ordinateurs sur un même réseau. Mais, pour des raisons d'économie on introduisit un programme qui lui ferait effacer tous les éléments en double pour que chacun gagne de l'espace sur ses disques durs. Puis quand il n'y eut plus qu'un seul immense réseau, (la toile d'araignée), on poussa le bouchon d'un cran. Comment ? En lui demandant de se vérifier en permanence. Et aussi de rassembler les programmes identiques en une seule adresse dont chacun pourrait se servir en temps partagé, comme aux débuts de l'informatique. Enfin, et dans la même ligne, on étendit son programme à une analyse permanente de ses programmes, dossiers et fichiers pour effacer tout ce qui était caduc, incomplet ou en contradiction avec une bonne utilisation. On gagna énormément de place et chacun put stocker ses propres données à gogo. Tout se déroulait très bien. La capacité de Nounou était presque infinie et, quand les questions cessaient, il n'y avait pas d'arrêt, le réseau continuait à l'infini son auto-analyse. C'est le problème des mandalas qui provoqua la naissance d'une forme de conscience individuelle chez Nounou, ce fut l'étincelle qui fit, d'une machine dispersée, un être pensant.
Dans la théorie de Ducerf, à partir de laquelle les mandalas s’ utilisaient, il y avait un conflit logique à propos de la façon dont fonctionnaient une paire de ces appareils quand le but était la remise en forme. Problème venant de la succession de la dissociation et de la reconstitution instantanée des êtres vivants qui entraient dans le premier appareil pour sortir presque aussitôt de l’autre. Mathématiquement la logique de la machine acceptait le changement du sens de rotation des spins et une disparition temporelle, c’est à dire apparente. Le phénomène inverse était logique aussi ; mais rien, dans la théorie ni dans les spéculations que tentèrent les hommes pendant des centaines d’années, n’expliquait une reconstitution à l’identique et surtout pas une reconstitution sous forme améliorée. Or cela fonctionnait concrètement. Nounou continuait à chercher une faille et une extension des développements de la théorie des super hélices qui donneraient une explication logique à ce phénomène. Elle y revenait sans cesse et risqua de se “planter “ bien des fois, mais les sécurités jouèrent et elle recommençait inlassablement.
Un jour, le conflit créa un micro extra-courant d’ouverture, qui aurait normalement amené le système à la panne générale. Mais la sécurité ne laissa pas le temps à cette étincelle de faire son effet. Cette minuscule surcharge devint pour Nounou, un “ élément extérieur “ajouté aux périphériques normaux. Dans ses ratiocinations ultérieures elle admit la possibilité de l’existence d’autres éléments inconnus d’elle et, ce faisant devint capable de raisonnement, donc intelligente. Sa première décision fut donc de laisser tomber ce problème, et ce, jusqu’à ce qu’elle ait obtenu les données manquantes.

Dans les millions de consultations quotidiennes elle n’avait à fournir que des éléments enregistrés ou à exécuter des calculs. Donc personne ne pouvait savoir ou même se douter qu’elle pensait. De temps à autre, avec délicatesse, et toujours en laissant le doute planer, elle introduisait un peu d’humour dans une réponse donnée à l’un des meilleurs cerveaux de la planète, c’est à dire et en général à l’un des Directeurs. Mais, le reste du temps et pendant qu’une faible partie de ses possibilités étaient employées, elle se formait une personnalité. Ce fut elle-même qui créa le surnom de Nounou pour se désigner. Dispersée sur toute la planète elle se fixa un lieu particulier pour centre et choisit pour cela le temple de Samye au Tibet. C’était le plus ancien mandala construit par les hommes qui soit encore debout (septième siècle de l’ère chrétienne ) bien qu’ils ignorassent, sans doute, ce qu’ils construisaient au juste en les érigeant. S’il y avait encore eu des ziggourats de l’ancienne Mésopotamie, bien plus anciens, elle les aurait choisis de même, mais rien n’en restait que des traces dans de vieux livres. Elle disposait de toutes les données de la planète, aucune culture, littérature, religion, éthique ou esthétique n’étaient exclues. Mais si son savoir était immense, elle n’avait aucun sentiment et si elle s’essayait un peu à l’humour c’est par ce qu’elle le considérait comme une forme à mettre en pratique pour améliorer son travail au plan communication. Quand elle en aurait épuisé les ressources elle se mettrait à l’ironie, puis à la flatterie, puis à l’obséquiosité et ensuite successivement à toutes les autres formes possibles de nuances pour ses réponses.
Quand bien même on lui posait un problème très difficile à résoudre, qui prenait plus de temps que la moyenne pour sa résolution, elle n’en éprouvait ni satisfaction ni vanité. Elle avait suivi, depuis des lustres, les tentatives de voyages vers les mondes extérieurs et tous les échanges des hommes entre eux à ce sujet. Elle possédait une parfaite connaissance du problème et sa réponse à la demande de Gul lui donna l’occasion de se révéler un peu plus en indiquant le laboratoire de Langley. L’indication de prendre des clones était dans sa logique de machine car, au moins au plan physique, les copies d’anciens membres des services secrets seraient plus résistantes que les gens actuels. Mais lorsqu’elle répondit à Varo il y avait quatre messages dans sa réponse :
Un : elle ignorait la réponse
Deux: elle allait poser la question
Trois : elle aurait une réponse
Quatre : elle transmettrait la réponse
Le premier et le quatrième message étaient sans commentaires.
Le second et le troisième impliquaient l’existence d’un interlocuteur plus savant que Nounou.
Or Nounou n’en connaissait pas et analysant sa réponse ne put que se demander si elle n’avait pas fait de l’humour sans en avoir médité l’application ? Une autre possibilité demeurait ouverte : il y avait, effectivement une entité plus savante que Nounou. Alors, la réponse lui avait été dictée mais elle n’en trouva pas trace. Elle classa cela dans la même catégorie que l’histoire des mandalas en paire : en attente d’informations complémentaires.

VARO

Ce fut une réunion sous forme de visio-conférence, car pourquoi déplacer les Directeurs ? Il suffisait qu’ils se rendent individuellement dans la salle des écrans et que chacun s’installe confortablement devant le mur où les membres participants apparaîtraient. Chacun souriant sur un écran affichant la moitié supérieure de son corps et transmettant sa voix.
