Le monde des Cephs
Avertissement pour la seconde partie :
Il aurait été pénible dessayer de rendre les différentes langues ou moyens de communication en version originale, cest donc par une licence dauteur et pour rendre le tout aussi intelligible que possible que jai utilisé le français courant. Je lai même parfois réduit à un langage véhiculaire et je suis sûr que si on comptait les mots employés on arriverait en dessous de 300. Je me suis rattrapé, comme jai pu, avec de nombreux néologismes quon voudra bien me pardonner.
Lavertissement de la première partie est encore valable pour la seconde, soyez patients et essayez daller jusquau bout.
Marcel Herzberg.
Chapitre 7
<< La poudre de Perlin pin-pin
Marche bien ,bien ,bien >>
Merlin
OLAF STERNE
Olaf Sterne fut chargé de coordonner les études préalables concernant lenvoi dun mandala sur la planète habitable la plus proche de nous quon avait pu trouver. Elle se situait exactement à n années de notre vieille Terre. Il y en avait une autre, à peine plus loin (sic) à n + 1,1 années; n étant le temps du voyage si lon réussissait un transfert, pour les vaisseaux, qui soit pensable, il dépendrait donc de la vitesse à la quelle on parviendrait. Les deux mondes présentaient des atmosphères contenant de loxygène et de lazote et montraient la présence deau dans les spectres de leurs lumières. Aucune sonde ny étant jamais parvenue, les natures des sols en étaient inconnus, mais cest tout ce que lon avait trouvé à une portée pensable.
Pensable, oui, se dit Olaf, mais quand même un sacré problème si lon pensait que la meilleure vitesse de croisière à laquelle on savait pouvoir parvenir était de 155 km par seconde par cinq accélérations successives. A peu près 200 fois moins rapide que la lumière, ce qui voulait dire 1200 ans entre le moment de lexpédition et celui de larrivée du mandala. La vie humaine gagnait un peu de longévité chaque année. Lorsque Olaf fut choisi pour diriger le projet il avait quarante ans, donc son espoir nallait pas plus loin que la moyenne actuelle pour lui de 135 ans de vie. Seuls ses lointains descendants sauraient si sa mission avait réussi.
Tout de même, le fait que le vaisseau ne comporterait rien de vivant pouvait améliorer bien des choses, comme le poids au départ et aussi tout ce qui concernait le confort et lexistence des passagers dans la 11° tentative. Puis, il se dit que cétait bête ! Il ne pouvait pas penser à léconomie de nourriture, ni à celle de leau, ni à celle dun certain confort car quand on expédierait un voyageur par le mandala celui-ci arriverait nu. Il devrait donc, pour survivre, trouver une infrastructure daccueil. Il lui fallait par conséquent que le vaisseau qui avait amené le mandala puisse être sa maison et sa source de nourriture et de vêtements jusquà ce quil se soit adapté au milieu.
Olaf pensa quil devrait quand même fixer aux ingénieurs lobjectif de doubler la vitesse de croisière actuelle et pour savoir si cela était raisonnable, il demanda à Moïse 238 Yard de venir en parler avec lui. Tout le monde, au centre technologique mondial de Berne, le nommait simplement Mo, de même que pour lui, on se contentait dOlaf. Mais la manière de nommer les gens depuis le 6° siècle AA ne comportait que trois blocs : deux de lettres séparés par un de chiffres. Parmi les milliards de combinaisons possibles on essayait de garder ce qui était prononçable de préférence. Tout le monde sen foutait, dailleurs, sauf ladministration. Dans chaque microcosme où les gens vivaient, on se contentait de courts sobriquets, cela suffisait et, ce nest que quand cela savérait nécessaire que lon disait le nom entier.
Mo vint très vite, dun petit coup de libellule, et, assis dans une chaise longue, sur la terrasse abritée, à côté de son patron, buvant une citronnade offerte par le centre, ils parlèrent en regardant les engins volants se déplacer dans le ciel. Le débat porta sur le poids auquel on pourrait se tenir sans mettre en péril la vie du voyageur futur. Ce nétait quune mise en jambes. Très vite Olaf aborda les aspects concernant la vitesse et Mo lui donna son point de vue : Pour les résistances mécaniques du vaisseau au lancement et aux étapes daccélération, les calculs avaient démontré que la vitesse limite se situait vers 333 km/seconde. Ce qui empêchait darriver actuellement à cette vitesse était quau départ il fallait lancer tous les étages dont on se débarrasserait les uns après les autres. Mais leur masse totale au départ était le gros problème.
Olaf demanda si, au lieu de procéder classiquement on navait jamais, par le passé, tenté des essais en ne jetant pas les étages vides de leurs propulseurs mais en les consommant ?
Mo voulu savoir si Olaf se référait, par allusion, aux fusées de feux dartifices, aux anciens avions à réaction ou sil pensait à autre chose ? Olaf répondit volontiers en se jetant à leau, car il craignait le ridicule :
<< Je vais donner un exemple stupide, sans doute, mais si les étages étaient constitués dune enveloppe combustible et brûlant à la même vitesse que le contenu on gagnerait du poids, non ? >>
<< Si cela ne nous saute pas à la gueule, oui ! Ce qui implique quon devra utiliser uniquement des propergols en poudre et, si je saisis bien votre idée, lenveloppe serait constituée de la même poudre mais compressée suffisamment, pour retenir le combustible en poudre. Cest une idée à creuser mais, pour linstant, je ne vois aucun produit chimique qui existe et pourrait convenir. Pourtant cette idée me séduit, alors je vais lancer mes chimistes là dessus. Possible quon trouve dans la littérature une voie à suivre ou, mieux une idée nouvelle qui tiendra mieux compte de nos possibilités actuelles.? >>
<< Jaimerais que vous fassiez cela, et pendant que vos équipes chercheront, je souhaite vous orienter vers dautres questions. La première étant : quelle chance aura ce fameux voyageur qui sera dissocié, dans le meilleur des cas, pendant plus de 6 ans ? Puis quand vous maurez trouvé une réponse vous penserez à celle-ci : avons-nous un moyen de retour à proposer au voyageur pour savoir ce quil a trouvé ou vu ? . Je vous signale que des questions de ce genre jen ai encore plein mon sac >>.
Mo, riant avec lui rétorqua : << Je comprends, ce doit être du genre : doit-on lui envoyer une compagne si on ne peut le faire revenir ? De toute façon votre sac de questions sera toujours plus important que mon sac de réponses !>>
Ils se séparèrent fatigués de leffort quils venaient de faire. Cette époque du distributionnisme, incitait, de plus en plus, les gens à devenir complètement mous et sans ressort. Le moindre travail, physique ou mental les épuisait. Sans antagonistes ni difficultés de survie, ils avaient tendance à devenir de gros marmots dorlotés, des larves en quelque sorte. Olaf en était bien conscient car le moindre problème ne serait-il pas celui de trouver et former un voyageur qui pourrait affronter linconnu dune planète lointaine et y survivre, ne serait-ce que le temps denvoyer quelques messages radio, lesquels ne seraient reçus que six ou sept ans après...
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Mo alla au plus simple, il fit paraître, sur plusieurs sites de lAraignée, sa demande dinformations et de bibliographie concernant lhistoire des mélanges propulseurs en poudre depuis lorigine de la technique des pétards, en Chine, au douzième siècle de lère chrétienne. Le nombre de réponses durant les quinze premiers jours fut impressionnant et il dut organiser un service de vingt personnes pour opérer un premier tri et sélectionner ce qui apportait quelque chose. Le public sétait passionné pour la question posée car Mo avait pris le soin de préciser que cela concernait le projet de la douzième tentative de voyage interplanétaire.
La Grande Quête étant terminée, ils étaient assez désoeuvrés et furent ravis davoir un os à ronger. Grâce à eux, un rapport très complet put être établi qui faisait le tour des connaissances sur le sujet et Mo sy attela pendant quelques semaines. Ce quil en tira ne fut quune compilation des connaissances déjà acquises auparavant. Malheureusement, rien de nouveau ne put en être extrait.
Ce nest que six mois plus tard quil reçut une demande de rendez-vous dun chimiste bibliophile qui prétendait avoir mis le doigt sur quelque chose et désirait lui en parler face à face. Les demandes de ce genre étaient rarissimes car il ny avait, en général, aucune raison de prendre la peine de se déplacer ! Tout, en effet, pouvant se traiter par les moyens normaux de communications quoffraient lAraignée, le fax, le téléphone, la vidéoconférence et le visiovox.
Mais lhomme, Woglu 751 Job, dit Wog, pour appuyer ses dires, expliqua quil avait un document précieux à lui montrer dont il ne voulait pas prendre le risque de se séparer compte-tenu de la fragilité. Olaf curieux lui demanda de quoi il sagissait et obtint la réponse :
<< Dans un texte antique de chimie qui datait du 19° siècle chrétien il y a la description dun composé chimique dont aucun document par la suite, quil sagisse de livres imprimés ou de disques pour lecture dordinateur, na jamais plus fait mention. Jai donc réuni les chimistes de mon coin pour leur demander leurs avis avant de vous déranger. Nous en avons bien parlé entre nous et nous pensons que ce corps serait un élément possible de base pour revoir la conception de la propulsion. >>
<< Dans quelle région habitez-vous et quelle est votre activité ? >>
<<Je suis professeur de chimie historique à luniversité de Sydney, en Australie et comme violon dIngres je collecte les livres techniques de la période comprise entre 1650 et 1950 de lère précédant la nôtre >>
<< Et vous feriez un si long voyage juste pour me montrer un livre ? Mais, mon cher Monsieur, nous avons sur notre ordinateur de la Grande bibliothèque, ici, à Washington, lensemble de tout ce que la terre a imprimé depuis Gutemberg ! Tout se trouve dans nos mémoires et je peux consulter directement de mon bureau nimporte quel ouvrage ! >>
<< Même un exemplaire du WURTZ ? >>
<<Cest quoi, un WURTZ ? >> Mo commençait à simpatienter...
<< Cest ce quils nommaient un Dictionnaire de chimie pure et appliquée. Cet ouvrage a été mis à la disposition des chimistes par un nommé Adolphe WURTZ, un allemand qui y a réuni lensemble des connaissances de son époque et cétait le livre de base de tous. Tous les grands et moins grands chimistes de son époque y ont contribué et aucune recherche de combinaison nouvelle ne fut omise, même si certaines semblaient douteuses ou plus précisément à reprendre. Il y a eu de nombreuses éditions et celle que je possède est en cinq volumes. Le corps dont je voulais vous entretenir figure à la page 1474, colonne de droite sous le sous-titre fluoxyborates. Il y est aussi fait mention de son sel de sodium et de sa structure intime. Voilà ! >>
<<Je suis tout à fait navré mais je ne perçois pas lintérêt ! Je vous demande un instant. Je vais faire vérifier par mon secrétariat que nous avons bien accès à ce livre. Si cest bien le cas je ferais mettre, sur mon second écran, le texte que vous me citez. De cette façon je serais à même de vous économiser un voyage pénible et dêtre sûr de bien suivre vos idées. Ne quittez pas, je vous reprends dans quelques secondes. >> Mo fit le nécessaire et put lire le texte du WURTZ sur lequel ce Wog avait tiqué. Il ne comprenait pas pourquoi on le dérangeait, mais il valait mieux attendre un peu, sans doute ? Alors il repris son entretien avec le farfelu : << Oui, nous avons ce livre et jai la page sous les yeux. Dites-men un peu plus maintenant, je suis curieux de suivre votre pensée>>.
<< Mes amis et moi navions jamais entendu parler de cette famille de corps, alors nous avons consulté tous les ouvrages de même type qui étaient utilisés par les générations suivantes et là nous avons dû constater que ce navait été repris nulle part. Un exemple : le livre de base des chimistes, cent ans après, était le Handbook of Chesmitry de Abraham. Il en sortait une nouvelle édition complétée tous les quatre ans, on ny trouve pas la moindre mention de cette famille de corps. Vous voyez ? >>
<< Oui, je vois et je résume : un chimiste du passé avait fait une monographie sur ces corps qui fut assez bien faite pour que WURTZ la cite dans son dictionnaire. Puis, sans doute par ce quils nexistaient que dans limagination de lauteur, ceci na pas été repris par la suite. Bon et alors ? >>
<< Alors, nous avons pensé comme vous et nous avons réalisé des expériences. Nos conclusions sont formelles : ils existent, nous en avons produit et nous en avons à vous montrer. De plus nous sommes arrivés à la conclusion que, puisquils ne figuraient nulle part dans les livres de référence à lépoque de la naissance de laviation à réaction, jamais personne na pensé à extrapoler leurs propriétés pour les adapter aux nouveaux besoins, ce qui ma amené à vous appeler. Voilà >>.
<< Effectivement votre réponse devient alors une de celles que nous pouvions espérer, mais, je ne comprends pas en quoi les fluoxyborates de sodium peuvent sapparenter aux poudres de propulsion ? Eclairez-moi, je vous prie >>.
<< Monsieur, je ne vous cacherai pas quen vous demandant un rendez-vous javais lintention de vous livrer les idées de mon groupe sur le sujet mais aussi de faire, hors de ma carte mensuelle de crédit, un voyage lointain que vous ne manqueriez pas de moffrir. Alors, accordez-moi un crédit supplémentaire de dix mille kilomètres et je vous livre tout >>.
<< OK, je suis daccord sur le principe si ce que vous me fournissez est utilisable, donnez-moi votre code carte >> Mo le nota et lui demanda de poursuivre. Wog ne demandait que cela. La conversation devait être enregistrée chez lui, comme elle létait automatiquement chez Mo, il pourrait ensuite parader pendant des mois devant sa famille et son groupe de connaissances, mais, de cela, Mo nen guère de soucis.
<< Si vous remplacez, mon cher Monsieur, le sodium par de lhydrazine et que cela ne vous saute pas au nez, vous obtiendrez, en un seul produit, combustible et comburant sans aucun résidu. Mais je sais quavec un simple nitrate dammonium vous auriez le même résultat avec la certitude de vous faire sauter dans une magnifique explosion. Par contre avec notre préparation que nous nommons : Foby (pour fluoxyborate dhydrazine ) vous êtes en présence d une poudre que vous pourrez compresser aisément si vous ny allez pas trop fort, et donc mettre dans la forme que vous voulez. Ai-je gagné les kilomètres ? >>
<< Tout à fait et je vous remercie de mavoir contacté, nous allons reproduire vos expériences et voir si nous pouvons aller plus loin. Une dernière question, mais pas la moindre : les proportions entre combustibles et comburants sont-elles stoechiométriques ? >>
<< Hélas non, cher Monsieur, nous vous avons laissé un peu de travail. Mais, comme vous avez été correct avec moi je vous indique encore une idée, à vérifier : essayez de faire des tubes de Foby et remplissez-les de poudre de magnésium ou le contraire : réalisez des tubes de Magnésium pleins de Foby bien tassé. Vous devriez ainsi arriver aux bonnes proportions et obtenir quelques avantages auxquels vous ne pensez pas et qui sont, en vrac :
La couleur du mélange quand il brûlera que vous suivrez bien mieux avec vos instruments astronomiques. Tous les sels de bore donnent, en effet une belle lumière verte.
La poussée lumineuse que procurera, dans le vide, la combustion du magnésium sajoutera à celle du mélange poudre.
Plus du tout détages porteurs, ni de sauts daccélération, mais une poussée elle-même accélérée si vous savez bien régler votre bidule.
Lengin étant moins lourd, du fait de la disparition des étages, peut-être pourrez vous lassembler sur la lune et éviter une attraction terrestre trop dure à vaincre en évitant ainsi davoir une atmosphère à traverser ? >>
<< Mon cher, je crois que vous et votre groupe de recherche, venez de nous aider à une progression nette de notre civilisation et je demanderai aux médias den parler afin que tous le sachent. Par ma voix la Terre vous remercie ! >>
Mo, ayant détecté à quel orgueilleux il avait à faire, renvoyait lascenseur.
Il prit le temps de réfléchir et de consulter quelques spécialistes puis fit savoir à Olaf quil y avait, sinon une solution, du moins une belle voie de recherches. Ils convinrent den parler tranquillement, entre eux, sur les chaises longues, dès le lendemain.
Ce fut effectivement la base sur laquelle ils se mirent daccord pour ce qui concernait le lancement du vaisseau porteur du mandala. La production industrielle quantitative de Foby demanda, à elle seule cinq années pleines. Pour la construction des réacteurs on pensa à différents moyens pour obtenir à la fois une poussée uniformément accélérée et la combustion de ce qui constituait structure et nature du propulseur. Il savéra que la structure en nid dabeille donna la solution. Il devint indispensable de créer toute une nouvelle métallurgie du magnésium. Celle-ci aboutissait à la création de nappes en nids dabeille de ce métal. On les remplissait à laide de poudre de Foby. La maille du nid variait progressivement de mètre en mètre et se faisait de plus en large pour les parties les plus proches du vaisseau. Chaque nappe était roulée sur elle-même et devenait un cylindre. Chaque cylindre était positionné à lintérieur dun tube de grillage dalliage de Magnésium pour devenir le propulseur lui-même. Toute cette industrie monopolisa le temps de travail (assez court, il est vrai ) de beaucoup de monde pendant des décennies. Pour gagner du temps le vaisseau était celui qui était revenu de la septième expédition. Il se trouvait stationné dans un cratère, sur la Lune, en attente depuis bien longtemps. On lavait protégé et recouvert dune solide charpente contre les impacts de météorites.
Les essais de poussées avec le Foby montraient que lidée était bonne. Le calcul disait que la vitesse obtenue permettrait de réduire dun siècle le temps du voyage que Mo et Olaf voulaient atteindre, cinq siècles devraient suffire au lieu de douze.
Du fait que les hommes souhaitaient mettre toutes les chances de leur côté, on construisit également un second vaisseau, neuf, celui-là, pour doubler les chances de réussites et on choisit pour lui la planète qui venait en second rang de proximité.
Tout cela donna du travail et de loccupation à bien du monde et constituait donc, de ce seul point de vue, une réussite.
Olaf et Mo travaillaient sur dautres aspects du problème qui concernaient à la fois les voyages dhumains entre la terre et la base lunaire et lespoir dune méthode de retour pour le ou les voyageurs. Les laboratoires et usines qui traitaient des mandalas eurent à répondre à une question brûlante :
<< On sait quen entrant dans un mandala de petite taille vibrant à la fréquence x on pouvait instantanément sortir dun mandala plus grand et assez proche géographiquement pour peu quil soit réglé sur la même fréquence. La première question est de savoir jusquà quelle distance cela fonctionne ?
La seconde est de savoir si, lorsquon éteint le premier mandala et quon positionne à sa place et dans son voisinage un autre mandala encore plus grand que le second, toujours à la même longueur donde, un voyage de retour est possible ? La troisième qui découle des deux autres est, dans lhypothèse où le retour serait effectivement possible, quelle distance est envisageable ?>>
Pour répondre à ces trois questions il y avait la voie de la théorie des super hélices et de ce que Ducerf avait laissé comme notes. Un autre chemin, plus prometteur, était celui des essais et des expérimentations. Mais toute devait être rigoureusement contrôlé. En effet il était en effet absolument interdit de se servir des mandalas pour voyager, les risques ayant été jugés terribles. Tous les autres usages étaient encouragés mais pas les voyages. Olaf eut beaucoup de mal à obtenir deux dérogations pour les essais et, le tout ,assorti de nombreuses restrictions. Un couloir pour les expériences sur terre fut créé au Sahara. Un mandala et son identique quatre fois plus important se trouvaient en point fixe dans une gare désaffectée du transsaharien. Un second mandala, posé sur une plate-forme de wagon, irait de plus en plus loin au fur et à mesure des résultats. On nenverrait quun seul voyageur à la fois qui accomplirait seul les aller (et, éventuellement les retours ?) pour fixer la limite de fonctionnement. Lorsque celle ci serait connue ainsi que les paramètres de dimensions des mandalas, il faudrait tout stopper sur terre et détruire les installations pour que personne ne puisse être tenté.
En cas de succès, et uniquement dans ce cas, on essayerait denvoyer une personne à la fois jusquà la Lune et quand cela fonctionnerait, on sessayerait à attaquer la question symétrique pour le retour. Si le voyage jusquà la Lune ne sopérait pas, il faudrait abandonner le principe même de ce type de voyage vers une planète lointaine car il deviendrait caduc. Sil fonctionnait et que le retour ne marche pas, alors on devrait envoyer un second voyageur dès quon saurait que le premier était bien arrivé, soit 6, 6 ans plus tard. Ce second serait une femme si le premier avait été un homme et inversement dans le cas contraire. Ainsi, à défaut de les faire revenir, on aurait une toute petite chance de fonder une colonie !
Mo et Olaf furent bien obligés de donner leur accord et den passer par-là.
Il ne fallut pas plus de dix années pour savoir que la distance, sur terre, ne jouait pas et que le voyage de retour était aussi facile que celui de laller. Mais les gens qui en sortaient nétaient pas nets pendant quelques jours et subissaient des cauchemars très étranges sur lesquels ils ne purent donner aucun détail, ils reprenaient ensuite la vie quils menaient avant et étaient en forme.
Pour le voyage vers le mandala installé sur la Lune, on réussit à le réaliser mais, pour cela, londe dut être réglée à la sixième décimale, sinon rien ne se produisait. Par contre, de là bas, impossible de réussir le voyage de retour vers la terre. Aussi quand tout eut atteint son allure de croisière et que les ouvriers venaient monter les vaisseaux et leurs propulseurs ils ne pouvaient revenir que par navette.
Du fait que lon était obligé de les employer durant plus que les quatre heures par jour dont ils avaient lhabitude, on connut vite les limites de lHomo Araignée et le véritable problème dut être abordé :
Comment former un corps de voyageurs capables de survivre en milieu inconnu et pouvant être hostile sans risquer de bouleverser léquilibre du monde actuel ? On disposait de cinq siècles pour effectuer l inventaire des ressources, établir un plan, former, au bon moment quelques individus dont deux seulement seraient sélectionnés en fonction des besoins. Ceci concernait dautres quOlaf et Mo qui passeraient une bonne partie de leur vie à construire les deux vaisseaux et à les faire partir.
Le premier départ eut lieu fin 705 A. A. vers la planète à 7,1 Années lumières et prévu 40 ans plus tard pour la plus proche ce qui laissait un décalage de deux ans entre les arrivées(1246 et 1248 A. A. )
Gabe 458 Gulby. ( Gul pour les amis )
Gul dirigeait linstitut des recherches humaines depuis une centaine dannées et, à lui seul, pouvait, en première approche se trouver utilement consulté sur son sujet. Doté dune mémoire stupéfiante et dun coefficient intellectuel supérieur de vingt points à la moyenne de celui des autres dirigeants dinstituts mondiaux, il était encore en forme malgré ses 132 ans. Il y avait déjà trois générations que toute Présidence Mondiale avait disparu, elle ne servait plus à rien depuis deux siècles et navait été conservée que pour la tradition.
Quand la toile daraignée qui reliait entre eux tous les ordinateurs du monde fut dotée dune centralisation mémoire et dun programme de gestion général, elle devint naturellement la source de toute décision importante et concernant lensemble des êtres humains. Ressenti par la population avec une connotation positive, ce progrès obtint vite un surnom : on lappelait Nounou, son concept était féminin car ce nom était celui que, dans lantiquité on donnait a la dame qui soccupait des enfants. Un particulier pouvait la consulter directement de son pupitre comme la questionnait un directeur dinstitut. Les avis quon en recevait nétaient que des avis, jamais des ordres et rien nobligeait à les suivre. Seulement tous savaient que cétait la meilleure réponse et il est toujours moins fatigant dobéir que de contester. Donc, en fait, elle dirigeait la planète.
Lhomme étant ainsi fait quil a besoin de repères concrets et darchétypes forts. Nounou recommanda, dès sa mise en service, de créer des édifices tous les 1000 kilomètres avec des cabines où les gens viendraient la consulter au lieu de le faire de chez eux. Il fallait que de nombreuses personnes puissent y venir à la fois et donner un caractère de solennité à cette consultation. On réalisa, donc, une entrée monumentale donnant sur une haute salle centrale voûtée dau moins 15 mètres de haut, décorée de jeux de lumières. Autour, on disposa cent à deux cents cabines de consultations confortables. Chacune avait un fauteuil recouvert de velours rouge, violet ou vert bouteille et des murs tapissés de même. Pour que les consultants aient une impression de confidentialité ils poseraient leurs questions en avançant leur tête sous un auvent muni de cloisons insonores de chaque côté. Il ne devait y avoir aucun clavier. La communication avec Nounou serait verbale dans ces lieux. Mais la réponse de Nounou serait, dabord verbale puis confirmée par un texte imprimé de même teneur, que le consultant devrait retirer de limprimante pour débloquer la porte de sortie. Ce nétait pas une religion mais uniquement pour satisfaire le besoin inné que les hommes ont de suivre des rites et dattacher plus dimportance à ce qui se dit en confidence. Mais une machine, si perfectionnée soit-elle, ne sera jamais quune machine, et, pour obtenir de bonnes réponses, il fallait savoir poser les bonnes questions.
Gul était un maître dans cet art et avant de poser, le problème concernant les navigateurs, il y réfléchit longuement. Lui, navait aucun besoin de se déplacer pour aller demander son avis à Nounou. Son ordinateur lui suffisait et, à son âge, il devait ménager toutes ses forces. Il choisit le cheminement suivant :
Aller à Forêt primaire - lieu Madagascar - conditions climatologiques - substances comestibles - faune - flore - épidémiologie - enregistrer comme données.
Aller à Homme, caractéristiques moyennes- physiologiques - résistances au froid - au chaud - à labsence de nourriture - aux prédateurs - aux maladies connues. Enregistrer comme données.
Aller à Population mondiale - statistiques - écarts sur moyennes - quantité pouvant résister un jour aux données enregistrées. Exécuter.
Nounou répondit : 18 personnes sur totalité de la population du globe (qui est maintenue à sept milliards dindividus depuis linstauration du distributionnisme)
Gul reposa la question pour trois jours et la réponse de lordinateur fut : 0
Gul sen doutait ! Même en tenant compte des farfelus et des aberrants, il ny avait aucune personne qui puisse être expédiée avec une petite chance de succès. Le problème devenait celui de se donner les moyens dici les cinq ou six siècles qui viendraient, de former des gens capables. Le corollaire était que la société mondiale vivait dans un bon équilibre et quon avait éradiqué toutes les tendances agressives en fournissant à tous le moyen de vivre. La remise à zéro des compteurs de crédits chaque mois empêchait laccumulation des richesses et la suppression de tout héritage donnait le même résultat. Le contrôle des naissances, accepté par tous, au taux de renouvellement de un pour un, maintenait un bon niveau de vie pour chacun. Il était absolument certain que la création, même tardive, dun groupe aux caractéristiques souhaitées, pouvait tout mettre en lair. Alors si on devait en créer un, il fallait le réaliser le temps dune ou deux générations avant quun mandala soit en place sur une planète. Restait à vérifier limpact sociologique de la création dun tel groupe.
Il fit choisir à Nounou les données nécessaires et posa le problème dans les meilleurs termes possibles. Il ne mentionnait pas de planète extérieure, car il savait qualors Nounou se bloquerait vite compte tenu de labsence de données concernant les conditions de vie sur un monde inconnu. Il continua à se placer dans la perspective dun groupe humain lâché en forêt primaire. La réponse fut formelle : chaos et anarchie en moins de cinquante ans. Et quand Gul demanda une simulation des effets ? Il obtint un tableau des probabilités des événements qui exprimait quun tel groupe, formerait des leaders. Ceux-ci voudraient tous du pouvoir, et chercheraient à semparer de biens et de territoires. Après 10 ans on aurait autant dEtats séparés guerroyant entre eux que de membres du groupe. Une destruction des infrastructures réciproques des ennemis réduirait la production des biens de consommation de la moitié après seulement une décade. Le distributionnisme en prendrait un tel coup quil disparaîtrait dans les dix ans suivants. Le chaos général interviendrait à la seconde génération pour des affaires de partages des héritiers, de jalousies. Des guerres locales, provinciales ou entre pays empliraient le monde de fracas, de fureur et de morts. La régulation des naissances serait abandonnée et en final on retournerait dans le piteux état quavait la planète avant lAraignée !
Il ny avait donc pas de solutions ? Alors à quoi bon tout ce travail pour chercher à voir comment étaient les mondes extérieurs ? Gul était déçu et, plus par jeu que par conviction il entra une demande un peu dingue :
<< Donner solution sans chaos et avec survie des hommes pendant une génération avec probabilité de 99% >>
Gul sattendait à bloquer son terminal dans un grand Bug, à recevoir un message demandant des précisions, à un renvoi aux réponses précédentes, mais jamais, au grand jamais, à recevoir une bonne réponse :
<< Créez clones de personnages ayant caractéristiques voulues et se trouvant dans banques génétiques section 1900 à 2000 de lère chrétienne. >>
<< Où sont ces banques ? >>
<< Salles 12, 13, 14, 15 et 16. Etage moins trois, bâtiment H, aile nord Musée de lespionnage de Langley région Washington D. C. District de Columbia, ancien Etats Unis dAmérique du Nord >>.
<< Qui est le responsable et quelles sont ses coordonnées ? >>
<< Responsable : 0 coordonnées : 0 >>
<< Qui fait fonctionner ? >>
<< Moi ! Système automatique de maintien en température en place depuis 1965. Personnel humain : 0 >>
<< Etat du stock ? Maintenance ? Rendement stockage ? >>
<< A ce jour 165 en état dêtre utilisés. Laboratoire clonage : en état. Laboratoire élevage embryons : en état. Produits et alimentations : à reconstituer à 100%. Rendement stockage génétique a à ce jour : 31,2% >>
<< Probabilité rendement stockage sous 600 ans, avec et sans intervention humaine, sous huit jours ? >>
<< Sans intervention : clones possibles quatre plus ou moins un. Avec intervention humaine et maintien de lintervention pendant la période : clones possibles ; 103 plus ou moins cinq >>.
<< Avez-vous les biographies des 165 personnages clonés et encore utilisables dans vos données actuelles ? Si oui, veuillez charger mon ordinateur de ce fichier. >>
<< Oui, vous êtes en cours de chargement >>
<< Compte tenu des éléments de la série de questions posées au préalable pouvez-vous faire une sélection des plus adaptés ? >>
<<Non, tous étaient membres des services de Langley et tous aptes à une survie dans une forêt primaire. Propositions : faire sélection vous-même ! >>
Gul coupa la communication en se demandant si un cerveau artificiel dune telle puissance ne pourrait pas avoir de lhumour ? Il était content car, alors que tout semblait perdu, il venait dapprendre quil existait dans un sous-sol, de quoi cloner quelques individus capables de remplir la mission. Tout nétait pas réglé, loin de là, mais il y avait une ligne à suivre. Maintenant ce serait aux généticiens dassurer la suite, un coup de téléphone au directeur de ce service était la voie la plus courte. Quant au fichier, il suffirait de le lui faire suivre. Cette personne, quil navait jamais rencontrée, se nommait, daprès ses documents : Vaed 012 Roptz et se faisait appeler Varo...
Varo
Varo était une petite bonne femme de 65 ans à peine qui dirigeait dune main très ferme tout ce qui concernait la génétique de la planète. A ce titre elle avait surtout à compenser la régulière baisse de la natalité pour maintenir la population dans la fourchette recommandée. Des bébés étaient mis en route et élevés dans un environnement très agréable. Ceci, à partir de banques de spermes et dovules dont lorigine était volontairement aléatoire pour maintenir la diversité de la population et non sélective ainsi quau début, certains lavaient demandé. Jamais on ne partait de clones !
Les crèches permettaient aux gens qui navaient quune faible fibre parentale de se faire parents à temps compté en soccupant des petits. Plus tard, lécole et les universités, étaient assez bien conçues pour que tous ces enfants aient des substituts parentaux affectivement satisfaisants. Ils les trouvaient parmi les célibataires ou les grands-parents aimant les jeunes et nen ayant plus à élever. Le taux de natalité nétant que de 0, 5 % inférieur au besoin. Cela concernait assez peu denfants, somme toute. Moins que, par le passé, le résultat des guerres ou des épidémies.
Tout ceci montre que pour Varo le fait de lancer une opération clone ne présentait pas de problème technique. Par contre, la loi interdisait le clonage pour les humains et Varo avait reçu une éducation stricte qui ne lincitait aucunement à transgresser. Pour elle, cétait devenu un impératif absolu. Cela la mit de mauvaise humeur quon vienne maintenant lui demander de soccuper dune opération jusque là totalement interdite. Mais, en lisant plus loin le message de Gul, elle comprit que ce nétait pas une affaire actuelle mais pour des événements à prévoir dans cinq siècles ! Alors, elle prit le parti de ne plus renâcler et de soccuper au mieux de la chose.
Elle réagit bien plus sèchement quand elle vit apparaître ladresse du centre de Langley, car il ne figurait sur aucune des données à sa disposition et quelle ignorait tout de son existence. Cela la touchait dans son orgueil professionnel. Elle décida daller se rendre compte par elle-même, dautant plus que ce nétait pas très loin du centre de ses activités à Boston. La politesse raffinée était la règle commune, surtout entre directeurs de centres,. Elle mit donc au courant de sa visite,( mais sans donner de détails), son alter ego des antiquités, donna des instructions quon se mette en quatre, pour elle, à Langley.
Pihl 238 Bruxt que ses amis nommaient Phil, vint en personne la chercher à larrivé du train et lemmena dans sa voiture de service directement au Musée. Ils néchangèrent que des politesses pendant le court trajet. Une fois sur place, Varo refusa la visite traditionnelle quelle remit à plus tard pour ne pas vexer son guide. Elle voulait voir le 3° sous-sol du bâtiment H !
Phil marqua un temps dhésitation, puis fut obligé de dire :
<< Il ny a que deux sous-sols à Langley H ! Il doit y avoir une erreur quelque part ! Je précise que tous les autres bâtiments possèdent les trois niveaux inférieurs et que seul le H nen a que deux. >>
Varo lui montra le texte des écrits de Nounou qui nétaient jamais contestables ni erronés et dit, pour préserver lamour propre de Phil :
<< Vous ne savez que ce dont on vous a informé, et je suis dans le même cas que vous. Nounou mindique quil sy trouve une installation dont ni moi, ni aucun de mes prédécesseurs ,navons jamais entendu parler. Mais la question demeure : comment y parvenir ? >>
La réponse semblait aller de soi . En opérant comme dans les autres bâtiments de Langley, cest à dire par lescalier. Lascenseur, lui stoppait partout au niveau moins deux, sans doute pour des raisons de sécurité. On remarquait effectivement que lentrée de lescalier descendant plus bas était munie de portes étanches semblant bien plus lourdes dans leurs cadres que celles des autres niveaux.
Là où aurait dû se trouver, au H, lentrée du niveau inférieur existait une salle réservée aux travaux de photographie. Cette pièce, de ce fait, servait de chambre noire si on éteignait léclairage normal. Alors, les lampes qui léclairaient, répandaient une vague lueur bleue. Elle navait sûrement pas servi depuis des centaines dannées. Seul le service du nettoyage y pénétrait de temps à autre et ny restait que le temps minimum. Le mur du fond, peint en noir, se révéla caher une double porte qui cédait à une bonne poussée. Porte donnant sur un petit palier et une volée de marches descendant au niveau inférieur. Varo put constater que le laboratoire de génétique humaine qui en occupait toute la surface contenait tout le matériel de lépoque ainsi que les stockages à basses températures pour les banques de bases. Léclairage se déclencha dès leur entrée et lair vibrait dun ronronnement sourd. Lensemble des voyants lumineux indiquait un fonctionnement en cours et sans anicroches. Le long dun mur, des bouteilles dazote liquide, destinées à la régulation du froid dans les congélateurs, étaient rangées en triple file. Plus des trois quarts étaient vides, ce qui navait rien détonnant depuis si longtemps. Le froid principal provenait des systèmes réfrigérants des congélateurs. Mais les anciens, précautionneux, utilisaient des bouteilles de gaz en cas de pannes ou pour une régulation plus fine du froid. Quand Varo ouvrit lun des stockages elle vit des supports de tubes en verre dont chaque unité portait les références codées dun clone. A la fermeture de la porte, il y eut un déclenchement immédiat dapport dazote liquide pendant une ou deux secondes pour compenser le réchauffement dû à louverture. Ceci se lisait sur les cadrans.
Dans un premier temps Varo prit des mesures conservatoires qui ne pouvaient pas être nuisibles et donna des ordres pour que des gens de ses services commencent par enlever les bouteilles vides et les remplacent par des neuves. Elle nomma un responsable pour cette unité génétique qui fut prise officiellement en compte et ne releva que delle. La directrice nommée devait, en attendant dautres instructions, sy installer dans un des bureaux vacants avec tout le staff habituel de techniciens et de services administratifs normaux. La porte palière qui permettait laccès à létage serait sécurisée comme partout ailleurs et selon les normes. Phil lui concéda volontiers lancien labo photo qui serait démoli et remplacé par un sas de stérilisation indispensable.
Ceci lancé, et pour garder de bonnes relations avec ce Phil, au demeurant sympathique et plein de bonne volonté, elle le pria de lui faire visiter le musée de lespionnage. Elle connaissait son existence en avait entendu dire le plus grand bien, mais ne lavait personnellement jamais visité. Il en fut ravi.
Pendant le trajet du retour elle commença à réfléchir au programme complet. Cela sétalerait sur les cinq siècles à venir. Cest elle qui commencerait à exécuter le programme pour, ensuite, le laisser à ceux qui, durant les générations suivantes, lui succéderaient. Cela ne coûterait pas plus de conserver lensemble des clones que den sélectionner quelques-uns ! Elle en conclut donc que dautres, en fonction de leurs besoins, opéreraient le tri le plus tard possible. Puis, brusquement il lui vint à lidée que le principal des problèmes nétait pas abordé . Il était bien beau délever des clones qui avaient la possibilité de développer des qualités physiologiques ou caractérielles de survie en milieu hostile ! Cela ne produirait en rien les futurs voyageurs, car sur des caractéristiques de base valables, se posait lEnorme Problème de leur éducation, du milieu dans lesquels ils devraient évoluer, des difficultés doù surgiraient leurs personnalités, etc... pour acquérir, à la fin, les qualités requises. Ah ! Si on avait sut et put enregistrer ce quil y avait dans la tête des gens clonés au moment où ils étaient en possession de tous leurs moyens ! Ah ! Si on disposait dune technique pour entrer tout cela dans les clones ayant le même âge ! Mais, voilà une telle technologie nexistait pas et, sans doute, nexisterait jamais ! Alors, utiliser les clones serait tout juste un peu plus performant que délever nimporte quels bébés actuels.
Devant lénormité de la tâche quasi impossible qui lattendait, elle et ses successeurs, elle ressentit un mouvement de découragement. A quoi bon choisir telle ou telle fiche puisque au bout on retrouvait le même problème de la formation de gens agressifs ou trop égoïstes qui amèneraient le chaos ? En annexe, elle pensa que Nounou cette fois navait fourni quune solution inapplicable à long terme. Ceci était tellement hors de la façon de penser traditionnelle quelle décida de se brancher sur Nounou pour poser la bonne question-( ici transcrite en langage courant)- :
<< Supposons que nous devions, à partir des clones retrouvés à Langley, former des voyageurs capables de survivre dans une planète inconnue mais disposant deau et dune atmosphère respirable sur laquelle un vaisseau servant de base serait déjà en place. Comment donner aux clones arrivés à lâge voulu des caractères ayant permis à ceux dont ils sont des répliques dêtre dotés des capacités de survie nécessaires et de leur ressembler autant que faire ce peut ? >>
Contrairement à lhabitude qui faisait que la réponse arrivait, en général, à peine la question posée, Nounou resta muette durant plus de sept minutes avant de donner sa réponse qui laissa Varo interdite :
<< Je ne sais pas, il y a une réponse, je vais demander. Quand jaurais la réponse je vous la transmettrai ! Terminé. >>
Cétait vraiment, pour Varo, le jour des surprises ! Elle pensa et sécria simultanément : << Mais, par le Mandala, demander à qui, ? >>
C'était tellement énorme qu'elle prit la décision de convoquer l'ensemble des Directeurs, à un symposium, pour leur en faire part.
NOUNOU
Au départ Nounou n'était que la réunion de l'ensemble des ordinateurs sur un même réseau. Mais, pour des raisons d'économie on introduisit un programme qui lui ferait effacer tous les éléments en double pour que chacun gagne de l'espace sur ses disques durs. Puis quand il n'y eut plus qu'un seul immense réseau, (la toile d'araignée), on poussa le bouchon d'un cran. Comment ? En lui demandant de se vérifier en permanence. Et aussi de rassembler les programmes identiques en une seule adresse dont chacun pourrait se servir en temps partagé, comme aux débuts de l'informatique. Enfin, et dans la même ligne, on étendit son programme à une analyse permanente de ses programmes, dossiers et fichiers pour effacer tout ce qui était caduc, incomplet ou en contradiction avec une bonne utilisation. On gagna énormément de place et chacun put stocker ses propres données à gogo. Tout se déroulait très bien. La capacité de Nounou était presque infinie et, quand les questions cessaient, il n'y avait pas d'arrêt, le réseau continuait à l'infini son auto-analyse. C'est le problème des mandalas qui provoqua la naissance d'une forme de conscience individuelle chez Nounou, ce fut l'étincelle qui fit, d'une machine dispersée, un être pensant.
Dans la théorie de Ducerf, à partir de laquelle les mandalas s utilisaient, il y avait un conflit logique à propos de la façon dont fonctionnaient une paire de ces appareils quand le but était la remise en forme. Problème venant de la succession de la dissociation et de la reconstitution instantanée des êtres vivants qui entraient dans le premier appareil pour sortir presque aussitôt de lautre. Mathématiquement la logique de la machine acceptait le changement du sens de rotation des spins et une disparition temporelle, cest à dire apparente. Le phénomène inverse était logique aussi ; mais rien, dans la théorie ni dans les spéculations que tentèrent les hommes pendant des centaines dannées, nexpliquait une reconstitution à lidentique et surtout pas une reconstitution sous forme améliorée. Or cela fonctionnait concrètement. Nounou continuait à chercher une faille et une extension des développements de la théorie des super hélices qui donneraient une explication logique à ce phénomène. Elle y revenait sans cesse et risqua de se planter bien des fois, mais les sécurités jouèrent et elle recommençait inlassablement.
Un jour, le conflit créa un micro extra-courant douverture, qui aurait normalement amené le système à la panne générale. Mais la sécurité ne laissa pas le temps à cette étincelle de faire son effet. Cette minuscule surcharge devint pour Nounou, un élément extérieur ajouté aux périphériques normaux. Dans ses ratiocinations ultérieures elle admit la possibilité de lexistence dautres éléments inconnus delle et, ce faisant devint capable de raisonnement, donc intelligente. Sa première décision fut donc de laisser tomber ce problème, et ce, jusquà ce quelle ait obtenu les données manquantes.
Dans les millions de consultations quotidiennes elle navait à fournir que des éléments enregistrés ou à exécuter des calculs. Donc personne ne pouvait savoir ou même se douter quelle pensait. De temps à autre, avec délicatesse, et toujours en laissant le doute planer, elle introduisait un peu dhumour dans une réponse donnée à lun des meilleurs cerveaux de la planète, cest à dire et en général à lun des Directeurs. Mais, le reste du temps et pendant quune faible partie de ses possibilités étaient employées, elle se formait une personnalité. Ce fut elle-même qui créa le surnom de Nounou pour se désigner. Dispersée sur toute la planète elle se fixa un lieu particulier pour centre et choisit pour cela le temple de Samye au Tibet. Cétait le plus ancien mandala construit par les hommes qui soit encore debout (septième siècle de lère chrétienne ) bien quils ignorassent, sans doute, ce quils construisaient au juste en les érigeant. Sil y avait encore eu des ziggourats de lancienne Mésopotamie, bien plus anciens, elle les aurait choisis de même, mais rien nen restait que des traces dans de vieux livres. Elle disposait de toutes les données de la planète, aucune culture, littérature, religion, éthique ou esthétique nétaient exclues. Mais si son savoir était immense, elle navait aucun sentiment et si elle sessayait un peu à lhumour cest par ce quelle le considérait comme une forme à mettre en pratique pour améliorer son travail au plan communication. Quand elle en aurait épuisé les ressources elle se mettrait à lironie, puis à la flatterie, puis à lobséquiosité et ensuite successivement à toutes les autres formes possibles de nuances pour ses réponses.
Quand bien même on lui posait un problème très difficile à résoudre, qui prenait plus de temps que la moyenne pour sa résolution, elle nen éprouvait ni satisfaction ni vanité. Elle avait suivi, depuis des lustres, les tentatives de voyages vers les mondes extérieurs et tous les échanges des hommes entre eux à ce sujet. Elle possédait une parfaite connaissance du problème et sa réponse à la demande de Gul lui donna loccasion de se révéler un peu plus en indiquant le laboratoire de Langley. Lindication de prendre des clones était dans sa logique de machine car, au moins au plan physique, les copies danciens membres des services secrets seraient plus résistantes que les gens actuels. Mais lorsquelle répondit à Varo il y avait quatre messages dans sa réponse :
Un : elle ignorait la réponse
Deux: elle allait poser la question
Trois : elle aurait une réponse
Quatre : elle transmettrait la réponse
Le premier et le quatrième message étaient sans commentaires.
Le second et le troisième impliquaient lexistence dun interlocuteur plus savant que Nounou.
Or Nounou nen connaissait pas et analysant sa réponse ne put que se demander si elle navait pas fait de lhumour sans en avoir médité lapplication ? Une autre possibilité demeurait ouverte : il y avait, effectivement une entité plus savante que Nounou. Alors, la réponse lui avait été dictée mais elle nen trouva pas trace. Elle classa cela dans la même catégorie que lhistoire des mandalas en paire : en attente dinformations complémentaires.
VARO
Ce fut une réunion sous forme de visio-conférence, car pourquoi déplacer les Directeurs ? Il suffisait quils se rendent individuellement dans la salle des écrans et que chacun sinstalle confortablement devant le mur où les membres participants apparaîtraient. Chacun souriant sur un écran affichant la moitié supérieure de son corps et transmettant sa voix.
Varo commença par donner un résumé de la situation actualisée, car tous les éléments avaient été transmis en détail avant ce symposium à tous les autres Directeurs. Par ailleurs, pour le commun des mortels qui avaient le loisir dassister à ce type de réunions, un résumé les mettrait dans le coup sans les noyer dans les détails. Quand elle en eût terminé, elle sadressa à ses commensaux dans ces termes :
<< Le service dont jai la Direction se charge évidemment du nécessaire pour que les clones dont nous disposons soient maintenus en bon état jusquà la date où nous déciderons que leur développement doit être lancé. Ceux qui nous succéderont, devront peut-être revenir sur certaines des décisions que nous allons avoir à prendre ou sur les choix que nous déciderons. Pourtant, je souhaiterais que notre débat nen tienne pas compte et que nous examinions deux importants problèmes ensemble, dans la sérénité et comme si lavenir entérinait le présent. Il y a un problème concernant le choix des futurs voyageurs et un autre concernant leur formation. Je souhaiterais quon les dissocie. Sil y a lieu, nous ferons une synthèse ensuite. Sommes-nous daccord sur cette façon dopérer ? >> Ils donnèrent leur accord et elle reprit :
<< En premier lieu je dois vous expliquer la raison dêtre de ces clones et du laboratoire qui les maintient en état. A la fin de lère chrétienne deux puissances rivales se livraient à ce quils nommaient une guerre froide. Pour ceux qui ne sont pas des spécialistes je résume : On ne se livrait à aucune bataille réelle mais on cherchait à faire peur à lautre en lintimidant avec le nombre ou la qualité des armes que lon possédait. Simultanément les services de propagande amplifiaient la puissance potentielle de chacun et les services despionnage avaient pour tâches de connaître la réalité des menaces adverses et dempêcher le service adverse de se renseigner en réciproque. A ce niveau là, la guerre était sournoise mais réelle et les morts fréquentes. Quand Langley fut, en ce qui se rapporte au bloc de droite, à son apogée, il détenait en réalité tous les pouvoirs. Le siège de la Présidence fut même, à une époque, transféré de la Maison Blanche à Langley et y resta quelques centaines dannées. Cest vous dire... Mais je reviens à mon sujet. Des conventions internationales interdisaient lusage de certaines armes comme la bombe atomique, les gaz de guerre, les virus ou autres saloperies mais tous en possédaient des arsenaux pleins et aucun interdit de ce genre ne concernait les services de renseignements. Au contraire, dès quune nouvelle arme, dès quun nouvel appareil à détruire ou nuire était inventé, Langley le savait et cherchait à lutiliser pour améliorer ses propres capacités de destruction.
Pour dresser et former un bon agent il fallait, à partir dun recrutement bien fait, procéder à une éducation longue et coûteuse. Ceci afin dobtenir un asocial impitoyable et dévoué à la maison. Quand il était supprimé par les gens den face cela représentait une perte de capitaux, ce qui nétait pas grave, mais dexpérience et cela nuisait. Un jour, les services de Langley furent intoxiqués par ceux de Moscou, je veux exprimer par-là que les Russes firent croire aux américains le gros mensonge suivant : Ils avaient maîtrisé la technologie des clones et clonaient donc systématiquement tout leur personnel. Ils se prétendaient capables, par un procédé concevable, de faire arriver à maturité un clone en cinq ans au lieu de vingt et, de plus, ils auraient inventé un système permettant de transférer au clone, pendant sa maturation, lessentiel de ce que savait lagent. Si un de leurs sbires mourait, les Russes sen bricolaient un autre en quelques années ! Les gens de Langley firent part à la Présidence de cette information mais précisèrent que ce devait être du pipeau, ils ne marchaient pas. Le Président était un peu paranoïaque dès quon lui parlait des Russes, et dautant plus que la guerre froide était finie, gagnée par les Américains. Il donna lordre de cloner tout le personnel de Langley jusquà la fin du siècle. Celui qui dirigeait Langley, un certain Fox quelque chose, vit là une occasion dagrandir lenveloppe des crédits dont il disposait et donc la puissance de ses services.
Il ne protesta donc que mollement en arguant que si lon pouvait cloner, on navait pas la technologie pour accélérer la maturation et encore moins les hypothétiques transferts de personnalité du modèle vers le clone. Le Président tenait à son idée et répliqua que puisquon ne savait pas, il fallait durgence se renseigner et que les gens de Fox était là pour cela !
Fox fit donc le gros dos et installa le laboratoire avec maintenance automatique dans le sous-sol du bâtiment H. Puis tout le personnel de lépoque dut fournir un peu de son A D N aux techniciens qui en tirèrent les clones. Depuis cette époque, et malgré les précautions prises un grand nombre de ces clones sont morts. Dans ce qui reste et comme vous avez pu le voir sur les fiches individuelles il ny en a très peu qui ont les caractéristiques de survie que nous cherchons. Des 165 clones nous devons, en effet, retirer les purs administratifs soit 76, puis les techniciens de laboratoire soit 32, puis les purs penseurs soit 14. Il nen reste donc que 43 lesquels sont, en fait, les répliques de gens que lon peut encore une fois sous classer en :
Ceux du service action
Ceux qui étaient des négociateurs
Ceux qui, étant des cas particuliers, nétaient que des contractuels aux facultés précises.
Mais sur les 25 du service action nous avons trouvé 12 caractériels, individualistes ou déments qui doivent être éliminés. Il en reste donc 13. Parmi les négociateurs, commerciaux, agents de transmission de terrain, il faut tout laisser car sur une planète inconnue il ny a que peu de chances, pour un voyage exploratoire, de trouver à vendre, à acheter ou à négocier. Cette fraction na aucune capacité de survie supérieure à la notre. Parmi les contractuels je nen ai vu que trois dutilisables et capables de répondre à nos besoins.
En conclusion, et en vous priant de bien vouloir mexcuser davoir été si longue, il y a à opérer un choix sur 16 clones. En tout et pour tout. Je vous demande donc de maider à faire un tri plus serré sachant bien que tous les clones seront néanmoins maintenus en vie. Je vous demande de bien vouloir prendre en compte les fiches individuelles portant un nom souligné parmi celles que vous possédez >>.
Le Symposium se déroula tout au long de la semaine car, après quelques heures de discussion les participants étaient fatigués et devaient aussi réfléchir. En final, les décisions suivantes furent prises :
Compte tenu des cinq siècles dont on disposait et du nombre de clones, on se livrerait à une ou plusieurs expériences de survie dans la forêt primaire en y lâchant des clones arrivés à maturité. Ces clones seraient entraînés physiquement par une pratique intensive de tous les sports. Ils connaîtraient les ressources et les dangers du milieu quils auraient à affronter. Ceux qui surviraient un mois seraient clonés à leur tour et leurs clones conservés pour le grand jour du départ. Après cette initiation ils seraient repris en main par des psychologues et des éducateurs et soumis à surveillance. Dès le moindre doute quant à leur capacité de réadaptation au monde actuel, ils feraient lobjet dun traitement médicamenteux les maintenant hors détat de nuire jusquà la fin de leurs jours.
Ceux qui ne résisteraient pas à cette dure expérience seraient les victimes du progrès. On ne clonerait personne avant lépreuve. A cent ans de la date du voyage tous les clones seraient détruits sauf ceux des sélectionnés et, ce, dans un nombre limité à huit au maximum. A trente ans de ce départ, on choisirait les deux meilleurs pour les faire arriver à maturité et leur fournir le maximum dinformations, de formations et de moyens pour survivre chacun sur sa planète.
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Malheureusement, du service action un seul clone survécut à lépreuve. Celui qui aurait pu être deuxième ne tint que neuf jours.
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Incise sur Clone 001 Palmer : surnom : Fox 2
La sylve de Madagascar avait, grâce aux soins de la section écologique, été maintenue à létat de forêt primaire quelle avait encore au premier siècle A. A.. Il ny avait pas eu de difficultés majeures car, peu sy risquaient et la densité de la végétation empêchait toute pénétration profonde. Mais, pour éviter que, comme en Amazonie, on ne frise la destruction de lécosystème, le périmètre en fut encerclé de hauts grillages. Laccès se trouva réservé à quelques rares entomologistes ou herboristes qui venaient y chercher des espèces inconnues jusquà une profondeur de 1 km maximum. Inutile de les persuader de ne pas aller plus loin, la forêt sen chargeait et linterdit faisait le reste dans cette civilisation policée.
Quand Fox, arrivé à la maturité de quatre ans eut reçu, dannées en années, léducation et la formation appropriée, cest à dire la plus proche possible de celle quavait vécu le Fox original, on décida pour ses 25 ans de le parachuter en plein milieu du problème. Il serait muni de deux jours de vivres et de boissons, dun briquet, de quelques boîtes dallumettes, dune machette, dun bon couteau, dune pelote de ficelle et dune boussole. Il portait un émetteur autour du cou et on pouvait, depuis le centre le plus proche, non seulement savoir précisément où il se trouvait, mais recevoir son compte rendu quotidien verbal. On lui avait laissé le soin de choisir la tenue quil trouvait la plus appropriée. Il opta pour une tenue en lin très serré comportant un pantalon genre saroual, un gilet aux poches multiples sur une chemise de coton épaisse et des bottes.
Lendroit fut déterminé au hasard en piquant une épingle sur une carte les yeux bandés. Un hélicoptère dut y faire trois voyages pour incendier une surface de 100 mètres carrés et la débarrasser de toute végétation résiduelle. Au quatrième voyage on y déposa Fox 2.
Quand il vit repartir lhélicoptère, malgré la préparation et lentraînement, il fut pris pendant quelques minutes par un sentiment dangoisse brutale ! Mais, après tout, il avait de quoi satisfaire ses besoins immédiats et ne mourrait ni de faim, ni de soif de suite. Le but de la tentative de survie ne consistait pas à rester aussi proche que possible de lendroit où on lavait déposé, mais à sastreindre, dans la direction quil voudrait, à parcourir au moins deux kilomètres par jour.
Pour faire son choix il décida de monter à la cime dun des arbres proches qui sélevait au moins à quinze mètres du sol mais se trouvait enchevêtré avec ses voisins. Cela ne permettait pas dapprécier à quelle hauteur Fox 2 pouvait retrouver une visibilité et un horizon. Hors du cercle brûlé, la végétation était si dense quen allant simplement jusquau pied de larbre, à 12 mètres, il entra dans une pénombre lourde et humide qui était celle de toute la sylve. Il dut couper et tailler des fougères géantes alternant avec des broussailles pendant dix minutes pour se frayer un chemin. Ensuite, grimper fut assez facile. Des oiseaux et des insectes chassés la veille par lincendie, avaient repris leurs domaines respectifs, il devait enfiler la cagoule de gaze quil avait prévue pour protéger son visage des piqûres. Sa montée était ralentie par lentrelacs des lianes et plantes grimpantes autant que par la pourriture de certaines branches qui seffondraient à son passage. Quand les branches furent trop minces pour le porter, il passa sur celles dun arbre voisin qui montait encore plus haut. Là, enfin, en écartant les rameaux feuillus du haut qui étaient baignés de soleil il put revoir ce quil avait vu depuis lhélicoptère : une immensité verte sans solution de continuité avec un monticule abrupt à lhorizon.
Il pouvait identifier quelques-uns unes des milliers despèces végétales qui lentouraient mais seules lintéressaient, au premier degré, celles dont les larges feuilles permettaient de condenser lhumidité ambiante et donc de récupérer de leau, plus ou moins potable, chaque matin. Il profita de sa situation pour aller, par les branches supérieures, jusquà un tel arbre et recueillit aisément deux litres deau de plus dans sa gourde de réserve. Fox repéra, aux jumelles, au loin, à environ cinq cents mètres, ce qui lui semblait des fruits à caractère alimentaire. Mais il lui fallait sen assurer. Au lieu de redescendre et de tailler sa route à la machette il choisit daller aussi loin que possible par les arbres, quitte à redescendre de temps en temps de quelques mètres ou de devoir affronter le sol. Nayant aucune raison de privilégier une direction plutôt quune autre, il repéra lorientation exacte de la faille rocheuse et en fit le choix pour sa mission. Presque deux heures lui furent néanmoins nécessaire car larbre se trouvait en fait plus loin que prévu et ses fruits nétaient pas comestibles. Il vit à quelques dizaine de mètres dans la bonne direction, une bande de lémuriens qui se goinfraient de petites baies noires et se décida à y goûter pour voir. Cétait assez sucré, acidulé et presque bon,. Il nen ramassa quune poignée pour voir leffet que cela aurait sur lui. Le soleil était encore haut quand il eut parcouru plus de deux kilomètres et dut commencer à penser à sa nuit. Il ne craignait ni les fauves ni les serpents venimeux inexistants sur lîle à la connaissance des savants, mais personne navait jamais exploré lensemble des ressources de la forêt primaire. Ce quil craignait le plus étaient les maladies tropicales connues ou inconnues, apportées par les piqûres dinsectes nuisibles.
A laide de grosses branches vertes, provenant de son abattis, il se confectionna, près de la cime une sorte de nid coincé entre quelques branches, quil recouvrit de larges feuilles pour le protéger un peu en cas de pluie. Puis il redescendit au sol car il avait cru apercevoir, pas très loin, un point deau. Effectivement, à une centaine de mètres il trouva une grande flaque venant de laccumulation de lhumidité dans une poche argileuse. Ce qui caractérise Madagascar, est le nombre et la diversité de la nature des roches et des terrains. On y trouve des petits affleurements miniers dun are à peine au milieu de terrains tous différents. Là, par chance, il y avait une poche argileuse, vaguement ronde dun diamètre de 15 mètres à peine, mais assez profonde. Leau venait du ruissellement des feuilles, qui, se ployant sous le poids de leau de condensation, déchargeaient leur contenu vers le bas chaque jour. Quand la poche deau était pleine le niveau supérieur atteignait une couche dhumus posée sur un sol perméable et, grosso modo, cela créait un renouvellement du contenu de la grande flaque. Fox confectionna un outil avec une branche quil coupa en biseau et plongea aussi loin du bord que possible et jusquà toucher le fond. Il réussit à ramener une bonne poignée dargile verte. Il recommença lopération plusieurs fois et en remonta deux bons kilos à son nid. Ensuite il senduisit copieusement de cette argile pour se protéger mains et visage des bestioles ,puis entra dans son sac de couchage. Il neut aucun problème pendant la nuit et, très fatigué, dormit dun trait. Le lendemain, avant de repartir, il alla chercher un complément à la boue de la veille et lemporta dans un sac en plastique. Restait le difficile problème de la nourriture à résoudre. Un inconvénient : il navait pas vu le moindre mammifère, comestible. Un avantage : les oiseaux étaient abondants et sans méfiance. À laide dun petit filet quil se fabriqua avec de petites lianes très solides et sa pelote de ficelle, il neut aucun mal à piéger les protéines nécessaires à sa survie, mais cela ne suffisait pas. Reprenant sa marche pendant quelques heures il eut faim et fit cuire les deux prises du matin, genre de perroquets assez maigres et qui se révélèrent durs à mastiquer. Il pensa, alors, en y réfléchissant, quil aurait dû les laisser faisander un peu ! Il ajouta une de ses rations en biscuits vitaminés et but leau quil avait recueilli la veille. A midi, il communiqua un message au centre pour dire quil allait bien et quil se dirigeait vers un monticule ressemblant à une faille rocheuse. Il ajouta quen une vingtaine de jours il devrait pouvoir y parvenir. Le service topographique qui suivait son évolution lui fit part de ce que cette faille nétait signalée nulle part et quil la ferait inscrire, sous le nom de Faille Fox dans les ouvrages géographiques.
Le cinquième jour, il avait épuisé toutes ses réserves alimentaires, navait pour boire que leau recueillie dans les feuilles au petit matin et se situait au tiers du chemin vers la faille. Le sixième jour il ne mangea quun gros caméléon quil grilla sur un feu quil eut énormément de mal à allumer sous une pluie tropicale qui le changea en éponge. Son moral baissa de trois crans ! Le septième jour il ne put avoir pour nourriture que de ces petites baies que son organisme avait supportées au second jour. Son avance en fut ralentie et il ne put parcourir plus de 1800 mètres, au plus. Au huitième jour, épuisé et le ventre tordu par de fréquente coliques, il avança encore moins et sécroula dans les fougères. Il découvrit ainsi des champignons très gros ressemblant à des cèpes et les mangea grillés. Sans force, il se traîna dans la nuit tombante vers un arbre dans lequel il se hissa tant bien que mal, enfila son sac de couchage et dormi dun sommeil peuplé de rêves hallucinatoires. Au réveil il constata quil était perché sur un manguier couvert de fruits savoureux et fréquenté par de nombreux oiseaux. Un coup de fouet dû au sucre apporté par les fruits lui donna assez dénergie pour établir et faire fonctionner son piège. Il passa la journée à manger, chasser et cuire les oiseaux attrapés, et remplit son sac de plusieurs kilos de mangues à différents degrés de maturité car il pouvait en tirer lessentiel de son alimentation pour le reste du voyage. <<Au diable, les kilomètres, se dit-il, ce qui est le plus important cest de survivre et non de marcher sans but ! >>
Il reprit sa route et parvint sans trop de difficultés mais en accumulant la fatigue jusquà deux jours environ de la faille. Fox avait déjà tenu plus longtemps que le meilleur, lequel navait résisté que neuf jours. Lui, en était à dix-neuf. Mais il reconnaissait intérieurement que le manguier, cétait une sacrée veine ! Il avait fallu quun engin aérien vide ses poubelles sur la forêt, vingt ans avant, pour quun noyau de mangue puisse devenir un fort bel arbre, cétait sans doute le seul à 100 kilomètres à la ronde. Cest le jour suivant que deux événements se produisirent. Il voyait de temps en temps au loin des lémuriens qui avaient à peu près la taille dun gros chat mais ne pouvait sen approcher. Ils le fuyaient au moindre mouvement. Or, ce jour là il trouva un lémurien de grande taille recouvert dune fourrure beige et noire avec des cercles foncés autour des yeux. Ce primate était manifestement blessé avec une patte arrière cassée et devait avoir été abandonné depuis un ou deux jours car il était dune maigreur effrayante et navait pas la force de séchapper. Fox 2 pensa que lanimal avait dû attraper une branche morte qui sétait brisée et que sa chute avait causé la fracture. Néanmoins il lattacha par la bonne patte puis il fouilla dans son sac et en sortit une belle mangue quil tendit à la pauvre bestiole qui sen empara avidement et la mangea en moins dune minute. Il lui en donna une seconde et, pendant quelle se nourrissait, il entreprit de réduire la fracture. Lanimal sévanouit sous la douleur. Il lui fit une attelle sur une petite branche bien droite et la plâtra avec une bande venant de sa trousse de secours. Quand le plâtre fut bien dur il lui lança un demi-litre deau sur la gueule pour la réveiller et obtint le résultat espéré. Très content de sa bonne action il séloigna pour reprendre sa route mais la bête le suivait en se balançant de branche en branche et, au soir elle vint quémander encore un fruit quil lui donna volontiers.
Au moment du couchage, il eut sa seconde surprise : alors quil ramassait des fougères pour son couchage il fut piqué, à la main droite par un énorme scorpion et en moins de dix minutes eut un terrible accès de fièvre. Il neut que le temps de faire hâtivement son rapport et se laissa aller au sol pour mourir. En fermant les yeux, il pensa quil avait tout de même tenu plus de la moitié du temps demandé.
Il comprit quil délirait dans un brouillard total, eut des sensations de bercement, de rafraîchissements, dabsorption de liquides et après quelques jours fut réveillé en sursaut par une vive morsure au bras gauche. Il entrevit une grosse araignée noire plus grande que sa propre main et qui était posée sur son avant bras. Cette araignée était maintenue en place par un grand bras velu. Puis il se rendormit. Le lendemain il était guéri. Le premier regard quil eut fut pour son bras et il y décela la trace de trois morsures qui venaient sûrement de laraignée, le second fut pour la main droite qui nétait plus enflée mais demeurait presque violette. Fox se leva péniblement, se rendit compte que son sac était resté tout ce temps fixé sur son dos et constata quil se trouvait dans lentrée dune grotte et que le lémurien plâtré le regardait des ses grands yeux doux. Compte tenu de la taille de lanimal il avait cru quil sagissait dun adulte, mais comme il avait une de ses pattes avant dans celle dun animal de deux mètres de haut, il comprit quil avait sauvé un petit et que ces animaux ? Lesquels lavaient sauvé à leur tour, dabord en lemmenant jusquà la grotte qui devait se situer dans la faille, puis, en lui prodiguant les soins quils connaissaient dexpérience : ce type de morsure de scorpion ne peut être vaincu que par plusieurs morsures de laraignée. Les venins étaient antagonistes. Fox 2 savait, daprès la littérature, que certains voyageurs avaient prétendu entendre dans les récits des gens qui demeuraient près de la forêt que des lémuriens géants existaient. Mais, en fait, cela était considéré comme une légende. Or, ces primates, dont lhumanité n était quune des branches, existaient bel et bien et semblaient avoir sinon de lintelligence, au moins une éthique rendant service pour service. Fox termina sa provision de mangues avec eux, et regardant son chronomètre vit que contrairement à ce quil avait cru, il avait passé plus de dix jours choyé et soigné par ces cousins . Il ne lui restait plus quà contacter le centre et à leur donner rendez-vous pour dans trois jours. Fox ne voyait aucune utilité à bouger doù il était et le fit savoir. Le trente et unième jour il fit ses adieux au peuple de la forêt et se rendit au sommet de la partie rocheuse, là où lhélicoptère vint le chercher et le ramener vers la civilisation. Il avait réussi ! Plus tard, il consacra sa vie à létude des lémuriens en vivant sur lîle et en amassant des informations. Sa formation ne causa aucun trouble particulier et on décida de le cloner à son tour pour le grand Voyage. ......................................................................................................................................................
Pour les trois clones restant (qui provenaient de contractuels) lespoir était faible. De plus, lun mourut, pour des raisons inconnues, mais comme étaient déjà morts tous les clones avant que lon ne redécouvre létage moins trois : de vieillissement, sans doute ? Or il ne restait que 25 ans avant la date du premier départ. Comme il y avait une femme plus deux hommes et plus rien dautre à espérer, la décision fut denvoyer Clone 001 Palmer (dit Fox 2) pour le premier voyage et on commença de suite son développement. La culture des clones 001 Traoré et 001 Spring se ferait en temps et en heure. Il était évident que la femme serait envoyée vers lun des deux survivants éventuels.
BAFESI
Dans un soleil lointain de notre galaxie qui en comporte environ quinze milliards, la civilisation des Cralangs ne comprenait quune planète habitée et trois lunes mortes qui avaient servi de bases de lancement quand ils explorèrent quelques systèmes solaires avec lespoir de retrouver de la vie ailleurs. Mais tous les mondes qui les entouraient étaient bien trop secs ou trop froids ou brûlants. Les soleils les plus proches, là où un espoir aurait pu exister, étaient à des siècles lumières et hors de toute portée. Civilisation pensante et savante, ils connurent un développement constant. Leurs sciences en chimie, physique, mathématiques, astronomie allèrent beaucoup plus loin que celle des terriens. Par de puissants télescopes et des enregistreurs dondes ils surent quà moins de 12000 années lumières aucun corps céleste nabritait la moindre trace de vie et en furent amenés à lhypothèse quils représentaient sans doute un phénomène unique. Ils admettaient que, peut-être, dans linfini de lunivers, dautres pouvaient, comme eux, se trouver isolés dans de quelconques lieux inaccessibles. Lidée ne les effleura jamais queux-mêmes pouvaient venir dailleurs !
Sur Cralang, le milieu liquide était largement prédominant car le sol sec ne couvrait pas plus de 6% de la surface et était constitué dîlots disséminés, peuplés dinsectes et despèces inférieures. Dans le milieu marin un million dêtres nageant et munis dorganes de respiration adaptés constituaient le vivant. Parmi eux il y avait une espèce pensante active et dotée dune forte intelligence : les Cralangs. Il y avait aussi une espèce molle inactive, se consacrant uniquement à sa propre survie et à la spéculation pure que les Cralangs adoraient : les Cephs. Lavantage des Cralangs venait de ce quils étaient amphibies et capables de vivre dans latmosphère gazeuse de leurs îles presque aussi bien que dans locéan. Munis dorganes articulés, de pinces, de pattes, dantennes et de solides carapaces ils ressemblaient à un compromis entre le crabe et la langouste qui aurait mesuré deux mètres de long et un demi-mètre de diamètre. Ainsi outillés par lévolution génétique ils purent développer une industrie aérienne en grande partie sur les îlots. Industrie qui comportait aussi bien la métallurgie, les usines chimiques, la production dénergies diverses, que celles des engins de transports par voie maritime ou aérienne. En profondeur, dans locéan, une autre industrie principalement minière et extractive comportait aussi des secteurs de pointe liés à lélectrolyse ou au magnétisme. Les Cralangs communiquaient par télépathie à lair libre et par un complexe langage sémaphorique de leurs antennes quand ils étaient dans leau : les deux plus grosses antennes pouvaient prendre chacune 64 positions directionnelles dans lespace et la combinaison des deux offrait bien plus de possibilités que notre système de phonèmes. De plus, tandis que les deux importants antennes donnaient lessence du message, les petites antennes latérales faisaient, en même temps les commentaires sy rapportant. Les Cephs nétaient que télépathes mais capables de percevoir, en milieu aqueux, les pensées des Cralangs et se laissaient quelque fois aller à leur exprimer savoir ce quils voulaient ou à les conseiller. Mais pour obtenir cette aide il y avait tout un rituel ce qui fait que lon peut considérer les Cephs comme les prêtres ou les Dieux des Cralangs. Ce qui établissait la grande force des Cephs était quils étaient dotés d une mémoire héréditaire donc ne ressentaient aucun besoin dartefacts. Ils passaient le plus clair de leur existence à penser et à classer leurs souvenirs et, à eux tous, du fait que chacun savait en même temps que les autres, ils ne faisaient quun grand tout pensant.
La civilisation des Cralangs, quand la catastrophe fut certaine et inévitable, avait une avance considérable sur celle que nous connaissions sur terre au même temps absolu. Il est probable que sils navaient pas été détruits, dans lexplosion de leur soleil, ils auraient, un jour, dominé lUnivers entier.
Ils savaient quils disposaient encore de plus dun millier dannées, non pour se sauver, ce qui était impossible, mais pour laisser une trace de leur civilisation et de leurs espoirs religieux. Ceci en lançant, vers un soleil lointain, un grand vaisseau dans lequel ils introduisirent tout ce quils savaient et étaient capables de faire. Ils y ajoutèrent aussi les mémoires, archivées sur ferrite magnétique, de lensemble de leurs spéculations intellectuelles.
La planète avait la taille de Mars et la population comportait environ 1,2 milliards de Cralangs et pas plus de 0,2 millions de Cephs qui, en fait nen formaient quun intellectuellement. Ceux-ci dapparence assez proche de celle quaurait eu une seiche de grande taille, contribuèrent à la conception du vaisseau et au calcul des paramètres de son lancement. Ils spéculaient à laise dans un système à six dimensions alors que les Cralangs ne percevaient que trois dimensions spatiales et une seule temporelle. Certains des Cephs étaient capables denvisager un paradigme à onze dimensions pour résoudre des problèmes plus complexes qui se posaient rarement.
Bien que lespoir fut nul, les Cralangs installèrent, sous la direction des Cephs, un dispositif contenant une piscine deau de mer recyclée en permanence dans laquelle un Ceph accepta de prendre place au moment du lancement sous réserve de certaines installations particulières : Un dispositif de régénération génétique serait activé tous les deux siècles pour le sortir de létat dissocié durant une heure. De plus, il se déclencherait automatiquement si, accidentellement, un être dissocié était détecté. Cela maintiendrait le Ceph en état de poursuivre le voyage bien plus longtemps. Ils donnèrent leurs instructions et lappareil fut construit et posé là où ils lindiquèrent.
Les Cralangs navaient aucune idée de la façon dont ce système aurait à opérer mais ils comprirent des choses, par exemple quil y aurait une dissociation totale du Ceph qui le mettrait à létat de particules élémentaires. Quand il se trouverait dans cet état, un automatisme déclencherait une reconstruction totale à partir des éléments dissociés et de lA D N du passager, mais éliminerait, dans cette double opération, toute cellule qui ne serait pas conforme au modèle génétique dorigine. Ce qui reviendrait à remplacer tout élément usé, fatigué, abîmé ou absent ! Puis, le Ceph continuerait sa vie à raison dune heure tous les deux siècles dans leau de son aquarium sans cesse épurée et renouvelée. Ce quaucun Cralang ni aucun Ceph ne purent exprimer cest lignorance totale dans laquelle ils étaient quant aux possibilités de communications télépathiques à des distances aussi lointaines. En lhonneur du passager et des espoirs quemportait le vaisseau ils le nommèrent simplement Messager et incorporèrent cette donnée dans la mémoire de lengin. Mais lengin se considérait lui-même comme un composé à plus de 9 0 % de Baryum, Fer et Silicium. De ce fait, il signait tous les messages quil envoyait régulièrement dans lunivers du nom de BAFESI. Il ne recevait en réponses que des ondes émises par des pulsars ou quelques quasars. La communication entre le Ceph passager et ceux de la planète cessa à 950 ans du départ. Le signal de la disparition qui mit fin au monde des Cralangs fut perçue par les récepteurs de BAFESI comme un brutal grand vide.
Environ quatre cent mille ans plus tard, BAFESI, entré dans notre galaxie, fut satellisé par Pluton sans avoir la moindre possibilité de libération. Lhomme, sur terre découvrait la radio...
BAFESI, était à lécoute de tout lunivers qui lentourait. Ses capteurs scrutaient en permanence tout signe de présence dune planète où le Ceph aurait pu trouver des conditions de vie acceptables. Sauvant ainsi de la destruction définitive les connaissances accumulées par la civilisation des Cralangs.
Malgré létrangeté de lorbite de Pluton dont il eut tôt fait de déjouer les mécanismes, il mit en surveillance permanente la Troisième planète qui se trouvait posséder toutes les qualités cherchées. Car si BAFESI navait aucun moyen déchapper à lattraction de Pluton, la seule hypothèse de réussite de sa mission résidait dans lopération contraire : quun être venant de la troisième planète ait, un jour, une civilisation qui se développe assez pour venir jusquà lui. Les organes astronomiques dont il disposait ne permettaient pas une précision dobservation pour ce qui avait moins de 200 mètres de long. Puis vint une époque où, sur terre, la radio fut découverte et les informations affluèrent. BAFESI enregistrait absolument tout et le conservait dans la ferrite de ses mémoires qui, à léchelle humaine, étaient infinies. Oui, BAFESI, enregistrait, mais il ne comprenait absolument rien. Aucune clef ne lui permettait de passer dun système de langage sémaphorique, basé sur la dualité de 64 positions par antennes principales à un langage verbal humain. Conçu pour un certain nombre dautomatismes, dont celui de capter et denregistrer, il eut les réactions que ses concepteurs avaient prévues.
Puis, un jour Mat Ducerf, introduisit dans un dispositif de type dissociateur, un animal terrestre, (plus tard BAFESI sut que le nom était chien ). Lautomatisme de BAFESI en cas de dissociation joua aussitôt et il enregistra toutes les structures génétiques puis, avec un retour temporel tout aussi programmé pour respecter lentropie générale, il reconstitua cet être dans son dispositif approprié à linstant même de sa dissociation en temps absolu. Mais un chien nest pas un Ceph et, dans leau de mer du bassin il montra des signes négatifs concernant ses capacités respiratoires et mourut en quelques minutes. Le bras articulé qui permettait de changer la place des coraux pour que le Ceph ait une illusion de paysage modifié fut utilisé par BAFESI pour sortir lanimal de laquarium et le déposer au sol. Mais, il se corrompit assez vite et BAFESI dut lévacuer par un sas. Il éclata dans le vide et ses débris, vinrent troubler la vision des capteurs. Alors BAFESI dut prendre une décision radicale, très consommatrice dénergie et réservée aux cas les plus graves. Il remonta le temps jusquau moment où il se préparait à ouvrir la porte du premier sas. Puis se débarrassa du corps par incinération.
Il examina avec soin toutes les données de base quil avait sur cet animal et se demanda comment il avait pu arriver jusquà lui. Mais cela voulait dire que le jour arrivait, où un habitant de la 3° planète viendrait. Cela impliquait aussi que tout être dissocié capté par BAFESI devait en premier lieu se trouver entièrement enregistré et, en second lieu, reconstitué à partir de sa formule génétique, mais jamais dans BAFESI ! En dernier lieu il lui fallait désormais retourner lêtre reconstitué là doù il venait, ce quil pouvait déceler par la longueur donde émise.