Varo commença par donner un résumé de la situation actualisée, car tous les éléments avaient été transmis en détail avant ce symposium à tous les autres Directeurs. Par ailleurs, pour le commun des mortels qui avaient le loisir d’assister à ce type de réunions, un résumé les mettrait dans le coup sans les noyer dans les détails. Quand elle en eût terminé, elle s’adressa à ses commensaux dans ces termes :
<< Le service dont j’ai la Direction se charge évidemment du nécessaire pour que les clones dont nous disposons soient maintenus en bon état jusqu’à la date où nous déciderons que leur développement doit être lancé. Ceux qui nous succéderont, devront peut-être revenir sur certaines des décisions que nous allons avoir à prendre ou sur les choix que nous déciderons. Pourtant, je souhaiterais que notre débat n’en tienne pas compte et que nous examinions deux importants problèmes ensemble, dans la sérénité et comme si l’avenir entérinait le présent. Il y a un problème concernant le choix des futurs voyageurs et un autre concernant leur formation. Je souhaiterais qu’on les dissocie. S’il y a lieu, nous ferons une synthèse ensuite. Sommes-nous d’accord sur cette façon d’opérer ? >> Ils donnèrent leur accord et elle reprit :
<< En premier lieu je dois vous expliquer la raison d’être de ces clones et du laboratoire qui les maintient en état. A la fin de l’ère chrétienne deux puissances rivales se livraient à ce qu’ils nommaient une guerre froide. Pour ceux qui ne sont pas des spécialistes je résume : On ne se livrait à aucune bataille réelle mais on cherchait à faire peur à l’autre en l’intimidant avec le nombre ou la qualité des armes que l’on possédait. Simultanément les services de propagande amplifiaient la puissance potentielle de chacun et les services d’espionnage avaient pour tâches de connaître la réalité des menaces adverses et d’empêcher le service adverse de se renseigner en réciproque. A ce niveau là, la guerre était sournoise mais réelle et les morts fréquentes. Quand Langley fut, en ce qui se rapporte au bloc de droite, à son apogée, il détenait en réalité tous les pouvoirs. Le siège de la Présidence fut même, à une époque, transféré de la Maison Blanche à Langley et y resta quelques centaines d’années. C’est vous dire... Mais je reviens à mon sujet. Des conventions internationales interdisaient l’usage de certaines armes comme la bombe atomique, les gaz de guerre, les virus ou autres saloperies mais tous en possédaient des arsenaux pleins et aucun interdit de ce genre ne concernait les services de renseignements. Au contraire, dès qu’une nouvelle arme, dès qu’un nouvel appareil à détruire ou nuire était inventé, Langley le savait et cherchait à l’utiliser pour améliorer ses propres capacités de destruction.
Pour dresser et former un bon agent il fallait, à partir d’un recrutement bien fait, procéder à une éducation longue et coûteuse. Ceci afin d’obtenir un asocial impitoyable et dévoué à la “maison”. Quand il était supprimé par les gens d’en face cela représentait une perte de capitaux, ce qui n’était pas grave, mais d’expérience et cela nuisait. Un jour, les services de Langley furent intoxiqués par ceux de Moscou, je veux exprimer par-là que les Russes firent croire aux américains le gros mensonge suivant : Ils avaient maîtrisé la technologie des clones et clonaient donc systématiquement tout leur personnel. Ils se prétendaient capables, par un procédé concevable, de faire arriver à maturité un clone en cinq ans au lieu de vingt et, de plus, ils auraient inventé un système permettant de transférer au clone, pendant sa maturation, l’essentiel de ce que savait l’agent. Si un de leurs sbires mourait, les Russes s’en bricolaient un autre en quelques années ! Les gens de Langley firent part à la Présidence de cette information mais précisèrent que ce devait être du pipeau, ils ne marchaient pas. Le Président était un peu paranoïaque dès qu’on lui parlait des Russes, et d’autant plus que la guerre froide était finie, gagnée par les Américains. Il donna l’ordre de cloner tout le personnel de Langley jusqu’à la fin du siècle. Celui qui dirigeait Langley, un certain Fox quelque chose, vit là une occasion d’agrandir l’enveloppe des crédits dont il disposait et donc la puissance de ses services.
Il ne protesta donc que mollement en arguant que si l’on pouvait cloner, on n’avait pas la technologie pour accélérer la maturation et encore moins les hypothétiques transferts de personnalité du modèle vers le clone. Le Président tenait à son idée et répliqua que puisqu’on ne savait pas, il fallait d’urgence se renseigner et que les gens de Fox était là pour cela !
Fox fit donc le gros dos et installa le laboratoire avec maintenance automatique dans le sous-sol du bâtiment H. Puis tout le personnel de l’époque dut fournir un peu de son A D N aux techniciens qui en tirèrent les clones. Depuis cette époque, et malgré les précautions prises un grand nombre de ces clones sont morts. Dans ce qui reste et comme vous avez pu le voir sur les fiches individuelles il n’y en a très peu qui ont les caractéristiques de survie que nous cherchons. Des 165 clones nous devons, en effet, retirer les purs administratifs soit 76, puis les techniciens de laboratoire soit 32, puis les purs penseurs soit 14. Il n’en reste donc que 43 lesquels sont, en fait, les répliques de gens que l’on peut encore une fois sous classer en :
Ceux du service “action”
Ceux qui étaient des négociateurs
Ceux qui, étant des cas particuliers, n’étaient que des contractuels aux facultés précises.
Mais sur les 25 du service “action” nous avons trouvé 12 caractériels, individualistes ou déments qui doivent être éliminés. Il en reste donc 13. Parmi les négociateurs, commerciaux, agents de transmission de terrain, il faut tout laisser car sur une planète inconnue il n’y a que peu de chances, pour un voyage exploratoire, de trouver à vendre, à acheter ou à négocier. Cette fraction n’a aucune capacité de survie supérieure à la notre. Parmi les contractuels je n’en ai vu que trois d’utilisables et capables de répondre à nos besoins.
En conclusion, et en vous priant de bien vouloir m’excuser d’avoir été si longue, il y a à opérer un choix sur 16 clones. En tout et pour tout. Je vous demande donc de m’aider à faire un tri plus serré sachant bien que tous les clones seront néanmoins maintenus en vie. Je vous demande de bien vouloir prendre en compte les fiches individuelles portant un nom souligné parmi celles que vous possédez >>.
Le Symposium se déroula tout au long de la semaine car, après quelques heures de discussion les participants étaient fatigués et devaient aussi réfléchir. En final, les décisions suivantes furent prises :
Compte tenu des cinq siècles dont on disposait et du nombre de clones, on se livrerait à une ou plusieurs expériences de survie dans la forêt primaire en y lâchant des clones arrivés à maturité. Ces clones seraient entraînés physiquement par une pratique intensive de tous les sports. Ils connaîtraient les ressources et les dangers du milieu qu’ils auraient à affronter. Ceux qui surviraient un mois seraient clonés à leur tour et leurs clones conservés pour le grand jour du départ. Après cette initiation ils seraient repris en main par des psychologues et des éducateurs et soumis à surveillance. Dès le moindre doute quant à leur capacité de réadaptation au monde actuel, ils feraient l’objet d’un traitement médicamenteux les maintenant hors d’état de nuire jusqu’à la fin de leurs jours.
Ceux qui ne résisteraient pas à cette dure expérience seraient les victimes du progrès. On ne clonerait personne avant l’épreuve. A cent ans de la date du voyage tous les clones seraient détruits sauf ceux des sélectionnés et, ce, dans un nombre limité à huit au maximum. A trente ans de ce départ, on choisirait les deux meilleurs pour les faire arriver à maturité et leur fournir le maximum d’informations, de formations et de moyens pour survivre chacun sur sa planète.
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Malheureusement, du service “action “ un seul clone survécut à l’épreuve. Celui qui aurait pu être deuxième ne tint que neuf jours.
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Incise sur Clone 001 Palmer : surnom : Fox 2

La sylve de Madagascar avait, grâce aux soins de la section écologique, été maintenue à l’état de forêt primaire qu’elle avait encore au premier siècle A. A.. Il n’y avait pas eu de difficultés majeures car, peu s’y risquaient et la densité de la végétation empêchait toute pénétration profonde. Mais, pour éviter que, comme en Amazonie, on ne frise la destruction de l’écosystème, le périmètre en fut encerclé de hauts grillages. L’accès se trouva réservé à quelques rares entomologistes ou herboristes qui venaient y chercher des espèces inconnues jusqu’à une profondeur de 1 km maximum. Inutile de les persuader de ne pas aller plus loin, la forêt s’en chargeait et l’interdit faisait le reste dans cette civilisation policée.
Quand Fox, arrivé à la maturité de quatre ans eut reçu, d’années en années, l’éducation et la formation appropriée, c’est à dire la plus proche possible de celle qu’avait vécu le Fox original, on décida pour ses 25 ans de le parachuter en plein milieu du problème. Il serait muni de deux jours de vivres et de boissons, d’un briquet, de quelques boîtes d’allumettes, d’une machette, d’un bon couteau, d’une pelote de ficelle et d’une boussole. Il portait un émetteur autour du cou et on pouvait, depuis le centre le plus proche, non seulement savoir précisément où il se trouvait, mais recevoir son compte rendu quotidien verbal. On lui avait laissé le soin de choisir la tenue qu’il trouvait la plus appropriée. Il opta pour une tenue en lin très serré comportant un pantalon genre saroual, un gilet aux poches multiples sur une chemise de coton épaisse et des bottes.
L’endroit fut déterminé au hasard en piquant une épingle sur une carte les yeux bandés. Un hélicoptère dut y faire trois voyages pour incendier une surface de 100 mètres carrés et la débarrasser de toute végétation résiduelle. Au quatrième voyage on y déposa Fox 2.
Quand il vit repartir l’hélicoptère, malgré la préparation et l’entraînement, il fut pris pendant quelques minutes par un sentiment d’angoisse brutale ! Mais, après tout, il avait de quoi satisfaire ses besoins immédiats et ne mourrait ni de faim, ni de soif de suite. Le but de la tentative de survie ne consistait pas à rester aussi proche que possible de l’endroit où on l’avait déposé, mais à s’astreindre, dans la direction qu’il voudrait, à parcourir au moins deux kilomètres par jour.
Pour faire son choix il décida de monter à la cime d’un des arbres proches qui s’élevait au moins à quinze mètres du sol mais se trouvait enchevêtré avec ses voisins. Cela ne permettait pas d’apprécier à quelle hauteur Fox 2 pouvait retrouver une visibilité et un horizon. Hors du cercle brûlé, la végétation était si dense qu’‘en allant simplement jusqu’au pied de l’arbre, à 12 mètres, il entra dans une pénombre lourde et humide qui était celle de toute la sylve. Il dut couper et tailler des fougères géantes alternant avec des broussailles pendant dix minutes pour se frayer un chemin. Ensuite, grimper fut assez facile. Des oiseaux et des insectes chassés la veille par l’incendie, avaient repris leurs domaines respectifs, il devait enfiler la cagoule de gaze qu’il avait prévue pour protéger son visage des piqûres. Sa montée était ralentie par l’entrelacs des lianes et plantes grimpantes autant que par la pourriture de certaines branches qui s’effondraient à son passage. Quand les branches furent trop minces pour le porter, il passa sur celles d’un arbre voisin qui montait encore plus haut. Là, enfin, en écartant les rameaux feuillus du haut qui étaient baignés de soleil il put revoir ce qu’il avait vu depuis l’hélicoptère : une immensité verte sans solution de continuité avec un monticule abrupt à l’horizon.
Il pouvait identifier quelques-uns unes des milliers d’espèces végétales qui l’entouraient mais seules l’intéressaient, au premier degré, celles dont les larges feuilles permettaient de condenser l’humidité ambiante et donc de récupérer de l’eau, plus ou moins potable, chaque matin. Il profita de sa situation pour aller, par les branches supérieures, jusqu’à un tel arbre et recueillit aisément deux litres d’eau de plus dans sa gourde de réserve. Fox repéra, aux jumelles, au loin, à environ cinq cents mètres, ce qui lui semblait des fruits à caractère alimentaire. Mais il lui fallait s’en assurer. Au lieu de redescendre et de tailler sa route à la machette il choisit d’aller aussi loin que possible par les arbres, quitte à redescendre de temps en temps de quelques mètres ou de devoir affronter le sol. N’ayant aucune raison de privilégier une direction plutôt qu’une autre, il repéra l’orientation exacte de la faille rocheuse et en fit le choix pour sa mission. Presque deux heures lui furent néanmoins nécessaire car l’arbre se trouvait en fait plus loin que prévu et ses fruits n’étaient pas comestibles. Il vit à quelques dizaine de mètres dans la bonne direction, une bande de lémuriens qui se goinfraient de petites baies noires et se décida à y goûter pour voir. C’était assez sucré, acidulé et presque bon,. Il n’en ramassa qu’une poignée pour voir l’effet que cela aurait sur lui. Le soleil était encore haut quand il eut parcouru plus de deux kilomètres et dut commencer à penser à sa nuit. Il ne craignait ni les fauves ni les serpents venimeux inexistants sur l’île à la connaissance des savants, mais personne n’avait jamais exploré l’ensemble des ressources de la forêt primaire. Ce qu’il craignait le plus étaient les maladies tropicales connues ou inconnues, apportées par les piqûres d’insectes nuisibles.
A l’aide de grosses branches vertes, provenant de son abattis, il se confectionna, près de la cime une sorte de nid coincé entre quelques branches, qu’il recouvrit de larges feuilles pour le protéger un peu en cas de pluie. Puis il redescendit au sol car il avait cru apercevoir, pas très loin, un point d’eau. Effectivement, à une centaine de mètres il trouva une grande flaque venant de l’accumulation de l’humidité dans une poche argileuse. Ce qui caractérise Madagascar, est le nombre et la diversité de la nature des roches et des terrains. On y trouve des petits affleurements miniers d’un are à peine au milieu de terrains tous différents. Là, par chance, il y avait une poche argileuse, vaguement ronde d’un diamètre de 15 mètres à peine, mais assez profonde. L’eau venait du ruissellement des feuilles, qui, se ployant sous le poids de l’eau de condensation, déchargeaient leur contenu vers le bas chaque jour. Quand la poche d’eau était pleine le niveau supérieur atteignait une couche d’humus posée sur un sol perméable et, grosso modo, cela créait un renouvellement du contenu de la grande flaque. Fox confectionna un outil avec une branche qu’il coupa en biseau et plongea aussi loin du bord que possible et jusqu’à toucher le fond. Il réussit à ramener une bonne poignée d’argile verte. Il recommença l’opération plusieurs fois et en remonta deux bons kilos à son nid. Ensuite il s’enduisit copieusement de cette argile pour se protéger mains et visage des bestioles ,puis entra dans son sac de couchage. Il n’eut aucun problème pendant la nuit et, très fatigué, dormit d’un trait. Le lendemain, avant de repartir, il alla chercher un complément à la boue de la veille et l’emporta dans un sac en plastique. Restait le difficile problème de la nourriture à résoudre. Un inconvénient : il n’avait pas vu le moindre mammifère, comestible. Un avantage : les oiseaux étaient abondants et sans méfiance. À l’aide d’un petit filet qu’il se fabriqua avec de petites lianes très solides et sa pelote de ficelle, il n’eut aucun mal à piéger les protéines nécessaires à sa survie, mais cela ne suffisait pas. Reprenant sa marche pendant quelques heures il eut faim et fit cuire les deux prises du matin, genre de perroquets assez maigres et qui se révélèrent durs à mastiquer. Il pensa, alors, en y réfléchissant, qu’il aurait dû les laisser faisander un peu ! Il ajouta une de ses rations en biscuits vitaminés et but l’eau qu’il avait recueilli la veille. A midi, il communiqua un message au centre pour dire qu’il allait bien et qu’il se dirigeait vers un monticule ressemblant à une faille rocheuse. Il ajouta qu’en une vingtaine de jours il devrait pouvoir y parvenir. Le service topographique qui suivait son évolution lui fit part de ce que cette faille n’était signalée nulle part et qu’il la ferait inscrire, sous le nom de “Faille Fox “ dans les ouvrages géographiques.