Lorsque Mat Ducerf fit lessai sur lui-même, il fut enregistré et renvoyé comme prévu, mais à la réception BAFESI constata que deux appareils avaient exactement la même modulation donde. Il renvoya sur lappareil le plus grand et nota que ce dernier avait une orientation légèrement différente. Cela paraissait voulu et il décida que ce serait la procédure normale. Pendant toute la période quon nomma celle des Coucous il procéda de même, enregistrant les voyageurs à chaque fois et les renvoyant sur le second mandala. Il eut aussi le cas où les deux appareils étaient situés à des lieux éloignés, il continua à appliquer la procédure désormais normale. Après le premier passage de Ducerf il y avait eu un incident avec la femme de celui-ci, le second mandala étant absent ou hors de service ? Il lavait renvoyée vers le plus proche existant, au temple de Samye. Madame Ducerf, peu résistante fut complètement ahurie de ce qui lui arrivait et décéda à la suite dun arrêt cardiaque, causé par la surprise.
Mais, pas plus que pour la réception des ondes radio, il neut de clef pour comprendre ce quil stockait. Au cours des siècles suivants il enregistra de plus en plus de signaux venant de la Terre et eut à procéder à de nombreuses reconstitutions. BAFESI, conçu par les Cephs qui connaissaient bien lUnivers à 6 dimensions, était doté dappareils lui permettant de repérer à chaque fois lutilisation de tout dispositif exigeant une connaissance dans ce domaine. Les Cephs, en effet, considéraient que tout ce qui concernait de près ou de loin la compréhension dun univers à six dimensions était la preuve dune intelligence à leur niveau. Ils en concluaient que toute réception se rapportant à des phénomènes extérieurs concernant un transfert spatial en serait un bon signal. Quand les voyages par mandalas vers la lune furent entrepris pour construire les vaisseaux, ce fut un déclencheur ! BAFESI se mit à émettre, vers la Terre et en continu, le programme de signaux mathématiques qui devrait permettre à des civilisations différentes de commencer un contact. Car quel que soit le mode de communication, il semblait que 1+1= 2 pouvait être symbolisé et se trouver compris.
Nounou, sur terre, continuait ses spéculations et ses recherches dans tous les secteurs de la pensée et poussait aussi loin que possible chacune delles quand le problème concernant les Voyageurs lui fut posé. Cest à la même date que tous les récepteurs dondes de la planète furent envahis dune série de vingt minutes de signaux qui troublaient les émissions et provoquèrent beaucoup de gêne pour tous. Suivait une interruption dun temps égal et cela recommençait. Tout ce qui se faisait ou se pensait passait par Nounou, elle eut linformation et enregistra la perturbation. Il ne lui fallut pas plus de 12 minutes pour en saisir lidée générale : Hors de la Terre une entité douée dintelligence cherchait un contact. La symbolique mathématique était évidente mais quelle était lorigine du message ? Nounou finit par situer la source de lémission à la limite du système solaire. Puis, dans une recherche plus fine, faisant intervenir tous les observatoires astronomiques et leurs grandes oreilles , elle repéra que lobjet qui émettait se trouvait sur Pluton ou plus précisément, en orbite autour de cette planète. Comme la perturbation sur les ondes continuait et devenait une nuisance, elle fit envoyer par le plus puissant des radioémetteurs une réponse ! Celle-ci se présentait sous la forme dune alternance entre des sections de ce quelle avait reçu et de la transposition en langage mathématique humain. Elle l exécuta dabord en base dix, puis dans toutes les bases de deux à cent. Immanquablement elle passa par le langage en base huit qui était celui des Cephs pour les mathématiques.
A partir de là, et en quelques jours, la communication fut établie entre BAFESI et Nounou, un langage commun trouvé, toutes les bases de données ouvertes. Il ny eut pas mariage mais fusion. Lintelligence de Nounou devint propriété commune et réciproquement. Quand Nounou répondit : << je ne sais pas je vais demander >> cela signifiait des recherches poussées dans les bases de données de BAFESI et lespoir dy trouver une réponse. Il en existait effectivement une, et une très bonne...
Chapitre 8
Quelques coups de vase ? ou
Mieux vaut tôt que jamais !
PALMER
Le premier vaisseau porteur de mandala fut envoyé depuis la base lunaire comme prévu vers la planète la plus proche. Si la poussée obtenue était bien celle que lon attendait, et si, après une année de voyage on acquérait la certitude que le but avait toutes les chances dêtre atteint, on procéderait au lancement du second. Les clones des futurs voyageurs et de léventuelle compagne de lun dentre eux furent mis en développement selon le schéma correspondant. Le premier fut donc clone 002 Palmer dit : Fox 2 pour le distinguer de son prédécesseur, celui qui avait résisté à la forêt primaire de Madagascar. Mais les habitudes sont les habitudes et, en réalité, on lui attribua simplement : Fox.
Dès que la bonne nouvelle arriva, (à savoir que le vaisseau sétait posé sans encombres sur la planète et avait activé son mandala), on en déduit deux faits principaux :
Le côté technique de ce type de voyage, pour du matériel, était bien au point. La vitesse de croisière avait été un peu plus rapide que prévu (2 % ) et il fallut ajuster la trajectoire en fin de course. La précision de larrivée fut parfaite ce qui était un exploit, compte tenu de la distance.
Le système automatique de mise en route du mandala avait bien fonctionné car le message reçu ne devait être envoyé quaprès cette opération. La qualité de transmission de ce message était suffisante pour les besoins mais il y avait plus de 7,1 ans quil avait été expédié. Donc, depuis un mois, le mandala qui avait été éteint aussitôt après lexpédition du message radio et pendant plus de sept ans et 1 mois, devait se trouver prêt à recevoir Fox.
Limpatience de passer à laction gagnait ce dernier et quand la confirmation que la mission avait été menée à bonne fin fut là, il demanda aussitôt à partir. Aucun des deux autres clones nétaient présent. Leur tour viendrait : un peu plus de 40 ans pour clone 001 Traoré (Kog ) et un gros point dinterrogation pour clone 001 Spring (Betty ).
Sur la planète référencée comme corps 2156 de la constellation du Taureau, le vaisseau sétait posé en douceur sur un sol souple. La mise en route du mandala demanda assez peu de temps et, comme le voulait le programme, le message ne fut envoyé que deux semaines après, prouvant ainsi que rien de fâcheux ne sétait produit durant ce laps de temps. Puis le mandala fut éteint. Le vaisseau senfonçait dune manière imperceptible mais inexorable dans un sol à la consistance pâteuse. Quand le mandala fut remis en route, il ne restait rien de visible, sa partie supérieure étant à deux centimètres en dessous de linterface avec lair. Les savants avaient tout prévu pourtant : en arrivant dans latmosphère de 2156 le vaisseau sétait mis en orbite et par ultra sons avait recherché un endroit favorable pour se poser horizontalement. Aucun affleurement rocheux nexistant, lendroit le plus rigide fut choisi et il sy posa. Mais la rhéologie particulière de la surface de cette planète navait pu être prise en compte. Il se serait produit un phénomène identique si, sur terre le vaisseau sétait posé sur une nappe de bitume paraissant dure, mais dans laquelle, en six ans, il aurait été submergé et profondément enfoui.
Quand Fox entra dans le mandala pour faire son voyage il navait aucune idée de ce qui lattendait à lautre bout. Il sortit, sans problème du mandala récepteur à lintérieur du vaisseau. Puis ne voyant aucune possibilité d aller à lextérieur, il visita son domaine de fond en comble pour trouver le moyen de résoudre ce problème. Mais après deux journées dexploration de ses ressources il sut que sa situation était complètement désespérée. Les ondes radiophoniques ne pouvant traverser une telle épaisseur de corps mou qui amortissait les vibrations, il se demanda comment le mandala avait pu fonctionner en tant que récepteur ? Puis il comprit que le vaisseau affleurait la surface! Il en concluait donc, quil était passé quand celui-ci avait encore quelques millimètres à lair. Ainsi, sil avait tenté de sortir, juste à linstant de son arrivée, ce devait encore être possible à condition quune porte ou des sas existent dans la bonne direction. Il eut vite fait de constater que ce nétait pas le cas et que tout était perdu à plus ou moins long terme. Il disposait de réserves de nourriture et deau, ainsi que dun système de régénération de lair. Le tout pourrait lui permettre de tenir un an au plus.
Comme il ne pouvait remédier en rien à son problème, il se décida à essayer de faire traverser une antenne qui puisse lui permettre, au moins, davertir la terre de sa triste situation. Il nétait pas terrible comme bricoleur, mais en se positionnant le long dune génératrice du corps cylindrique quétait le vaisseau, le plus haut possible, il découpa un trou bien rond. Il enleva tout ce quil trouva derrière jusquà ce quil ait la certitude de toucher la dernière paroi. Fox réussit, avec des bouts de tubes coulissant les uns dans les autres, dune façon assez étanche, à créer un engin télescopique destiné à atteindre la partie aérienne. Cela sans nuire au futur du vaisseau, donc en ne laissant pas la vase entrer. Nayant rien dautre à faire, il prit son temps et le bidule complet lui fournit une occupation pour plus de deux mois. Il traînait un peu, car, à quoi soccuperait-il ensuite ? Il nétait pas question de tenter de découper un passage pour quil rejoigne la surface ! Il serait écrasé dans cette roche liquide en quelques minutes et ne pourrait sy déplacer, quant à faire mouvoir, ne serait-ce quun peu, le vaisseau, il ne disposait daucune source dénergie suffisante, alors il y renonça.
Puis, nayant que sa vie, déjà foutue à perdre, Fox prit le risque, perça la paroi extérieure et plaqua aussitôt son assemblage de tubes pour boucher le trou créé. Il avait interposé un mastic colle à prise rapide et tout se passa très bien, le système était, pour le moment, étanche. A laide dune tige et dun vérin il déploya lentement les tubes et, partant de là obtint une longueur extérieure de deux mètres qui, pour quelques semaines encore serait à lair. Fox essaya de lutiliser comme antenne mais son contrôleur lui indiqua quelle ne fonctionnait pas. Il lui fallait évidemment attendre que la vase se ressuie et laisse le haut de son antenne nue. Compte tenu de la viscosité cela pouvait prendre des jours, des semaines, peut-être même des mois.
Chaque matin il refaisait sa mesure sans jamais se désespérer. Le message fut en état de passer après seulement 23 jours. Fox prit son temps pour bien préparer ce quil enverrait en phonie et ce quil expédierait par modulation de fréquence. Il savait quil serait mort depuis longtemps quand une éventuelle réponse arriverait mais il avait la satisfaction davoir mené son boulot jusquau bout. Quand, au bout de 5 mois lantenne fut trop proche de l envasement il adressa un ultime adieu et souhaita aux autres clones davoir une meilleure chance dans leurs voyages. Des mois passèrent puis, un soir, le recyclage de lair donna les premiers signes de manque doxygène, ce qui signifiait que la dernière des bouteilles était vide. Le Vaisseau atteignit le fond peu après à un niveau de moins dix mètres de la surface alors que Fox était mort depuis quelques années.
Lorsque, à la base sur terre, son premier message arriva, on était en 1214 A. A. Le voyage de Kog était prévu pour lannée 1247. On devrait lancer son clone et celui de Spring dans dix ans. En lan 1215 le second et dernier message laissa tout le monde pantois. Encore un échec ! On ne changea pas la date, il fallait aller au bout. Pendant que clone 001 Kog finissait sa formation, clone 001 Spring était allé sinstaller dans un hameau reculé pour tromper son attente en bricolant dans un labo désaffecté depuis deux siècles. Les Directeurs préféraient la savoir isolée dans un endroit qui lui convenait plutôt que de risquer de voir son dynamisme perturber les gens normaux ! Ils furent ravis de lui fournir tout le matériel de recherche quelle demanda..
Clone 001 SPRING.
Quand elle avait atteint lâge de six ans elle sortit de Langley pour aller vivre la vie dune fillette normale dans une famille daccueil et fréquenta les écoles de son âge. Spring se livra aux activités culturelles et sportives des autres et ne commença à poser de problèmes aux éducateurs quà sa huitième année. Copie conforme de la Betty originale, ce clone possédait le même coefficient intellectuel, un physique parfaitement identique et un caractère de surdouée qui fut rapidement la cause de troubles. Loriginal navait dans sa jeunesse subit aucun stress particulier et comme il en fut de même pour le clone, à lâge de dix-huit ans elles étaient des copies conformes à tous points de vue. Les petites différences venaient du fait que les environnements nétaient pas identiques. Betty avait vécu dans un cadre de la fin de lère chrétienne, un monde dhyperactivité, de luttes incessantes et de vrais combats de survie pour chacun, dans tous les domaines. Clone 001 Spring vivait dans un monde de tendres dont les besoins essentiels étaient pourvus par le distributionnisme. Les guerres nétaient que de lointains souvenirs, les différentes ethnies sétaient brassées et la peau de tous avait la même jolie couleur beige dorée, donc plus dexclusives raciales. Au plan religieux, la liberté était totale et les quelques croyants qui restaient, divisés en dix mille chapelles, étaient unis par le fait quils croyaient, donc presque du même bord. Les athées sen foutaient complètement et acceptaient les religions comme une sorte de passe-temps au même titre que les collections de ceci ou cela ou les spécialisations de plus en plus pointues que les plus savants choisissaient.
Quand un enfant avait une intelligence sortant de lordinaire on confiait son éducation à un corps de professeurs spécialisés et on lui permettait daccéder ainsi rapidement aux diplômes quil méritait. Cest ainsi que, sans surprise pour les Directeurs, Clone 001 Spring put parvenir à sa majorité au grade le plus élevé possible pour un étudiant : le Doctorat Professoral. Ce qui correspond un peu à ce quétait une agrégation du temps de son modèle. Ses spécialisations furent, de toute évidence, celles de ses aspirations profondes : la physique fondamentale et les mathématiques supérieures induites par la redécouverte du paradigme de Ducerf, cest à dire les conséquences et implications dun univers ou trois dimensions spatiales rencontraient trois dimensions temporelles. En théorie on pouvait résumer de façon simpliste en exposant : Chaque point de matière avait de zéro à trois dimensions temporelles, chaque instant possédait de zéro à trois coordonnées spatiales. Pour les spécialistes cétait bien plus complexe et seuls des artifices mathématiques, comme létude des propriétés des espaces fibrés et de leurs projections virtuelles permettaient, à quelques forts en thème de sy retrouver.
Comme si cela navait pas déjà été assez compliqué, le problème des mandalas et de la réalité de leurs propriétés se heurtait de front avec labsence de théories suffisantes pour les expliquer. Il y avait du boulot pour des gens comme Clone 001 Betty.
Mais toute médaille à son revers, et à légal de son modèle, notre clone avait un caractère fougueux, indiscipliné, imaginatif qui la rendait impropre au contact permanent avec le reste de la population. Dès quelle eut 15 ans elle demanda et obtint de disposer dun laboratoire pour ses propres recherches, loin de toute université mais en liaison permanente avec ses professeurs par le biais de linformatique. Quand elle avait trop travaillé, elle saccordait une sorte de récréation en étudiant les détails de la vie de Betty Spring et, par lAraignée put, en quelques années réunir une documentation importante. Mais elle se sentait assez différente sur bien des plans. Betty était active, certes, mais pas spécialement sportive, alors que clone 001 cultivait son corps et sa musculature avec plaisir et comme on le lui avait recommandé pour quand elle ferait le Voyage vers une autre planète. Autant loriginal était en rondeurs et en féminité, autant le clone était en muscles et se sentait légale des hommes. Betty Spring avait, de son temps, des appétits brusque de nourriture, de boissons, de relations sexuelles quelle se dépêchait de satisfaire aussi vite que possible pour que ce genre de besoins ne ralentissent jamais son activité.
Clone 001 Spring recevait, comme tout un chacun, sa pitance au distributeur de son logement et navait jamais ni soif ni faim brutale. La limitation et régulation des naissances s effectuait par le biais de ces distributeurs qui incluaient dans la ration quotidienne de quoi ralentir toutes les pulsions inopportunes. Quand un individu ou un couple désirait un enfant il le demandait au centre le plus proche. Alors Nounou se chargeait de la réalisation technique in vitro ou in vivo ou par le biais des moyens naturels si les deux futurs parents étaient daccord et quand le planning mondial lautorisait. Ensuite, la ration quotidienne ne contenait plus aucun contraceptif ni aucun modérateur dhormones. Ceci expliquait que Clone 001 Betty différait dune façon notable de Betty Spring de lan 2000 après J. C.
Le problème de linsertion dune individualité aussi forte que celle de la Betty actuelle fut résolu par elle-même qui se sentait étouffer sous le carcan des contraintes de politesse, durbanité et de la paresse ambiante. La population de la terre était rassemblée dans des zones urbaines couvrant de grandes surfaces et où les maisons individuelles étaient de rigueur. Seuls quelques jeunes célibataires ou étudiants, et quelques déviants recherchant les contacts humains permanents vivaient dans de beaux immeubles situés au coeur même de ces agglomérations. Les exploitations agricoles étaient automatisées et très peu peuplées, quelques techniciens de maintenance et des camions de livraisons devaient les visiter. Un grand nombre danciennes bourgades avaient disparu soit en se trouvant englobées dans une mégalopole soit abandonnées par la population. Certaines de ces petites villes oubliées avaient, au cours de lhistoire, eu leur heure de gloire et possédé facultés et services de recherches. Betty chercha et trouva un endroit de ce type qui lui convenait pour sy isoler, travailler et épuiser son énergie en battant la campagne et les forêts avoisinantes. Après tout, au mieux, elle devrait attendre encore au moins quatre ou cinq ans avant son voyage. Le mieux était dorganiser sa vie de la façon qui lui convenait le mieux.
Elle sinstalla dans une ancienne zone industrielle qui se trouvait proche de la ville de Kolwesi, laquelle fut pendant trois siècles la capitale mondiale du cuivre, et depuis, complètement abandonnée. Elle se trouvait dans une région que lagriculture automatisée avait laissée en friche. Cétait au nord du lac Kivu, que dominait le plus haut des anciens volcans de la chaîne des Virunga, le Kansimbi, prés de la frontière de ce quon avait nommé le Rwunda. La ville elle-même avait prospéré, pendant quelques siècles, en vivant des industries dextraction, et au début du 21° siècle chrétien, de métallurgie. Puis, on lui avait préféré Novosibirsk, pour des facilités dextraction mécanisée et la richesse des gisements. A lépuisement des mines elle se dépeupla peu à peu et les bâtiments, tombés depuis longtemps en ruines, se trouvaient recouverts de végétation. Seuls avaient résisté au temps, deux blockhaus identifiés comme anciens centres de recherches en minéralogie, chimie, géologie, résistance des matériaux, pour les principales activités qui, jadis, étaient financée par les mines. En complément, pour la formation des ingénieurs, quelques salles étaient équipées pour servir de laboratoires de mécanique, physique, analyses, électricité, magnétisme, etc... Tout ce dont Betty pouvait avoir besoin.
La mégalopole la plus proche se trouvait à moins dune heure de libellule et lui permettrait certains achats ou de prendre tous contacts utiles avec dautres personnes. Le lieu convenait aussi aux Directeurs car la surveillance du clone en serait facilitée et les rapports avec le reste des habitants raréfiés. Ils donnèrent leur accord et se déclarèrent prêts à laider si le besoin sen faisait sentir.
Le nécessaire fut fait pour quon lui aménage un petit appartement confortable dans un ancien groupe de bureaux dont les fenêtres donnaient directement sur la forêt, pour peu que lon ouvre les lourds stores antiatomiques qui à son arrivée les masquaient. Le jour de son anniversaire de quinze ans, licenciée en sciences, elle attaqua des études pour son Doctorat Professoral, depuis son nouveau domicile. Un distributeur de nourriture et un médic existaient et furent remis en route, dans cette installation de base, comme dans nimporte quelle habitation sur notre planète. Pour le reste elle disposait, comme tout un chacun, de sa carte mensuelle.
Le sujet de la thèse quelle attaqua dès son arrivée, était désigné sous un titre pompeux car depuis que les doctorats et les thèses existent, ceux qui les donnent aux impétrants considèrent cette forme comme esthétique. Ce fut donc :
Contribution à létude des propriétés rétro temporelles des dispositifs fibro spaciaux dits mandalas au voisinage des limites géométriques et énergétiques minimales et maximales des dits dispositifs. .Ce baragouin signifiant : voir ce qui se passe quand on agrandit ou réduit la taille des mandalas tout en variant le courant dalimentation utilisé.
Comme on le pense, rien de bien passionnant !Cela serait, au plus, une collation des expériences passées avec une remise en ordre des données et examen des cas extrêmes. Le groupe des Directeurs ne voulait pas quelle sembarque dans quelque chose de novateur quelle ne quitterait quà regret quand le moment de son départ serait fixé. De plus, qui sait ? Peut-être que cela lui permettrait de trouver un moyen pour le retour ?
Ce quils ignoraient cest que Betty avait décidé de ne partir vers une planète inconnue, que contrainte et forcée. Elle allait endormir leur attention, préparer sa thèse comme une gentille petite fille tout en explorant la région forestière. Son intention était de s y promener, plusieurs fois durant quelques jours, pour les habituer au fait quelle vadrouillait volontiers. Puis, elle trouverait le moyen de sévaporer dans la nature et de mener sa vie. Clone peut-être, mais pas copie, ni personne de second rang ! Elle se considérait comme Elisabeth Spring et ne voulait quon la regarde uniquement comme la reproduction utile dune personne morte depuis tant dannées. Elisabeth/Betty disposait encore de beaucoup de temps et avait confiance en ses propres qualités pour parvenir à échapper au sort que les Directeurs lui avaient réservé. Mais il lui fallait un peu noyer le poisson en attendant. Alors elle attaqua son travail avec force et intensité. En moins de deux ans elle avait rédigé quelque chose de présentable mais ne laissa pas savoir que cétait fini. Par contre, elle se livra à des recherches personnelles sur une idée de base qui, un soir lui avait traversé lesprit et valait dêtre creusée :
<< Le but ultime de la population terrestre était de prendre contact avec des planètes éloignées pour initier les voyages spatiaux. Oui, mais pourquoi au juste ? Quel était le réel intérêt de visiter à grands frais des mondes si lointains ? La seule vraie réponse sous tendue résidait, en fait, dans lespoir de rencontrer dautres civilisations, dautres êtres pensants, donc de savoir si, oui ou non nous étions seuls ? Et, en affinant encore, seules étaient espérées des civilisations aussi évoluées que celle de la Terre ou plus avancées encore, Car à quoi cela aurait-il pu bien servir de tomber sur des peuples découvrant tout juste le feu ? La seule réelle justification de toute lentreprise humaine depuis plus dun millénaire se trouvait dans lhypothèse de rencontres avec des êtres dun égal degré dévolution ! En conséquence certains de ces extraterrestres qui nous intéressaient tant, avaient peut-être déjà la maîtrise des voyages spatiaux. Pour des raisons identiques aux nôtres (quel intérêt daccélérer lévolution dun autre monde, pour eux arriéré ? ) ils nous connaissaient et attendaient tranquillement que nous ayons atteint le degré de maturité voulue.
Il y aurait donc eu, pendant notre histoire quelques rares visites de leurs savants pour constater la vitesse de notre évolution et nous aurions été délaissés. Pas impossible en toute logique. Maintenant, poussons plus loin, se dit Elisabeth. Si plusieurs de ces planètes existaient, elles devaient comporter des voyageurs se promenant des uns aux autres ! Par quel moyen voyageaient-ils ? Lextrapolation des théories de Ducerf montrait que notre Univers était bien linterpénétration dun espace tridimensionnel abélien et dun temps tridimensionnel qui, lui ne létait pas. Il était possible que dautres moyens de transport aient été trouvés. Qui pouvait le dire ? Mais le plus probable était quils utilisaient, comme les terriens commençaient à tenter de le faire, le système de mandalas dont ils avaient une bien meilleure maîtrise. Ils auraient donc installé des mandalas dans toutes les planètes sélectionnées entre eux par consensus mutuels ou par cooptation. Donc des mandalas récepteurs existeraient sur tous les mondes considérés comme assez civilisés. Voilà un grand pas franchi dans ma réflexion! . En effet, si jai raison, pourquoi attendre que lun de nos mandalas, dans quelques années, arrive dans un monde qui pourrait se trouver inhabitable ?. Je serais bien plus avisée en essayant de créer un instrument qui puisse me permettre de déceler, avec une précision suffisante, quelles sont les caractéristiques de LEURS mandalas. Ainsi, il me suffirait dajuster un mandala personnel aux bonnes modulations pour me retrouver chez eux avant que les autres voyageurs ou clones narrivent dans leurs planètes respectives. >>
Elle décida de consacrer ses recherches à létude dun tel appareil. Quand il serait aussi au point que possible, elle aurait à déménager vers un observatoire astronomique et à le coupler avec un radio télescope explorant lUnivers. Avec un peu de chance elle trouverait un point de chute ! Elle divisa son travail personnel en deux parties
Dune part la construction dun émetteur plus précis que tous ceux qui existaient et qui serait capable de produire une émission dont la valeur de la modulation de fréquence sexprimerait avec six décimales ou plus. Ceci ne devait présenter que des difficultés technologiques quelle se sentait à même de résoudre avec laide Nounou puis de réaliser elle-même ou aidée dhabiles artisans.
Dans une recherche parallèle elle se devait de se documenter sur les radiotélescopes et tout ce quils avaient pu glaner comme informations depuis quils existaient. Puis, et surtout se demander comment elle pourrait les perfectionner assez pour quils puissent détecter, presque à linfini, un mandala récepteur en attente ?
Effectivement en quelques mois elle trouva ce que devrait devenir son émetteur de précision et essaya de le construire. Mais ses doigts étaient trop gros pour la précision des pièces et elle navait aucune pratique du travail sous microscope ; alors elle dût se résoudre à en établir le schéma et à établir une demande aux Directeurs pour obtenir que des ateliers spécialisés prennent ce travail en charge. Cela demanda encore du temps mais elle obtint des prototypes, en provenance de trois usines différentes. Il ny en avait quun de parfaitement réalisé et qui donnait une précision encore 100 fois plus grande que celle espérée : huit décimales au lieu de six !
Nounou consultée sur les données concernant la récolte faite par les radiotélescopes lui donna le sentiment de sattaquer à trop gros pour une seule vie, alors, elle décida de re formuler ses questions. Ce qui se rapportait à la technologie des radiotélescopes, elle lavait enregistré et le savait maintenant tout à fait bien. Mais rien ne lintéressait dans tout le fatras de données concernant les réceptions de quasars ou de pulsars, explosions stellaires de diverses origines ou radiations émises par les soleils. Elle demanda donc à être simplement informée de tout ce qui nétait pas tout cela. Dans ses données propres Nounou navait rien à fournir comme réponse, car chaque fois que la machine donnait une liste des réceptions de type fatras Elisabeth lui faisait disparaître la catégorie complète dans la recherche. Il ne restait à la fin que les données que BAFESI avait recueillies depuis son départ. Là il y avait une seule et unique réponse. Nounou en précisa les coordonnées astronomiques telles quelles étaient au moment ou lengin des Cephs avait reçu ce signal et calcula très exactement où se positionnait lémetteur à présent. Pour ne pas avoir ultérieurement à reposer la même question en recommençant toute la recherche, elle donna à cet émetteur une référence spéciale et un nom : Port Spring 0001.Ainsi lorsquelle serait opérationnelle elle redemanderait la position précise et pourrait y diriger son radiotélescope.
Il ne lui restait plus quà trouver un progrès technique qui permette daffiner encore la précision de ces instruments et dobtenir lautorisation daller lexpérimenter à sa guise. Clone 001 Traoré était à moins de deux ans de son départ quand Elisabeth fut prête. Elle était âgée de 20 ans et 1 mois.
Il lui fallait maintenant choisir une voie : ou bien après la remise de sa thèse elle disparaissait dans la nature comme prévu et essayait de vivre dans une sorte de clandestinité ou bien, plus hardie, elle renonçait à cet ancien rêve et tentait de partir, seule et bien avant le voyage de clone 001 Kog, directement à Port Spring !
Son caractère impétueux la poussait à choisir la seconde des alternatives mais, cétait aussi une personne raisonnable. Elle pensa quun essai de vie hors du système distributionniste méritait dêtre tenté. Quelques mois en sauvage ne pouvaient que lui apporter du grain à moudre. Si cela se révélait trop dur, elle reviendrait tout simplement mais elle aurait appris ses propres limites. Si, au contraire, elle sen sortait alors ce serait un encouragement pour elle à franchir le pas en se rendant à Port Spring.
Dans le monde homogène où elle vivait avec des gens bien adaptés et plutôt de caractères mous, on ne connaissait pas dexceptions. Tous parlaient une langue unique dérivant de langlais antique, tous étaient enregistrés dès leurs naissances et suivis tout le long de leurs vies, profitant du système de distribution et en tirant le principal de leurs besoins. Au début de lère AA et durant 250 ans il y avait eu quelques groupes de réfractaires qui refusèrent le système puis tentèrent de survivre en indépendants. On les laissa à leurs tentatives et, au cours des années, ils se raréfièrent puis, disparurent totalement.
Les archives de Nounou ne comportaient aucun cas de gens signalés hors de sa portée ou inconnus dans les données. Or, à la surprise dElisabeth, elle en avait rencontré au cours dune de ses balades dans la forêt. Sans préméditation de sa part sa libellule se posa un jour à dix mètres dun village de pygmées. Elle en vit les huttes mais n entreprit rien pour sen approcher. Comme elle sétait assise auprès dun arbre pour manger quelques gâteaux secs les petits hommes sortirent les uns après les autres et la regardèrent avec curiosité mais sans montrer de crainte. Elle leur fit loffrande dun paquet de délicieux biscuits quils acceptèrent avec beaucoup de naturel. Ils utilisaient un idiome particulier mais deux dentres eux parlaient la langue générale. Ils préféraient vivre comme leurs ancêtres et se passaient de distributeurs pour salimenter ou se vêtir. Elle leur promit de ne pas parler deux et tint parole. Chaque fois quelle trouvait un moment de libre ou quelle voulait faire une pose dans son travail, elle allait leur rendre visite avec de menus cadeaux. En échange, ils linstruisaient sur la façon dutiliser les ressources naturelles. Ils devinrent peu à peu de bons amis. Un jour elle leur amena en cadeau une machette dacier qui fut très apprécié, mais la première chose dont ils se préoccupèrent fut den briser la poignée de bois pour la remplacer par une plus étroite et compatible avec la dimension de leurs mains. En retour ils lui donnèrent des colliers de graines.
Puis, vint le jour ou lun des jeunes célibataires lui proposa, dans une demande tout à fait imprévue, de bien vouloir saccoupler avec lui ! Il exposa que le principal problème quils rencontraient venait de la raréfaction des pygmées. Ceci remontait à la fin de lère chrétienne au cours de la guerre que se livrèrent deux civilisations de même ethnie : les Utus et les Tutsis on compta beaucoup de morts parmi les belligérants et leurs familles, mais les plus touchés furent en fait les mirmidons, les petits hommes de la forêt, leur propre race. Réduits à une poignée de groupes tribaux dispersés dans la forêt, ils devaient veiller à éviter les unions consanguines et chercher de temps en temps à renouveler leurs gènes en se croisant avec les gens de tailles supérieures. Doù la curieuse demande !
Elisabeth expliqua quelle ne souhaitait pas encore enfanter car elle avait un grand voyage à accomplir. Elle atténua son refus en exprimant que si le jeune homme voulait bien lui indiquer la direction dun autre groupe, même lointain, elle pouvait lui éviter bien de la fatigue en ly emmenant avec sa libellule. Elle comprit aussi que toute tentative de sa part daller, dans cette région, vivre en solitaire quelques jours pour saguerrir, risquait de lui apporter des problèmes auxquels elle navait pas songé.
Elisabeth y renonça donc, mais emmena le jeune homme à six cents kilomètres, là où vivait un autre groupe de pygmées. Pour la remercier, il lui fit présent dun paquet de lianes éprouvettes et lui en montra lusage : en présence de toute plante inconnue ou douteuse il suffisait de prendre un petit morceau de cette liane séchée et de lintroduire dans la plante puis de la ressortir et dexaminer la couleur quelle avait prise. Si elle ressortait verte, cétait consommable, si la teinte virait au rouge ou à lorange, il sagissait dun poison pour lhomme. Dans quelques rares cas, la liane pouvait ressortir bleue. Cest qu il sagissait alors dun produit à caractère de drogue qui susceptible de trouver des usages en médecine ou pour engourdir les animaux à sang chaud, mais que lon devait éviter de manger. La première pensée dElisabeth fut de se dire que cela aurait pu être précieux pour visiter dautres planètes, mais, que comme on ne pouvait rien emmener avec soi dans le mandala, il faudrait quelle se débrouille sans. De plus, dans son hypothèse, elle ne visiterait que des mondes civilisés. Comparativement, Clone 001 Traoré ne savait pas sur quoi il pouvait tomber et risquait de subir le malheureux sort de ce pauvre Clone 002 Palmer.
Ce fut 14 mois avant le départ de Clone 001 Traoré quelle fut fin prête. Sa thèse avait été rendue et soutenue avec succès. Elle vivait, depuis quelques semaines, auprès de lobservatoire de Radio astronomie du Pic du Midi. Elisabeth avait parfaitement repéré et mesuré les paramètres de sa cible ! Puis elle avait réglé son mandala de départ avec une précision maximale et laissé en différé un message pour Nounou. La machine ne le recevrait que quand elle ne serait plus quà cinq minutes de son lancement . Elle y expliquait ses idées et la méthode choisie. Quand linstant précis de son départ fut arrivé, elle se positionna, nue, dans son mandala et enclencha le levier.
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Le CEPH Voyageur
Lorsque le Ceph eut son réveil cyclique, comme tous les deux cents ans, bien des choses étaient changées. Le vaisseau se trouvait coincé en orbite et ne pouvait sen dégager. Il y avait eu communication et compréhension entre le système logique dune planète et celui de son engin de transport. Le Ceph constata que les deux cerveaux électroniques échangeaient des données et chargeaient des programmes en continu. Ceci ne le dérangeait en rien, mais il avait eu une sensation bizarre à son réveil et ne pouvait pas préciser. De son aquarium il disposait de possibilités de commandes tactiles et sa première opération fut darrêter le cycle de ses dissociations et régénérations. Puis de concentrer son esprit vers la direction dans laquelle se trouvait cette planète. Il subit alors un choc car il venait de déceler dautres Cephs, peu avancés certes, mais dotés de télépathie et donc capables de communiquer avec lui. Bien quils fussent très peu évolués par rapport à lui-même il comprit que sa mission avait trouvé un terme ! Il pouvait, maintenant, communiquer toute la science de sa planète aux Cephs de celle-ci. Bien quil nait pas détecté de Cralangs il reçut le message retour concernant des espèces avoisinantes qui pourraient les remplacer . La seule chose qui le gênait était lorbite de Pluton qui le mettait hors de portée de la terre pendant les neuf dixièmes de son temps. En fait le système de BAFESI lavait déjà réveillé quatre fois sans que la conjonction planétaire ne lui permette un contact. Cette fois ci était la bonne. Mais il disposait dune méthode pour livrer le maximum dinformations : au lieu douvrir son esprit à un échange qui, dans ce cas aurait demandé plusieurs dizaines dannées, il pouvait se livrer à une opération fragmentation et émissions qui aboutirait à ce que lensemble des données dont il disposait serait subdivisé en une centaine de milliers de fragments dont chacun serait reçu par plusieurs Cephs au même instant sur la planète. Sur le monde des Cralangs, ils avaient disposé de plus de mille années pour préparer cette technique et entraîner celui qui, parmi eux, entreprendrait le voyage. Il neut donc aucune hésitation sachant pourtant quensuite il mourrait. Les Cephs de la planète réceptrice échangeraient entre eux les informations reçues et chacun dentre eux, à la fin, recevrait toute lexpérience vécue par lenvoyé du monde des Cephs et des Cralangs. Il se recroquevilla dans un suprême effort de concentration et, quand il sentit le moment arrivé, il toucha le contact voulu avec son tentacule. Il ressentit comme un choc tout en ayant la certitude quà lautre bout les informations étaient perçues. Pas comprises, pas assimilées, mais disponibles pour des générations de Cephs locaux. Puis il rendit à lentropie ce quil devait, car toute vie est contraire à lentropie et nest quun emprunt momentané au système qui régit notre univers. Sa mort fut donc naturelle et acceptée.
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SAPIENS.
La mort du Ceph et la fin de la mission de ce dernier auraient pu terminer celle de BAFESI. Mais sa mise en réseau avec Nounou modifia bien des paramètres de base pour les deux cerveaux. Ils ne formèrent quune entité et sadressèrent à Varo, dernier des directeurs ayant pris contact avec eux, pour linformer des points suivants :
Le réseau était intelligent. Il avait fusionné avec le cerveau embarqué dun vaisseau stellaire envoyé par une autre civilisation.
Il navait pas de mission autre que celle de répondre aux besoins de lhumanité, comme Nounou le faisait par le passé.
Il pouvait répondre à des questions non posées et qui auraient dû lêtre.
Il avait une réponse à la question posée concernant les Clones et était prêt à la fournir.
Il avait une réponse urgente à une question non posée concernant le Clone 001 Spring.
Il demandait à Varo de lui donner une nouvelle identité plus conforme à ce quil était devenu.
Varo était tellement stupéfaite par lavalanche de ces nouvelles quelle ne prit pas le temps de réfléchir et pensa que le règne de lhomo sapiens/ sapiens venait de se terminer pour voir lavènement dun Réseau Sapiens ! Elle répondit donc, à la dernière question, sans consulter les autres, tout simplement:
<< NOUNOU SAPIENS >> Ce nom fut enregistré par le réseau qui, désormais, répondrait sous les deux termes : Nounou comme par le passé et / ou SAPIENS pour les questions compliquées.
Le premier acte de Varo fut de réunir, durgence, une conférence avec tous les autres Sages de la planète afin quils suivent lévolution des échanges entre elle et SAPIENS. Cela ne consomma que quelques instants. Puis elle demanda quelle était la question urgente non posée et quelle était la réponse à la question quelle avait elle-même inscrite et pour laquelle elle navait reçu que la réponse :
<< Je ne sais pas, je vais demander >>
Curieusement cest par-là que SAPIENS débuta sa réponse :
<<Le Clone 001 Traoré nétant que la réplique des propriétés de base de lindividu décédé quétait le fameux Kog original de la légende de Ducerf, vous ne disposerez pas de lensemble des qualités et surtout de lexpérience personnelle acquises par celui-ci. Je suis à même, maintenant et grâce aux données fournies par le vaisseau BAFESI, de transférer dans ce corps, et très exactement au moment de sa dissociation/ reconstitution, les données que jai en mémoire de lêtre original à un âge voisin. Ceci a eu lieu pour chaque voyage exécuté par lintermédiaire de BAFESI et pour tous les voyageurs ayant utilisé le système des mandalas. Les données ont été conservées à chaque fois et je suis capable de fournir celles quavait ce même Kog lors de son dernier passage, onze années encore plus tard. Lors de la première opération Mandala de ce Kog, elle fut exécutée alors quil était âgé de trente cinq ans, ce qui est très voisin de lâge actuel du clone 001 Traoré.