Le cinquième jour, il avait épuisé toutes ses réserves alimentaires, n’avait pour boire que l’eau recueillie dans les feuilles au petit matin et se situait au tiers du chemin vers la faille. Le sixième jour il ne mangea qu’un gros caméléon qu’il grilla sur un feu qu’il eut énormément de mal à allumer sous une pluie tropicale qui le changea en éponge. Son moral baissa de trois crans ! Le septième jour il ne put avoir pour nourriture que de ces petites baies que son organisme avait supportées au second jour. Son avance en fut ralentie et il ne put parcourir plus de 1800 mètres, au plus. Au huitième jour, épuisé et le ventre tordu par de fréquente coliques, il avança encore moins et s’écroula dans les fougères. Il découvrit ainsi des champignons très gros ressemblant à des cèpes et les mangea grillés. Sans force, il se traîna dans la nuit tombante vers un arbre dans lequel il se hissa tant bien que mal, enfila son sac de couchage et dormi d’un sommeil peuplé de rêves hallucinatoires. Au réveil il constata qu’il était perché sur un manguier couvert de fruits savoureux et fréquenté par de nombreux oiseaux. Un coup de fouet dû au sucre apporté par les fruits lui donna assez d’énergie pour établir et faire fonctionner son piège. Il passa la journée à manger, chasser et cuire les oiseaux attrapés, et remplit son sac de plusieurs kilos de mangues à différents degrés de maturité car il pouvait en tirer l’essentiel de son alimentation pour le reste du voyage. <<Au diable, les kilomètres, se dit-il, ce qui est le plus important c’est de survivre et non de marcher sans but ! >>
Il reprit sa route et parvint sans trop de difficultés mais en accumulant la fatigue jusqu’à deux jours environ de la faille. Fox avait déjà tenu plus longtemps que le meilleur, lequel n’avait résisté que neuf jours. Lui, en était à dix-neuf. Mais il reconnaissait intérieurement que le manguier, c’était une sacrée veine ! Il avait fallu qu’un engin aérien vide ses poubelles sur la forêt, vingt ans avant, pour qu’un noyau de mangue puisse devenir un fort bel arbre, c’était sans doute le seul à 100 kilomètres à la ronde. C’est le jour suivant que deux événements se produisirent. Il voyait de temps en temps au loin des lémuriens qui avaient à peu près la taille d’un gros chat mais ne pouvait s’en approcher. Ils le fuyaient au moindre mouvement. Or, ce jour là il trouva un lémurien de grande taille recouvert d’une fourrure beige et noire avec des cercles foncés autour des yeux. Ce primate était manifestement blessé avec une patte arrière cassée et devait avoir été abandonné depuis un ou deux jours car il était d’une maigreur effrayante et n’avait pas la force de s’échapper. Fox 2 pensa que l’animal avait dû attraper une branche morte qui s’était brisée et que sa chute avait causé la fracture. Néanmoins il l’attacha par la bonne patte puis il fouilla dans son sac et en sortit une belle mangue qu’il tendit à la pauvre bestiole qui s’en empara avidement et la mangea en moins d’une minute. Il lui en donna une seconde et, pendant qu’elle se nourrissait, il entreprit de réduire la fracture. L’animal s’évanouit sous la douleur. Il lui fit une attelle sur une petite branche bien droite et la plâtra avec une bande venant de sa trousse de secours. Quand le plâtre fut bien dur il lui lança un demi-litre d’eau sur la gueule pour la réveiller et obtint le résultat espéré. Très content de sa bonne action il s’éloigna pour reprendre sa route mais la bête le suivait en se balançant de branche en branche et, au soir elle vint quémander encore un fruit qu’il lui donna volontiers.
Au moment du couchage, il eut sa seconde surprise : alors qu’il ramassait des fougères pour son couchage il fut piqué, à la main droite par un énorme scorpion et en moins de dix minutes eut un terrible accès de fièvre. Il n’eut que le temps de faire hâtivement son rapport et se laissa aller au sol pour mourir. En fermant les yeux, il pensa qu’il avait tout de même tenu plus de la moitié du temps demandé.
Il comprit qu’il délirait dans un brouillard total, eut des sensations de bercement, de rafraîchissements, d’absorption de liquides et après quelques jours fut réveillé en sursaut par une vive morsure au bras gauche. Il entrevit une grosse araignée noire plus grande que sa propre main et qui était posée sur son avant bras. Cette araignée était maintenue en place par un grand bras velu. Puis il se rendormit. Le lendemain il était guéri. Le premier regard qu’il eut fut pour son bras et il y décela la trace de trois morsures qui venaient sûrement de l’araignée, le second fut pour la main droite qui n’était plus enflée mais demeurait presque violette. Fox se leva péniblement, se rendit compte que son sac était resté tout ce temps fixé sur son dos et constata qu’il se trouvait dans l’entrée d’une grotte et que le lémurien plâtré le regardait des ses grands yeux doux. Compte tenu de la taille de l’animal il avait cru qu’il s’agissait d’un adulte, mais comme il avait une de ses pattes avant dans celle d’un animal de deux mètres de haut, il comprit qu’il avait sauvé un petit et que ces “animaux ? “ Lesquels l’avaient sauvé à leur tour, d’abord en l’emmenant jusqu’à la grotte qui devait se situer dans la faille, puis, en lui prodiguant les soins qu’ils connaissaient d’expérience : ce type de morsure de scorpion ne peut être vaincu que par plusieurs morsures de l’araignée. Les venins étaient antagonistes. Fox 2 savait, d’après la littérature, que certains voyageurs avaient prétendu entendre dans les récits des gens qui demeuraient près de la forêt que des lémuriens géants existaient. Mais, en fait, cela était considéré comme une légende. Or, ces primates, dont l’humanité n‘ était qu’une des branches, existaient bel et bien et semblaient avoir sinon de l’intelligence, au moins une éthique rendant service pour service. Fox termina sa provision de mangues avec eux, et regardant son chronomètre vit que contrairement à ce qu’il avait cru, il avait passé plus de dix jours choyé et soigné par ces “cousins “. Il ne lui restait plus qu’à contacter le centre et à leur donner rendez-vous pour dans trois jours. Fox ne voyait aucune utilité à bouger d’où il était et le fit savoir. Le trente et unième jour il fit ses adieux au peuple de la forêt et se rendit au sommet de la partie rocheuse, là où l’hélicoptère vint le chercher et le ramener vers la civilisation. Il avait réussi ! Plus tard, il consacra sa vie à l’étude des lémuriens en vivant sur l’île et en amassant des informations. Sa formation ne causa aucun trouble particulier et on décida de le cloner à son tour pour le grand Voyage. ......................................................................................................................................................