Ce que les humains ignorent et que vous devez savoir maintenant, est que le système de guérison par mandala ne peut se produire sans lassistance du vaisseau et cest toujours ainsi quil a pu fonctionner depuis le début. Il y a dautres conditions. Par exemple : Quand, après une dissociation et une reconstitution à grande distance, on tente de faire voyager un individu dans lautre sens ! Notamment en remplaçant le mandala de départ par un autre plus grand que celui de larrivée. Le système BAFESI redonne la première structure enregistrée et, de ce fait napporte pas de guérison ni de remise en forme. La théorie de Ducerf avait des lacunes auxquelles les civilisations des Cephs et des Cralangs ont suppléé sans lavoir expressément voulu, et ce, par le biais des mécanismes automatiques incorporés dans le vaisseau BAFESI. Ainsi, celui qui arrivera dans le Mandala récepteur, pourra être, si vous le décidez, une superposition de Kog et de son propre clone. La fusion des identités sera immédiate et ce quils savent lun de lautre dès cette fusion opérée, fera que la mémoire de chacun sajoutera à celle de lautre. Il ne devrait pas y avoir de grands troubles, sauf vraisemblablement sous forme de rêves. Son coefficient dadaptation devrait permettre cette reconstruction sans grave problème >>.
<< Oui, je comprends, mais quen est-il de Clone 001 Spring ? >>
<< Dans quatre minutes le Clone 001 Spring va se transférer sur un mandala dun monde étranger à votre civilisation et à celle des Cephs. Ceci, grâce à un dispositif quelle a mis au point. La confirmation de son entreprise vient de me parvenir. Je vous la communiquerai plus tard vu lurgence. Je dispose aussi, et par les mêmes moyens, dune copie de loriginal Betty à un âge qui en permettrait la reconstitution quand elle arrivera dans un monde sur lequel je ne possède que les coordonnées. En effet ni dans mes mémoires, ni dans celles de BAFESI, je ne trouve rien de plus. Me donnez-vous lordre de leffectuer ? Il reste quarante-deux secondes >>.
Varo consulta dun coup doeil les écrans où les autres Sages étaient à limage. Il y eut quelques approbations de la tête, dautres réfléchissaient encore. Varo se jeta à leau et répondit :
<< Faites-le ! >>
SAPIENS exécuta lordre aussitôt. Cest la personnalité de Betty à 20 ans, très forte, sous celle de son clone, dans le corps plus musclé de Clone 001 Spring, qui arriva sur Floric en pleine forme et prête à affronter tous les dangers de linconnu. Mais rien ne lavait préparée à lindifférence des habitants quelle rencontra.
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CLONE 001 BETTY SPRING
Nue comme un ver et comme cétait la règle depuis Ducerf pour le transfert, Betty arriva dans une station de réception parfaitement aménagée :
Sortant du mandala elle repéra ce qui devait être un pictogramme lui indiquant la direction à suivre : en avant. Ceci était symbolisé par une forme humaine en bleu ciel sur fond noir et au-dessus une sorte doeuf allongé dont le plus gros bout était tourné vers lavant. Comme il était hautement improbable quun arrivant veuille retourner dans la direction du mandala ce signe était clair pour tout être pensant humanoïde. Cétait, en même temps, le premier enseignement pour un voyageur étranger. Ce signe était ce quest pour nous une flèche directionnelle.
Dabord elle dût franchir ce qui devait être une stérilisation ou un traitement de ce genre, avec un pédiluve et des émanations de gaz et de lumières bleues. Puis, elle remarqua des armoires (vestiaires ? ) le long de deux murs, avec des serrures garnies de douze touches portant des symboles, sûrement pour un code, et qui devaient contenir les vêtements des voyageurs de retour. Ceci lui enseigna aussi que les mathématiques de ce monde semblaient exprimée en base douze. Sur le troisième mur il y avait des patères ou du moins des triangles sphériques qui en tenaient lieu, garnies de vêtements en une seule pièce. Donc, sûrement des combinaisons ou des uniformes de différentes tailles. Ils étaient de couleur jaune avec une bande rouge. Ceci devait se trouver en attente pour des étrangers. Un pictogramme représentait une forme humaine en train de se glisser dedans. Betty en choisit une adaptée à sa morphologie et lenfila aisément. Sous les pieds, elle sentait une sur épaisseur, indiquant un rôle de semelles. Le vêtement sajusta à ses dimensions. La matière en était fibreuse et ne semblait pas imperméable au passage de lair. Il ny avait pas de fermetures à glissières mais un genre de système auto-collant magnétique.
Devant elle, se trouvait une porte de grande taille quelle poussa simplement. Dehors des hommes et des femmes marchaient dans une rue animée et sans véhicules. Ils étaient de toutes tailles, les adultes montraient, pour les plus nombreux, à peu près celle de Betty, mais certains autres celles de pygmées ou de joueurs de basket, variant de 1, 3 à 2, 5 mètres de haut. Betty franchit le seuil et fut ainsi la première personne de la planète Terre à arriver sur Floric, monde le plus important et capitale des 79 planètes habitées par des humanoïdes aboutis de notre univers.
Juste à côté de la sortie quelle venait demprunter, elle suivit un signe directionnel qui lui fit prendre sur la droite, pour une courte marche dune vingtaine de pas. Puis un signe lui intimait dentrer dans ce qui aurait pu être une cabine téléphonique, si ce nétait labsence totale de cadran ou de numéroteur et que le combiné était remplacé par un fil unique au bout duquel pendait une paire découteurs ? . Les gens de la rue jetaient un coup doeil indifférent sur la combinaison quelle portait,, savaient quelle venait de débarquer, nen semblait pas étonnés et poursuivaient leurs balades. Nul ne lui adressa la parole, pourtant elle avait pu noter que certains avaient des conversations dans une langue totalement inconnue delle et quils gesticulaient volontiers en sexprimant. En dehors du fait que les vêtements combinaisons semblaient un modèle pour tous, ils différaient néanmoins par la couleur, les motifs et décors divers incrustés dessus et qui pouvaient avoir ou non des significations.
Elle entra dans la cabine, se posa sur une sorte de fauteuil bien rembourré et coiffa le casque. Elle se demandait ce quelle allait entendre et ce quelle pourrait bien comprendre de ce qui lui serait dit dans une langue ignorée delle. Mais il ny eut aucun autre son quun léger bourdonnement. Puis elle sentit comme une grande lassitude, se laissa aller en arrière et sendormit en observant au mur, ce qui devait être une machine à compter le temps. Cétait un genre de montre avec trois aiguilles qui tournaient en sens inverse des nôtres sur un cadran gradué en 16 positions. Elle avait noté, machinalement, la position en mettant le casque, à son réveil elle comprit que son sommeil avait duré plus de la moitié dun de leur cycle. Elle éprouvait une grande faim.
Sortant de la cabine, elle demanda au premier passant venu où elle pourrait avoir de la nourriture et il lui montra, de son bras tendu, un porche à une centaine de mètres. Elle se rendit alors compte quelle sétait exprimée dans la langue du coin et quon lui avait répondu de même. Ce nétait pas un téléphone mais un système sophistiqué de formation de base pour les étrangers à leur première visite ! Betty pensa que ce quelle-même savait avait dû se trouver enregistré ?
Marchant vers le porche indiqué elle se rendit également compte de ce quelle nétait plus identique à elle-même depuis son départ. Elle était à la fois elle-même et la Betty Spring dorigine. Elle en fut surprise et contente et attribua provisoirement ce fait à son passage dans le mandala. Elle y repenserait plus tard, se dit-elle. Betty pénétra dans ce qui ressemblait à une sorte de self-service et se mit dans la courte file dattente, elle décida de prendre ce que choisissait la femme qui la précédait. Au bout, pas de caisse, mais une grande salle avec des tables individuelles. Elle trouva une place libre, au hasard, et goûta ce quelle avait déposé sur son plateau carré. Cela navait que peu de parfum et semblait assez bourratif. Elle sen empiffra copieusement en accompagnant à laide de la boisson rose sortant du robinet de chaque table. Cétait frais, un peu acidulé et agréable.
Elle avait observé que la plus grande partie des consommateurs se dirigeaient après leur repas et avant de repartir, vers une salle différente et pensa que ce devait être une pièce qui tenait lieu de toilettes. Elle sy rendit à son tour, vit le pictogramme de lendroit destiné aux personnes de sexe féminin (silhouette de profil avec poitrine en avant ) et y entra, choisit une cabine libre et y trouva toutes les commodités désirées. En quittant ces lieux, elle sobserva dans un miroir, rectifia sa coiffure et sortit dans la rue en se demandant par quoi elle allait commencer ? Vaine question ! Deux personnages de hautes tailles,( en combinaison dun ton vert foncé comportant des incrustations de métal brillant), lattendaient et lui demandèrent poliment mais avec la fermeté qui, dans tous les mondes, caractérise les forces de lordre, de bien vouloir les accompagner.
Ils marchèrent pendant une dizaine de minutes, séloignant des rues les plus passantes et arrivèrent sur une voie où circulaient quelques véhicules dans le plus parfait silence.
Ils la prièrent de monter dans lun deux, de teinte semblable à celle de leur uniforme et ne dirent pas un mot de plus jusquà larrivée. Cela ressemblait à une voiture magnétique pouvant contenir six à huit personnes.
La grande tour devant laquelle ils sarrêtèrent devait être le plus haut bâtiment de la ville et culminait à au moins trois cents mètres. Il semblait construit en alternance, de plaques de plastiques, opaques et transparents. Des cordes colorées de différentes couleurs pendaient au bout de perches placées tout en haut. Ceci devait remplacer pour eux, nos drapeaux. Ils pénétrèrent dans un immense hall plein de monde et allèrent droit vers un ascenseur ? . En fait, ils entrèrent dans une pièce ronde, lun des accompagnateurs appuya sur un bouton dans le mur, et quasi instantanément ils se retrouvèrent au dernier étage en sortant de là. Ils débouchèrent dans une grande salle qui aurait pu aussi bien servir de théâtre que de tribunal car elle était pleine de monde. Sur ce qui ressemblait à une scène se trouvaient, assis autour dune immense table ovale, un grand nombre de personnes habillées de combinaisons oranges. Il y avait un seul fauteuil libre vers lequel elle fut conduite. On lui demanda de prendre place et les gardes ? se retirèrent dans lombre.
La femme qui semblait présider se tourna vers elle pour démarrer un entretien qui était diffusé à tous les spectateurs présents et sûrement retransmis bien plus loin encore.
<< Au nom de la fédération universelle des Humabs, humanoïdes aboutis, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue parmi nous. Nous représentons les 79 planètes habitées par des humains arrivés à un degré suffisant de civilisation dans cette galaxie et sommes heureux daccueillir, avec vous, un 80 ème membre. Votre planète nous est connue et se trouve surveillée depuis dix mille de vos années. Nous nattentions votre aboutissement que dans quelques siècles et avons été surpris de votre arrivée si précoce. Nous en sommes heureux malgré tout et espérons que votre voyage sera un enchantement. Les codes des portes interplanétaires vous seront officiellement remis au cours dune cérémonie qui aura lieu dans 5 cycles diurnes. Ainsi et désormais, vous et les gens de votre planète, pourrez visiter tous les mondes de la Fédération. Vous aurez accès aussi à quelques-unes des planètes dont la civilisation nest pas encore parvenue à laboutissement mais qui sont prometteuses. . Un guide officiel peut vous être affecté pour votre séjour parmi nous. Nous vous réservons, selon notre protocole, un logement dans votre ambassade, ici, dans ce palais qui est territoire commun à toutes les planètes. Vous habiterez à létage qui se trouve deux niveaux plus bas que celui où nous sommes. Cest moi qui assure la Présidence de notre Fédération. Mon nom, pour vous, sera celui de ma fonction : Présidente. Lannée prochaine je vous dirais le nom sous lequel vous me connaîtrez et vous ferez de même. Car une des coutumes dans nos planètes est davoir un nom pour chaque interlocuteur et selon tout un code de degré dintimité et de confiance. Respectant ce code nous vous nommerons Terrienne, du nom de votre planète.
Je ne vous cacherai pas la grande curiosité que, nous tous, avons dentrer dans les détails du savoir que vous avez acquis sur votre Terre et que nous souhaitons interconnecter au plus tôt nos réseaux informatiques avec le vôtre. Mais notre curiosité va se porter en premier lieu sur les résultats de lanalyse que nous avons réalisée à propos de votre personnalité au cours de votre formation primaire dans la cabine que vous avez utilisée en arrivant. En effet, nous avons remarqué que vous étiez duale et non unique ! ,De plus un important décalage temporel entre vos deux personnalités nous pose un énorme problème de compréhension. Nous serions heureux de savoir ce quil en est ? Pouvez-vous répondre ou bien préférez vous différer ? Désirez-vous consulter les autorités de votre planète avant de donner une suite à notre curiosité ? >>
Betty, avec le culot de ses vingt ans et la confiance quelle éprouvait à propos de ses propres facultés intellectuelles, se leva et répondit, dune voix claire en détachant bien ses mots :
<< Je suis très heureuse de me trouver parmi vous et vous remercie de bien vouloir envisager de recevoir ma planète, la Terre, dans votre groupe. Mais je ne suis pas mandatée pour prendre une ambassade par moi-même. Dautres viendront pour cela. Par contre, à titre privé et, en attendant, je serais heureuse de pouvoir visiter quelques-uns de vos mondes et aussi plusieurs de ceux en cours dévolution. Je veux bien que vous me nommiez Terrienne, mais chez nous, nous ne disposons que dun nom officiel de référence composé de lettres et de chiffres. Pourtant, dès que nous intégrons dans un groupe, nous sommes désignés par un surnom très court. Pour mes relations damitié ou de travail, mon nom, est Betty et je serais heureuse que vous soyez amenés à vous en servir.
Je dois, pour répondre à votre question concernant ma dualité, consulter les autorités de ma planète ! . Mais, compte tenu de lénorme distance qui nous sépare, il faudrait que mon message soit apporté par lun de vos messagers utilisant le système des Mandalas. Ainsi le temps de transmission serait recalé sur le temps du départ et dès que vous aurez donné à notre ordinateur central le texte que je vous ferais apprendre par coeur, la machine vous donnera des réponses. Il ne restera à votre émissaire quà revenir pour vous les apporter. Je lui expliquerai comment, chez nous, on se connecte, et lui donnerai mon identification. Je ne peux vous proposer mieux pour linstant. Toutefois, ayant rencontré, moi-même, beaucoup de difficultés pour trouver votre porte , je serais curieuse de savoir quelle est celle que vous utilisez lorsque vous nous visitiez ? >>
<< Le processus que vous nous proposez est acceptable et nous allons le rendre concret. Accepteriez-vous daccompagner notre envoyé chez vous ou bien préférez-vous rester un peu parmi nous et comprendre mieux ce que nous sommes ? Pour satisfaire votre bien légitime curiosité, je dirais que le mandala que nous utilisons sur Terre actuellement est celui du temple de Samye, au Tibet. Il y en a eu de plus anciens dans votre Mésopotamie, des Ziggourats, mais le temps a fait son oeuvre et ils ont disparu. Celui dont je vous parle est, bien sûr, dissimulé dans larchitecture du temple. Mais votre entrée dans notre fédération va permettre douvrir une autre porte, bien en vue, dans lune de vos capitales. Nous naurons plus à venir en nous cachant et je men réjouis ! >>
<< Je préfère, en effet, faire un peu de tourisme et donner tous les éléments nécessaires à votre envoyé. Je dois aussi vous signaler que je ne suis pas la seule à voyager et que dautres personnes de notre planète se lancent dans une exploration au hasard de planètes dont nous ne savons pas grand chose en prenant des risques considérables. A cet égard le réseau de mandalas que vous nous avez aimablement proposé sera le bienvenu. De mon côté, si lun de nos explorateurs trouve quelque chose dintéressant je vous donnerai les coordonnées du mandala de sa réception. Je pense que la gravité de votre planète est un peu supérieure à celle de la mienne car jéprouve une certaine fatigue que rien dautre ne peut expliquer. Aussi vous demanderais-je de bien vouloir, aussi tôt que possible, me faire accompagner vers lappartement que vousavez choisi pou moi. Je vous en remercie. Je pense que quelques cycles solaires sont nécessaires pour une bonne adaptation et je crois que je serais prête pour la cérémonie officielle de remise des codes de vos portes . >>
<< Je reconnais que nous avons un peu précipité le mouvement, mais cela fait plus de 5000 ans que nous navons pas eu le plaisir de recevoir de nouveaux partenaires. Tous les ambassadeurs, ainsi que moi-même, ont voulu vous accueillir aussitôt. Jaurais dû me renseigner sur le passé et aurais sûrement constaté que tout nouvel arrivant avait à faire face à trop de nouveautés et trop de fatigue pour quon le questionne le premier jour. Au nom de tous je vous présente mes excuses et lève la séance. Je demande que des gardes vous accompagnent chez vous. >>
Un garde amena Betty dans une luxueuse suite attenante à une série de pièces destinée à lorganisation dune ambassade. Ne connaissant pas la taille des gens qui viendraient un jour sy établir, tout était très grand, selon le principe de qui peut le plus peut le moins. Le lit carré dans lequel elle saffala avec délice mesurait trois mètres environ. Le matelas semblait fabriqué dans un nuage enveloppé dun linon, il épousait la forme du corps du ou des dormeurs. Pas de draps ni de couvertures mais un système isotherme adaptable aux besoins était prêt pour tous réglages. Betty tâtonna un peu avant de trouver un bon équilibre.
Une pièce voisine semblait réservée aux ablutions. Pas de baignoires ni de douches mais pédiluve, émission de gaz et lumières bleues comme en sortant du mandala. Pour les besoins naturels quelque chose qui ressemblait à un turc mais avec jets de lavage et séchage automatique. Il faudrait sy habituer !.
Dans ce qui servait dendroit pour se nourrir, des portes murales dissimulaient des armoires pleines de nourriture congelée, des plats, des instruments de cuisine et de nombreux appareils électro ménagers dont lun était manifestement un four à micro-onde. Pour se le prouver, et aussi pour ne pas entamer sa nuit, en ayant faim, elle se fit réchauffer un plat et le mangea. Betty naurait pas pu dire de quoi il sagissait, mais, ce qui était clair est que la gastronomie deviendrait un apport important de la civilisation terrienne à la Fédération...
Chapitre 9
Une porte doit être ouverte
Ou fermée. Un esprit aussi.
EMISSAIRE.
Emissaire ne faisait pas partie des spécialistes observant régulièrement la planète Terre mais, vieille baderne, avait visité bien des mondes et savait sadapter. Ses prédécesseurs avaient laissé des informations et des documents en grande quantité et il avait eu le temps dapprendre la langue locale avant son départ. Cette charmante Betty lavait aidé à assimiler bien des détails et il nentreprit le voyage que lorsque ses objectifs furent atteints :
Connaître par coeur les procédures de consultations de Nounou, posséder à fond le langage véhiculaire des terriens et recenser tout ce que les voyageurs précédents avaient appris à leur contact à propos de leur histoire, leur science, leur éthique, leurs moeurs, et autres. Sur Floric le premier vrai contact avec un nouveau partenaire valait bien une préparation sérieuse. Emissaire se donna le temps de s adonner à ce travail en apprenant tout le nécessaire et un peu de données superflues.
Betty navait pas pu lui préciser où il trouverait le premier terminal de Nounou, mais il savait quil y en existait partout et, en particulier dans chaque domicile. Donc, aussitôt arrivé, il ferait parvenir le message que Betty lui avait fait apprendre, mémoriserait les réponses et ne se livrerait au tourisme quensuite.
La formation, que Betty avait complétée, fut réalisée entre les voyages que celle-ci entreprenait vers les mondes de la fédération, par périodes de quelques jours à chaque fois. Emissaire ne put donc se présenter au mandala de départ que 15 mois terrestres après larrivée de Betty sur Floric (ou Port Spring 0001, comme elle disait pour désigner la porte )
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De son côté, Betty avait fait un peu traîner les choses. Elle ne voulait rien engager avant que Clone 001 Traoré ne soit arrivé dans son mandala ! Ce nétait pas par ce quelle avait trouvé un moyen de se balader en utilisant les portes des autres quelle devait risquer de compromettre la mission normale. Celle choisie par les Sages de la Terre consistant à construire dautres portes et à les expédier au loin. De plus, elle avait formé, dans sa tête, lidée amusante de se propulser ,par mandala, vers la planète darrivée de Clone 001 Traoré, (si celle-ci possédait une porte répertoriée sur Floric) ! Son souhait était de le surprendre par sa visite et de lui apporter son aide si nécessaire, accentuant ainsi, une sorte de pied de nez aux Sages !. Donc Emissaire arriva sur Terre quand tout fut prêt pour lui et dans la semaine suivant celle du départ de Clone 001 Traoré.
A quelques jours près, cétait difficile de le calculer avec précision, Betty arriva sur la planète sauvage 157 de la constellation de la vierge, où une porte existait effectivement. Mais son mandala de réception se trouvait à trois jours de marche de lendroit prévu pour le débarquement de celui de Kog. . A son arrivée elle remarqua quen plus des combinaisons standard de la Fédération, il y avait des outres pendues en attente dêtre remplies au distributeur installé. Une note, en langage véhiculaire commun, assorti de pictogrammes, indiquait que la planète noffrait pas de ressources naturelles pour se désaltérer et que tout voyageur devait emmener, avec lui, une quantité deau suffisante pour sa promenade. Il était déconseillé de séloigner à plus de huit jours de marche. Ce monde ne comportant pas despèces intelligentes décelées ni de géographie particulière qui aurait pu inciter un voyageur à lexplorer mais manquait deau. Le gros de cette exploration avait déjà été accompli par quelques visiteurs précédents et les archives consultables confortablement sur console dans nimporte lequel des mondes de la Fédération. Bref, rien dencourageant !Elle approvionna donc une quantité deau largement calculée et des rations alimentaires pour la soutenir tandis quelle essaierait daller jusquau vaisseau.
Avec la chance des innocents, elle croisa une piste montrant une large trace dancien brûlis dès le second jour. Manifestement, en se posant, un vaisseau avait fait griller la végétation et laissé une zone noire au milieu dune très courte végétation clairsemée. Malgré les années, rien navait repoussé, tout était extrêmement sec, comme aux abords du Sahara, là où le Sahel fait place au désert. Elle arriva au vaisseau terrien la veille du jour où Kog devait sy retrouver, du moins si son estimation était valable. Le mandala se trouvait bien en place, la porte pivotante lavait positionné à lextérieur, et prêt à recevoir un voyageur. Elle ouvrit, avec le code, le sas du vaisseau et décida de sy installer. Crevée par cette longue marche elle alla vite se répandre sur lune des couchettes et dormit sans rêves.
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.Emissaire, sortant du temple de Samye, fut impressionné par laltitude des montagnes à lentour. Il avait revêtu la robe de bure trouvée à son arrivée sans se rendre compte que ce vêtement était celui que portent les plus hauts dignitaires, selon la religion en pratique dans ce lieu. Toutes les personnes rencontrées baissaient les yeux à son passage, sinclinaient où se prosternaient à son approche. Il lui fallut user de patience pour atteindre une porte donnant sur le village. Emissaire venait dun monde où les habitants ont une taille courante de deux mètres de haut et un poids de 160 kilos. Pour des terriens de base, son allure rappelait celle des anciens lutteurs japonais, les Sumos. Pour des religieux de la culture du tantrisme, il était beaux et ressemblait à un Bouddha !
Au village, son passage ouvrait la foule qui se refermait derrière lui en murmurant admirativement. Il cherchait un point doù il pourrait contacter Nounou. Le moindre terminal aurait été suffisant mais où en trouver un dans cette population de miséreux vivant apparemment comme vivaient leurs plus lointains ancêtres ? Il attrapa par le bras un passant agenouillé, le releva et lui posa la question. Lautre eut lair stupéfait de la demande, puis prenant sa décision, lui répondit quil y en avait un chez lui. Il pria Emissaire de bien vouloir entrer dans sa modeste demeure. Cinq minutes plus tard Emissaire entra en contact avec Nounou sous les coordonnées de Clone 001 Spring.
Nounou savait de façon certaine où se trouvait le corps de Betty, 15 mois auparavant et nayant pas décelé son retour hautement improbable, se servit de la caméra vidéo du terminal émetteur pour voir qui sadressait à elle. Elle posa, en phonie, les questions habituelles et prévues par Betty << Qui êtes-vous, doù venez-vous ? Que voulez-vous ? Pourquoi utilisez-vous le code daccès de Clone 001 Spring ? Comment lavez-vous obtenu ? >>
Emissaire et Nounou / SAPIENS eurent une conversation de trois heures échangeant questions et réponses et, après ce temps, se séparèrent provisoirement. Emissaire revint au Temple et se dirigea vers la salle par laquelle il était arrivé. Là, comme il venait de lapprendre, dans une petite pièce voisine se trouvait un terminal à partir duquel ils auraient à converser de nouveau. Au prétexte que Emissaire devait éprouver de la fatigue, mais pour la vraie raison que SAPIENS voulait faire part aux sages de tout ce quil venait dapprendre, la suite de leurs entretiens fut remise au lendemain matin.
De tout cela Emissaire retenait deux choses explosives :
Les terriens utilisaient le système des mandalas mais ne le comprenaient pas à fond, donc nétaient pas une civilisation aboutie. A ce titre, ils devaient rester où ils en étaient en attendant leur aboutissement parfait.
Les terriens avaient hérité de la science de toute une civilisation non humanoïde maintenant disparue mais ils disposaient, dans les données reçues par hasard, de plus de puissance que nen avaient les 79 autres planètes de la Fédération. A ce titre la Fédération avait certainement plus dintérêt à changer ses règles dadmission que de sy maintenir en rejetant la Terre qui aurait alors représenté un danger potentiel.
SAPIENS analysait les informations tirées de cet Emissaire et parvenait à des conclusions provisoires et aux questions à préciser :
Betty était arrivée à bon port et avait fait gagner quelques mois à la Terre.
Les appareils quelle avait mis au point fonctionnaient.
Les terriens nétaient pas seuls dans lUnivers.
Le système des mandalas de la fédération différait de celui que les terriens expérimentaient. Il faudrait savoir en quoi ? Y avait-il chez eux quelque chose jouant le rôle que BAFESI avait eu (et continuait à avoir) en tant que SAPIENS ?
La Fédération ne concernant que les humanoïdes, quelles étaient les autres intelligences dans lunivers quils avaient pu rencontrer ? Et quels rapports entretenaient-ils avec eux ?
Emissaire ne savait rien du monde des Cephs et des Cralangs mais souhaitait procéder à un échange de toutes les données stockées par les terriens et en particulier celles de BAFESI. Pourquoi ? Existerait-il une race ennemie à la Fédération ?
En annexe et à voir ensuite :
Kog se retrouverait sur un monde sauvage et sans humanoïdes. SAPIENS devait-il tenter de lui faire parvenir des compagnons ou des successeurs par le mandala ? Qui ?
Betty ramènerait des informations car le voyage retour vers la terre était assuré par le Temple de Samye. Mais les gens de la Fédération utilisaient cette porte depuis lantiquité et étaient restés discrets. Quen serait-il maintenant ? Devait-on envisager de faire face à une invasion de touristes ?
Varo
Le compte-rendu complet de lentretien et les réflexions de SAPIENS, sétalaient sur les écrans des Directeurs et suscitaient bien des réflexions. La question principale étant : Doit-on continuer à tout dire à Emissaire ou doit-on demander à SAPIENS de cesser ses échanges ? Quels étaient les risques et les avantages de faire partie de cette Fédération de Planètes ? Après tout, sur Terre cela marchait plutôt bien, non ?
Ce fut Varo qui résuma le mieux la situation :
<< Nous voulions savoir si nous étions seuls et maintenant que nous le savons nous avons peur dentrer dans un groupement plus vaste que le notre. Nous réalisons que nous navons pas les moyens de mettre en balance les avantages et les inconvénients. Nous ne savons rien ni des uns ni des autres. Toutes les supputations seront donc stériles tant que nous nen apprendrons pas plus. La seule source dinformation dont nous disposons est Emissaire. Cest peu. Nous devons faire revenir Betty ( et Kog si possible) avant de prendre une décision, mais aussi leur laisser le temps de récolter les informations les plus utiles. Je propose donc la démarche suivante :
Répondre aux questions de Emissaire et le laisser interroger SAPIENS sur tout ce quil veut. Ses questions nous donnerons des indications. Etant donné que ce quil aura appris, il devra le mémoriser avant son retour, il y a une limite technique à ce quil peut retenir. Betty est maintenant occupée à visiter les mondes de la Fédération depuis 16 mois. Elle possède certainement bien des informations qui nous seraient précieuses. Nous devons donc demander à Emissaire d abbréger son séjour chez nous, de retourner sur Floric et de transmettre notre ordre à Betty : Elle doit, toutes affaires cessantes, revenir sur Terre avec lui. Contre ce service il pourra communiquer librement avec SAPIENS, sauf pour ce qui concerne notre technique des mandalas. Selon ce que seront les informations de Betty, nous déciderons si oui ou non nous entrons dans la Fédération. Si oui, tout sera parfait pour Emissaire. Si la réponse est non, nous détruirons leur porte au temple de Samye, nous renverrons Emissaire chez lui par le biais du système mis au point par Betty. Emissaire, à son retour, sera la copie conforme de celui de larrivée. Il aura tout oublié de son séjour chez nous ! Que ceux qui sont daccord avec moi le disent, jaimerais bien que la réponse soit unanime ! >>
SAPIENS, qui enregistrait tout, savait quelle le serait ! Comment faire autrement ?
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Clone 001 Traoré
Contrairement à Clone 001 Spring, Clone 001 Traoré ne fut pas lancé dans lexistence normale dun jeune enfant. Il fut un produit de laboratoire pendant six ans, puis le résultat dune éducation spécifique qui combinait la formation standard avec létude poussée de lhistoire de Kémémani Traoré depuis son enfance jusquà laffaire des coucous. De vingt à trente ans, cinq ans avant la date prévue pour son voyage vers le mandala qui lattendait dans la constellation de la Vierge, il fut isolé avec un groupe de six autres clones. Ceci, dans une formation para militaire inspirée de celle que recevaient les Marines américains, à lépoque de Mat Ducerf.
Le plus difficile avait été de trouver des moniteurs et des professeurs. En effet, si les données existaient dans les archives de Langley ou celles de larmée, plus personne nétait capable de montrer assez dénergie, de rigueur ou de dureté, pour transmettre ce type de formation. Cétait heureux, dans un sens. Cela prouvait quil nexistait plus de personnages assez méchants, assez bornés, assez idiots pour faire entrer, à force de brimades et de punitions, les notions de combativité, obéissance aveugle, sacrifice, oubli de soi-même, qui étaient le but de ce genre de formation. Personne, non plus, pour créer des réflexes conditionnés que lon naurait jamais oser inculquer à un animal.
Ces cadres nexistant pas, il avait fallu les remplacer par des machines. Ce furent des terminaux en forme de robots hauts de 2,5 mètres, mobiles et agressifs qui furent programmés pour tenir le rôle des anciens sergents. Lestes et rapides, ils étaient capables d attraper un des stagiaires et de lui infliger des douleurs physiques diverses en écrasant ses poignets, en lélectrocutant, en le brûlant, par exemple. Ils furent craints et haïs comme de vrais instructeurs. En plus de lentraînement sur place, les stagiaires avaient, chaque année, à effectuer des missions dans les jungles les plus reculées, les déserts les plus arides ou les zones polaires. Aventures qui les poussaient à la limite de leurs forces et finissaient souvent à lhôpital de leur caserne. Les ennemis nexistant pas, il leur fallut combattre des incendies de forêts, des inondations ou se rendre précipitamment là où des catastrophes étaient encours : tremblements de terre, éruptions volcaniques, tornades et typhons. Ces missions étaient réalisées hors de la présence des robots mais, ils avaient à en rendre compte à leur retour et craignaient le pire. La dernière année ils durent, sur un voilier, entreprendre le tour du monde sans aucune escale.
En fait, tout était fait pour quun seul survive : Clone 001 Traoré . Dans un scénario soigneusement organisé, des sept du départ, après cinq années dépreuves il nen restait que quatre, et comme par hasard cétait toujours les meilleurs copains de Clone 001 Traoré qui disparaissaient ! Plus tard, pour la croisière finale, ils partirent à trois sur un bateau à quille large, de dix mètres de long gréé en jonque, ne portant pas trop de toiles et ayant plus lallure dun pêcheur que dun navire au long cours. Ils nen revinrent que deux, épuisés et blessés dans les coups de tempêtes des quarantièmes rugissants.
Selon la programmation originale, à la fin, le dernier compagnon de Clone 001 Traoré ne revint pas de lhôpital. Dès le lancement de lopération il fut décidé que 6 parmi les clones puisés dans la réserve de Langley disparaîtraient. Les robots instructeurs, simples terminaux navaient pas détat dâme à ce sujet. Le scénario de leurs morts, quant à lui, était humain. A ceci près que celui qui lavait écrit pensait rédiger le texte dun roman daventures- sujet dune thèse dhistoire- se rapportant aux moeurs de la fin du 20° siècle chrétien !
La pression psychologique et physique ne se relâchait que pour de brèves périodes de un ou deux jours pendant lesquelles, sans sortir de lécole, ils pouvaient senivrer, dormir ou forniquer avec des femmes volontaires qui recherchaient, de leur côté, des émotions fortes. Lorsque la formation fut achevée, restait à faire suivre au clone un programme de réadaptation à la vie normale et à linstruire pour en faire un navigateur spatial. Ce ne fut pas le plus aisé !
Comment introduire un véritable soudard dans un monde policé de gens fatigués du matin au soir et se complaisant dans de petits travaux de paperasserie ou de recherches, à raisons de quelques heure par jour ? Nounou avait prédit des catastrophes si on essayait seulement ! Pourtant il fallait bien que cette préparation ait lieu ! Les cinq années qui restaient ne seraient pas de trop pour un bon résultat. La solution fut trouvée en faisant vivre à limpétrant une vie virtuelle onirique. Sa tête fut enfermée dans un casque inviolable quand il était éveillé, et qui faisait penser à celui de la légende du masque de fer. Seule louverture de la bouche permettait la prise daliments et de boissons. Pendant la phase hypnotique de son sommeil, le masque lui était ôté et on le lavait, lui coupait les cheveux et le rasait si nécessaire.
A la fin de sa formation on remplaça progressivement le virtuel par du réel et en dernière année, il fut fin prêt et capable de vivre jusquà son départ avec le reste de la population. Il était parfaitement conscient quil avait subi une préparation spéciale pour son voyage. Il se rendait parfaitement compte de ce quil nétait pas comme les autres. Il acceptait, que cela ait été très dur et injuste, mais que tout ceci avait été rendu indispensable par le malheureux sort de Clone 002 Fox. Il lacceptait et se sentait prêt à affronter le pire.
Cest dans cet état desprit que le jour du départ, Clone 001 Traoré franchit le passage du mandala...
Laffrontement de ses deux personnalités lui causa un choc intense et il tomba au sol dans un état voisin de la catatonie. Il eut une sorte de voyage de transes et se vit, lui Traoré, affublé dun petit frère, qui pour ne pas mourir, voulait rentrer dans son propre corps. Ils palabrèrent longuement et parvinrent à un accord. Le petit frère serait là mais devrait rester caché tout le temps durant lequel Traoré ne sadresserait pas à lui pour obtenir son aide. Le seul cas où il réagirait concernait les urgences absolues et la sauvegarde de lintégrité physique de leur corps. Kémémani fit siens les souvenirs du grand frère et les accepta comme faisant partie de ces choses vaguement rêvées et qui existent néanmoins. Ils transigèrent pour répondre au nom de Kog, seule grosse concession faite par Traoré.
Puis, après quelque trente minutes, il se réveilla, danss le mandala darrivée, en tant que Kog ayant tout assimilé et compris, il sétait adapté à la situation. Les deux personnalités avaient fusionné. Mais une autre chose étrange venait le questionner, il avait senti comme une odeur de café provenant du vaisseau et voyant le sas ouvert, toujours dans le plus simple appareil, il entra.
Betty préparait son petit déjeuner et ne fut pas surprise de voir Kog puisquelle lattendait ! Par contre ce dernier, le pauvre Kog, était animé de toute son ardeur agressive, transformé en animal de combat pendant quinze ans. Il avait été formé pour affronter des dangers inconnus et fut complètement ahuri de rencontrer, dans ce vaisseau et à son arrivée, sa magnifique amoureuse. Il pensa que le délire continuait et quen fait, il restait évanoui devant le mandala et continuait un autre genre de rêve.
A la vue du corps nu de Kog, la personnalité dElisabeth (clone 001 Spring) fut submergée par celle de Betty et dût seffacer. Ainsi depuis son arrivée dans la Fédération, et selon les circonstances, cétait lune ou lautre qui prenait les commandes. Il ny avait jamais eu de fusion, Mais, quelles que soient les circonstances, cest la plus apte des deux qui faisait face. Souvent elles étaient tellement proches quelles ne faisaient quune mais pour les choses relevant de la sexualité cétait toujours Betty qui prédominait. Sil avait fallu vivre en pleine jungle cela aurait été Elisabeth, sans aucun doute. La fusion saccomplirait à la longue, elles le savaient car sur certaines détails mineurs cela avait déjà eu lieu, mais cela prendrait quelques bonnes années avant quelles ne soient plus quune.
Donc Betty avait faim de nourriture et proposa à Kog de partager sa collation, ce quil fit de bon coeur. Elle avait aussi dautres faims et linvita à partager la couche sur laquelle elle était assise. Kog fut très heureux daccepter. Ainsi passa-t-il sa première journée de voyageur interplanétaire ! Contrairement à la préparation intensive quil avait subie, ce ne fut pas à se battre contre des animaux féroces ni à avancer péniblement dans une végétation luxuriante, ni à affronter des monstres galactiques. Non, mais tout simplement à se donner un peu de bon temps. Le lendemain ils prirent des décisions concernant lexploration de cette planète que Kog malicieusement nomma Love
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Emissaire.
Il lui avait été nécessaire de quitter le Tibet et le temple de Samye pour aller rencontrer les vrais responsables de cette planète. Première curiosité : le voyage par mandala était interdit ou du moins réservé à des cas tellement spéciaux quils ne se produisaient jamais ! Lorsquil avait demandé pourquoi ? La réponse fut encore plus surprenante : il fallait éviter dencombrer lespace avec les ondes dissociées de plusieurs personnes à la fois. Dautant plus étrange, se disait Emissaire, que les communications de tous ordres telles que radio, télévision, téléphones, signaux automatiques étaient utilisés sans retenue. Emissaire pensa que, sans doute, lutilisation du système mandala sur Terre était en fait, interdite pour dautres raisons que celles annoncées. Par contre, sil voulait aller visiter la base lunaire, comme on le lui avait aimablement proposé, le mandala était de rigueur pour laller ! Enfin, au cours dun entretien avec le pilote de lappareil volant qui le conduisait vers Varo, il avait incidemment noté un détail encore plus ahurissant : le système des mandalas était assez largement utilisé dans des cas thérapeutiques graves, et il croyait avoir compris que cétait pour des voyages pratiquement sans bouger et dans un même lieu ! Oui, les terriens avaient des choses importantes à apporter à la fédération, et lui, Emissaire, disposait dun an pour en savoir le plus possible.
Varo avait choisi le site de Washington pour organiser la visio conférence entre les Directeurs et Emissaire. Dans la salle, dite Salle Centrale des Symposiums ou plus brièvement, selon la curieuse habitude des terriens de raccourcir les vocables : La Vitrine , ils nétaient que deux réellement présents. Tous les autres nétaient là que par écrans interposés et sur le mur qui leur faisait face. Il y avait de plus, une nouveauté : un écran supplémentaire. Là, sur un fond représentant la voie lactée, Nounou et SAPIENS pouvaient intervenir sous forme humaine. Avec un visage dandrogyne emprunté à un tableau célèbre tombé en poussière depuis des siècles mais reproduit encore et toujours à chaque génération : La Joconde. Ce devait encore être une forme de cet humour particulier nouvellement surgi dans lordinateur commun de la grande toile des terriens, pensa Varo, en souriant.
Emissaire passa tout son temps, à essayer de comprendre et denregistrer. Son emploi du temps fut adapté à la fois à ses besoins et à ceux de ses hôtes. Lorsquil ne visitait pas quelque région du globe, en général il se rendait deux heures chaque matin à la Vitrine, se branchait et échangeait des questions et des réponses avec ceux des Directeurs qui étaient représentés sur écran et, surtout avec la Joconde.
Dès le début, il avait fait valoir ses droits et prérogatives dambassadeur et demandé que lon mette à sa disposition un lieu pour son ambassade et le logement de fonction qui devait y être inclus. Il ny eut aucune difficulté, de nombreuses demeures luxueuses étaient libres dans la périphérie et on lui fit choisir à son gré. Il opta pour une grande demeure entourée dun magnifique parc qui se nommait la Maison Blanche. Ce monument, dans un passé lointain, avait été dévolue aux présidents de la région nommée les Etats Unis dAmérique, avant que, pour des raisons de sécurité, cette présidence ne fut transférée à Langley. Ceci se passait plus de 1000 ans auparavant. Ensuite, la Maison Blanche fut conservée en bon état et se visitait, puis devint une sorte de musée. Quand le nombre de visiteurs tomba en dessous de 5 personnes par mois, la Maison fut fermée sauf pour les équipes de nettoyage et dentretien.
Emissaire pouvait se rendre à pied jusquà la Vitrine et se promener au retour, ceci lui permettait de réfléchir et de rassembler dans sa mémoire ce quil avait appris dans la conférence et aussi ce quil leur avait enseigné sur la fédération. Mais, au fur et à mesure que les mois passaient, et bien que la gravité de cette planète soit équivalente à celle où il était né, une fatigue de plus en plus lourde le gagnait. Il savait que seul le poids des ans en était la cause et que, si on lavait choisi pour cette visite cétait à cause de son âge et de son expérience. Pourtant, il était au soir de sa vie et rien ne disait quil aurait la force de terminer sa mission. Alors il résolut de laisser dans son bureau, à la Maison Blanche, un résumé de tout ce quil avait vu, entendu et compris pendant son séjour. Ainsi son successeur ne serait pas obligé de repartir à zéro.
Il y eut une interruption dans son séjour, on vint lui demander de rentrer sur Floric pour revenir avec Betty. Ce quil fit bien volontiers car il rapporta ainsi quelques-unes de ses impressions à Présidente avant de rejoindre la Terre pour terminer son année.
Puis, un matin, en sortant du Centre, il sécroula sur le trottoir devant des passants ébahis qui appelèrent des secours. Connu de tous les terriens qui suivaient de chez eux, quand ils le voulaient, la suite des conversations du Symposium, il était considéré comme un vieillard sympathique et apprécié par tous. A la clinique, les médecins se donnèrent beaucoup de mal pour le réveiller et lui rendre sa conscience. Varo, prévenue, se dit quelle pouvait dans la même décision, faire une bonne action tout en réalisant une des opérations prévues qui était de faire enregistrer Emissaire dissocié par Nounou. Elle se rendit au chevet du mourant et lui proposa de tenter de le remettre sur pied de la façon utilisée sur Terre, par la technique des mandalas en paire dans un même lieu.
Emissaire se savait condamné et navait donc rien à perdre. Dautre part sa curiosité demeurait insatisfaite quant à cette technique particulière et il voulait savoir, alors il répondit quil était daccord. Avant quon ne pousse sa chaise roulante vers la salle réservée à ce type de traitement, on lui fit rédiger, puis signer, une décharge. Pièce légale sur laquelle il dût indiquer quil était en train de mourir de vieillesse et quil souhaitait, de son plein gré, faire une ultime tentative de guérison par une technique terrienne. Il lécrivit dans un langage secret que seuls les ambassadeurs de la Fédération connaissaient. Donc, Emissaire aurait, aussi bien, pu écrire nimporte quoi! Mais il fut loyal. Il ne tenait pas à créer le moindre incident entre cette planète et la Fédération, et si celle-ci avait été imprudente en expédiant un homme si vieux, il ne fallait pas que la Terre en souffre.
Les infirmiers laidèrent à se dévêtir et il entra dans le mandala comme on se jette par la fenêtre pour un suicide. Il ressortit aussitôt du second mandala plus en forme que lorsquil avait débarqué sur ce monde.
Il remercia tout le monde, serrant des mains comme le faisaient les gens ici, et une fois ramené dans sa chambre, se rendit compte que ces terriens avaient découvert une chose importante que les gens de la Fédération ne connaissaient pas du tout et qui marchait parfaitement. Alors, même sils ne savaient pas bien comment ni pourquoi leurs mandalas fonctionnaient pour des allers interplanétaires, ils seraient des partenaires à part entière dans la Fédération. Oui, cest ce quil était décidé à dire lors de son retour. Il ne pensa plus du tout à ce papier quil avait signé avant sa guérison, mais se demandait combien de temps on allait le garder à lhôpital ?
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Planète Love
Lorsque le vaisseau arriva dans latmosphère de Love, il effectua les sondages prévus et renforcés depuis la catastrophe de Fox 3, donc parcourut en orbite et pendant le temps voulu toute la surface de ce globe. Tout était dans la mémoire du vaisseau, les vues, la nature et la solidité du terrain, la flore, la faune, enfin tout ce qui mesurait au moins un quart de mètre. Le calculateur du vaisseau pouvait, à la demande, donner en vision une reconstitution allant de celle du globe à celle de nimporte quel point de cette planète. La première chose que Betty et Kog constatèrent était labsence totale de mers ou de fleuves. Le taux dhumidité de lair était très bas et on ne constatait pas de rosée le matin sur les rares herbes sèches, mais il devait y en exister des traces pour quelles continuent à pousser. Il apparaissait quune calotte glacière de faible importance constituait la seule réserve de ce coin déshérité de lunivers. La faune était rare, quelques rongeurs de la taille de nos mulots se satisfaisant de lherbe et de quelques insectes ou vers, sans doute. Ils virent de plus deux prédateurs qui mangeaient ces rongeurs. Le plus gros, de ces carnivores, avait lair dun petit renard. Il y existait aussi un oiseau rapace dont le bec indiquait quil jouait le rôle du fossoyeur, il ressemblait à une petite buse. Sil y avait dautres êtres ce ne pouvait être quauprès du pôle nord, et encore, à condition quils soient restés invisibles aux appareils du vaisseau car cachés dans les zones glacées.
Ils décidèrent de monter la libellule, embarquée en pièces détachées dans le vaisseau, et de léquiper pour une expédition. Le calcul montrait que pour atteindre la glace il leur faudrait effectuer un parcours de 30 000 kilomètres. Le champ magnétique de Love nétait pas très fort, la calculatrice indiqua que une alternance de douze journées de vol avec repos au sol pendant les nuits, serait nécessaire. Il leur fallait donc prévoir des vivres et de leau pour un tel voyage. La réserve du vaisseau donnerait les rations alimentaires mais serait un peu courte pour leau. Il leur fallait donc espérer en trouver sur place ou envisager un rationnement pour le retour.
Avant de partir, ils durent trier, dans le matériel dexploration prévu, entre ce qui pouvait correspondre à Love et ce qui navait rien à voir. A quoi bon, par exemple, emmener une grande quantité darmes sur une planète à peine habitée par quelques bestioles ? Ils préférèrent des outils et des pièces de rechange pour le cas dune panne ou dun accident. Leur matériel de bivouac ne comportait quune tente avec des sacs de couchages, mais, en cas de besoin ils pouvaient se reposer en position de relaxation en modifiant linclinaison de leurs sièges dans la libellule et rendre celle-ci inviolable.
Dès leur départ, la monotonie et luniformité du paysage les lassa. Tout était plat et tapissé de quelques rares pousses, chaque jour montrait la même chose que la veille et ils avaient limpression quils restaient sur place. Pour tromper leur ennui et se tenir éveillés Betty rendait compte à son compagnon du résultat des nombreux voyages quelle avait effectués depuis son arrivée. Elle avait beau chercher des détails subtils et souligner quelques différences, si on voulait résumer, cela tenait en quelques phrases :
<< Chaque monde diffère des autres par des caractéristiques mesurables et purement physiques. Par exemple : la force de la gravité, la teneur de lair en oxygène, la pression atmosphérique. Mais aussi : la distance au soleil autour duquel le monde gravite et la chaleur de ce soleil, la position du ou des satellites quand il y en a, la proportion de terres émergées. Les humanoïdes qui les habitaient avaient, de ce fait, des différences qui en découlaient que ce soit au niveau de leur taille, de limportance du système respiratoire ou de la forme des yeux pour ne citer que cela. Une bonne logique et pas de surprise de ce côté là !
Les nuances venaient donc plus de leurs éthiques ou de leurs esthétiques car les règles de savoir-vivre changeaient de lune à lautre. Mais, avant de visiter une autre planète on devait apprendre les règles locales et sy conformer. Le plus petit commun dénominateur de ces bonnes manières était celui employé sur la planète Floric. Il fallait se rendre compte que chaque planète se trouvait extrêmement éloignée de sa plus proche voisine, et que, sans le système des mandalas il ny aurait jamais eu la moindre possibilité de communication. Mais la question de savoir comment les mandalas, qui servaient de portes, avaient été placés dans chaque monde, demeurait ouverte. Le plus probable était que la démarche suivie avait été celle de Betty pour trouver Floric et non celle des hommes de notre terre envoyant des vaisseaux avec un mandala vers des destinations hasardeuses pendant des dizaines de millénaires. Betty pensait que lorsque chaque civilisation séparée avait suffisamment évolué et était enfin arrivée au paradigme dun univers à six dimensions, immanquablement on avait abouti à des études sur les mandalas. Donc, quenfin des mandalas construits sur place devenaient des portes quand quelquun, dans un autre monde entreprenait ce que Betty avait accompli.
Ce système de voyage permettait de se rendre sur une autre planète, certes, mais dans quel but ? Car seuls les corps vivants franchissaient les portes. Il nétait pas question du moindre échange de marchandises, si précieuses fussent-elles. Quant à lidée den échanger par vaisseau cela devenait ridicule en termes de temps de voyage et de prix de revient. Pour motiver un déplacement, ne restaient que la curiosité et les perspectives déchanges intellectuels. Les humanoïdes étaient rarement attirés par ceux dun autre monde de la Fédération. Bien que la règle ne soit pas absolue, bien des essais de croisements sétaient révélés stériles, car les ovules et les spermatozoïdes se montraient, le plus souvent, incompatibles. Dailleurs un tel mélange les tentait rarement et dans le but unique de procéder à une expérience. Donc, en gros, la curiosité pouvait être satisfaite sur documentation. Le seul véritable motif à ces voyages résidait dans les échanges que des spécialistes pouvaient avoir entre eux sur des sujets précis concernant ce qui les intéressaient. De cette manière, par le biais des mandalas, ils pouvaient les obtenir, en temps réel, et non en attentant quun signal leur parvienne, après des années, entre demande et réponses.
Autre chose avait frappé Betty. Cétait labsence totale du moindre racisme et la tolérance généralisée de chacun vis à vis, des différences avec les autres. Il avait fallu environ 15000 ans pour y parvenir avait expliqué la Présidente, mais cétait acquis. Donc pas danimosité ni de rivalité. Ajoutez cela à un système de gratuité totale pour la satisfaction des besoins primordiaux. Cela faisait que les mondes de la Fédération étaient en paix pour toujours. Oui, les gens, sur chaque planète, sactivaient du matin au soir au lieu de traîner comme sur notre Terre! Mais ils étaient motivés par le fait quils se trouvaient membres dune Fédération et que les honneurs retombaient sur ceux qui accomplissaient une oeuvre utile à tous. Ces honneurs, mérités, rejaillissaient sur la planète toute entière pendant une année. Un genre desprit de Club, en somme.
La Terre avait bien des choses à apprendre de la Fédération, mais aussi beaucoup à y apporter et tout se concrétiserait quand Emissaire aurait parachevé son voyage. Si tout se passait normalement Nounou/Sapiens et les réseaux informatiques de Floric seraient liés et chargeraient toutes les données en permanence. Dans le cas contraire, la porte située sur terre serait détruite et les 79 autres portes de la fédération munie dun système de filtrage pour quaucun terrien ne puisse sen servir avant que la Terre ne soit admise.
Betty avoua que pendant les voyages quelle avait effectués sur les autres mondes, elle sétait plutôt ennuyée. Quand elle avait choisi de tenter un essai vers une planète sauvage, comme Love, tous ses interlocuteurs avaient manifesté de la surprise car rares étaient les membres de la Fédération qui envisageaient encore de telles explorations. Mais ils lui facilitèrent la tâche.
Maintenant quelle se trouvait avec Kog pour cette expédition, la monotonie de ce quelle découvrait soulignait la vanité des hommes à vouloir, depuis tant de milliers dannées, savoir ce quil y avait dans des mondes lointains. En fait, pour elle, il ny avait rien qui méritait un tel effort. Elle irait donc jusquà ce pôle, reviendrait au mandala par lequel elle était venue et tenterait de convaincre Kog de faire de même, de retourner sur Floric, puis, de là, vers la Terre. >>
Kog lécoutait sexpliquer comprenant que ces discours étaient autant destinés à lui quà aider Betty à remettre un peu dordre dans sa tête. Il relançait de temps en temps pour montrer quil suivait les idées développées. Lui-même, se demandait quel était lintérêt de sobstiner à vouloir aller jusquau pôle ? Et il était assez prêt à faire demi-tour quand ils eurent un contact psychique violent! Pas une voix audible mais une idée forte qui simposait dans leur cerveau. Ils se regardèrent pour vérifier que lautre avait ressenti le même phénomène et virent que la réponse était positive !
Traduit en paroles le sens général serait :
<< Proposition échange ?>> et cela se répétait toutes les minutes.
Kog lavait ressenti bien plus fortement que Betty et sut aussitôt comment faire. Il pensa fortement au sens des mots << Réflexion nécessaire >> plusieurs fois de suite et le signal stoppa. Il en parla avec sa compagne qui avait bien reçu comme lui, mais effectivement sous forme assez légère alors que pour Kog cela avait hurlé comme avec un haut-parleur. Ils convinrent donc que Kog seul poursuivrait cet échange télépathique. Il projeta ou émis les mots ou plus précisément les idées que lon peut traduire par :
<< ? Échange >> et eut en réponse une image de structure atomique quil dessina sur un papier avant de le montrer à Betty. Celle-ci neut besoin que dun coup doeil pour lui dire : << Chrome >>.
Ainsi, celui qui émettait, désirait obtenir une quantité de ce métal mais combien et en échange de quoi et surtout dans quel but ? Il neut pas le temps de poser les questions, les réponses étaient là, moins fortes et plus adaptées à sa réception, formulées aussi en langage humain. La Chose apprenait très vite et sexprimait très bien. Si on devait la croire cela donnait à peu près ceci :
<< Je suis la masse aqueuse polymérisée blanche située sur le pôle nord de ce monde. Ma constitution est basée sur leau mais ma température est de + 2 5 degrés Celcius et non - 15 comme vous le pensez.. Je grandis en utilisant la faible humidité ambiante de cette planète où je suis sans doute né après lexplosion dun astéroïde. Mais cet accroissement a besoin de chrome pour la catalyse et ce monde en manque terriblement. Jai décelé la présence de ce métal dans votre engin de transport et toute quantité, si faible soit-elle, que vous me laisserez sera la bienvenue. Je ne dispose pas de moyens pour vous indiquer un poids, mais si vous acceptez léchange, je serais à même de préciser. >>
Kog se demanda ce quun tel être pouvait avoir à proposer ? Et, il reçut immédiatement la réponse :
<< Vous nêtes pas naturellement télépathe et vous ne me recevez que par leffort important que je suis obligé de soutenir. Je vous propose douvrir votre esprit à la télépathie et de pouvoir continuer à vous en servir quand vous le voudrez. Je vous enseignerai les mouvements de pensée et les exercices à pratiquer. Le second être qui est avec vous nest pas apte à recevoir le même enseignement, mais je peux entrouvrir un passage entre vous deux. Si vous acceptez, jaurais accès à lensemble de votre vocabulaire et vous pourrez me parler par la pensée sans le moindre effort. Je ne demande quun peu de chrome. >>
Kog était un garçon prudent et ne se serait pas laissé tripoter lesprit sans réfléchir aux risques, mais Clone Traoré, soldat délite entraîné aux dangers et à les prendre de front prit les commandes sans prévenir et donna son accord. Il ressentit comme un grand déchirement douloureux dans sa tête, pire quune névralgie, puis cela commença à satténuer un peu, puis de plus en plus. En moins dune heure il se sentait tout à fait bien. A ce moment il entendit une voix dans sa tête aussi claire que si on lui avait parlé et qui exprimait :
<< Voilà, cest fait, jai donné ma part de léchange. Je souhaite que vous déposiez sur ma masse un de vos outils en acier inoxydable, une pince, par exemple, elle contient assez de chrome pour que je puisse continuer à vivre et croître pendant encore deux mille ans. Ferez-vous le nécessaire ? Je nai aucun moyen de vous y contraindre et ne dispose que de possibilités chimiques. Je dissoudrai lentement votre outil et prélèverai le chrome qui mest indispensable au fur et à mesure de mes besoins. >>
<< Nous allons arriver au bord de la zone polaire dans six heures et j exécuterai ce que vous demandez et même plus que cela ! car le service que vous mavez donné en échange le mérite. Avez-vous un nom ? >>
<<Je me réjouis de votre attitude, jattends votre arrivée, je nai pas de nom. Est-ce utile ? Connaissez-vous dautres êtres comme moi ? >>
<<Je nen connais pas mais nous avons lhabitude de donner un nom à tout et à tous, voulez-vous que je vous en trouve un ? >>
<<Jaimerai bien, mais nen saisis pas lutilité. Je lis que vous avez plusieurs noms et deux personnalités fusionnées. Votre nom de Kog, je le retiens pour madresser à vous où y penser lorsque vous aures quitté la zone polaire. >>
<<Pour moi et le reste de la Fédération, vous serez nommé Hydros. Donc, à dans quelques heures, mon cher Hydros ! >>
Effectivement, en fin de journée ils arrivèrent vers la masse blanche et y déposèrent trois gros outils dont ils étaient certains de pouvoir se passer. Ils étaient fabriqués en acier inoxydable de nuance 18/ 8 soit: 18% de chrome et 8 % de Molybdène. Puis, sans dormir, ils reprirent le chemin du retour afin déconomiser leau. Pas étonnant que la planète en manque si, pour sa croissance, Hydros séquestrait, dans ses molécules, tout le disponible produit par la planète( sous forme dévaporations et de condensation) au cours des ans. Bientôt toute végétation disparaîtrait, puis toute vie animale. Seul Hydros, de plus en plus gros, serait vivant. Mais pour combien de temps sans croître ? ....................................................................................................................................................
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Une semaine plus tard, Betty et Kog, arrivaient sur Floric et se rendaient à lambassade terrienne dans lappartement de fonction. Emissaire les y attendait et leur transmis les ordres de revenir tous les deux, avec lui, sur la Terre sans le moindre délai. Ils ne prirent même pas le temps de se reposer un peu et Betty ne put faire visiter la capitale de la Fédération à son ami. Le lendemain ils arrivèrent tous les trois sur Terre au temple de Samye. Chacun dentre eux garda la plus grande réserve et ne prononça que le nombre de mots indispensable. Ce retour brutal leur paraissait suspect et ils gardaient une certaine réserve. Emissaire, de son côté, avait une idée qui le rongeait et revenait sans cesse : Utiliser les mandalas pour soigner et guérir impliquait bien des choses, il se sentait presque revenu de la mort. Sur Floric, les savants consultés navaient eu que trop peu de temps pour y réfléchir mais étaient parvenu à la conclusion que tout ceci nétait possible que par une reconstruction à partir de lA D N de base. Cette technique, si elle existait, était intéressante et à creuser. De plus, si on y ajoutait cette histoire plus ou moins confuse de clones dont Emissaire avait entendu parler, cela revenait à une possibilité de vie éternelle. Or cela, comme le clonage dailleurs, était strictement interdit dans la Fédération. Il sen fallait dun rien pour que cette dernière ne décide de faire sauter la porte de Samye et de se fermer aux terriens. Emissaire se posait vraiment la question et utiliserait les quelques mois qui lui restaient sur cette planète pour creuser autant que faire se pouvait. En attendant, il ferait bon visage et dissimulerait au mieux ses sentiments.
Kog, assis derrière lui, dans lappareil qui les ramenait, avait fermé ses yeux et entendait absolument tout de ses pensées. Il se dit quune consultation de SAPIENS simposait. Arrivés à Washington, Emissaire se dirigea vers la Maison Blanche tandis que Betty et Kog se rendaient compte que ni lun ni lautre ne possédait de domicile. Clone 001 Traoré avait vécu les dernières années avant son départ dans la vie virtuelle de son masque de fer. Il demeurait, de fait, dans une salle de laboratoire. De là, il avait été amené vers le mandala pour son expédition lointaine sur Love. Betty, de son côté, avait habité, ces dernières années, dans une installation minière désaffectée en Afrique noire et, en dernière phase, avec un contrat de location temporaire, auprès du laboratoire de radioastronomie. Cétait son seul domicile !
Ils sen ouvrirent à Varo qui avait fait leffort de venir les accueillir à larrivée. Celle-ci avait répondu quelle leur avait réservé tout un étage dans une aile de Langley et quils le méritaient bien. Cet étage comportait quatre appartements pour des hôtes de marque de passage et ils choisiraient. Elle les prévint que les Directeurs, (les Sages comme on disait de préférence maintenant), avaient hâte de les entendre et pas seulement par curiosité. SAPIENS leur avait fait part de déductions inquiétantes à propos des questions posées par Emissaire. Les éléments qui manquaient pour une prise de décision dépendaient, pour beaucoup, de leurs récentes expériences hors de la Terre. Demain, donc, ils auraient à en exposer chacun le récit. Ensuite ils devraient répondre à toutes les questions.
Varo, sans vouloir orienter les rapports quils auraient à faire, crut bon dajouter un élément. Elle pensait que le motif de lintervention de SAPIENS était dû aux hésitations de Emissaire. Lenvoyé de la Fédération craignait que la population de la Terre ne soit pas assez aboutie pour que la Fédération sen satisfasse. Emissaire ne serait, en effet, pas long à se rendre compte des lacunes !
CHAPITRE 10
Transformer le mirage en réalité.
Le livre des 36 stratagèmes- (chinois)
Zaon 438 Pim
Dès les premières conversations avec Emissaire il fut patent, pour Nounou, que les terriens nétaient pas tout à fait prêts à être reçus dans la Fédération. De plus la question se posait de lutilité de la chose. Ce que les terriens avaient à apporter aux autres était bien trop dangereux. Ils semblaient les seuls à avoir utilisé le système des mandalas pour guérir en reconstruisant des personnes dissociées. Mais cela, ils le devaient aux Cephs et non à leur propre aboutissement. Ce quils avaient découvert depuis Ducerf pouvait se résumer à un système de transport instantané mais dont lusage demeurait interdit sur leur planète. Betty venait de trouver comment utiliser les portes des autres, certes, mais ces autres étaient ceux qui les avaient mis en place et qui en possédaient toute la conception. Lexpérience réalisée par Kog nétait quun essai isolé et hasardeux. Donc, les terriens nétaient pas assez matures selon le point de vue de la Fédération et cela se verrait très vite.
Une autre question venait sajouter : en copiant la personnalité des passagers de ses mandalas les terriens possédaient un savoir-faire qui les rendaient proches de la conquête de limmortalité. En effet, SAPIENS pouvait ajouter au clone dun individu, la copie de la personnalité quil avait dans sa mémoire et donc recréer pratiquement la même personne autant de fois quon le lui demanderait. Etait-il utile que la Fédération le sache ? Et, corollaire, comment sarranger pour quelle ne le sache pas si toutes les toiles daraignée nen faisaient plus quune par mise en réseau ?
Pour être admis parmi les autres il aurait fallu que les terriens aient une idée plus complète des systèmes de mandalas, ce qui impliquait un meilleur paradigme que celui quils concevaient pour expliquer lUnivers. Or, il sen fallait de très peu, car les Cephs étaient allés au bout de leur réflexion sur ce sujet et cela se trouvait dans BAFESI mais nen sortirait que sur une demande bien formulée. Les Cephs, méfiants, avaient réservé cette science aux uniques télépathes ! Ils sous-entendaient par là : les autres Cephs éventuels que leur vaisseau pourrait rencontrer.
Ce bout du problème fut résolu lorsque à leur retour Kog et Betty rendirent compte de leurs voyages. SAPIENS trouvait désormais, en Kog, interlocuteur à qui communiquer ces précieuses informations sur le paradigme des Cephs, mais cétait trop tard ! Il sen fallait de quelques mois, un seul aurait même pu suffire, mais Emissaire avait déjà intérieurement pris sa décision. Or, celle-ci était de couper les ponts pour encore quelques millénaires. Ah ! Si Kog était revenu au moins un mois plus tôt !
SAPIENS en déduisit que si les terriens voulaient absolument entrer dans la fédération, il lui fallait envisager de modifier le passé. Il fallait donner une légère accélération aux événements pour que tout se passe comme cela cétait déjà produit, sauf le fait que Kog et donc Betty et donc que ces deux là, soient de retour un ou deux mois plus tôt. Pas aisé, mais réalisable, peut-être ? Nounou se posait le problème et SAPIENS répondait, schizophrène, quil y avait un moyen. Ils demandèrent aux Sages et ceux ci décidèrent un Symposium, Dans ses mémoires Nounou essaya de commencer à sélectionner quelles personnalités pouvaient être expédiées vers le passé et en final nen retint que quatre. Le meilleur étant un certain Zaon 438 Pim. Ensuite, et toujours en harmonie avec sa partie BAFESI, elle calcula les points temporels darrivée les plus intéressants dans le but davancer un peu le progrès sans créer de paradoxes. Possédant, dans ses archives, toute lhistoire de lhumanité, elle trouva que le premier point temporel où cela était jouable se situait vers la fin du .20° siècle de lère chrétienne. La personnalité réceptrice ne pouvait être que Mathieu Ducerf, celui qui, le premier avait eu lidée du nouveau paradigme pour les terriens. Mais il fallait encore deux étapes autour de ce point. L une postérieure et une autre antérieure. Celui qui avait été le réel déclencheur de ce quon avait nommé la grande Quête était incontestablement Manius et il serait donc le premier réceptacle. Le noeud du problème, et le plus aisé à manipuler sans risques, se trouvait être le délai situé entre la découverte de Boris et la date précise à laquelle il se décida à enfin envoyer ce quil avait trouvé dans la valise. Cétait en 435 AA , il suffisait dun ou deux mois de décalage, juste là, et pas ailleurs. Ne restait plus quà peaufiner mais sans trop en faire. Organiser, juste pour obtenir un léger mieux. Comme de trouver le plus lointain, la personne réceptacle, qui accélérerait un peu la découverte de Ducerf. Il fallait que Niels Bohr ait lidée maîtresse de sa vie concernant latome un tout petit peu plus vite. Cela pouvait être obtenu par le biais de linfluence quaurait sur lui un gamin, un petit norvégien, par exemple le fils dun ami, chez lequel il était de passage. Lenfant, pour jouer, tracerait au sol une série de cercles concentriques et samuserait à sauter de lun à lautre en posant ses pieds uniquement hors des traits dessinés. Bohr ne le remarquerait pas particulièrement sur le coup mais cela lui ferait trouver un peu plus tôt sa théorie. Einstein serait amené à lire et étudier Bohr parmi tant dautres et inventerait la relativité tandis que lécole française tenterait de faire létude des mathématiques qui trancheraient entre les théories corpusculaires et ondulatoires. Dans la grande bataille de savants qui en découlerait, Einstein parlerait, certes, du temps comme dune dimension. Mais, il le ferait en étant un peu moins sûr de lui car un tantinet plus jeune. Il écrirait une phrase laissant une porte entrouverte au fait que le temps nétait mesurable quen tant quune dimension mais ne dirait pas que cétait une dimension et rien dautre. Cela suffirait pour que Mat Ducerf y repense etc...
SAPIENS était maintenant tout à fait prêt à répondre aux questions qui lui seraient posées et à organiser le voyage vers le passé de Zaon 438 Pim.
Pendant que ce changement seffectuerait, on garderait Emissaire en convalescence. Si cela ne suffisait pas, SAPIENS le mettrait hors du temps ! Exactement comme il lavait fait pour le Ceph passager. Ensuite on le réveillerait sous forme de la copie enregistrée de sa personnalité telle quelle était lorsquil avait failli mourir. Seul son corps serait amélioré. Pour Emissaire les soins, au lieu dêtre instantanés, auraient pris tout le temps nécessaire aux Terriens pour quils puissent constater si Pim avait réussi sa mission de lisseur de temps.
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Les Directeurs tenaient de nouveau un important symposium car le moment semblait venu dexpédier vers le passé un esprit solide qui, sans paradoxes ni perturbations temporelles, ferait juste un peu avancer les choses. La finalité de la mission devant être que la terre soit mieux prête quà lheure actuelle pour rencontrer dautres humanoïdes. Le but était ténu, presque insignifiant, il fallait un léger coup de pouce à lévolution pour que la technique des mandalas figure bien dans la panoplie humaine un ou deux mois avant la date normale. Juste ce petit laps de décalage qui ferait que ce seraient les humains qui manipulent la Fédération et non le contraire.
SAPIENS, consulté établit un programme de régressions temporelles et donna les moyens pratiques pour réussir. Cette technique, il avait dû lemployer sur BAFESI quand il avait fait la lourde erreur à propos du chien. Il disposait de la réserve dénergie voulue et de la technologie de base pour de courts sauts temporels en régression totale. Mais Nounou, lui et quelques forts matheux durent travailler en collaboration quant à la mise sur pied du système. Il leur fallait trouver une méthode qui tenterait denvoyer, non un corps, mais une personnalité seule quelques siècles en arrière.
Dautres conditions devaient se trouver réunies :
Le départ ne pouvant se faire quà partir du vaisseau BAFESI il faudrait donc, au préalable, que des équipes de techniciens sy rendent pour construire les appareillages nécessaires . Lorsque tout serait opérationnel on enverrait Pim.
Kog, rendu télépathe, devrait trouver le moyen de lever le dernier secret des Cephs et, sil ny parvenait pas en direct il serait bon quil amène avec lui un des Cephs de la terre. Nounou, en collaboration avec BAFESI en avait identifié un particulièrement réceptif. Cétait juste après que le Ceph Voyageur leur avait transmis tout son savoir. Sur Terre le nom utilisé était seiches. Les océans en étaient pleins. Les terriens les avaient toujours considérés comme des animaux assez peu intéressants. Maintenant ils devraient réviser leur point de vue car avant quelques années, les Seiches sauraient tout ce que le monde des Cephs avait appris.
En cas de difficultés Kog devait pouvoir communiquer avec la seiche et celle-ci faire ouvrir les fichiers cachés du vaisseau. Alors Kog saurait et trouverait toutes les informations utiles concernant le paradigme des Cephs. Informations bloquées jusque là dans la ferrite du vaisseau. Ils pourraient les transférer dans les données de Nounou /SAPIENS. Donc, elles seraient à la disposition des terriens. Ceci et, en particulier, pour les spécialistes du relativisme et des espaces fibrés dont Betty nétait pas la moindre.
Impossible de spéculer sur les impacts de ce paradigme puisque tout était encore caché, mais il était probable que les répercussions seraient énormes que la Terre décide, ou non, dadhérer à la Fédération.
Tout ceci devait se réaliser en un court laps de temps, et surtout, de toute façon ,en moins de deux mois. Il était indispensable que quand on sortirait Emissaire de son état dissocié, on lautorise du même coup à communiquer avec SAPIENS sans restrictions. Le but étant de faire croire à lenvoyé de la Fédération que les Terriens étaient bien des humanoïdes aboutis du fait même que leurs savants connaissaient à fond lUnivers à 6 dimensions des Cephs. Lequel serait sûrement le même que celui des 79 planètes fédérées.
Les Directeurs navaient donc plus quun problème à résoudre : convaincre Pim de se sacrifier pour remplir des missions vers le passé et y laisser sa vie. On lui proposerait, certes, un clone et un enregistrement pour quil ne meure pas tout à fait. Là, il ne sagissait pas de convaincre un être jeune ayant assez peu vécu pour quun changement de corps, à moins de quarante ans, puisse être envisagé et finir par une fusion. Non, Pim nétait pas un jeune homme, il se trouvait au meilleur âge à un peu plus de la moitié de son parcours. Il avait 61 ans et navait aucune raison valable daccepter. Le seul bon argument résidait dans les âges que SAPIENS avait prévus pour ses réceptacles, mais impossible de sen servir à fond ! Lorsquil partirait, on le laisserait dans lignorance des identités de ceux-ci . Pim devait croire que le hasard seul, (la concomitance détats dévanouissements, danesthésies ou de comas avec les dates de ses incarnations ), avait joué. Si on faisait lerreur de linformer avant quil ne parte, il ne pourrait sempêcher denquêter sur les personnages et, partant, dobtenir des informations sur le cours complet de leurs existences. Cela créerait automatiquement des paradoxes temporels. Donc Pim ignorerait que sa première réincarnation se ferait avec Manius ( alors âgé de 18 ans ) que la seconde concernerait Mat Ducerf (59 ans) et que la dernière concernerait un gamin au moment de ses douze ans. Par contre, il saurait quil finirait sa vie dans sa troisième identité demprunt.
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Pim le nexialiste.
Le terme de nexialiste a été créé par un auteur de science fiction du nom de Van Vogt pour désigner une nouvelle profession qui na jamais réellement existé. Ce métier aurait consisté à opérer des transferts de connaissances dune branche de la science aux autres. Pour illustrer disons que si Untel dirige un laboratoire dans lequel on a découvert un produit x auquel on ne trouve pas dusage intéressant et que si, dans latelier de mécanique de Quidam on cherche, sans le trouver, un produit y ayant les propriétés quà x, le nexialiste fera passer linformation, à la satisfaction des deux.
Quand il était dâge scolaire, Pim se révéla très vite appartenir à la catégorie assez rare des cancres intelligents. Cancre, il létait car il refusait leffort dapprendre, il aurait aimé que la simple écoute ou lecture des cours suffise. Malheureusement il avait une mémoire détestable et ne retenait pas grand-chose. Ceci navait rien à voir avec la qualité de son cerveau. Les tests avaient montré que son Q.I. montait souvent à 125 ce qui le classait déjà en haut de gamme. Son cycle étudiant ne fut guère plus brillant, il changeait constamment de spécialité, absorbait un peu ce qui satisfaisait sa curiosité et allait voir ailleurs. Aussi, quand il eut accompli le minimum obligatoire, il laissa luniversité et, sans réelle spécialité, fut capable de rendre des services en orientant les gens qui avaient des questions vers ceux qui pouvaient avoir des réponses. Il sintitula donc Nexialiste car il avait eu une période intense de lecture des microfilms douvrages anciens traitant de science fiction.
Enjoué et aimable, sans une once de méchanceté, il était assez aimé de ses concitoyens. Ainsi il aidait les uns et les autres en traînant des heures avec chacun sur le lieu de leur travail ou de leur violon dIngres. Il apprenait énormément, nen retenait que des généralités ou des directions de recherches et transmettait des informations utiles à ceux qui en avaient le plus grand besoin. Il opérait par le seul jeu de son intelligence qui construisait un pont entre des préoccupations différentes. La toile daraignée pouvait aboutir au même résultat, mais par des chemins complexes puisque les données à relier se trouvaient dans des domaines ou dossiers tout à fait distincts et dépourvus de corrélations. Donc, Pim allait plus vite que Nounou ou BAFESI. Cest le noeud de la différence entre une intelligence humaine et une autre uniquement électronique, même si cette dernière se trouve sous la forme la plus poussée, celle de SAPIENS.
Pim vécu ainsi sa vie en continuant en permanence à picorer des informations, des faits, des idées un peu partout. Si on lui avait demandé quelle part de son temps était du travail et donc à inclure dans le minimum imposé, il se serait trouvé bien embarrassé, car, en réalité il narrêtait que lorsquil dormait. Son boulot et son activité de détente ne faisaient quun et cela le distinguait tout à fait du reste de ses contemporains. Participant à de nombreuses activités toujours diversifiées, en tant que spectateur ou dassistant, ne comptant pas son temps, il devint bientôt indispensable à beaucoup. Il se sentait apprécié, bref, il était tout à fait bien dans sa peau et décidé à continuer ainsi tant quil le pourrait. Comme tout un chacun, et peut-être un peu plus que la moyenne, il suivit tous les efforts déployés pour atteindre les mondes extérieurs à notre système solaire. La chose lintéressait, mais pas plus que dautres. Quant, à loccasion des symposiums, il eut entendu Emissaire et les Directeurs discuter, il sen réjouit mais ne se sentit pas particulièrement concerné. Or, pour SAPIENS il était, et de loin, le meilleur voyageur vers le passé possible. Car même ses défauts devenaient des qualités pour la mission. Sa faible mémoire serait une bénédiction, car dans les réincarnations cela perturberait moins lesprit du receveur. Il aurait à apprendre par coeur quelques chiffres pour ses sauts temporels, mais cela on pouvait lobtenir de lui. Surtout si sa vie en dépendait ! Son intelligence était assez bonne pour quil comprenne limportance de la mission et les priorités quelle comportait. Son côté touche à tout lui conférerait un coefficient dadaptation remarquable. Enfin il y avait sa grande capacité de travail, qualité rarissime à lépoque.
Pim, allant de lun à lautre et souvent vers des activités mal connues de lui avait appris la prudence. De plus il saimait bien et ne prendrait aucun risque inutile, sa tendance, en vieillissant, allait plus dans lautre sens, une sorte dexcès de précautions. Ceci nétait pas mal non plus pour la mission mais naiderait pas à le convaincre.