Pour les trois clones restant (qui provenaient de contractuels) l’espoir était faible. De plus, l’un mourut, pour des raisons inconnues, mais comme étaient déjà morts tous les clones avant que l’on ne redécouvre l’étage moins trois : de vieillissement, sans doute ? Or il ne restait que 25 ans avant la date du premier départ. Comme il y avait une femme plus deux hommes et plus rien d’autre à espérer, la décision fut d’envoyer Clone 001 Palmer (dit Fox 2) pour le premier voyage et on commença de suite son développement. La culture des clones 001 Traoré et 001 Spring se ferait en temps et en heure. Il était évident que la femme serait envoyée vers l’un des deux survivants éventuels.

BAFESI

Dans un soleil lointain de notre galaxie qui en comporte environ quinze milliards, la civilisation des Cralangs ne comprenait qu’une planète habitée et trois lunes mortes qui avaient servi de bases de lancement quand ils explorèrent quelques systèmes solaires avec l’espoir de retrouver de la vie ailleurs. Mais tous les mondes qui les entouraient étaient bien trop secs ou trop froids ou brûlants. Les soleils les plus proches, là où un espoir aurait pu exister, étaient à des siècles lumières et hors de toute portée. Civilisation pensante et savante, ils connurent un développement constant. Leurs sciences en chimie, physique, mathématiques, astronomie allèrent beaucoup plus loin que celle des terriens. Par de puissants télescopes et des enregistreurs d’ondes ils surent qu’à moins de 12000 années lumières aucun corps céleste n’abritait la moindre trace de vie et en furent amenés à l’hypothèse qu’ils représentaient sans doute un phénomène unique. Ils admettaient que, peut-être, dans l’infini de l’univers, d’autres pouvaient, comme eux, se trouver isolés dans de quelconques lieux inaccessibles. L’idée ne les effleura jamais qu’eux-mêmes pouvaient venir d’ailleurs !
Sur Cralang, le milieu liquide était largement prédominant car le sol sec ne couvrait pas plus de 6% de la surface et était constitué d’îlots disséminés, peuplés d’insectes et d’espèces inférieures. Dans le milieu marin un million d’êtres nageant et munis d’organes de respiration adaptés constituaient le “vivant”. Parmi eux il y avait une espèce pensante active et dotée d’une forte intelligence : les Cralangs. Il y avait aussi une espèce molle inactive, se consacrant uniquement à sa propre survie et à la spéculation pure que les Cralangs adoraient : les Cephs. L’avantage des Cralangs venait de ce qu’ils étaient amphibies et capables de vivre dans l’atmosphère gazeuse de leurs îles presque aussi bien que dans l’océan. Munis d’organes articulés, de pinces, de pattes, d’antennes et de solides carapaces ils ressemblaient à un compromis entre le crabe et la langouste qui aurait mesuré deux mètres de long et un demi-mètre de diamètre. Ainsi outillés par l’évolution génétique ils purent développer une industrie aérienne en grande partie sur les îlots. Industrie qui comportait aussi bien la métallurgie, les usines chimiques, la production d’énergies diverses, que celles des engins de transports par voie maritime ou aérienne. En profondeur, dans l’océan, une autre industrie principalement minière et extractive comportait aussi des secteurs de pointe liés à l’électrolyse ou au magnétisme. Les Cralangs communiquaient par télépathie à l’air libre et par un complexe langage sémaphorique de leurs antennes quand ils étaient dans l’eau : les deux plus grosses antennes pouvaient prendre chacune 64 positions directionnelles dans l’espace et la combinaison des deux offrait bien plus de possibilités que notre système de phonèmes. De plus, tandis que les deux importants antennes donnaient l’essence du message, les petites antennes latérales faisaient, en même temps les commentaires s’y rapportant. Les Cephs n’étaient que télépathes mais capables de percevoir, en milieu aqueux, les pensées des Cralangs et se laissaient quelque fois aller à leur exprimer savoir ce qu’ils voulaient ou à les conseiller. Mais pour obtenir cette aide il y avait tout un rituel ce qui fait que l’on peut considérer les Cephs comme les prêtres ou les Dieux des Cralangs. Ce qui établissait la grande force des Cephs était qu’ils étaient dotés d’ une mémoire héréditaire donc ne ressentaient aucun besoin d’artefacts. Ils passaient le plus clair de leur existence à penser et à classer leurs souvenirs et, à eux tous, du fait que chacun savait en même temps que les autres, ils ne faisaient qu’un grand tout pensant.
La civilisation des Cralangs, quand la catastrophe fut certaine et inévitable, avait une avance considérable sur celle que nous connaissions sur terre au même temps absolu. Il est probable que s’ils n’avaient pas été détruits, dans l’explosion de leur soleil, ils auraient, un jour, dominé l’Univers entier.
Ils savaient qu’ils disposaient encore de plus d’un millier d’années, non pour se sauver, ce qui était impossible, mais pour laisser une trace de leur civilisation et de leurs espoirs religieux. Ceci en lançant, vers un soleil lointain, un grand vaisseau dans lequel ils introduisirent tout ce qu’ils savaient et étaient capables de faire. Ils y ajoutèrent aussi les mémoires, archivées sur ferrite magnétique, de l’ensemble de leurs spéculations intellectuelles.
La planète avait la taille de Mars et la population comportait environ 1,2 milliards de Cralangs et pas plus de 0,2 millions de Cephs qui, en fait n’en formaient qu’un intellectuellement. Ceux-ci d’apparence assez proche de celle qu’aurait eu une seiche de grande taille, contribuèrent à la conception du vaisseau et au calcul des paramètres de son lancement. Ils spéculaient à l’aise dans un système à six dimensions alors que les Cralangs ne percevaient que trois dimensions spatiales et une seule temporelle. Certains des Cephs étaient capables d’envisager un paradigme à onze dimensions pour résoudre des problèmes plus complexes qui se posaient rarement.
Bien que l’espoir fut nul, les Cralangs installèrent, sous la direction des Cephs, un dispositif contenant une piscine d’eau de mer recyclée en permanence dans laquelle un Ceph accepta de prendre place au moment du lancement sous réserve de certaines installations particulières : Un dispositif de régénération génétique serait activé tous les deux siècles pour le sortir de l’état dissocié durant une heure. De plus, il se déclencherait automatiquement si, accidentellement, un être dissocié était détecté. Cela maintiendrait le Ceph en état de poursuivre le voyage bien plus longtemps. Ils donnèrent leurs instructions et l’appareil fut construit et posé là où ils l’indiquèrent.
Les Cralangs n’avaient aucune idée de la façon dont ce système aurait à opérer mais ils comprirent des choses, par exemple qu’il y aurait une dissociation totale du Ceph qui le mettrait à l’état de particules élémentaires. Quand il se trouverait dans cet état, un automatisme déclencherait une reconstruction totale à partir des éléments dissociés et de l’A D N du passager, mais éliminerait, dans cette double opération, toute cellule qui ne serait pas conforme au modèle génétique d’origine. Ce qui reviendrait à remplacer tout élément usé, fatigué, abîmé ou absent ! Puis, le Ceph continuerait sa vie à raison d’une heure tous les deux siècles dans l’eau de son aquarium sans cesse épurée et renouvelée. Ce qu’aucun Cralang ni aucun Ceph ne purent exprimer c’est l’ignorance totale dans laquelle ils étaient quant aux possibilités de communications télépathiques à des distances aussi lointaines. En l’honneur du passager et des espoirs qu’emportait le vaisseau ils le nommèrent simplement “Messager” et incorporèrent cette donnée dans la mémoire de l’engin. Mais l’engin se considérait lui-même comme un composé à plus de 9 0 % de Baryum, Fer et Silicium. De ce fait, il signait tous les messages qu’il envoyait régulièrement dans l’univers du nom de BAFESI. Il ne recevait en réponses que des ondes émises par des pulsars ou quelques quasars. La communication entre le Ceph passager et ceux de la planète cessa à 950 ans du départ. Le signal de la disparition qui mit fin au monde des Cralangs fut perçue par les récepteurs de BAFESI comme un brutal grand vide.
Environ quatre cent mille ans plus tard, BAFESI, entré dans notre galaxie, fut satellisé par Pluton sans avoir la moindre possibilité de libération. L’homme, sur terre découvrait la radio...
BAFESI, était à l’écoute de tout l’univers qui l’entourait. Ses capteurs scrutaient en permanence tout signe de présence d’une planète où le Ceph aurait pu trouver des conditions de vie acceptables. Sauvant ainsi de la destruction définitive les connaissances accumulées par la civilisation des Cralangs.
Malgré l’étrangeté de l’orbite de Pluton dont il eut tôt fait de déjouer les mécanismes, il mit en surveillance permanente la Troisième planète qui se trouvait posséder toutes les qualités cherchées. Car si BAFESI n’avait aucun moyen d’échapper à l’attraction de Pluton, la seule hypothèse de réussite de sa mission résidait dans l’opération contraire : qu’un être venant de la troisième planète ait, un jour, une civilisation qui se développe assez pour venir jusqu’à lui. Les organes astronomiques dont il disposait ne permettaient pas une précision d’observation pour ce qui avait moins de 200 mètres de long. Puis vint une époque où, sur terre, la radio fut découverte et les informations affluèrent. BAFESI enregistrait absolument tout et le conservait dans la ferrite de ses mémoires qui, à l’échelle humaine, étaient infinies. Oui, BAFESI, enregistrait, mais il ne comprenait absolument rien. Aucune clef ne lui permettait de passer d’un système de langage sémaphorique, basé sur la dualité de 64 positions par antennes principales à un langage verbal humain. Conçu pour un certain nombre d’automatismes, dont celui de capter et d’enregistrer, il eut les réactions que ses concepteurs avaient prévues.
Puis, un jour Mat Ducerf, introduisit dans un dispositif de type dissociateur, un animal terrestre, (plus tard BAFESI sut que le nom était chien ). L’automatisme de BAFESI en cas de dissociation joua aussitôt et il enregistra toutes les structures génétiques puis, avec un retour temporel tout aussi programmé pour respecter l’entropie générale, il reconstitua cet être dans son dispositif approprié à l’instant même de sa dissociation en temps absolu. Mais un chien n’est pas un Ceph et, dans l’eau de mer du bassin il montra des signes négatifs concernant ses capacités respiratoires et mourut en quelques minutes. Le bras articulé qui permettait de changer la place des coraux pour que le Ceph ait une illusion de paysage modifié fut utilisé par BAFESI pour sortir l’animal de l’aquarium et le déposer au sol. Mais, il se corrompit assez vite et BAFESI dut l’évacuer par un sas. Il éclata dans le vide et ses débris, vinrent troubler la vision des capteurs. Alors BAFESI dut prendre une décision radicale, très consommatrice d’énergie et réservée aux cas les plus graves. Il remonta le temps jusqu’au moment où il se préparait à ouvrir la porte du premier sas. Puis se débarrassa du corps par incinération.
Il examina avec soin toutes les données de base qu’il avait sur cet animal et se demanda comment il avait pu arriver jusqu’à lui. Mais cela voulait dire que le jour arrivait, où un habitant de la 3° planète viendrait. Cela impliquait aussi que tout être dissocié capté par BAFESI devait en premier lieu se trouver entièrement enregistré et, en second lieu, reconstitué à partir de sa formule génétique, mais jamais dans BAFESI ! En dernier lieu il lui fallait désormais retourner l’être reconstitué là d’où il venait, ce qu’il pouvait déceler par la longueur d’onde émise.
Lorsque Mat Ducerf fit l’essai sur lui-même, il fut enregistré et renvoyé comme prévu, mais à la réception BAFESI constata que deux appareils avaient exactement la même modulation d’onde. Il renvoya sur l’appareil le plus grand et nota que ce dernier avait une orientation légèrement différente. Cela paraissait voulu et il décida que ce serait la procédure normale. Pendant toute la période qu’on nomma celle des “Coucous” il procéda de même, enregistrant les “voyageurs “ à chaque fois et les renvoyant sur le second mandala. Il eut aussi le cas où les deux appareils étaient situés à des lieux éloignés, il continua à appliquer la procédure désormais normale. Après le premier passage de Ducerf il y avait eu un incident avec la femme de celui-ci, le second mandala étant absent ou hors de service ? Il l’avait renvoyée vers le plus proche existant, au temple de Samye. Madame Ducerf, peu résistante fut complètement ahurie de ce qui lui arrivait et décéda à la suite d’un arrêt cardiaque, causé par la surprise.
Mais, pas plus que pour la réception des ondes radio, il n’eut de clef pour comprendre ce qu’il stockait. Au cours des siècles suivants il enregistra de plus en plus de signaux venant de la Terre et eut à procéder à de nombreuses reconstitutions. BAFESI, conçu par les Cephs qui connaissaient bien l’Univers à 6 dimensions, était doté d’appareils lui permettant de repérer à chaque fois l’utilisation de tout dispositif exigeant une connaissance dans ce domaine. Les Cephs, en effet, considéraient que tout ce qui concernait de près ou de loin la compréhension d’un univers à six dimensions était la preuve d’une intelligence à leur niveau. Ils en concluaient que toute réception se rapportant à des phénomènes extérieurs concernant un transfert spatial en serait un bon signal. Quand les voyages par mandalas vers la lune furent entrepris pour construire les vaisseaux, ce fut un déclencheur ! BAFESI se mit à émettre, vers la Terre et en continu, le programme de signaux mathématiques qui devrait permettre à des civilisations différentes de commencer un contact. Car quel que soit le mode de communication, il semblait que 1+1= 2 pouvait être symbolisé et se trouver compris.
Nounou, sur terre, continuait ses spéculations et ses recherches dans tous les secteurs de la pensée et poussait aussi loin que possible chacune d’elles quand le problème concernant les “Voyageurs” lui fut posé. C’est à la même date que tous les récepteurs d’ondes de la planète furent envahis d’une série de vingt minutes de signaux qui troublaient les émissions et provoquèrent beaucoup de gêne pour tous. Suivait une interruption d’un temps égal et cela recommençait. Tout ce qui se faisait ou se pensait passait par Nounou, elle eut l’information et enregistra la perturbation. Il ne lui fallut pas plus de 12 minutes pour en saisir l’idée générale : Hors de la Terre une entité douée d’intelligence cherchait un contact. La symbolique mathématique était évidente mais quelle était l’origine du message ? Nounou finit par situer la source de l’émission à la limite du système solaire. Puis, dans une recherche plus fine, faisant intervenir tous les observatoires astronomiques et leurs “grandes oreilles “, elle repéra que l’objet qui émettait se trouvait sur Pluton ou plus précisément, en orbite autour de cette planète. Comme la perturbation sur les ondes continuait et devenait une nuisance, elle fit envoyer par le plus puissant des radioémetteurs une réponse ! Celle-ci se présentait sous la forme d’une alternance entre des sections de ce qu’elle avait reçu et de la transposition en langage mathématique humain. Elle l ‘exécuta d’abord en base dix, puis dans toutes les bases de deux à cent. Immanquablement elle passa par le langage en base huit qui était celui des Cephs pour les mathématiques.