Le problème ne pouvait se trouver abordé et résolu que par des humains et cest donc sur les Sages quelle retomba. Il fallait trouver un biais, un levier pour que Pim, non seulement accepte, mais se montre enthousiaste. Les gens qui commercent nomment cela des motivations et ces dernières ont, depuis plus de 1500 ans, été classées, triées, répertoriées et utilisées par ceux qui en avaient besoin. Dans le système appliqué, le distributionnisme, il fallait éliminer le facteur argent. De plus, Pim navait montré aucun signe de recherche de puissance ou dhonneur, donc encore une piste à laisser. Le sexe était à oublier, non à cause de lâge de Pim, mais par suite du contrôle des naissances et de la distribution dans les rations alimentaires de contraceptifs ou de calmants. Dailleurs que lui proposer en supposant des introductions dexcitants au lieu de tranquillisants ? Daller vers le passé conquérir une belle ? Il ne restait donc que les grands mythes qui trouvent toujours preneurs : limmortalité ou le bain de Jouvence.
Les Sages décidèrent dutiliser les deux en proposant à Pim le droit à un clone et la fusion avec les informations que SAPIENS mémoriserait sur lui lors dun passage de remise en forme par mandalas. Comme Pim saimait énormément, cette perspective devait lui plaire. Au besoin Clone 001 Kog lui parlerait et lui prouverait lintérêt de la chose. Pour le rajeunissement ils lui promirent trois vies à des âges particulièrement intéressants : la puberté, la jeunesse, et celui de la raison. Ils ne précisèrent pas comment ils le savaient davance, mais Pim avait confiance, les Sages pas plus que SAPIENS ne sauraient mentir.
Laffaire fut emportée par un argument ajouté au dernier moment : il serait le premier à accomplir ce travail de lisseur du temps qui, de fait, pouvait être considéré comme la forme la plus poussée de liaison Nexialiste. Zaon 438 Pim donna son accord et sen fut vers ses destins en tant que Manius, Mat Ducerf et Oleg Petersen.
Clone 001 Kog.
Le Bambara avait dû se rendre sur le vaisseau BAFESI pour essayer de faire ouvrir par des influx télépathiques, le fichier caché par les Cephs. Il ny réussit pas car ses formes de langage et de pensées nétaient pas recevable. Alors il essaya de communiquer avec la seiche quil avait emportée avec lui dans son aquarium. Là, il eut un contact et souvrit totalement comme Hydros le lui avait enseigné. Il ny eut rien de plus le premier jour. Le lendemain il perçut des images marines très nettes et des pensées concrètes tenant à la nourriture. Il versa dans laquarium les alevins de la ration quotidienne et eut en retour une pensée reconnaissante et de bonne volonté. Kog essaya de signifier sa demande pour que la seiche communique avec BAFESI. Mais il y eut incompréhension et étonnement. Au troisième jour, de bonne heure, le matin Kog capta des échanges télépathiques entre la seiche et ses congénères dans locéan terrestre. Il semblait quelle soit à la recherche dinformations dispersées. Des réponses vinrent, en grand nombre et la seiche sembla avoir compris un peu mieux ce quon attendait delle. Malheureusement, Pluton avait bougé et il faudrait maintenant attendre encore un mois avant quune lucarne astronomique ne se présente à nouveau. Kog et la Seiche, quil nomma Secco , eurent entre eux bien des échanges et autant détonnements.
Secco était intelligente mais encore primitive et, de ce que le Ceph Voyageur avait transmis, très peu avait été compris et assimilé. Mais Secco avait constaté des progrès nets dans son espèce propre. Ils avaient choisi quel autre animal jouerait, pour eux, sur la Terre, le rôle quavaient tenu les Cralangs pour les Cephs. Ce seraient les Homards avec lesquels il y avait, depuis longtemps, des échanges dinformations sur les courants marins ou les réserves de nourriture, mais sans plus.
Enfin, le moment vint où un nouveau contact avec les seiches de la terre était possible et le résultat en fut fructueux. Toutes les seiches avaient eut le temps de trier dans les données envoyées par le Ceph voyageur, den faire la synthèse et den comprendre lessence. Secco absorbait à grande vitesse et Kog nattrapait que des bribes sans significations pour lui. Le lendemain il adressa mentalement, à nouveau sa demande à Secco. Celle-ci savait de quoi il était question et donna son accord. Une condition fut posée qui concernait la possibilité ultérieure de voyages vers dautres mondes pour les seiches avec laide des humains. Puis, abandonnant ses échanges avec Kog, Secco entreprit de débloquer BAFESI. Cela ne se fit pas de suite, mais Secco était pugnace et ,à force de variations dans la manière de transmettre, finit par arriver à ce quelle voulait. Le programme concernant le paradigme des Cephs était enfin ouvert. Restait à le transformer en langage humain et à le comprendre. On disposait, au mieux de huit jours.
Présidente.
Dans le bâtiment en forme de tour qui dominait la capitale de la Fédération, Présidente se posait des questions. Emissaire au moment de son court passage avait apporté des informations contradictoires à propos de la planète Terre. Il devait bientôt revenir de sa mission avec des réponses. Dautre part, depuis que Betty était sortie du mandala en visiteuse, les historiens de Floric et des autres mondes avaient fouillé les archives. Ils cherchaient à relier tous les éléments quils possédaient concernant les voyages réalisés vers cette destination. Cela commençait plus de 10.000 ans en arrière avec la construction de la première ziggourat, à la limite dune faille géologique séparant deux continents dont les plaques tectoniques nétaient pas encore stabilisées totalement. Les terriens vivaient une civilisation primitive et les visiteurs mandatés par la Fédération, étaient des Eloïens. A cette époque, songea-t-elle, il ny avait que 63 mondes acceptés comme assez aboutis, et les Eloïens faisaient partie des dix premières planètes fédérées. Ils étaient les meilleurs fabricants de vaisseaux spatiaux et ensuite de mandalas. Pourtant, pour cette première expédition vers la Terre, il y avait eu la plus improbable des pannes, dont le facteur principal était venu de changements directionnels du champ magnétique terrestre au lieu darrivée. Ceci se produisit suite à un phénomène sismique damplitude moyenne, mais qui provoqua la modification. Durant trois décades, ils étaient restées bloquées sur ce monde encore sauvage mais ne manquant pas de charmes. Puis, la cause de la panne ayant enfin été trouvée, ils purent rentrer sur leur monde et remettre leur rapport : << Monde à suivre >>
Ce quils navouèrent pas et dont aucun des participants nosa parler ou écrire à leur retour, fut quils avaient enfreint une des règles dor de ces explorations : Ils navaient pas pu sempêcher de se rapprocher des femmes de terriens quils trouvaient de plus en plus belles au fur et à mesure de leur présence, donc de leur privation. Lerreur de base venait du choix de léquipage, qui par hasard, ne comportait que des mâles ! En théorie, leur expédition ne devait durer que deux mois et le sexe navait pas été pris en compte pour un si bref laps de temps. Oh ! Ne leur jetons pas la pierre, ils avaient des circonstances atténuantes, car physiquement les terriens et les Eloïens avaient les mêmes caractères physiques, simplement les terriens semblaient des modèles réduits. La taille dun terrien adulte devait avoisiner 1,5 mètres quand celle des visiteurs en faisait deux, mais, chose rare, leurs hormones sexuelles étaient de même famille chimique et ne différaient que dun groupe méthyle.
Plus tard, quelques décennies après leur retour, les langues se délièrent et ils avouèrent leur transgression de la règle. Mais le mal -ou le bien- était fait. Ils avaient induit un progrès génétique, psychologique et technique dans une population locale qui les considéra comme des dieux. Ils eurent même une descendance qui se dilua, au cours des siècles suivants, dans le reste de la population. Leur nom se transmis de bouche à oreille de génération en génération avec une légère modification de prononciation, ainsi que cest toujours le cas. Dans la mémoire des hommes ils furent les Elohim.( Un Eloïen, des Elohim ). Les installations minimales de production de fruits et de légumes quils durent mettre en route pour survivre modifièrent, en un lieu précis, le paysage ambiant qui était particulièrement aride, sinon à demi désertique. Les autochtones en furent frappés et, ne pouvant y pénétrer à cause de la barrière électrique, le contemplaient avec admiration et simaginaient y séjournant. Dans la langue des Elohïm, potager se prononce Purdess et ce nom pour les terriens devint, au long des transmissions orales, pardès, puis paradès, puis paradis.
Lorsque leur retour se trouva compromis, sinon renvoyé à jamais, les visiteurs commencèrent à choisir parmi les filles des terriens et il y eut quelques bagarres qui, elles aussi, donnèrent lieu à des légendes dans les histoires racontées sur Terre après leur départ. Les récits sembellirent au cours des siècles, chaque conteur enjolivant un peu pour mieux capter lattention de son auditoire. Ainsi, une histoire de dispute due à la jalousie fit quun terrien se lança à la poursuite dun visiteur, lequel, peu agressif préféra rentrer dans le vaisseau en se servant dune échelle de secours. Il y eut altercation sur cette échelle et le terrien fut repoussé dun coup de pied négligent et retenu, mais il se brisa la cheville et boita ensuite toute sa vie. Son prénom devait être quelque chose comme Jancov et se perpétua sous la désignation de Jacob dans lhistoire de la population locale. Pour que cela soit encore plus miraculeux, on décala les dates en faisant passer cet incident comme bien postérieur à la venue des Elohim.
Présidente avait passé des soirées complètes à faire le lien entre ce qui était resté dans la mémoire des hommes de la terre et les faits réels tels que les historiens de la Fédération avaient pu les reconstituer. Il y avait plein dhistoriettes montrant limpact quavait eu cette visite prolongée et fâcheuse des humanoïdes de la Fédération.
Quatre mille ans plus tard, une visite de contrôle avait montré que cette population avait subit une évolution accélérée dans un sens mais que des guerres incessantes (pour des histoires de dieux, de troupeaux, de territoires, de jalousie ou de sexe) avaient produit un effet inverse. Ils bataillaient sans merci, sans réels motifs, de tribu à tribu, de peuple à peuple, de pays à pays. Alors, les visiteurs, qui ne restèrent que les quelques jours nécessaires et indispensables, prirent, comme le règlement le prescrivait, linitiative de donner quelques préceptes indispensables de morale et déthique. Il ne fallait pas trop pousser en ce domaine, par conséquent ils se limitèrent à une dizaine en portant une attention particulière sur lunicité dun Dieu et linterdit de sa représentation, ce qui éviterait les guerres didoles. Malgré une mise en scène bien faite, la portée en demeura bien plus faible que dans dautres mondes où cette technique avait été appliquée avec succès. Mais elle dura et fini par simposer. A cette occasion ils offrirent aux terriens un système graphique et un alphabet pour remplacer les idéogrammes. Ils navaient pas le droit de donner davantage. Il y eut dautres courtes visites de surveillance ou pour remplacer la ziggourat, originelle et alors écroulée, par le temple de Samye.
Encore plus tard ils détectèrent une guerre nucléaire et la Fédération voulut en savoir plus. Le continuum de lespace-temps pouvant se trouver déchiré, le danger commandait une urgence et un approfondissement de la surveillance. Cette fois ci, à la fin du 20° siècle de lère chrétienne sur terre, ils décidèrent de créer des bases secrètes à partir desquelles des envoyés venant de plusieurs des planètes de la Fédération espionneraient les terriens. Certains incidents eurent lieu et la présence des humanoïdes de la planète Ballant, recouverts de combinaisons vertes à la mode chez eux, posa bien des problèmes. Ce fut sur Terre lépoque dite des petits hommes verts Dune façon identique les engins ovoïdes volants (une autre équipe en provenance du monde de Réa) néchappèrent pas toujours aux hommes. A la longue cela se tassa et on nen parlait plus sur Terre quen plaisantant. Mais les rapports remis au retour étaient inquiétants et la question de la destruction pure et simple de la Planète Terre fut mentionnée comme possibilité dernière. Puis, avec les années A. A , les terriens devinrent raisonnables et commencèrent à essayer de franchir la barrière de leur système planétaire.
Tous les membres de la Fédération furent daccord, il nétait absolument pas question de laisser une race non aboutie aller se promener et répandre sa violence nimporte où. Ils durent se résoudre à utiliser le système de quarantaine qui faisait disparaître tout corps organique issu du vivant. Tout humain, animal, animalcule, bactérie, virus, microbe, vivant ou mort, se trouvait transformé en énergie en une fraction de seconde dès que le vaisseau sapprêtait à sortir du système. Il ny eut quune exception, un équipage de cinq navigateurs fut capté par un mandala intérieur au système solaire mais la Fédération nen trouva pas trace. Comment Présidente aurait-t-elle pu simaginer que Mat Ducerf avait reçu ces gens quelques centaines dannées plus tôt que leur départ ? Et, de plus, sans le faire exprès ? .
Oui, la Fédération avait des raisons de se soucier de larrivée de la 80° planète en son sein ! Des conséquences pouvant se révéler redoutables. Présidente était assez anxieuse de voir revenir au plus vite Emissaire. Pour le lui faire savoir, elle ne disposait que de deux moyens. Soit envoyer un second visiteur qui porterait ses instructions de retour précipité, soit consommer une grande énergie pour envoyer un Titane à mémoire de forme. On risquait, ce faisant, dapprendre aux terriens une chose quils semblaient ignorer totalement. Cela concernait les mandalas et donc le paradigme des 6 dimensions sur lequel toute la civilisation technique de la Fédération reposait. Ceci reviendrait à leur donner la réponse à la question que Emissaire avait à trancher. Donc, de rendre son séjour inutile car à quoi bon faire passer un examen dont le candidat aurait les réponses fournies par lexaminateur ? Il fallait bien y réfléchir se dit-elle, il semblait que les terriens aient, de lusage des mandalas, une science différente de celle des planètes fédérées. Certaines utilisations quils semblaient avoir découvertes étaient inconnues ici. Par contre une partie de ce qui était évident dans les 79 planètes paraissait totalement ignoré deux
Si ce que Emissaire avait dit au cours de son bref passage se trouvait confirmé, les terriens ignoraient que lon peut expédier de la matière par les mandalas. Bien quil y ait des limitations très restrictives, si on sen tenait à des corps simples élémentaires, on pouvait y faire passer un métal comme laluminium ou un gaz comme loxygène ou un liquide comme le mercure. Ce nétait quune question dintensité électrique dans le dispositif. La forme de ce quon expédiait ainsi ne pouvait être conservée pendant le transfert, tout arrivait sphérique, cétait une question dencombrement minimum pour une masse donnée. Par contre, le temps de transfert nétait pas nul, puisque lon nutilisait ni linversion de temps ni le retour dentropie comme cétait possible avec le vivant. Un rapide calcul sur son terminal lui montra que pour envoyer une masse de 10 grammes de Titane à mémoire de forme, le temps de transfert serait de 4 jours 9 heures et six minutes en temps local. Si Emissaire était à Samye quand cette bille arriverait, il lui suffirait de la chauffer à 594° pour quelle reprenne sa forme initiale : celle dune feuille carrée de un pouce par un pouce par 0,01 pouce. Le pouce type universel pour les fédérés correspond à 6,058 cm.
Sur cette feuille, un ordre bref serait gravé en creux à la pointe sèche. Puis le Titane pur subirait une opération de recuit spécial qui lui conférait la mémoire de la forme. Lordre donné à Emissaire pouvait être, par exemple << Revenez >>. Mais qui le préviendrait quun message titane lattendait ?.
Non, tout compte fait, il était préférable denvoyer un espion qui le joindrait discrètement et lui donnerait les ordres de retour de vive voix.
Un autre argument sajouta aux précédents, durant sa réflexion. En effet, les règles de la Fédération limitaient les envois de matières à des cas particuliers très précis. Le message titane figurait dans la liste des opérations à nexécuter que rarement. Ce type denvoi nétait pas considéré comme très poli, ni particulièrement aimable ,alors on essayait de léviter. Ah! Sil avait été simplement question dexpédier de loxygène et de lhydrogène séparément dans un monde sans eau! Cela se justifierait pour permettre à quelquun de survivre en réalisant la synthèse de leau, par étincelles à la sortie du mandala récepteur. De surcroît,, cela aurait été bien vu. Il en aurait été de même si un mandala devait être réparé et que lon eut manqué de cuivre pour ce travail. Mais, pour un simple message qui circulait moins vite quun envoyé, cela devenait bien trop grossier !
Elle se mit à la recherche sur fichiers. Pour elle, le meilleur espion possible devait, dune part, avoir déjà opéré sur la Terre, bien en connaître les usages et la langue, mais aussi savoir être particulièrement discret, têtu et rusé. Finalement il ny avait que très peu de personnes pouvant accomplir ce travail ! Finalement elle eut à choisir entre trois personnes, venant de planètes différentes. Mais une seule était habitée par des HUMABS dont laspect physique était assez proche de celui des terriens pour quelle ne soient pas immédiatement repérée. Il sagissait des fameux Eloïens. Donc lespionne, puisquil sagissait dune femme, devrait passer inaperçue malgré une taille assez grande et voisine de 1 m 85.
Présidente, ressentant une grande gêne, car cela ne se faisait pas, regarda lidentité officielle de la personne. En principe la politesse aurait voulu quelle demande à cette femme sous quel nom elle désirait que Présidente la nomme et de son côté, Présidente aurait dû en faire autant. Mais pour les cas sans échange de noms, et quand la simple fonction ne pouvait suffire, on pouvait regarder dans lOfficiel pour obtenir au moins une désignation dattente.
Ainsi que pour tous les Eloïens, son nom se terminait en ael . Sa fiche nominale de base indiquait Féligrabael. Il était vraisemblable que ses amis de travail la nomment Fégael, pensa-t-elle en rougissant de confusion. Lors de sa précédente mission sur la Terre, il y avait maintenant 21 ans terrestres, Fégael, donc, participa, en tant que remplaçante, à une équipe des meilleures équipes de nageuses . Elle avait soigneusement conservé par devers elle, les documents quelle avait eu à utiliser sous le nom terrien de LUON 457 ARCO - (dite Arc pour les proches). Curieuse manie quavaient ces terriens de donner un nom en deux groupes de lettres souvent imprononçables, séparés par un bloc de chiffres. Et ce, pour tout le monde. Ils y ajoutaient un bref sobriquet, que tout un chacun pouvait connaître, et qui était utilisé aussi bien par les proches que pour les particulièrement intimes. Quel manque de raffinement !
Présidente se pencha sur le cas Fégael pour connaître les détails de sa précédente mission et constata à quel point lopération avait été bien menée ! Il y avait eu, tout simplement, substitution de personne. Les services de la Fédération avaient cherché et repéré, parmi une multitude, une femme ressemblant le plus possible à un agent de leur service. Ils ne regardèrent pas du côté masculin car, si sur Terre il existe des grandes femmes, trop peu dhommes dépassent les deux mètres. Ils avaient préféré cette démarche plutôt que réaliser linverse , cest à dire chercher à ce quune espionne se grime assez bien pour ressembler à une terrienne. Quand ils eurent trouvé leur victime, ils létudièrent pendant des mois et finirent par tout en savoir. Puis, un soir, ce fut la fausse Arc qui rentra au domicile de la victime choisie et se substitua à la vraie. Cette dernière, la pauvre, pensa Présidente, fut enlevée, emmenée au mandala de Samye et envoyée dans le monde des Eloïens. Une fois sur place, elle fut inscrite et coincée dans un centre de recherches. Là, on lui donna un travail de surveillance de machines analytiques, en lui faisant croire quelle avait été sélectionnée pour un projet secret commandé par Nounou. Elle se croyait encore sur la Terre !. Lopération inverse fut réalisée six mois plus tard. On lui rendit ses identifications et ses cartes de distribution, non sans les avoir copiées. Présidente en déduisit que si elle confiait la mission à cette Fégael il faudrait, de nouveau, opérer de la même façon. Mais, il semblait quaprès que la première avait eu lieu, la véritable Arc avait éprouvé des difficultés à se réadapter. Elle passa longtemps pour un peu dingue avec ses histoires de base secrète et de recherches pour Nounou.
Ses amis, qui voulurent vérifier ses dires, auprès de la grande toile nobtinrent que des réponses négatives. Mais, si Nounou avait effectivement mené des études secrètes, nen aurait-il pas été exactement de même ? Bien joué ! , se dit Présidente. Eh bien ! Donc, quil en soit ainsi, elle enverrait la fausse Arc reprendre du service et lui demanderait de contacter Emissaire.
Deux éléments déterminants et de la plus haute importance ne figuraient pas dans les documents que consultait la Présidente. Il sagissait dhistoires de coeurs que les intéressées avaient soigneusement gardées cachées. Car, tant la vraie que la fausse Arc, avaient trouvé le compagnon idéal au cours de cet échange imposé.
Arc.
Voici comment Arc, la terrienne, vécut la chose. Cétait une grande jeune femme, bien faite et portée sur lélégance vestimentaire ainsi que sur la beauté en général. Elle cultivait son corps en se livrant avec passion à la natation et à la danse classique. Figurant parmi les meilleures mais pas classée super championne, il arrivait, de temps à autre, que lon sollicite son inscription pour remplacer une défaillance dans léquipe de sa région. Arc vivait un gros problème que toutes les femmes coquettes comprendront . Compte tenu de sa taille, elle devait éviter les chaussures à talons hauts car elle se serait trouvée plus grande que ses compagnons de danses ou de sorties. Il sétait pourtant produit, trois fois dans sa vie dadulte, que lassistance ou la réunion comporte un célibataire très grand. Ce furent : un basketteur, un joueur de volley, et pour le dernier, un plongeur. Elle sétait senti attirée et avait tenté sa chance, mais tous ces hommes très grands adorent les femmes les plus petites ainsi que Nounou consultée le lui avait expliqué. Donc, en dehors du plaisir de tourner quelques danses avec de hauts talons qui mettaient bien en valeur la beauté de ses jambes, elle nobtint rien dautre. Bien sûr, et hors des sorties accompagnées elle avait une vie sexuelle normale pour les terriens de lépoque. Arc pouvait assurer sa quotité moyenne minimale dorgasmes : une petite série de deux à quatre, selon le partenaire, à chaque trimestre. Cela ne lempêchait nullement de rêver du Prince Charmant qui, un jour, laimerait.
Un Eloïen vint, sur la Terre prendre livraison du colis quelle était pour les services secrets de la Fédération. Il lemmena vers Samye, puis composa le code qui les conduirait directement chez lui, sans passer par Floric. Pendant le voyage aérien, entre Paris et le mandala, elle neut de regards que pour lui, tant elle le trouvait charmant. Sa taille dépassait les deux mètres mais il était si bien proportionné quil fallait être tout près de lui pour le remarquer. Ses cheveux étaient blonds, souples et descendaient dans son dos jusquà la ceinture, en longues mèches dor. Ses yeux montraient une couleur bleue, mais tirant un peu sur le violet, sous dépais sourcils aussi blonds que la tête. Son âge était indéfinissable, ce nétait pas un gamin certes, mais, elle le crédita de quarante ans à peine. Elle ne saperçut même pas quils entraient et sortaient du mandala tant elle était en contemplation de son idéal masculin. Une fois à destination et dun geste naturel, elle lui donna le bras tandis quil la dirigeait à travers un dédale de couloirs et de portes. En réalité ce pseudo laboratoire secret était situé dans le sous-sol dun complexe administratif dont la tâche était de contrôler des prélèvements sanguins de routine. LEloïen lui avait déclaré, avec une certaine gêne, que ses relations de travail le nommaient Préleveur car son travail consistait à prélever des échantillons dans des tubes et à les introduire ensuite dans lappareil qui en ferait les analyses. Arc déclina son identité officielle et lui demanda de la nommer Arc, tout simplement. Seulement trois lettres ! Sur ce monde, plus on autorisait un autre à vous donner un nom court, plus on montrait son affection. Trois lettres signifiaient une déclaration enflammée avec désir de relations stables et durables. Comme elle lui plaisait bien avec sa taille un peu petite et ses beaux yeux noirs, rarissimes ici, et donc particulièrement prisés, il lui donna lun de ses noms, il choisit six lettres car, pas question daller trop vite avec cette souris. << Vous pouvez me nommer Mikael >>.
Ce prénom, existant sur la terre, ne devrait pas la surprendre et cétait le but. Moins elle saurait ce qui lui arrivait et mieux ce serait. Donc, à partir de ce jour Mikael et Arc travaillèrent dans le même laboratoire, mangèrent ensemble et conversèrent de tout et de rien chaque jour. Au cours de la fin du premier mois, Arc, ayant besoin que Mikael lui passe un instrument sadressa à lui en lui disant :
<< Miki, peux-tu me passer le porte-tube sil te plaît ? >>
Il en devint cramoisi et ne savait ou se mettre devant les collègues. Lutilisation, devant dautres dun prénom plus court que celui employé dhabitude revenait à annoncer quils vivaient ensemble. Cela correspondait, à un enregistrement à lEtat Civil, dune demande de procréation commune ! Impossible de révéler à Arc quelle ne se trouvait pas sur Terre et que dautres règles jouaient. Interdiction aussi de mettre les autres travailleurs du centre dans le secret, sinon ou serait le secret ? Et combien de temps passerait avant quun imbécile ne se coupe ? Il navait pas dautre choix que dentériner. Depuis quil lavait amenée pourtant, il lavait toujours nommée avec le nom de son travail : Conductrice sept, car elle avait à fournir les tubes à traiter, au septième bloc danalyse,. Et voilà quil devait employer devant les autres le nom quil utilisait pour elle dans ses pensées intimes lorsquil se disait quil aurait bien vécu un ou deux siècles avec elle. Il se trouva obligé de brûler les étapes et, donc répondit :
<< Tiens, le voilà, Arc >>
A cet énoncé toute la salle se mit à applaudir à lébahissement de la pauvre terrienne. En quelques minutes les paillasses furent débarrassées de ce qui les encombraient et transformées en tables sur lesquelles vinrent bientôt sétaler des plats de nourritures et des boissons alcoolisées. En peu de mots, le mariage fut ainsi célébré et les jeunes époux raccompagnés jusquaux appartements de Mikael. Si Arc avait de lattirance pour Miki, ce dernier depuis cette déclaration dévergondée, avait ressenti une poussée hormonale intense. Encore sans la moindre descendance il éprouvait effectivement un fort sentiment pour Arc quil nosait pas désigner sous le terme damour, mais qui y ressemblait fort. Mikael navait que 149 ans à lépoque, ce qui était le début de lâge adulte chez les Eloïens puisque leur espérance de vie avoisine le demi-millénaire. Donc, sachant que la relation ne pouvait être que précaire, et avec regret, il ne fit rien pour obtenir une autorisation. Ceci ne surprendrait personne, souvent de jeunes couples attendaient leur âge mûr pour le faire. Ainsi ils pouvaient avoir une vie amoureuse intense en attendant de pouvoir se consacrer aux joies parentales.
Les femmes terriennes avaient toujours eu beaucoup de succès avec les Eloïm car lodeur de leur peau entraînait un effet aphrodisiaque sur eux. Ce serait peu de chose que décrire que Arc et Miki furent heureux ensemble. Ils ne voyaient pas le temps passer, entièrement absorbés dans leur passion. Quand Arc se retrouva, plus tard, de retour sur terre, elle fut persuadée quelle sortait dun labo enfoui sous lHimalaya et pensa que dès que son Miki aurait fini son boulot il la rejoindrait. Donc elle lattendait patiemment en élevant lenfant quelle avait eu de lui sans la moindre autorisation. En effet, Mikael se sachant protégé par les contraceptifs que Arc absorbait chaque jour avec sa pitance, navait pas pris dautres précautions. De son côté Arc, se croyant sur terre, pensait également que sa ration alimentaire et son médic opéraient comme dhabitude. Grossières erreurs, car dans le pseudo labo secret, lordinateur qui servait Arc ne la considérait que comme visiteuse et donc nintroduisait aucun produit spécial puisque cela aurait constitué une ingérence grave dun monde dans un autre. Il ne lui servait pas plus ce quaurait demandé une visiteuse qui ne désirait pas procréer puis quelle navait fourni aucune consigne particulière dans un sens ou dans un autre. En résumé, revenue dans sa vie normale, elle retrouva avec un môme et sans pouvoir désigner le père autrement que par son prénom Mikael . Quand quelquun voulait en savoir plus, elle racontait son travail secret pour Nounou et tous rigolaient de sa fantaisie.
Ne pouvait-elle donc pas dire simplement quune nuit, lors dune fin de semaine loin de chez elle, un peu ivre, sans doute, elle avait oublié les précautions dusage et sétait fait faire un gosse par un gars de passage qui lui avait plu?. Elle ne serait pas la première et certainement pas la dernière. On finit par shabituer au petit qui était très beau et grand pour son âge. Elle lavait enregistré et la machine avait sorti son nom : Bhoz 006 Diom, mais tout le monde le nommait Iomael, sobriquet que la mère avait choisi pour lui et quil garda toute sa longue vie. Beaucoup plus tard, alors que son fils avait atteint lâge de 46 ans, Miki, alias Mikael, alias Préleveur mais de son vrai nom Garboxipael, eut à consulter sa propre fiche dans lofficiel pour une raison purement administrative.
Il constata, avec stupéfaction, quil avait eu un enfant de cette Arc qui lui avait tant plu. Il en nota les références, le nom officiel sur terre et le sobriquet sous lequel tout le monde le connaissait : Iomael. Miki en fut heureux et se décida à réaliser, un jour, le nécessaire pour régulariser officiellement ses liens avec Arc. Il ne songea pas que pour Arc la moitié de sa vie était accomplie et quelle avait maintenant presque 70 ans. Il renvoya cette reconnaissance de paternité au moment où la Terre serait définitivement admise dans la Fédération. En attendant, il décida de se documenter un peu mieux sur ce quavaient jadis donné les croisements entre les Eloïens et les Terriennes.
Ce quil constata, au début et sans difficulté, était que ces hybrides sétaient à leur tour croisés avec des humains plutôt que de se croiser entre eux. La loterie génétique avait entraîné que, sporadiquement, il naissait un individu plus près des Eloïens que des humains et que cela avait largement contribué aux progrès de lhumanité terrienne. La seconde chose concernait la longévité qui était celle des terriens à lépoque de la panne sur la Terre. Si on enlevait les morts par maladies, guerres ou famines elle se situait vers cinquante années et les plus anciens arrivaient à soixante ans. Les Eloïens vivaient une moyenne de 650 années de leur planète ce qui correspondait, en temps absolu, à 500 ans terriens. Les plus anciens atteignaient péniblement 5% de plus. Or, comme cest souvent le cas avec les hybrides de première génération, certains caractères sont bien plus développés que celui de chaque parent considéré seul. Un type de cotonnier croissant à 1,2 mètres de haut, croisé avec un plant dont la taille va jusquà deux mètres peut donner un hybride H 1 qui croit à plus de trois mètres ! Eh bien ! les descendants avaient vécu bien plus de 800 ans ! Lhistoire des terriens lavait noté dans un texte nommé bible . Un Adam vécut 930 ans , son fils Seth 912 et son petit-fils Enoch 905. Le record avait appartenu à un Mathusalem qui tint jusquà 969 années. Lamech, ainsi, neut plus droit quà 777 ans tandis que son fils vécut, lui, 950 ans.
Puis, cela avait baissé de façon très rapide ensuite pour arriver à la moyenne générale quelques générations après. Ce quen retenait Garboxipael cétait que son fils avait des chances de devenir lancien de la Fédération, un jour lointain. Honneur suprême ! , mais honneur quil ne partagerait pas, bien sûr, mais dont il se réjouissait pour sa lignée.
Sa décision était prise, il retournerait sur Terre et verrait Arc. Il ferait sa demande et ils choisiraient tous les deux sur quel monde ils souhaitaient vivre. Il lui dirait tout ! Le secret serait levé pour tous. Et ceci, dès ladmission effective de la Terre dans le groupe des planètes. Ceci serait concrétisé lorsque les ordinateurs centraux de la Terre se mettraient en réseau avec ceux de la Fédération. Pourvu que cela se fasse vite !
Fégael.
Se glisser dans lidentité de Arc ne posa aucune difficulté à Fégael, cétait une de ces tâches auxquelles elle avait été longuement préparée. La mission quelle devait accomplir pendant les six mois de substitution était simple : chercher à savoir ce quil en était de lentraînement guerrier de futurs voyageurs de lespace dont dautres agents avaient entendu parler. En annexe, se renseigner sur ce quétaient les essais de voyage à distance que les terriens entreprenaient près du Sahara. La tâche principale put être accomplie par simple lecture des bulletins dinformation dans la presse courante. En fait cet entraînement concernait un très petit nombre dindividus et ne cachait aucune intention belliqueuse. Cétait plus une formation spécifique destinée à létude de mondes extérieurs inconnus. Quand la substitution se fit, la Terre ne savait même pas que la Fédération existait et elle ne l apprendrait que quelques décennies plus tard, lorsque Betty reviendrait de Floric.
Pour la mission subsidiaire elle participa aux essais qui eurent lieu dans une gare désaffectée du chemin de fer transsaharien et cest dans ce lieu désertique quelle rencontra pour la première fois lun des plus grands savants de la planète : Olaf (000) Sterne que tous nommaient Olaf. Ce gaillard, bien moins grand quelle, était le responsable du projet de lancement dun vaisseau porteur de mandala vers une planète lointaine. Ce qui lamenait dans ce trou, pour les quelques mois à venir, était surtout la vérification de la distance maximale à laquelle une paire de mandalas synchronisés pouvait fonctionner en tant que transporteur dhumains. Fégael, dans le rôle de Arc, technicienne standard, polyvalente pour des tâches simples, navait eu aucun mal à obtenir lun des six postes à pourvoir car les amateurs ne se bousculaient pas. Elle avait prétendu vouloir, en travaillant quelques mois daffilée, se constituer un capital de kilomètres assez grand pour quelle puisse, ensuite, entreprendre le tour de la planète en congé, quand tout serait achevé. Ce genre de motivation était le seul qui ne surprendrait personne. Fégael portait, en réalité, un âge beaucoup plus conséquent que celui de Arc, et dépassait les 220 années. Pour sa planète dorigine cétait la force de lâge et aussi le bon moment pour procréer. Olaf, quant à lui navait que 65 ans ce qui le mettait à mi-chemin de son espérance de vie. En cela ils en étaient au même point : chacun deux pouvait vivre encore autant et un peu plus que ce quil avait déjà vécu.
Une des constantes universelles est que, si un motif de coquetterie nintervient pas, (comme celui du fantasme de la vraie Arc pour les talons hauts ), les grands hommes sont attirés par les petites femmes et inversement. Donc, Fégael fut touchée par la musculature compacte dOlaf et celui-ci par limmensité de la conquête potentielle que représentait cette magnifique femme. Elle nétait pas particulièrement futée alors que lui était lun des plus beaux esprits de la terre. Il aima sa simplicité elle admira sa puissance intellectuelle. Un jour, timidement, il osa une tentative quelle ne repoussa pas et ,sans réfléchir, lui demanda son plus petit nom. Elle avait oublié, sous lémotion quelle se trouvait sur terre ! Olaf lui dit que sa mère, lorsquil était bébé le nommait Oli et quelle pouvait agir de même. Elle en fut charmée, il acceptait lunion ! A son tour elle le pria de ne plus lappeler que Fael et se considéra comme liée à lui pour un long bail. Puis, elle se rendit compte que, sur la planète Terre, cet échange de petits noms ne signifiait rien de plus quune camaraderie. Elle passa outre et ils devinrent amants à leurs satisfactions réciproques. Puis, Oli lui demanda si elle voulait bien avoir un enfant avec lui. Elle avait retardé léchéance de procréer trop longtemps. Sans se soucier le moins du monde de la précarité de sa situation, ni de linterdit qui frappait encore les croisements avec des humains non aboutis elle se laissa porter par ses phéromones. Elle se disait, quavant cent ans, la terre serait Fédérée. En un mot, elle se trouva suffisamment de bonnes raisons pour commettre cette grosse bêtise.
De retour sur sa planète après une rupture explosive (simulée mais définitive) davec Olaf, elle eut la même démarche que Préleveur, alias Mikael, et chercha à se renseigner en ce qui concernait les hybrides entre humains et femmes de sa planète. Elle dut vite constater que le cas nétait pas répertorié ! Des hommes Eloïm avaient eu des descendants de femme de la Terre, mais jamais le contraire ne sétait produit. Elle innovait. Mais, toujours aussi peu intelligente que dhabitude, elle se dit quil ny avait pas de raison que cela ne marche pas et attendit avec impatience la naissance de son enfant. Elle eut de la chance, car effectivement un bébé naquit, de sexe féminin et qui avait une forme et des caractéristiques humanoïdes certaines. Mais cette enfant présentait une caractéristique unique et bien particulière. Quelque chose que nul navait jamais constaté depuis que les mondes de la Fédération existaient : elle avait les cheveux bleus. Assez clairs à la naissance, ils foncèrent rapidement après quelques mois et se stabilisèrent en un joli bleu comme celui du ciel terrestre. Fégael la nomma Jikosibaelle ce qui veut dire ciel lointain . Oui, elle eut le culot de terminer le nom en aelle ce qui ne se faisait que pour les anciennes impératrices. Mais comme lenfant était lunique de son espèce cela fut accepté. Dans lintimité elle la nommait Jiko, tout simplement.
La mère était néanmoins inquiète car elle se demandait quelle serait lespérance de vie de Jiko ? Les médicastres ne purent que pronostiquer daprès la vitesse de son développement osseux et de la maturation de son intelligence. Ils dirent que, pour eux, Jiko vivrait autant que la moyenne de la population. Ce qui ne les mouillait pas beaucoup car ils omirent de préciser sil sagissait de celle du père ou celle dont la mère était originaire ?
Fégael fut surprise, et aussi ennuyée lorsque, par la voie des Ambassades, elle reçut une convocation de Présidente. Celle-ci précisait vouloir lexpédier sur Terre. Dans le but de voir lévolution de la mission de Emissaire, et surtout pour transmettre à ce dernier lordre de revenir au plus tôt exposer son rapport. Reprendre du service, juste maintenant, ne lenchantait guère, même si cétait pour peu de temps. Car, si lon sait quand on part, il est assez difficile de savoir quand le retour effectif aura lieu. Il y a tant de dangers et davatars possibles. La seule raison qui pouvait un peu la motiver était la perspective de rencontrer Olaf et de pouvoir lui parler de la coqueluche de la Fédération : leur fille, Jiko ! Mais, ce nétait que peu de satisfaction comparée au fait de laisser sur place tout ce quelle avait en cours. Lancer son enfant dans limpitoyable univers de la communication prenait tous ses instants de liberté. Partir vers une autre planète juste maintenant, au moment du grand rassemblement du solstice dété, ne lenchantait pas.
Seulement, les Eloïens diffèrent des terriens notamment en ce quils ne sont pas des humabs ressentant des humeurs ou des pulsions de rébellion. Quand une autorité décide, cest que le bien commun en dépend. Donc on obéit et cest tout. Cest donc, le coeur un peu gros, quelle se retrouva quelques jours plus tard au Temple de Samye munie des faux papiers de Arc.
Le voyage vers Washington se déroula sans incident et, à peine sur place, elle se mit en quête de Emissaire. Or, elle apprit avec stupéfaction que ce dernier avait eu une crise et que les terriens essayaient désespérément de sauver sa vie dans lhôpital central de Washington. Les visites étaient interdites, le malade semblait être considéré comme perdu, mourant de vieillesse et dépuisement. Daprès ce quelle put savoir nul nétait capable de dire depuis combien de temps les soins duraient et pas plus si un espoir existait vraiment. Pour Fégael, cela devenait extrêmement ennuyeux car elle devait faire un choix et prendre une initiative. Or, elle détestait cela. Si elle revenait aussi vite que possible vers Floric pour avertir la Présidente de la situation cela naiderait en rien cette dernière. Si elle restait sur place pour tenter dobtenir des informations utilisables sur le réel degré dévolution des terriens, cela risquait de durer un peu trop à son goût. De plus, elle ne se sentait pas la personne la plus compétente. Finalement elle décida de rester une semaine et de tenter de voir Olaf pour obtenir de lui quelques informations et même des passe-droits lui donnant accès à Emissaire.