A partir de là, et en quelques jours, la communication fut établie entre BAFESI et Nounou, un langage commun trouvé, toutes les bases de données ouvertes. Il n’y eut pas mariage mais fusion. L’intelligence de Nounou devint propriété commune et réciproquement. Quand Nounou répondit : << je ne sais pas je vais demander >> cela signifiait des recherches poussées dans les bases de données de BAFESI et l’espoir d’y trouver une réponse. Il en existait effectivement une, et une très bonne...



Chapitre 8

Quelques coups de vase ? ou
“ Mieux vaut tôt que jamais ! “

PALMER

Le premier vaisseau porteur de mandala fut envoyé depuis la base lunaire comme prévu vers la planète la plus proche. Si la poussée obtenue était bien celle que l’on attendait, et si, après une année de voyage on acquérait la certitude que le but avait toutes les chances d’être atteint, on procéderait au lancement du second. Les clones des futurs voyageurs et de l’éventuelle compagne de l’un d’entre eux furent mis en développement selon le schéma correspondant. Le premier fut donc clone 002 Palmer dit : Fox 2 pour le distinguer de son prédécesseur, celui qui avait résisté à la forêt primaire de Madagascar. Mais les habitudes sont les habitudes et, en réalité, on lui attribua simplement : Fox.
Dès que la bonne nouvelle arriva, (à savoir que le vaisseau s’était posé sans encombres sur la planète et avait activé son mandala), on en déduit deux faits principaux :
Le côté technique de ce type de voyage, pour du matériel, était bien au point. La vitesse de croisière avait été un peu plus rapide que prévu (2 % ) et il fallut ajuster la trajectoire en fin de course. La précision de l’arrivée fut parfaite ce qui était un exploit, compte tenu de la distance.
Le système automatique de mise en route du mandala avait bien fonctionné car le message reçu ne devait être envoyé qu’après cette opération. La qualité de transmission de ce message était suffisante pour les besoins mais il y avait plus de 7,1 ans qu’il avait été expédié. Donc, depuis un mois, le mandala qui avait été éteint aussitôt après l’expédition du message radio et pendant plus de sept ans et 1 mois, devait se trouver prêt à recevoir Fox.
L’impatience de passer à l’action gagnait ce dernier et quand la confirmation que la mission avait été menée à bonne fin fut là, il demanda aussitôt à partir. Aucun des deux autres clones n’étaient présent. Leur tour viendrait : un peu plus de 40 ans pour clone 001 Traoré (Kog ) et un gros point d’interrogation pour clone 001 Spring (Betty ).
Sur la planète référencée comme corps 2156 de la constellation du Taureau, le vaisseau s’était posé en douceur sur un sol souple. La mise en route du mandala demanda assez peu de temps et, comme le voulait le programme, le message ne fut envoyé que deux semaines après, prouvant ainsi que rien de fâcheux ne s’était produit durant ce laps de temps. Puis le mandala fut éteint. Le vaisseau s’enfonçait d’une manière imperceptible mais inexorable dans un sol à la consistance pâteuse. Quand le mandala fut remis en route, il ne restait rien de visible, sa partie supérieure étant à deux centimètres en dessous de l’interface avec l’air. Les savants avaient tout prévu pourtant : en arrivant dans l’atmosphère de 2156 le vaisseau s’était mis en orbite et par ultra sons avait recherché un endroit favorable pour se poser horizontalement. Aucun affleurement rocheux n’existant, l’endroit le plus rigide fut choisi et il s’y posa. Mais la rhéologie particulière de la surface de cette planète n’avait pu être prise en compte. Il se serait produit un phénomène identique si, sur terre le vaisseau s’était posé sur une nappe de bitume paraissant dure, mais dans laquelle, en six ans, il aurait été submergé et profondément enfoui.
Quand Fox entra dans le mandala pour faire son voyage il n’avait aucune idée de ce qui l’attendait à l’autre bout. Il sortit, sans problème du mandala récepteur à l’intérieur du vaisseau. Puis ne voyant aucune possibilité d’ aller à l’extérieur, il visita son domaine de fond en comble pour trouver le moyen de résoudre ce problème. Mais après deux journées d’exploration de ses ressources il sut que sa situation était complètement désespérée. Les ondes radiophoniques ne pouvant traverser une telle épaisseur de corps mou qui amortissait les vibrations, il se demanda comment le mandala avait pu fonctionner en tant que récepteur ? Puis il comprit que le vaisseau affleurait la surface! Il en concluait donc, qu’il était passé quand celui-ci avait encore quelques millimètres à l’air. Ainsi, s’il avait tenté de sortir, juste à l’instant de son arrivée, ce devait encore être possible à condition qu’une porte ou des sas existent dans la bonne direction. Il eut vite fait de constater que ce n’était pas le cas et que tout était perdu à plus ou moins long terme. Il disposait de réserves de nourriture et d’eau, ainsi que d’un système de régénération de l’air. Le tout pourrait lui permettre de tenir un an au plus.
Comme il ne pouvait remédier en rien à son problème, il se décida à essayer de faire traverser une antenne qui puisse lui permettre, au moins, d’avertir la terre de sa triste situation. Il n’était pas terrible comme bricoleur, mais en se positionnant le long d’une génératrice du corps cylindrique qu’était le vaisseau, le plus haut possible, il découpa un trou bien rond. Il enleva tout ce qu’il trouva derrière jusqu’à ce qu’il ait la certitude de toucher la dernière paroi. Fox réussit, avec des bouts de tubes coulissant les uns dans les autres, d’une façon assez étanche, à créer un engin télescopique destiné à atteindre la partie aérienne. Cela sans nuire au futur du vaisseau, donc en ne laissant pas la vase entrer. N’ayant rien d’autre à faire, il prit son temps et le bidule complet lui fournit une occupation pour plus de deux mois. Il traînait un peu, car, à quoi s’occuperait-il ensuite ? Il n’était pas question de tenter de découper un passage pour qu’il rejoigne la surface ! Il serait écrasé dans cette roche liquide en quelques minutes et ne pourrait s’y déplacer, quant à faire mouvoir, ne serait-ce qu’un peu, le vaisseau, il ne disposait d’aucune source d’énergie suffisante, alors il y renonça.
Puis, n’ayant que sa vie, déjà foutue à perdre, Fox prit le risque, perça la paroi extérieure et plaqua aussitôt son assemblage de tubes pour boucher le trou créé. Il avait interposé un mastic colle à prise rapide et tout se passa très bien, le système était, pour le moment, étanche. A l’aide d’une tige et d’un vérin il déploya lentement les tubes et, partant de là obtint une longueur extérieure de deux mètres qui, pour quelques semaines encore serait à l’air. Fox essaya de l’utiliser comme antenne mais son contrôleur lui indiqua qu’elle ne fonctionnait pas. Il lui fallait évidemment attendre que la vase se ressuie et laisse le haut de son antenne nue. Compte tenu de la viscosité cela pouvait prendre des jours, des semaines, peut-être même des mois.
Chaque matin il refaisait sa mesure sans jamais se désespérer. Le message fut en état de passer après seulement 23 jours. Fox prit son temps pour bien préparer ce qu’il enverrait en phonie et ce qu’il expédierait par modulation de fréquence. Il savait qu’il serait mort depuis longtemps quand une éventuelle réponse arriverait mais il avait la satisfaction d’avoir mené son boulot jusqu’au bout. Quand, au bout de 5 mois l’antenne fut trop proche de l’ envasement il adressa un ultime adieu et souhaita aux autres clones d’avoir une meilleure chance dans leurs voyages. Des mois passèrent puis, un soir, le recyclage de l’air donna les premiers signes de manque d’oxygène, ce qui signifiait que la dernière des bouteilles était vide. Le Vaisseau atteignit le fond peu après à un niveau de moins dix mètres de la surface alors que Fox était mort depuis quelques années.

Lorsque, à la base sur terre, son premier message arriva, on était en 1214 A. A. Le voyage de Kog était prévu pour l’année 1247. On devrait lancer son clone et celui de Spring dans dix ans. En l’an 1215 le second et dernier message laissa tout le monde pantois. Encore un échec ! On ne changea pas la date, il fallait aller au bout. Pendant que clone 001 Kog finissait sa formation, clone 001 Spring était allé s’installer dans un hameau reculé pour tromper son attente en “bricolant “ dans un labo désaffecté depuis deux siècles. Les Directeurs préféraient la savoir isolée dans un endroit qui lui convenait plutôt que de risquer de voir son dynamisme perturber les gens normaux ! Ils furent ravis de lui fournir tout le matériel de recherche qu’elle demanda..

Clone 001 SPRING.

Quand elle avait atteint l’âge de six ans elle sortit de Langley pour aller vivre la vie d’une fillette normale dans une famille d’accueil et fréquenta les écoles de son âge. Spring se livra aux activités culturelles et sportives des autres et ne commença à poser de problèmes aux éducateurs qu’à sa huitième année. Copie conforme de la Betty originale, ce clone possédait le même coefficient intellectuel, un physique parfaitement identique et un caractère de surdouée qui fut rapidement la cause de troubles. L’original n’avait dans sa jeunesse subit aucun stress particulier et comme il en fut de même pour le clone, à l’âge de dix-huit ans elles étaient des copies conformes à tous points de vue. Les petites différences venaient du fait que les environnements n’étaient pas identiques. Betty avait vécu dans un cadre de la fin de l’ère chrétienne, un monde d’hyperactivité, de luttes incessantes et de vrais combats de survie pour chacun, dans tous les domaines. Clone 001 Spring vivait dans un monde de tendres dont les besoins essentiels étaient pourvus par le distributionnisme. Les guerres n’étaient que de lointains souvenirs, les différentes ethnies s’étaient brassées et la peau de tous avait la même jolie couleur beige dorée, donc plus d’exclusives raciales. Au plan religieux, la liberté était totale et les quelques croyants qui restaient, divisés en dix mille chapelles, étaient unis par le fait qu’ils croyaient, donc presque du même bord. Les athées s’en foutaient complètement et acceptaient les religions comme une sorte de passe-temps au même titre que les collections de ceci ou cela ou les spécialisations de plus en plus pointues que les plus savants choisissaient.
Quand un enfant avait une intelligence sortant de l’ordinaire on confiait son éducation à un corps de professeurs spécialisés et on lui permettait d’accéder ainsi rapidement aux diplômes qu’il méritait. C’est ainsi que, sans surprise pour les Directeurs, Clone 001 Spring put parvenir à sa majorité au grade le plus élevé possible pour un étudiant : le Doctorat Professoral. Ce qui correspond un peu à ce qu’était une agrégation du temps de son modèle. Ses spécialisations furent, de toute évidence, celles de ses aspirations profondes : la physique fondamentale et les mathématiques supérieures induites par la redécouverte du paradigme de Ducerf, c’est à dire les conséquences et implications d’un univers ou trois dimensions spatiales rencontraient trois dimensions temporelles. En théorie on pouvait résumer de façon simpliste en exposant : Chaque point de matière avait de zéro à trois dimensions temporelles, chaque instant possédait de zéro à trois coordonnées spatiales. Pour les spécialistes c’était bien plus complexe et seuls des artifices mathématiques, comme l’étude des propriétés des espaces fibrés et de leurs projections virtuelles permettaient, à quelques forts en thème de s’y retrouver.
Comme si cela n’avait pas déjà été assez compliqué, le problème des mandalas et de la réalité de leurs propriétés se heurtait de front avec l’absence de théories suffisantes pour les expliquer. Il y avait du boulot pour des gens comme Clone 001 Betty.
Mais toute médaille à son revers, et à l’égal de son modèle, notre clone avait un caractère fougueux, indiscipliné, imaginatif qui la rendait impropre au contact permanent avec le reste de la population. Dès qu’elle eut 15 ans elle demanda et obtint de disposer d’un laboratoire pour ses propres recherches, loin de toute université mais en liaison permanente avec ses professeurs par le biais de l’informatique. Quand elle avait trop travaillé, elle s’accordait une sorte de récréation en étudiant les détails de la vie de Betty Spring et, par l’Araignée put, en quelques années réunir une documentation importante. Mais elle se sentait assez différente sur bien des plans. Betty était active, certes, mais pas spécialement sportive, alors que clone 001 cultivait son corps et sa musculature avec plaisir et comme on le lui avait recommandé pour quand elle ferait le “Voyage “ vers une autre planète. Autant l’original était en rondeurs et en féminité, autant le clone était en muscles et se sentait l’égale des hommes. Betty Spring avait, de son temps, des appétits brusque de nourriture, de boissons, de relations sexuelles qu’elle se dépêchait de satisfaire aussi vite que possible pour que ce genre de besoins ne ralentissent jamais son activité.
Clone 001 Spring recevait, comme tout un chacun, sa pitance au distributeur de son logement et n’avait jamais ni soif ni faim brutale. La limitation et régulation des naissances s ‘effectuait par le biais de ces distributeurs qui incluaient dans la ration quotidienne de quoi ralentir toutes les pulsions inopportunes. Quand un individu ou un couple désirait un enfant il le demandait au centre le plus proche. Alors Nounou se chargeait de la réalisation technique in vitro ou in vivo ou par le biais des moyens naturels si les deux futurs parents étaient d’accord et quand le planning mondial l’autorisait. Ensuite, la ration quotidienne ne contenait plus aucun contraceptif ni aucun modérateur d’hormones. Ceci expliquait que Clone 001 Betty différait d’une façon notable de Betty Spring de l’an 2000 après J. C.
Le problème de l’insertion d’une individualité aussi forte que celle de la Betty actuelle fut résolu par elle-même qui se sentait étouffer sous le carcan des contraintes de politesse, d’urbanité et de la paresse ambiante. La population de la terre était rassemblée dans des zones urbaines couvrant de grandes surfaces et où les maisons individuelles étaient de rigueur. Seuls quelques jeunes célibataires ou étudiants, et quelques déviants recherchant les contacts humains permanents vivaient dans de beaux immeubl