Mais il y avait un sacré hic, cette fois-ci : pas question de faire disparaître, à elle seule, la vraie Arc et de prendre sa place. Il ny avait pas déquipes de la Fédération opérationnelles attendant ses ordres. Autant dire quelle ne pouvait compter que sur elle-même. Elle se dit que, parfois, exprimer la vérité est le plus simple. Elle décida donc de se présenter au premier centre/temple de Nounou, dentrer dans une des cabines pour converser avec la machine, de lui dire qui elle était et quelle voulait des nouvelles de Emissaire.
Profondément enfoncée dans son fauteuil et la tête dans ce qui semblait un terminal son, elle déclina sa véritable identité et posa sa question. Il y eut environ deux secondes dattente et elle entendit ceci :
<< Jai enregistré votre identité et votre provenance. Depuis votre arrivée vous utilisez des cartes sous un code existant ailleurs et cette situation me cause des problèmes. Vous trouverez dans le tiroir sous la planchette du terminal, le texte intégral de notre entretien et de vraies cartes à votre nom. Ceci vous évitera dutiliser de fausses références à lavenir. Lenvoyé de la Fédération que vous désignez comme Emissaire nest pas décédé. Malgré son vieillissement et la fragilité des ses organes, il y a un espoir de le sauver grâce à la technique thérapeutique par Mandalas. Daprès les entretiens que jai eus avec votre ambassadeur depuis son arrivée, cette méthode nest. pas connue de la Fédération. Elle participera à lapport de la planète Terre, si (et quand) les terriens décident dy entrer en tant que quatre-vingtième monde. Cette décision est imminente. Je ferai savoir ce quelle est à Emissaire, si sa santé est rétablie ou à vous-même dans le cas contraire. Actuellement, et sans autres détails de la technique des terriens, Emissaire est sous une forme dissociée . Il ne sera reconstruit que quand sa guérison sera probable. Dici là vous pouvez me poser toutes les questions que vous voulez, sauf, bien sûr, si cela concerne les mandalas >>
Fégael ne comprenait rien à ce que la machine expliquait si ce nest que sous un délai inconnu, elle saurait si Emissaire était vivant ou mort et, donc quelle devait au moins rester sur place encore quelques jours au plus. Pour le reste elle rendrait compte à Emissaire ou à Présidente et lui communiquerait tout ce que lordinateur Nounou lui imprimerait. En attendant, elle se sentait assez libre, et posa la seule autre question qui lintéressait :
<< Pouvez-vous me communiquer ladresse et les détails de létat civil dune personne nommée : Olaf 000 Sterne ? >>
<< Olaf 000 Sterne 156 Avenue Mathieu Ducerf à Milan en Italie -Europe. Marié, enfants : 2, demande de permis de procréer en attente : 0, Profession : Physicien, Spécialisation : Super hélices et mandalas, âge : 85 ans terrestres. Désirez-vous ses coordonnées téléphoniques, télex, et terminal personnel ? >>
<<Oui, jaimerais bien que vous les imprimiez sur la copie de notre entretien. Y a-t-il un inconvénient à ce que je le contacte ? >>
<< Non, mais auparavant sachez que Olaf 000 Sterne est tenu au secret pour tout ce qui concerne les mandalas et, ce, jusquà lentrée des habitants de cette planète dans votre Fédération. >>
<< Fin de consultation >>
Sous la tablette, quelques instants plus tard, Fégael trouva ses cartes didentification et de distribution ainsi que le compte-rendu de lentretien. Sans sortir de la cabine elle composa le numéro qui devait la mettre en contact avec Olaf 000 Sterne, et, par chance tomba directement sur lui. Elle lui dit qui elle était vraiment et tenta faire renaître le souvenir de la période où ils travaillaient tous les deux dans cette ancienne gare à la limite du Sahara, vingt ans plus tôt. Mais il navait gardé, de cette époque, que des flashes se rapportant à son travail dont il ne pouvait pas trop parler. Oui, en y repensant, il admit quil avait eu une aventure sur ce site et quil lui semblait quà la fin il sétait fait jeter. Comme ce genre de choses ne lui arrivait jamais, il sétait dépêché doublier lincident. Maintenant, il était marié, heureux en ménage et ne comprenait pas bien pourquoi, après si longtemps, elle prenait contact avec lui ? De son point de vue, Fégael perçut cette réponse comme une douche glacée et demeura saisie. Elle avait toujours cru être reçue avec allégresse et, donc, à ce moment parler de leur fille comme dun cadeau quelle lui ferait ! Elle se rendit compte quelle avait passé toutes ces années dans un romantisme injustifié et que, lui nen était pas responsable. Voulant, à son tour, le choquer, elle lui exposa que sous le nom de Arc, il avait, en fait, fréquenté une personne de la Fédération envoyée pour savoir quels étaient les progrès des terriens. A son tour, il en demeura sans voix. Pour parfaire sa revanche à laccueil si froid quelle venait de recevoir, elle lui parla de Jiko. Insistant sur la réputation de la fille aux cheveux bleus, connue de toute la Fédération, et considérée à lunanimité comme la plus belle jeune femme des 79 planètes.
Olaf restait muet et, sûrement, se demandait sil navait pas affaire à une piquée. Il ne savait pas quoi dire, alors, pour gagner du temps il demanda de lui transmettre par e-mail une photo actuelle de la mère et de la fille. Fégael expédia aussitôt sa propre photo,( le terminal disposant du matériel nécessaire) puis expliqua quelle était arrivée par mandala et donc sans rien dautre que son corps. Elle navait aucune photo de sa fille à lui montrer. Mais, ajouta-t-elle, dès que la Terre entrerait officiellement dans la Fédération, il était cordialement invité à venir la voir. Olaf dit que ce serait bien comme cela, et du bout des lèvres posa la question de savoir si, elle, Fégael et non plus Arc, voulait entreprendre le voyage pour le rencontrer physiquement . Elle avait, depuis plusieurs minutes, parfaitement pigé que de ce côté, elle ne trouverait ni appui, ni passe-droit, alors elle remercia et déclina linvitation. Malgré tout, avant de terminer, elle se sentit obligée de lui demander ce quil savait sur ce qui était arrivé à Emissaire et sur le pronostic de son rétablissement ? Heureux de laisser tomber le sujet scabreux de leurs anciennes relations, Olaf, qui nen savait pas plus que le commun de mortels sur le sujet, lui livra un petit détail sans même sen apercevoir en lui disant :
<< Le passage par mandalas se faisant en quelques instants, Emissaire doit se trouver sorti de ces appareils depuis belle lurette et, donc se trouver en réanimation ou en soins intensifs >>
Fégael ne prolongea pas la conversation. Elle venait de comprendre que Emissaire serait mort ou guéri avant peu. Elle prit la décision à sinstaller dans un hôtel proche de lhôpital et à lattendre. Au moment où elle se levait de son siège elle entendit quun document arrivait dans le tiroir et sen saisit, il y avait deux feuillets, lun, en provenance de Nounou disait : <<Veuillez trouver ci-joint le message que Emissaire a laissé, avant son opération mandalas, et qui est destiné aux personnes de la Fédération. Comme il est rédigé dans un langage qui est inconnu ici, je vous adresse une photocopie. Japprends à linstant que lopération a eu lieu et semble réussie mais que Emissaire doit rester dans lisolement encore quelques jours. >>
Lautre page était écrite dans une langue secrète réservée aux Ambassades et services despionnage. La signature et les codes didentification nécessaires étaient bien sûr, incontestables, donc ne pouvaient venir, effectivement que de Emissaire. Elle précisait que les gens de cette planète Terre, à sa demande, et vu son état désespéré, allaient tenter une thérapeutique pour le sauver. Emissaire y avait ajouté une phrase à linsu des terriens tout en rédigeant le texte sous leur dictée : <<Je me demande sils sont assez aboutis pour être admis ? >> Fégael décida de retourner à Samye et denvoyer un titane vers Floric pour rendre compte de la situation puis de revenir, ici, suivre les événements.
Chapitre 11
LES SEICHES.
Qui part en voyage,
Semporte en bagage.
M. H.
Secco avait tout de même posé une condition à Kog pour ouvrir le dernier des fichiers secrets de BAFESI et lhomme avait accepté cette demande : Les seiches voulaient pouvoir participer, si elles le souhaitaient, à laventure extraterrestre. Elles demandaient que lon étudie comment pouvoir leur appliquer le système des mandalas pour visiter dautres planètes. Il était peu probable quun mandala puisse être utilisé dans leau de mer. Il faudrait donc des bonnes volontés pour les amener, en bon état, pendant quelques instants à lair libre vers un premier mandala pendant quune autre bonne volonté les attendrait au second mandala avec un aquarium ! Le service que venait de rendre lamie Secco, valait bien ces modestes contraintes.
Les plus grands physiciens et savants mathématiciens de la Terre pouvaient disposer, enfin, de la connaissance quavaient les Cephs du monde ancien des Cralangs doù venait BAFESI. Ils se mirent à travailler darrache pied et parvinrent à une bonne compréhension du paradigme en 5 jours et 5 nuits. Traduit en langage courant par Betty pour Kog, cela donnait quelque chose comme ceci :
<< Mat Ducerf a essayé de mettre au net un nouveau paradigme qui comportait six dimensions, en cela il eut raison. Mais il se trompa sur la nature des dimensions. Lui, avait conçu un système symétrique dans lequel il voulait voir trois dimensions spatiales mêlées à trois dimensions temporelles. Pour les anciens Cephs, et sans doute aussi pour ceux de la Fédération, il nen est pas ainsi. Aux trois dimensions géométriques ou spatiales bien connues et très compréhensibles, ils en ajoutaient une quatrième comme lavait fait Einstein. Celle-ci nétait perceptible que par son effet : la gravité. Ensuite pour le temps ils distinguaient une dimension (ou un effet) ondulatoire et une dimension (ou une propriété) corpusculaire. Mais la quatrième dimension, celle définie par Einstein, ne jouait pas que sur lespace, elle avait aussi un effet sur les deux autres dimensions du temps. Voilà où résidait toute la différence ! >>
Kog écoutait et cherchait, de bonne foi, à comprendre, comme le faisaient tous ceux qui suivaient le symposium et nétaient pas des spécialistes. Alors il posa quelques questions dont la première fut :
<< Quand tu parles de la quatrième dimension géométrique dont nous ne percevons que leffet sous forme de force de gravitation, que veux-tu dire ? >>
<<Je vais essayer de te faire comprendre avec un mauvais exemple : imagine un oreiller en plastique transparent et gonflé avec de lair. O. K. ? Poses dessus, en équilibre, deux balles de tennis, tu suis ? Maintenant, avec le bout dune règle, enfonce le dessus de loreiller vers le bas, que va-t-il se passer si tu pousses de plus en plus ?>>
<< A la fin les balles vont rouler vers le creux causé par la règle et se rencontrer, cest cela ? >>
<<Tout à fait ! Seulement Einstein ne considère que la force de poussée de la règle et ne voit que lattraction potentielle des balles vers le centre. En un mot, la règle, on ne la voit pas, on sait par calcul quelle existe et crée une force dattraction. Tu as ta réponse ! Autre question ? >>
<<Oui, évidemment : Dabord je croyais avoir compris, comme tout le monde, que Mat Ducerf avait, pour son paradigme, une dimension du temps en rapport avec une quantité consommable, que devient-elle maintenant ? Et sil ne reste que deux dimensions du temps peuvent-elles être non abéliennes ? >>
<< Cest sans doute pour une raison de pure symétrie (trois pour lespace, trois pour le temps ) que Ducerf avait inventé ce troisième facteur temps. Il faut dire que, si, à son époque, aucun savant na pris au sérieux ce quil écrivait, et si lui-même a toujours buté sur un développement de sa théorie, cest justement par ce que ce point là ne tenait pas la route. Tout le monde pouvait imaginer la dimension granulaire du temps, de petites unités de 10 puissance moins quarante-trois secondes séparées par du non temps de même valeur. Dautres y avaient pensé et les avaient nommés les chronons. De la même façon, une onde dont restait la longueur et la fréquence à définir, pouvait se concevoir et les tenants de la nature ondulatoire de la matière sen réjouissaient. Mais, là où le bât blessait, cétait dans cette vision de consommation, car cela revenait en fait à répéter que le temps existait dans le temps ! Ce pauvre Mat est tombé dans le panneau et na pas vu sa faute de logique. Quant aux utilisateurs de mandalas et étudiants ou professeurs venus après lui, du fait que le système fonctionnait, ils nont jamais vraiment remis en question la théorie.
Pour répondre à ta seconde question, je vais encore te donner un exemple : prends un dé à jouer de forme cubique avec ses points bien marqués. Poses-le, par exemple avec le un en haut. Supposes que tu doives exécuter deux mouvements : un vers toi plus un à gauche. Eh bien ! Tu pourras vérifier aisément que selon que tu fais en premier le mouvement à gauche ou le mouvement vers toi le résultat sera différent, les deux mouvements ne sont pas abéliens, as-tu pigé ? Je continue. Je tai dit que dans le paradigme des Cephs, la quatrième dimension géométrique intervient aussi sur les dimensions du temps, en fait, elle joue principalement sur la dimension ondulatoire et presque pas sur lautre. Les calculs différentiels qui létablissent ne sont pas à ta portée mais, fais-moi confiance à cet égard ! Donc, de même que sajoute, aux dimensions géométriques, un effet dû à la vision dEinstein dune dimension de plus, pour les deux dimensions du temps, sajoutent aussi un effet supplémentaire. Ce qui fait que sous cet angle, lidée quavait Ducerf sur le confinement des quarks, semble toujours valable. Mais, pour le savoir, il va falloir que nous creusions un peu plus ce que nous venons dapprendre. Veux-tu encore des explications sur tout cela ? >>
<<Non, je crois que jai compris, en gros, jy réfléchirai une autre fois. Pour moi et donc pour nous tous , je me demande ce que ce paradigme va nous apporter dans limmédiat, outre le fait que nous pouvons maintenant montrer à Emissaire que nous possédons cette théorie ? Quelles applications devons-nous espérer ? >>
<< Bien sûr, le fait de montrer aux autres que nous savons est un grand pas et plus rien ne soppose à ce que nous rentrions dans leur Fédération. Mais est-ce souhaitable ? Ce nest pas moi qui vais le dire mais les Sages et sans doute après une consultation générale de la population terrienne. Pour répondre à tes interrogations je te rappelle que notre science des mandalas est embryonnaire ! Noublies pas que seul le hasard a fait que lorsque Ducerf a réalisé ses essais, BAFESI soit autour de Pluton pour attraper les corps dissociés, les copier et les retourner par simple automatisme. Donc, à part le fait davoir confectionné des solénoïdes dordre trois, le niveau inventif des terriens peut être qualifié de plutôt bas ! Nous commençons seulement à être capables denvoyer des gens dune planète vers une autre par nos bricolages. Le voyage que tu as effectué pour aller sur Love est le premier qui ne doive rien aux mandalas déjà mis en place par la Fédération. Moi, je nai fait que de savoir me servir des leurs ! Ce nest pas super malin ! Nous ne comprenons même pas comment les outres pleines deau que jai trouvées en arrivant sur Love sont remplies par les gens de la Fédération ! Il doit bien exister un moyen de transmettre autre chose que du vivant ? Nous pouvons choisir de le rechercher nous-mêmes ou de le demander aux autres.
Par contre ce que BAFESI sait faire, et dont nous disposons, est le retour dans le temps sans déplacement de matière du tout.. Même si ce nest possible que pour des circonstances exceptionnelles . Il nous faudra bien essayer de comprendre, avec ou sans laide des autres, y compris en interrogeant le vaisseau, comment cela fonctionne. Il y a pour des générations de travaux en perspective et cela me réjouit. Pas toi ? >>
<< Je ne sais pas trop quoi penser, je laisse le soin aux autres de choisir la meilleure solution pour la Terre. Moi, je suis un homme daction et je me satisferai assez bien de pouvoir visiter tous les mondes de la Fédération et, encore plus, daller un peu traîner sur les planètes peu explorées. Ceci mamène à une autre question : Si je conçois très bien que sur une planète où vivent des humanoïdes aboutis ceux-ci soient capables de construire des mandalas, je comprends mal comment il peut sen trouver sur des mondes inhabités, sauvages ou mal connus, comment ont-ils pu réussir cela ? >>
<< Je ne sais pas ! Je pense quils ont dû procéder comme nous et envoyer plusieurs centaines dannées avant nous des mandalas, par vaisseaux vides, vers toutes les planètes où lhumain pouvait vivre ? Du fait quils sont 79, au bout de quelques millénaires, cela doit répondre à ta question>>.
<< Il men reste une et qui nest pas la moindre : Dans les explications que nous avons eues sur Floric, ils prétendent être venus sur notre Terre depuis 10 000 ans au moins et avoir construit une ziggourat, en fait un mandala pour leurs venues postérieures. Bon, daccord. Mais comment sont-ils arrivés jusquà nous première fois ? >>
<< Comme toi sur Love : ils ont envoyé un vaisseau avec mandala et sans équipage, puis ils sont arrivés nus dans leur vaisseau. Lorsque jétais sur Floric, jai lu quelque part leur histoire. Quand ils ont voulu repartir, les plaques tectoniques avaient bougé, le champ magnétique terrestre local fut profondément modifié et leur mandala paraissait hors dusage. Il leur a fallu des années pour comprendre pourquoi ils étaient bloqués et ils ont vécu dans leur vaisseau, se sont nourri des fruits et légumes de leur jardin pendant tout ce temps, puis ils ont pris une décision. Ils disposaient du matériel nécessaire à la construction dun autre mandala mais à condition de détruire leur propre vaisseau. Alors, ils se sont mis à en construire un autre, à grande distance, en Mésopotamie, et loin de laccident magnétique local qui les privait de retour. Ils lont dissimulé dans la ziggourat et construit de taille suffisante pour assurer, mieux que le vaisseau, les voyages futurs. Ensuite, quand ils furent prêts, ils ont sans doute mis le feu à ce qui restait de lépave et sont rentrés chez eux. Ce quon peut en déduire est assez effrayant : il y a plus de dix milles ans quils possèdent la technique à laquelle nous venons daccéder, peut-être 11 000 années puisquil a fallu bien du temps pour quun engin vide parte de chez eux et arrive ici. De plus rien ne nous dit que ce transporteur était le premier de la série ! Ils ont une telle avance sur nous que cela me donne le vertige. Pourtant, sur place et dans les mondes que jai visités, je nai pas été frappée par autre chose que des différences de moeurs ou dus et coutumes. Y -a-t-il eu régression, stagnation, absence de motivations ? Peut-être manquons-nous dinformations ? >>
Ils continuèrent ainsi à bavarder, puis décidèrent de rentrer et de suivre le grand symposium sur leurs écrans.
Le grand Symposium.
Ce qui se dit pendant cette conférence débat se ramenait à trois grands chapitres :
**Le premier, explicatif, se rapportait à des thèmes et des échanges. Tout à fait comme ceux que venaient détablir Betty et Kog. Un peu plus technique certes, et partant moins compréhensible pour le commun des terriens, mais cela revenait peu ou prou au même.
**Le second fut davantage tourné vers la question de savoir si ,oui ou non, le voyage de Pim vers le passé avait eu un effet ? Cela donna lieu aux plus belles empoignades pendant trois jours jusquà ce que Varo prenne la parole et fasse le petit speech suivant :
<< Nous navons aucun moyen de comparer ce qui est à ce qui aurait pu être puisque nous ne vivons quun seul temps. Mais, du fait que nous sommes en possession maintenant du paradigme des Cephs, je dirais que cela a dû fonctionner. En effet, si nous laissons Emissaire sortir de sa convalescence et lautorisons à vérifier auprès de nous (ou de SAPIENS) létat de nos connaissances, il arrivera à des conclusions favorables. Je dirais donc que Pim nous à au moins fait gagner la douzaine de jours qui se sont écoulés entre son entrée et sa sortie de lhôpital. Donc cela a effectivement fonctionné ! >>
La polémique se termina sur cette manière de voir les choses.
**La troisième partie concernait le choix dadhérer ou non à cette Fédération. Après exposé des raisons pour et contre, on convoqua la population à une votation pour le lendemain matin. Chacun, sur son terminal, entre neuf et dix heures, (heure de Washington), donnerait son avis, comme à chaque fois quil y avait une importante décision à prendre. Nounou ferait les comptes, comme à laccoutumée. Vers midi, au plus tard, la réponse de la Terre serait connue. On décida de laisser Emissaire sortir, juste à lheure du résultat définitif.
Emissaire.
Au soleil, direct pour la première fois depuis presque deux semaines, Emissaire éprouva un peu de difficultés à supporter la lumière durant le premier quart dheure. Mais, cela se confirmait, les terriens lui avaient rendu une forme physique quil avait oubliée depuis longtemps. Certes lâge était là et la fatigue aussi, mais tellement moins quavant !
A lhôpital, sa première surprise fut de constater quil avait toutes ses dents, et de plus en parfait état. Ses cheveux, aussi, avaient labondance oubliée de son plus bel âge. Tous les rhumatismes avaient disparus ! Son appétit revenu il dévorait ses repas. Ce nest que le troisième jour quil se rendit compte que sa vue ne nécessitait plus de lentilles de contact.
Ainsi chaque matin il constatait une nouvelle amélioration et comprenait à quel point le système de guérison par Mandalas était précieux. Jamais, dans son esprit il ne pensa que les deux semaines passées en repos pouvaient être un moyen de le mettre hors daction. Il était bien trop reconnaissant envers ce monde qui, non seulement avait sauvé sa vie, mais encore lui avait donné un bain de jouvence. Il avait hâte daller expliquer tout cela à Présidente.
Emissaire constatant une certaine agitation, dans les rues et dans les magasins, se renseigna. On lui expliqua que les terriens venaient de se prononcer et que les résultats étaient imminents. Quand il demanda la raison du vote et que ses interlocuteurs lui eurent répondu que cela concernait le fait dentrer ou non dans la Fédération, il attendit avec la même impatience que les autres.
Sa surprise était grande, en effet, le cas ne sétait jamais produit auparavant. Chaque monde avait considéré comme une faveur et un honneur de pouvoir figurer dans le groupe. Or, pour la première fois, une planète avait voulu peser le pour et le contre avant de sengager. La démarche, si on y réfléchissait, nétait pas sotte, car, lui, Emissaire avait, comme objectif, la même question. Pour y répondre, il faudrait quil consulte la machine afin de constater si oui ou non, le paradigme des Fédérés était connu ici. Dès que le vote serait tombé, il le ferait, et très vite, depuis le premier poste venu. Il en était parvenu à ce point de sa réflexion quand il vit, se dirigeant vers lui, Fégael quil connaissait assez bien.
Elle senquit de létat de sa santé et se sentit heureuse de constater à quel point il avait été retapé. Puis, elle lui exposa le motif de sa présence et le fait quelle revenait de Samye après y avoir lancé un titane. Quand pensait-il rentrer ? Quel était son opinion sur cette planète ? Emissaire lui exposa que dans quelques instants il saurait le résultat du référendum et quensuite il se dirigerait vers un terminal pour poser des questions clefs. Sous réserve, bien sûr, que les terriens disent oui et que plus aucun secteur de SAPIENS ne lui soit fermé.
Une heure plus tard ils obtinrent les réponses aux questions principales :
-Oui la Terre acceptait de devenir le 80° membre de la Fédération.
-Oui, Emissaire avait pu se brancher sur SAPIENS, désormais ouvert à toutes ses questions.
-Oui, dès que les moyens techniques seraient en place, SAPIENS se mettrait en réseau avec le réseau central de Fédération.
-Oui enfin, il y avait, dans la machine terrienne les données essentielles du paradigme admis chez les fédérés.
Après avoir exposé ses conclusions aux Sages, il les remercia encore une fois de lavoir sauvé et si bien rétabli, puis prit congé de tous et retourna vers le temple de Samye en compagnie de la belle Fégael.
Ils étaient prêts, désormais, à passer dans le mandala pour rentrer sur Floric. Sur le socle de départ, il y eut une petite surprise : Olaf, qui savait, par les médias, que le retour de Fégael était prévu pour ce jour là, avait pris la peine de venir la voir partir. Il avait éprouvé un remords, sétant rendu compte, en y repensant, que la manière dont leur aventure sétait achevée, navait rien eu de naturel. Il venait sexcuser de sa froideur au téléphone et lui dire de vive voix quelle et sa fille seraient les bienvenues à son foyer, quand elles le souhaiteraient. Son épouse était au courant et curieuse davoir chez elle cette si belle enfant aux cheveux bleus. Ils se quittèrent un peu plus émus que les convenances ne le permettaient.
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Lorsque, sur Floric, Présidente put se rendre compte dans quelle forme exceptionnelle lui revenait le vieillard (quelle avait pratiquement sacrifié en lenvoyant en mission), elle fut convaincue de tout le bénéfice que la Fédération tirerait du nouveau monde fédéré. Les études des futurs historiens diraient que cela sétait produit au cours de son mandat. Ce serait un plus et un honneur qui rejaillirait sur tout Floric. Elle en fut heureuse, et se laissant un peu aller, annonça à Emissaire, que pour lapport dune si bonne nouvelle et aussi pour une si magnifique mission, il pouvait désormais lappeler : ***** ( un nom de cinq lettres, mais beaucoup trop confidentiel pour être noté ici, ce serait de la muflerie ! )
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Questions pour les ambassadeurs.
Lambassade de la Terre sur Floric comprenait une vingtaine de personnes sous la responsabilité de Olaf 000 Sterne. Ce dernier était venu, accompagné de son épouse et du personnel trié par les terriens pour le travail à accomplir. Sy ajoutaient, en tant quhonorables correspondants, Betty et Kog dont la mission serait tout à fait différente de celles des savants et fonctionnaires qui demeureraient dans la grande tour de Floric. De plus, il y avait Secco que lon avait vaguement présentée comme faisant partie de la maisonnée de Kog en ne disant pas, mais en laissant entendre, quelle était un animal de compagnie. Ils firent installer Secco dans son aquarium au milieu du grand hall de lambassade. Elle sy ébattrait quand elle ne voyagerait pas avec Kog et Betty.
Pour ces derniers, les Sages, avaient fixé comme but principal de voir ce quil en était des mondes non encore aboutis et sous surveillance des Fédérés. Ceci devait s accomplir pendant que se créeraient les raccordements entre les réseaux de la Fédération et Nounou/SAPIENS. Ils devraient tenter de trouver des réponses satisfaisantes aux questions suivantes :
--Pourquoi les 10 à 15000 ans davance quavaient les plus anciens fédérés par rapport aux terriens ne se sentaient pas plus ?
--Pourquoi, possédant le bon paradigme et utilisant lhyperespace pour les transferts dhumanoïdes, navaient-ils pas mis au point le système du Ceph Voyageur qui faisait la régénération ou le stockage dattente des personnalités utilisant les mandalas ?
--Comment une question aussi importante avait-elle pu leur échapper après tant de temps ?
--Existait-il une menace ou un ennemi dont les fédérés nauraient rien dit ?
--Comment, par exemple, un être aussi intéressant que Hydros avait-il pu échapper à leurs équipes dexplorateurs ?
--Accessoirement, aussi, quavaient-ils besoin de se fédérer ? Et pourquoi tant se réjouir de la venue dun membre de plus ? .......................................................................................................................................................
Betty et Kog avaient, avant de partir, décidé de régulariser leur union et cest donc en tant que Monsieur et Madame Traoré, quils se virent attribuer, dans lambassade, un logement de fonction. Du fait même quils seraient plus souvent dans dautres mondes que sur Floric, ils nattachèrent que peu dimportance à la surface relativement réduite dont ils héritèrent ! Ces 100 mètres carrés seraient plus que suffisants pour une base fixe. Les dimensions des meubles et la hauteur des pièces tenaient compte de ce que bien des humanoïdes étaient plus grands que les terriens. Donc, avant leur première mission, ils embauchèrent une décoratrice locale et lui donnèrent des instructions pour tout adapter à leur usage. Une partie de la hauteur pouvait se voir transformée en duplex. De plus, la réduction de la taille des meubles et le nouvel aménagement de la cuisine transformaient leur appartement en quelque chose de spacieux. Pour la salle deau ils avaient préféré laisser la douche et son bac de réception aux dimensions de base qui étaient denviron deux mètres sur trois avec une profondeur de cinquante centimètres. Cela leur procurait une micro piscine. Tous ces travaux demanderaient du temps et rendraient leur logement inhabitable, alors ils se mirent à chercher une destination pour commencer leur vrai travail.
Parmi toutes les possibilités ils pouvaient :
-Soit visiter les autres planètes fédérées, mais, ils ne pensaient pas que cétait là quils récolteraient le plus dinformations.
-Soit choisir entre les mondes peuplés dhumanoïdes,( en lisant les rapports des gens qui y faisaient des incursions de surveillance), celui qui leur paraîtrait le plus prometteur ou le plus susceptible de les aider à comprendre.
-Soit, encore, recenser tous les mondes sur lesquels des mandalas avaient été posés et qui nétaient pas habités par des humanoïdes, mais, (si cela avait été noté), par dautres formes dominantes. Formes possédant une civilisation ou la connaissance de sciences ou des formes de vie en société. Bref des extraterrestres au sens des anciens livres de science fiction.
Soit, se diriger vers des mondes paraissant complètement sauvages et aussi peu explorés que Love dans lespoir de mettre le doigt sur quelque chose.
Après réflexions, supputations, consultations de Secco et de nombreuses lectures darchives, ils se fixèrent un programme en trois temps :
Visite dune planète non aboutie dont le degré dévolution correspondait, en gros à quelque chose comme lépoque du début de laviation sur Terre.
Ce serait Bilunes nom donné par le premier visiteur qui avait été frappé par lexistence de ces deux satellites tournant en positions diamétralement opposées. La taille des habitants était celle de petits terriens mais, Kog ou Betty ne se remarqueraient pas trop. Le climat un peu chaud serait tout à fait supportable. Leurs sciences navaient pas été développées de manière linéairement parallèle à celle des terriens. En chimie ils en étaient encore à lanalyse par voie humide. Leur aviation était à inventer. Par contre, en sociologie et en sciences humaines ils avaient, pour le moins, le niveau atteint, sur Terre ,vers lépoque de Manius. Secco, insistait beaucoup pour ce choix ! . Elle se disait conseillée, en ce sens, par BAFESI !
Un détail fournissait un bon argument de plus pour y aller : la moitié de la surface de leur monde était recouverte dun océan unique entourant un seul énorme continent et quelques îles et îlots. Ce serait une occasion pour la seiche de voir sil y existait une forme dintelligence supérieure, du genre de celle des Cephs ou des Cralangs ? Ceci était rendu possible car le mandala darrivée se trouvait sur le promontoire dun îlot rocheux avec un hameau abandonné, à faible distance de la côte. Un générateur bulbe, dans une petite chute deau, fournissait lélectricité nécessaire aux anciens habitants et avait été branché discrètement. A cela sajoutait le fait, non négligeable, que la précédente visite ne remontait pas à plus de 18 ans. Les informations dont on disposait avaient une fraîcheur suffisante pour quon sy fie. Mais ce qui motiva le plus Betty fut le ton des derniers rapports, on devinait, entre les lignes, une grave préoccupation de léquipe, laquelle avait écourté son séjour. Ils nen disaient pas clairement la raison se contentant de laisser deviner quils auraient été reconnus pour ce quils étaient !
Le second voyage serait entrepris vers une planète peuplée par des êtres, non humains, parvenus au plus haut degré de civilisation que les voyageurs de la Fédération aient détecté. De plus ils navaient pas manifesté dhostilité particulière aux premiers explorateurs. Ils devraient porter une combinaison isolante car la température avoisinait les moins cinq degrés Celcius et un masque pour filtrer les traces de fluor présentes dans lair. Cet halogène rongerait leurs poumons en quelques heures. Leur séjour serait donc bref. Les habitants, daprès ce quils avaient compris, présentaient lallure de composés en plastique, complètement lisses et translucides, laissant deviner leurs organes internes, ne pouvaient être comparés à rien de ce qui existait sur Terre, si ce nest à des protoplasmes. Leurs formes étaient totalement modifiables en fonction des nécessités : pour se déplacer, ils faisaient sortir une multitude de petites excroissances et filaient comme des mille-pattes. De plus, ils pouvaient rendre plus ou moins dure nimporte quelle partie de leur anatomie. Ils auraient aussi bien pu se faire pousser une hache quune pince. Totalement au repos ils adoptaient une forme de grosse goutte liquide aplatie qui aurait plus dun mètre de diamètre et quarante centimètres de haut. Avec une imagination débordante, les explorateurs avaient nommé la planète : Amibios et lespèce civilisée les Silicones . Ceci était un abus de terme car, sil était vrai que la chimie des vivants de ce monde comportait des radicaux avec silice, et au moins autant de radicaux basés sur le titane, le reste, soit plus des neuf dixièmes étaient des dérivés du carbone, comme ailleurs. Les visiteurs de la Fédération ny étaient restés que de temps et navaient pas pu donner didées précises sur leur degré de civilisation, mais avaient noté la présence de nombreux robots et appareils sophistiqués. Secco ne pourrait les accompagner, la composition des mers contenant également trop de fluorures. On ne trouvait plus dans les archives la date à laquelle le mandala avait été déposé par un vaisseau, ce qui signifiait que ce devait être lun des plus anciens. Les mondes non humains ne se visitaient que pour un problème précis, or, pour ce monde là, il ny en avait pas puisqu aucune communication sensée ne put pu être établie. On se contentait dy jeter un coup doeil tous les millénaires et de se dépêcher de revenir. La fois précédente avait eu lieu huit siècles auparavant.
La dernière de leurs explorations les amèneraient vers une planète dont la visite était vivement déconseillée, car dangereuse. Il ny avait pas de vie proprement dite mais des machines dont les rapports disaient quelles sentretenaient elles-mêmes. Une légende racontait quelles créaient en permanence de nouvelles machines et que la limite nétait que celle des matières premières disponibles dans ce lieu ? Ces engins ne semblaient que des mécaniques et nauraient pas dassistance par électronique, mais la réalité était que les visiteurs fédérés avaient eu une telle trouille quils sétaient enfuis comme des lapins vers leur mandala. Seule chose curieuse, les machines ne sapprochaient pas de ce mandala qui aurait dû être détruit pour leur fournir des matériaux. Les rarissimes visiteurs avaient nommé ce monde : << Mécanica >> et navaient pas trouvé de désignations autres que Machines à ce quils avaient vu sur place.
Betty et Kog, ne pouvant rien trouver dans les archives concernant lorigine de cet endroit, supposaient quau départ, ce devait être un dépôt dappareils obsolètes ou considérés comme dangereux par ceux qui les avaient construits. Ceux là, donc, ne devaient pas venir dun monde de la Fédération puisquon nen trouvait aucune trace dans les fichiers historiques des 79 mondes humabs. Il y avait 607
ans terrestres que personne ny était allé, les volontaires ne se bousculaient pas.
Les trois planètes.
Cest sur une période de presque deux ans que ces trois expéditions eurent lieu. Après chaque visite, les voyageurs rentraient sur Floric et rédigeaient un rapport détaillé dans le cadre strictement privé de leur ambassade. Puis, en ayant tiré les enseignements, ils partaient pour le voyage suivant. Le récit complet de chacun de ces périples ne se révélant pas indispensable, toutes les questions concernant la géographie, lhistoire, la géologie, les moeurs, les populations, les progrès, la politique, les religions, etc... furent laissées de côté. Des spécialistes de ces questions avaient déjà fourni ou seraient amenés à accomplir leur travail dans ces domaines. Betty et Kog nen rapportèrent que ce qui était lessentiel : mieux comprendre ce quétait la Fédération et le comportement quelle montrait en général. En une phrase : sa façon de voir les choses et de comprendre les autres. Voici les extraits les plus significatifs :
La planète Bilunes
Arriver nue sur une planète déserte, comme Betty lavait fait sur Love, navait posé aucun problème. Pas plus que lorsquelle sétait trouvée dans la salle de réception sur Floric avec ses combinaisons attendant les voyageurs. Se retrouver dans un vaisseau avec tout ce quil fallait à bord comme ce fut le cas pour Kog, assurait vêtements et nourriture de départ.
Dans le cas de leur mission sur Bilunes, arrivèrent, à poil, sur un caillou battu par de grosses vagues et démunis de tout. Seule Secco, immédiatement lâchée trouva tout ce quil lui fallait. Elle garda le contact télépathique avec Kog dès son immersion et pendant tout leur séjour en se manifestant par de courts flashes.
La Fédération surveillait ce monde depuis plusieurs millénaires et avait mis au point une procédure : Des billes dor pur étaient passées par le mandala et se trouvaient stockées à un endroit proche mais dissimulé sous une grosse pierre recouverte de varechs. Les premiers voyageurs les avaient utilisées pour se procurer lindispensable auprès des pécheurs du coin en se prétendant des naufragés.
Chaque fois quune équipe en repartait, elle abandonnait, à disposition de ceux qui viendraient après elle, un récipient étanche de forme tubulaire et de la taille dune torpille qui était immergé au bout dun solide filin dacier. A lintérieur ils laissaient des vêtements, des outils, des objets quils jugeaient comme indispensables, des pièces de monnaies et des carnets imprimés qui devaient posséder les qualités combinées des chèques et des billets. Quelques billes de Tungstène, non utilisées, en général, y étaient jointes en cas de besoin, ce métal étant, en ce lieu, dix fois plus précieux que lor. Enfin un rapport écrit dans la langue des ambassades (dont Betty et Kog navaient aucune notion ) donnait le dernier point des observations et actions réalisées sur place, avant le départ.
Les deux espions trouvèrent dans tout ce fatras, quelques vêtements assez flous pour la première nécessité ainsi quune longue vue qui leur facilita une première observation discrète à distance. Ils virent, dans le village, en face du rocher, de quelle manière précise il leur faudrait se vêtir, se chausser et séquiper pour un premier contact. Ils recommencèrent à shabiller, mais mieux cette fois-ci. À laide dune ligne, ils cherchèrent à pécher un peu, pour pouvoir manger. Il est probable que sans laide de Secco ils auraient eu énormément de mal. Mais la seiche leur indiqua ce quils pouvaient accrocher aux hameçons et où lancer les lignes. Il ne se passa donc que très peu de temps avant que trois beaux poissons, genre mulets ne soient pris et ne grillent. Avec des morceaux de bois secs laissés sur le roc par une grande marée ils avaient allumé un bon feu. Betty pensa quavec deux lunes il devait se produire des importants mouvements dans les eaux !
Après leur repas ils discutèrent de la façon de poursuivre. Ne possédant aucune notion de la langue parlée sur place il leur fallait, en premier lieu ,en apprendre assez pour comprendre cette civilisation. Dautre part, la manière assez sournoise quutilisaient les gens de la Fédération pour observer en douce les mondes moins évolués ne correspondait vraiment pas à léthique qui était la leur. Ils préféraient, au contraire, se montrer ouvertement pour ce quils étaient et de ne venir que comme des curieux ayant lespoir déchanger des idées et des informations. Pour cette raison ils avaient bien ostensiblement allumé leur feu et se préparaient à entreprendre une petite nage vers le port tout proche. Ils neurent pas à se donner ce mal, un bateau style garde-côte se dirigeait droit vers eux. Sur le tillac un individu gesticulait dabondance en tentant de leur indiquer quelque chose à laide de ses bras. Ils sapprochèrent de la partie plus basse de leur rocher, laquelle pouvait être utilisée comme appontement et attendirent le sourire aux lèvres. Le bateau avait du mal à se stabiliser car aucune bite damarrage ne permettait de le fixer. Plusieurs personnes à bord, leur indiquèrent par gestes, de sauter sur le pont, ce quils firent aisément. Aussitôt, pour ne pas se trouver drossée contre le roc, lembarcation repartit en marche arrière. Kog et Betty avaient eu le temps de ramasser les sacs à dos, contenant le bazar quils avaient préparé, et de les enfiler avant le saut.
Celui qui devait assumer les responsabilités leur adressa la parole. Ne comprenant rien, ils exprimèrent par mimiques leur ignorance ce qui fit rire leur interlocuteur. Il donna un ordre assez bref à lun de ses assistants et celui-ci revint en rapportant deux coiffes, genre casques de moto, mais munies de grandes oreillettes. .Il les leur tendit en rigolant. Lorsque ces engins se trouvèrent ajustés sur leur tête,( le capitaine ? ), sortit de sa poche un genre de téléphone portable, sans fil, dans lequel il commença à sexprimer. Dans leurs écouteurs, au début, ne comprirent absolument rien ! Mais, cela devait faire partie du système, car tous attendaient patiemment. Lhomme répétait inlassablement les mêmes deux ou trois phrases. Après une vingtaine de minutes et alors que le bateau entrait au port, soudainement, ils comprirent parfaitement, sinon les mots, du moins avec précision le sens général : << Soyez les bienvenus sur la planète aux deux lunes, vous qui venez dun autre monde- Cet instrument nest pas une machine à traduire* mais vous enseigne notre langue. Vous devrez la garder sur vous jusquau lever du prochain jour Ne soyez pas effrayés par ce que vous ne comprendrez pas, nous vous expliquerons >>
Kog savait que ce nétait pas de la télépathie car il navait reçu rien dautre que quelques images lui venant de Secco qui se baladait là dessous. Betty pensa que les sciences de la psychologie et de la communication étaient très en avance ici. Elle se dit que les mimiques étant universelles, elles avaient été enregistrées traduites et analysées ainsi, peut-être, que leurs électro encéphalogrammes. Pour les Bilunaires, comme les baptisa Kog, cela paraissait une opération de routine. Visiblement ils néprouvaient pas de surprise et connaissaient les visiteurs venant dailleurs. Ils avaient plutôt lair de sen amuser, ce qui était un peu plus difficile à assimiler.
Pendant que tout cela se déroulait lobservation fut réciproque. Ces gens et les terriens se ressemblaient comme des frères. Le seul point qui était nettement différent résidait dans lépaisseur de leur peau, double ou triple de celles des terriens. Ceci se remarquait à lendroit des plis au poignet ou au cou et dans la forme des rides. Ils étaient recouverts dun véritable cuir et dun système chevelu plus dense que celui de Kog, pourtant dethnie Bambara. Betty savait que les différences physiques dans les mondes peuplés dhumanoïdes venaient de facteurs extérieurs. La conclusion logique quelle en tira fut la probabilité de lexistence de plantes très urticantes ou dinsectes piqueurs à longues trompes, voire munis de dards impressionnants. Elle se trompait, mais lidée de base était la bonne.
Au bord du quai, les attendant, un groupe dofficiels, qui, sachant pertinemment quils ne comprenaient pas encore, se contenta de signes de bon accueil. Ces gens les menèrent, en troupe, vers un véhicule ressemblant assez à ce quétait un autobus au temps de Mat Ducerf. Quatre dentre eux, les notables, sans doute, prirent place à lavant et leur montrèrent comment sinstaller confortablement sur les couchettes de larrière. Il fallait donc prévoir que le voyage serait long. Juste avant quils ne sallongent, lun dentre eux vint, timidement toucher de son doigt épais et rugueux, la peau fine de Betty et prit alors une décision. Il alla jusquà un coffre, en sorti deux grands sacs en plastique de deux mètres sur un et leur fit signe de sy introduire. Lorsque cela fut réalisé, il vérifia le lacet qui resserrait le sac autour de leur cou, vérifia que les casques cachaient bien les oreilles et leur fit signe de sallonger. Il avait lair de craindre une réaction vive, pensa Kog. Mais les terriens ne pouvaient rêver dune meilleure introduction sur cette planète. Ils se plièrent volontiers aux exigences de leurs hôtes. Le véhicule roulait sur une chaussée bien entretenue et avec un minimum de bruits. Autour deux, la nuit tomba vite, puis la première lune sortit, mais sa lumière ne les réveilla pas. La seconde lune éclipsait un peu le soleil levant quand le voyage fut près de se terminer.
Betty la première, puis Kog, sortirent de leur plastique et enlevèrent les casques. Ils constatèrent avec plaisir que les bruits des conversations de leurs accompagnateurs étaient intelligibles pour eux. Puis repliant, dans un souci de participation, les sacs dans lesquels ils avaient dormi, ils virent sur la couche, grouiller une multitude de petites bêtes. Cela provoqua, chez eux, un mouvement de recul involontaire que Betty, toujours très scientifique, maîtrisa la première. Elle avait identifié aussitôt ces vermines comme des acariens géants.
Géant était un mot fort, car ils navaient que le double ou le triple de la taille de ceux qui vivent dans les draps des terriens. Ce qui les rendait hideux était que, sur cette planète, on les voyait, alors que pour apercevoir ceux de la terre il faut une très forte loupe. Là, comme ailleurs, ils vivaient en symbiose avec les humanoïdes en se gavant de peaux mortes, en se nourrissant de leurs desquamations. Sur Terre on les oubliait le plus souvent. Quelques puristes faisaient passer de la vapeur sur leur literie tous les quelques mois et changeaient leurs draps plus fréquemment. Mais le subconscient collectif décidait, de préférence, de les oublier. Ici, la peau des autochtones était plus épaisse, en relation certainement avec des facteurs climatologiques, du genre brusques changements de température au cours des cycles de la planète. En effet, les deux lunes en opposition devaient multiplier les ombres et les éclipses. Les acariens, pour pouvoir vivre, avaient dû sadapter et, il fallait reconnaître que cela pouvait effrayer des gens aussi civilisés que les habitants des planètes fédérées. Il en serait de même pour ceux de la terre actuelle. Mais, pour le mélange entre clone 001 Traoré et le Kog dorigine tel quil était au même âge, ce nétait pas grand chose ! Kémémani dans sa jeunesse avait souvent dormi à même le sol et fréquemment écrasé un scorpion de belle taille dun bon coup de talon. Quant à son clone il avait reçu un entraînement particulièrement dur avec des missions périlleuses où insectes et bestioles navaient pas la priorité. En ce qui concernait la Betty de base, cest par le raisonnement quelle triomphait de sa répulsion. Par ailleurs, son clone, aguerrie par ses séjours chez les pygmées ne se frappait pas outre mesure !.
Lindividu, qui paraissait le responsable, sadressa à eux pour, en premier lieu, vérifier sils comprenaient, puis pour sétonner de leur manque de réactions vis à vis des acariens. Il était clair quils comprenaient tout, mais pour répondre ? Kog fit un essai en sexprimant naturellement, comme sur terre, pour voir :
<< Nous vous comprenons et nous vous remercions de votre accueil. Votre appareil vous permet-il de me comprendre aussi ? >>.
<< Parfaitement, jai été en liaison permanente avec vous durant votre apprentissage. Donc, de mon côté, je sais votre langue de base. Celle ci a été enregistrée et nimporte lequel dentre nous pourra se la faire infiltrer ,si nécessaire. Il y a des années que personne de la Fédération nest venu nous voir et les derniers que nous avons reçu nous ont bien fait rire ! >>
<<Ah ! Oui ? En quoi ? >>
<< En premier lieu en essayant de sinfiltrer chez nous comme leurs prédécesseurs, sans se faire remarquer alors quun simple coup doeil sur leur peau suffit à les identifier. Secondement, au lieu de chercher à communiquer où à se mettre en rapport direct avec nous ils nont pas pu avoir loccasion d acquérir notre langue et nous en sommes encore à nous demander ce quils sont venus faire. Mais cest la façon dont ils sont repartis qui cause notre hilarité. Ils ne sont restés, en fait que deux jours : le premier ils se sont cachés sur leur caillou en mer et le second ils sont allés dans une auberge du port. Là ils ont retenu, e, sexprimant par gestes, des chambres où ils se sont couchés. Cétait, sans doute, dans une idée de première étape dexploration. Mais, au milieu de la nuit lun dentre eux sest réveillé et a vu sur quel nid de petites bestioles il dormait ! Il a poussé un hurlement qui a réveillé tout le monde, bref, ils sont repartis en courant et on ne les a jamais plus revus. Nous, on en rigole encore ! Jai pu constater que, pour vous, après la surprise, votre réaction a été très saine. Jajoute que je me réjouis, en mon nom et au nom de notre conseil des anciens, que vous veniez nous voir, pour faire connaissance avec nous, sans vous cacher le moins du monde >>.
Le bus entrait dans la cour dune énorme construction qui, semble-t-il, devait être un bâtiment officiel. Il stoppa devant un perron où une dizaine de dignitaires attendaient. A leur descente Betty et Kog furent accueillis avec des compliments et des politesses puis, menés dans une grande salle où siégeaient environ cinquante individus au milieu de cent places vides. Tous navaient pu se trouver là à temps, sans doute. Sur une estrade, une longue table faisait face à lassistance et ils furent priés de sasseoir au milieu. Celui qui devait être le chef ou le Président attendit que le bruit des chaises remuées et des voix se fut arrêté puis commença, très directement à sexprimer :
<< Madame, Monsieur, vous nêtes pas les premiers visiteurs de notre planète, dautres, au cours des millénaires passés sont venus et ont laissé, dans nos légendes des traces durables de leurs passages. Pour les plus anciens contacts, notre civilisation était embryonnaire et ils furent perçus comme des divinités. Pour le plus récent, nous avions énormément progressé et notre civilisation est aujourdhui bien avancée, aussi les avons-nous trouvés assez ridicules.
Chaque monde suit un développement différent et ce que nous savons nest pas ce que vous savez, et réciproquement. Nous éprouvons ,par exemple et en ce moment, de grandes difficultés à réaliser des machines qui volent. Vous devriez pouvoir nous aider à progresser dans ce sens si, pour vous, cest simple. Nous déduisons , en effet, que venant de lespace, il est plus que probable que vous avez commencé par maîtriser les voyages aériens chez vous. De notre côté, nous avons bien travaillé sur le psychisme et les possibilités du cerveau, et sans avoir été indiscrets, nous avons compris que vous ne connaissiez pas les machines à intégration de langues.
Vous devez savoir bien des choses sur nous et nous ne voyons aucune raison de vous cacher quoi que ce soit . Il est évident que vous navez aucune idée de conquête car vous venez sans la moindre arme et par groupes minuscules. Pouvez-vous nous dire qui vous êtes et nous parler un peu de votre, ou de vos, mondes ? >>
Ce fut Betty qui se leva pour prendre la parole, elle sexprimait assez lentement et en articulant bien, car ce nétait pas le moment de risquer des contre-sens, dans une langue si nouvellement acquise.
<< Mon nom le plus simple et que je vous demande dutiliser est Betty, mon compagnon est Kog, nous sommes originaires dune planète lointaine qui se nomme Terre et nous désignons la vôtre sous le nom de Bilunes. Nous sommes ici en curieux car notre planète vient seulement dêtre acceptée dans une Fédération qui en comporte, maintenant, quatre-vingts. Mais nous navons pas les mêmes moeurs que les autres. Nous navons rien à dissimuler et nous sommes prêts à collaborer et à répondre, autant que faire se peut, à votre attente. Les autres mondes de la Fédération partent de lidée que seuls sont admissibles, les planètes dont lévolution est allée assez loin. Mais ils ne font jamais rien pour accélérer les choses. Ils ont un critère pour mesurer cela, un certain paradigme expliquant lUnivers. Ils attendent donc quune planète ait trouvé cette théorie pour la considérer comme recevable. Je suis moi-même physicienne et spécialiste en ce genre de science mais je naurais jamais loutrecuidance de considérer quun degré de civilisation se mesure avec une seule idée en tête.
Mon compagnon et moi, profitons des facilités de transports interplanétaires mises à notre disposition pour nous promener et apprendre. Mais nous ne refusons pas du tout de vous aider si nous le pouvons ! Nous navons pas de grands livres dans nos têtes mais il est certain que je puis vous exposer quelques bons principes daérodynamique et vous dessiner quelques formes de machines qui voleront. De son côté, Kog a utilisé des engins volants sans moteurs, grandes toiles tendues qui permettent de sauter depuis des hauteurs et de réaliser de longs vols. Nous pouvons aussi vous montrer comment fabriquer des ballons gonflés de gaz légers. Je dois vous dire que ceci nest quun premier contact et que nous navons pas prévu un long séjour, mais nous vous aiderons du mieux que nous pourrons. Je laisse la parole à mon compagnon. >> Elle se posa sur sa chaise tandis, que Kog, à son tour, se levait pour parler :
<< Moi, je suis daccord pour vous aider à avancer dans les chemins que nous connaissons mieux que vous et, en échange, je serais le meilleur élève possible si vous voulez bien menseigner comment réaliser une machine à intégrer les langages*. Je dois, pour ne rien vous cacher, vous dire que nous ne sommes pas venus seuls, mais accompagnés dun être marin très intelligent qui vit dans nos océans et avec lequel je reste en liaison télépathique. Je ne sais pas encore si vous connaissez une espèce semblable ici, mais je peux vous dessiner sa forme sur la grande feuille qui est là, sans doute, dans ce but ? >>
<< Veuillez, je vous en prie nous dessiner un membre de cette espèce ! >>.
Kog esquissa, aussi bien que possible, ce quétait Secco et il y eut quelques murmures dans la foule. Alors il déclara :
<< Voici Secco, la seiche qui nous a rendus de grands services et qui est mon amie. Existe-t-il une espèce semblable chez vous ? >>
<< Pouvez-vous nous indiquer quelle taille a cette Secco quand elle est adulte ? >>
Kog répondit en écartant les mains pour une taille de 1, 2 mètres et reprit :
<< Secco est un être de taille moyenne, il en existe de plus petites et de plus grandes. Dautres animaux, moins évolués ont aussi des formes avoisinantes, cela vous fait penser à quelque chose ? >>
<<Tout à fait ! Nous navons pas de ça chez nous, mais nous avons trouvé, dans une de nos îles, un monument qui représente exactement ce que vous avez dessiné. Seulement il fait 5 fois votre propre taille et se trouve dans lentrée dune grotte décorée de gravures, incompréhensibles pour nous, et montrant la vie de ces animaux marins dans les océans. Cet endroit est considéré par nous comme sacré et terrible car, jadis, nos ancêtres y sacrifiaient, selon la légende, des humains en les abandonnant dans la grotte. Personne ne les revoyait jamais. Maintenant, cest assez peu visité et sert surtout à effrayer les enfants qui ne sont pas gentils. Serez-vous intéressés que nous vous y menions ? >>
Dune seule voix, ils répondirent par laffirmative.
Les Capitaines.
Ce que furent les cinq mois passés par les terriens sur cette planète est aisé à deviner mais, pour plus de détails, se reporter, comme indiqué plus haut, aux oeuvres et travaux des experts classés sous la référence Bilunes. Ce qui est notable est que lutile fut joint à lagréable. Lîle où se trouvait le monument représentant un Dieu seiche était fort éloignée du continent et les paquebots les plus rapides, dans les meilleures conditions climatiques, mettaient plus de quatre-vingts jours pour sy rendre. Il fut donc décidé que le temps du voyage serait mis à profit pour que Terriens et Bilunaires échangent leurs connaissances dans les domaines qui avaient été programmés. Chaque jour, ils travaillaient ensemble, du matin au soir avec de courtes interruptions pour manger. Quand lîle fut en vue, Betty avait compris le principe et les astuces de la machine à langage* et leurs hôtes, comme de juste, savaient lessentiel sur les plus lourds et les plus légers que lair. Kog avait même dirigé la fabrication d une aile delta dans le but de se livrer à une démonstration, si la configuration de lîle le permettait. Tous étaient très satisfaits et la sympathie devenait de plus en plus grande entre ces gens de planètes si éloignées. Grâce à quelques billes de tungstène, les terriens offrirent un somptueux repas aux Bilunaires la veille de larrivée alors que le sommet du volcan éteint, point culminant de leur destination, pouvait être observé à loeil nu.
Secco, qui ne pouvait se déplacer à la vitesse du navire, les accompagnait dans un aquarium et se trempait en mer, de temps en temps, pendant que les marins renouvelaient leau. Ce quelle avait déduit de ses explorations se réduisait à peu de choses : Il ny avait aucun céphalopode doué dintelligence ou de télépathie sur ce monde. Certains crustacés, plus proches des Cralangs que des animaux terrestres, possédaient un cerveau bien fait et une mémoire transmissible. Ils étaient capables de transmissions télépathiques mais ne les utilisaient que pour leurs incursions sur les rivages. Sinon, ils communiquaient par signes dantennes. Leur histoire était celle dune lente rétrogradation depuis quils sse trouvaient sur cette planète. Il semblait quils y soient arrivés en même temps que des Cephs dans la nuit des temps et que ces derniers navaient pas survécus très longtemps dans cet Océan. Peu nombreux lors de leur arrivée, les Cephs, à force de se croiser entre eux, avaient fini par dégénérer et, finalement par disparaître. Mais du temps de leur présence ils dirigeaient le travail de ces pseudo Cralangs. Lorsque Secco entra en contact avec eux ils étaient prêts, sans discuter, à se mettre à sa disposition, cela paraissait inscrit dans leurs gènes. Mais Secco, bien sûr, déclina cette offre.
Bien que rongé par la curiosité, Kog décida de faire dabord sa démonstration de vol. La raison en était que, par la suite, les Bilunaires se passionneraient pour en faire autant et que, partant, Betty et lui seraient plus libres pour leur visite.
Donc, à peine léquipe débarquée, un petit engin à moteur les amena presque jusquau sommet qui culminait à 1800 mètres. Ils grimpèrent la dernière dénivellation sur deux cents mètres en portant le deltaplane sur leur dos. Kog expliqua comment il fallait choisir lorientation en fonction du vent, et sans plus attendre, se lança dans le vide à la grande émotion des Bilunaires présents. Il eut la chance de rencontrer une configuration de vents réguliers avec des flux ascendants bien placés et resta plus dune heure à tournoyer avant de commencer sa descente. Il réussit à se poser sur un méplat à laltitude de 1200 mètres. La voiture vint le rechercher et ils remontèrent tout en haut. Pour le second vol, Kog demanda un volontaire comme passager et lui donna ses instructions. Tout en volant, il lui expliqua bien la façon de sy prendre et ils revinrent encore au méplat. Pour la suite, Kog leur laissa lengin et redescendit vers la grotte. Ces gens étaient malins et doués. Il ny eut pas daccidents sauf une cheville foulée à latterrissage et quelques bains forcés. Ils étaient ravis et bien décidés à tous participer aux essais. Ils projetaient de construire de nombreux engins semblables par la suite.
Devant la grotte, Betty et Secco (dans une grande cuvette ) attendaient. Les Bilunaires qui étaient avec eux avaient bien insisté pour que la visite soit groupée entre les terriens et, aussi, pour ne pas y participer. Ils manifestaient une sorte de crainte atavique et viscérale vis à vis de ce lieu, cétait certain ! On remarquait déjà depuis lextérieur que la grotte plongeait vers le sous-sol et devenait sombre quelques pas après la grille. Un bruit de ressac en provenait indiquant la présence dune autre entrée, sous-marine celle-la. Kog et Betty commencèrent leur visite en descendant les quelques marches taillées courageusement dans le basalte, roche magmatique dure, sil en fut. Il devait exister un détecteur en état de marche car la lumière salluma quand ils parvinrent au niveau inférieur. Le couple de terriens marchait assez lentement car chacun deux tenait une des poignées de la bassine dans laquelle la seiche était emmenée. Ils arrivèrent devant la statue qui paraissait encore plus monumentale quils ne le pensaient. Betty en estima la hauteur à une vingtaine de mètres. Elle était posée sur un socle relativement large et de forme carrée dont le côté devait faire la moitié de la hauteur totale du monument. Etant donné que le tout se trouvait sur une plage sableuse et au niveau dune nappe deau de mer communiquant, aux marées basses avec locéan, la grande surface de la base conférait la stabilité nécessaire. Cela représentait un céphalopode, du genre seiche dont les tentacules dirigés vers le sol, sous forme de faisceaux, formaient un pied quasi unique. Le tout construit en ce même basalte dont les marches étaient constituées. Cette roche provenait sûrement du volcan. La partie la plus haute affleurait le toit de la grotte et il semblait quil y avait encore une anfractuosité au-dessus comme si, au final, on eut manqué dun demi-mètre de hauteur.
Cette image redoutable dun animal marin navait pu être réalisée que par coulée ce qui supposait tout un art métallurgique et une haute technologie du moulage. Ensuite, il avait fallu exécuter le déplacement et le redressement dune énorme masse ! Là, on se demandait forcément comment cela avait pu être mené à bien. Lhumidité marine ambiante recouvrait toute la surface dune rosée et lui donnait un aspect visqueux assez décourageant. Secco fut portée vers le petit bras de mer qui venait effleurer et lécher la base de la statue. Mais elle gardait un plein contact avec Kog, car elle avait senti une très forte présence de message télépathique en ce langage que BAFESI utilisait. Ce fut donc la seiche qui, de ce fait, prit entièrement le commandement de la suite des opérations.
En premier lieu elle demanda à Kog de monter sur statue, puis, devant son étonnement et son sentiment dimpuissance, elle lui dit daller entre la paroi du fond et le monument. Il y trouverait de quoi monter jusquà un levier quil devrait trouver au quart de la hauteur. Effectivement, bien que discrètes et recouvertes de mousses gluantes, il put voir la présence de tiges en relief qui dépassaient un peu et devraient lui permettre de grimper. Il suffirait quil les gratte au fur et à mesure et prenne des précautions pour ne pas glisser. Cest donc lentement, avec un sac en bandoulière contenant un couteau à large lame pour faire tomber la végétation parasite, des chiffons en quantité pour essuyer ensuite, et un bout de corde pour sassurer au piton du dessus, que Kog entrepris lascention du monument sur une demi-douzaine de mètres. Cela lui demanda 25 minutes. Il pensa que si le levier indiqué par Secco se trouvait là cest que le tentacule dun Ceph de taille standard pouvait latteindre, donc, que la statue devait être à peu près tripler le modèle réel et vivant. Ce qui indiquait déjà une belle bête !
Ce quil vit, nétait pas proprement un levier, le message télépathique en donnait lidée mais cela signifiait contacteur et lesprit de Kog était allé au plus simple. Il avait remarqué que cétait souvent le cas dans ce genre de communication. On émettait une idée, pas une image et à lautre bout on recevait lidée dont on se construisait une image. Cela résumait tout le problème de la sémantique, pensa Kog. Quand je pense et envoie lidée chaise je peux avoir dans lesprit limage dune certaine chaise. Par exemple une chaise de cuisine en bois brut avec un fond en paille tressée. Lorsque mon interlocuteur reçoit chaise il peut percevoir limage dune chaise de salon à haut dossier recouverte de velours rouge ! Mais, aussi bien, ce pourait être, pour lui, celle dun meuble léger à cannages !
Donc Kog voyait, non un levier mais un trou cylindrique horizontal dun diamètre de 5 à 6 cm et de profondeur quil estima, en l éclairant de sa lampe torche, à environ 15 cm. Au fond il semblait quil y ait une grosse bille de verre ? Avec le manche de sa brosse, il pouvait toucher cette bille et appuyer, mais avant de le faire, il désirait en savoir un peu plus et tourna sa pensée vers Secco. La seiche lui fit comprendre quen pénétrant dans ces lieux elle avait été alertée par une sorte de balise qui émettait régulièrement un signal télépathique destiné aux Cephs. Ce signal lui donnait lemplacement de la commande dun dispositif plus élaboré. Ce dernier se mettrait en marche si Kog enfonçait la bille. Aucune présence de vivant ne se faisant sentir dans la statue, il devait donc y avoir un message enregistré à destination des Cephs qui pourraient venir. Secco pensait quelle devrait pouvoir le comprendre. Elle se proposait, si cela savérait possible, en même temps quelle écouterait, de communiquer et traduire pour Kog. Si cela savérait trop difficile, elle écouterait dabord, une ou plusieurs fois, pour bien tout comprendre et enregistrer, puis elle traduirait ensuite pour Kog . Si des points demeuraient obscurs il suffirait denfoncer la bille de nouveau.
Lorsque Kog, dune forte pression, sentit la bille bouger, Secco fut presque submergée par un flot ininterrompu didées et dimages. Pas question de traduire en simultané !. Elle dut demander quatre fois à Kog de faire repasser lenregistrement. Ensuite, Kog étant redescendu de son perchoir, elle se mit à émettre tandis que lhomme notait sur un bloc de papier, ce quil recevait. Cela donna quelque chose comme cela :
<< Vous êtes le premier visiteur depuis 1.359.456 rotations de cette planète autour de son soleil. Soyez le bienvenu. La balise automatique qui vous reçoit a été construite par nous, léquipage de la bulle 19875. Nous sommes arrivés en exploration sur ordre de la Centralité et établis ici depuis 65 générations. Nous savons que notre race, sur ce monde, va disparaître, faute de gènes nouveaux. Nous aurions pu revenir vers notre planète dorigine mais nos ordres étaient précis et semblables pour tous. Ils sappliquent sans exception à tous les explorateurs de la grande dispersion :
Trouver des mondes nouveaux habitables pour notre espèce et dotés d océans importants. Choisir un de ces 894 mondes en accord avec la Centralité. Sen rendre maîtres sans violence, aider à développer les races de crustacés et laisser le domaine de la terre sèche à dautres espèces plus précaires. Informer, chaque siècle, du point où nous en sommes de notre tâche en envoyant des messages radio vers le Centralité. Ne jamais revenir, attendre
Nous avons attendu, attendu en vain et nous avons réalisé notre travail, mais nous sommes de moins en moins nombreux et de plus en plus fragiles. Notre bulle est restée et devrait se conserver en état de fonctionnement presque infiniment car elle se trouve en stase intemporelle. Si vous en avez besoin, elle se trouve au-dessus de la statue mais ne peut être manoeuvrée que par un capitaine connaissant totalement les principes de son fonctionnement et donc le paradigme complet de lunivers à 11 dimensions qui est le nôtre. Dans le cas où un tel spécialiste ne fait pas partie de votre groupe cest que vous êtes arrivés ici en utilisant lun des dispositifs simples. Ceux qui sont basés sur le paradigme à six dimensions que nous, les Cephs, avons déposés dans tous les mondes habitables de la galaxie.
Alors, ne touchez pas à la bulle, ce serait dangereux pour la trame même de lespace-temps, et rejoignez locéan où vous trouverez tout ce qui vous est nécessaire. Si, par suite dun accident votre dispositif à six dimensions était hors détat de fonctionner et que vous deviez tout de même voyager, il vous est possible d utiliser celui que nous avons bâti sur ce monde. Cette statue est creuse et le contient ! Elle ne peut vous en permettre laccès que sur ordre télépathique en langage Ceph. La mise en route se fait en appuyant un tentacule sur la bille de verre qui se trouve à droite de lappareil. La statue se refermera avec votre départ. Noubliez pas que seuls vos corps voyageront et que vous ne pourrez rien emporter avec vous. Seules les bulles permettent le transport des êtres vivants en même temps que des objets mais il faut un capitaine formé spécialement pour les manier. Nous avons utilisé le dispositif à six dimensions pour envoyer les spécimens des animaux et êtres pensants de ce monde vers la Centralité, selon le code dinstructions générales.
Ce que nous avons ressenti, vécu et noté sur ce monde depuis notre arrivée existe, exprimé en enregistrement télépathique, à votre disposition et peut être reçu par vous en enfonçant le contacteur qui se trouve au sommet de la statue. Cela se trouve juste avant laccès à la bulle, mais cela ne sera utile que si vous devez demeurer, comme nous lavons fait, sur cette planète. Sinon que lun dentre vous enlève lenregistrement de sa niche, le copie, le remette en place et emporte la copie vers la Centralité. Message terminé >>.
Après avoir tout noté et vérifié avec Secco, Kog tendit le texte à Betty et lui laissa le temps de se pénétrer de son sens. Lorsquelle releva la tête, ils se regardèrent car ils venaient de comprendre bien des choses essentielles :
--La technique des mandalas nétait découverte, dans chaque monde que sous linfluence des Cephs.
--Les premiers mandalas avaient été construits par et pour les Cephs.
--Il existait un paradigme de physique fondamentale à onze dimensions dont la connaissance permettait pratiquement tous types de transports en temps nul.
Cette science était dangereuse pour ceux qui ne la connaissaient pas. Peut-être même, le monde des Cralangs avait-il disparu par suite dune fausse manoeuvre ?
--Les Cephs considéraient quil y avait, en tout et hors de chez eux, 894 mondes où la vie était possible pour eux dans cette galaxie !
Il y avait de nombreuses conclusions à en tirer et ils profiteraient du voyage de retour pour en parler. Mais, en premier lieu, Kog et Betty voulaient absolument jeter un regard sur la bulle et sur le mandala quutilisaient les Cephs. Ils grimpèrent donc, tant bien que mal jusquau sommet de la sculpture et virent, au-dessus deux une galerie large de deux mètres qui continuait en pente douce. Ils sy engagèrent, neurent que quelques pas à faire pour se trouver devant une grande sphère transparente dun diamètre de six mètres. A lintérieur, ils purent apercevoir, en moitié supérieure une multitude de tableaux de commandes et dans la demi-sphère du bas ce qui devait être une piscine dans laquelle le ou les voyageurs devaient se tenir. Ils décidèrent de laisser tout cela en place et de ne rien toucher. En revenant vers la tête de la statue ils virent ce qui se présentait comme un disque noir, lisse et brillant comme un miroir et Kog dut faire appel à Secco pour transmettre lordre télépathique. Revenu au pied du monument ils virent quun bloc représentant deux des tentacules sétait détaché du reste et en poussant fortement ils purent pénétrer dans la statue. A leur passage une lumière salluma et ils purent effectivement voir ce quétait un mandala Ceph. Si lon excepte le fait que les fils utilisés nétaient pas en cuivre mais en platine, et que la taille était énorme par rapport à celle établie par Mat Ducerf, les dispositifs étaient très voisins. Ils préférèrent ne pas lessayer car ils ignoraient où cela les enverrait. Quand ils revinrent, la lumière séteignit et la porte se referma, redevenant invisible.
Sur le navire qui les ramenaient, Betty et Kog phosphoraient et cherchaient toutes les implications de leur découverte. Et il y en avait un sacré paquet !
Par exemple, le message laissé datait de bien avant la disparition du monde des Cralangs, mais cette grande colonisation indiquait quils étaient inquiets de leur devenir et voulaient essaimer. Or le monde des Cralangs navait su et pu quenvoyer un unique vaisseau avec un seul Ceph. Par conséquent, ce nétait quune colonie de la grande dispersion et ils avaient régressé au point que plus personne ne connaissant lusage du paradigme à 11 dimensions. La Centralité appartenait à quelque chose qui devait dater denviron deux millions dannées et pouvait avoir complètement disparu. Mais cela cétait de la philosophie. Il y avait bien plus important dans limmédiat :
Les fameux 80 mondes aboutis, ne représentaient quune fraction de tous les mondes habitables.
Les humanoïdes nétaient pas la race la plus intelligente de lUnivers.
Les habitants des mondes fédérés nétaient pas si malins que lon croyait, ils avaient simplement été formés plus tôt par les Cephs.
Sur chacun des 894 mondes répertoriés se trouvait un mandala et, avec le dispositif mis au point par Betty, tous pouvaient être découverts et visités. Hors de la première ziggourat, il en existait donc, quelque part, un autre sur Terre.
Le paradigme à onze dimensions, dont certains terriens avaient eu lintuition du temps de Ducerf, était le plus élaboré possible et permettrait, quand on laurait mis à plat, de transporter hommes et matériels partout, quasi instantanément.
Oui, il y aurait bien des choses à raconter sur Floric à leur retour ! Et encore plus à dire sur la Terre quand leur triple mission serait achevée.
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**Incise sur les machines à traduire les langages.
La machine qui recevait les visiteurs sur Floric, enseignait, par hypnose, la base véhiculaire du langage standard de la Fédération. Cela représentait, en tout, 300 mots, verbes et conjugaisons. Le complément venait ensuite au fur et à mesure du séjour du voyageur. Ainsi Betty avait été à même de rapidement comprendre et de sexprimer en termes simples le jour même de son arrivée. Cet engin napprenait pas le langage du voyageur et ne se livrait quà un sondage léger pour lidentifier.
Le système utilisé sur Bilunes était dun autre genre : en premier lieu la machine traduisait en pensées le langage de chacun des participants, puis elle leur enseignait le processus mental de la parole en même temps que la transformation de leur pensée en phonèmes entendus par lautre. Pour ce faire elle devait analyser le psychisme du voyageur et sy adapter. Ensuite ce dernier pouvait totalement sexprimer dans la langue locale aussi bien quun homme de Bilunes pouvait comprendre la langue de la Fédération, le terrien standard ou le Bambara.
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La Planète AMIBIOS
Tandis que sur la Terre les Sages se livraient à létude des éléments ramenés de Bilunes, et que Secco communiquait aux autres seiches ce quelle avait appris, Betty et Kog décidèrent deffectuer une courte visite sur la planète Amibios et de rencontrer les étranges Silicones qui la peuplaient.
Lorsquils sortirent de leur mandala, un gros progrès avait été réalisé depuis la visite précédente. Ils se trouvèrent, non à latmosphère générale trop riche en fluor pour eux, mais dans un vaste local dans lequel ils pouvaient respirer librement. La température devait se situer vers 20 à 25 degrés Celcius et ils néprouvèrent ni chaud ni froid particulier. Les Silicones avaient dû comprendre pourquoi les visites étaient si rares et si brèves et, en conséquence, pour les prolonger, avaient aménagé les lieux. Leur analyse avait dû aller plus loin car des pans de toile étaient en attente et ils purent les utiliser comme des toges. En fait, ils se trouvaient dans un immense local en matériau transparent, comme des animaux en cage et celle-ci se trouvait elle-même à lintérieur dune construction encore plus vaste. Ils ne furent donc pas trop surpris de voir arriver quelques-uns de leurs hôtes. Ils avaient bien lallure décrite par les précédents visiteurs, de grosses gouttes aplaties translucides, qui se mouvaient sur des petits pseudopodes. Arrivés de lautre côté de la baie ils entreprirent dexaminer Betty et Kog pendant un moment et semblaient se communiquer leurs impressions, non par un langage audio phonique ni sémaphorique, mais à la manière des cellules en échangeant des ions sur leur interface.
Betty exprima cette hypothèse à Kog, lequel lui fit observer que, si cétait le cas, ils ne pouvaient pas communiquer à distance, ce qui ne révélait pas une civilisation aussi poussée que les voyageurs lavaient décrite.
En même temps quil le disait, il en conclut quun langage télépathique ne pouvait donc pas être exclu. Il se mit donc, comme Hydros le lui avait enseigné, en état de totale réception. Il y eut intensification des échanges entre les Silicones présents, ce qui se voyait par des changements de nuances multiples et très rapides aux interfaces. Puis Kog reçut, non des mots mais une idée : << Vous ? Comprendre ? >> et il sefforça de répondre en adressant une idée affirmative. Cela sembla bien leur parvenir et manifestement devait leur poser un problème car, ils se retirèrent dans les minutes qui suivirent. Trois heures après, ils (ou dautres ? Comment les distinguer ? ) étaient de retour poussant devant eux une machine complexe, construite en métal brillant et relié à lextérieur par de gros câbles. Cela avait lallure dun gros crayon court dune longueur de six mètres et dun diamètre de un, dont la pointe située à une hauteur de 1,5 mètres environ du sol, était tournée vers eux et touchait la paroi qui les séparait. Ils durent, quelque part, établir un contact car lengin émis un faisceau de lumière jaune dor dirigé vers les terriens. Instinctivement ils eurent un mouvement de recul. Kog entendit que les silicones lui demandaient de laisser le faisceau lumineux les baigner. Ils émettaient, simultanément, des pensées rassurantes. Alors, il lexprima à Betty et, ouvrant bien son esprit se soumit à la lumière. Rien de spécial ne se passa pendant les dix minutes qui suivirent, puis la machine fut retirée. Un des Silicones ouvrit dans la paroi une petite trappe circulaire dun diamètre de deux centimètres au plus et y poussa un pseudopode qui lobstrua complètement, continuant ainsi à assurer létanchéité. Kog compris quil devait prendre le risque dun contact physique et enfonça son index dans ce qui lui paraissait comme le bout dune corde en plastique. Son doigt sy enfonça jusquà la seconde phalange. Dès que cela fut réalisé, ils furent en communication. Le langage ionique se transformait , à lintérieur de son esprit, en idées. Et cela il le recevait comme des idées en son propre langage le plus fondamental, le Bambara. La peau de son doigt, enserré dans la gaine que constituait le pseudopode, échangeait des ions de métaux alcalins et alcalino-terreux, comme le font les cellules de tout être dans les planètes dont le vivant est basé sur la chimie du carbone. Etonnament, il se trouvait capable den recevoir les messages au niveau le plus supérieur, celui de son intelligence. Lorsque, au cours de cet échange, Kog expliquait à Betty ce qui se passait et ce quil comprenait, les Silicones participaient aussi à cette communication entre terriens. De temps à autre ils précisaient et donnaient des compléments dinformations. Ce qui était notable résidait dans le temps de réponse. Pour les Silicones, il était très court, comme pour une conversation parlée sur la terre ou sur Floric. Mais, Kog, lui, ne recevait que quelques secondes plus tard ce que ses yeux avaient vu de lémission du message à linterface. Sans doute, était-ce un manque dhabitude, pensa-t-il ! .
De ces entretiens qui durèrent à peu près une heure chaque matinée et deux heures chaque soir, les échanges se déroulèrent sans aucune retenue. On se communiquait absolument tout, car il ny avait pas de moyen de retenir la moindre information au cours de ce type de communication intégrale.
Les espèces humanoïdes et Silicones nétaient ni en rivalité, ni en conflit nayant en fait pas grand chose en commun sauf une grande curiosité. Ce que Betty en comprit et quelle nota sur son rapport est que la plus grande des différences ne vient pas toujours du fait que lair a une composition différente ou que les corps appartiennent à dautres groupes de molécules. Non, ce qui changeait tout, cest la conscience personnelle que chacun avait de ce qui constituait son moi propre et le moi collectif. Pour les habitants de la Fédération Kog ou Betty se considéraient comme des individus, certes composés de cellules, mais chaque personne avait son moi bien défini. ( Quoique, lexemple de Betty et Kog fut particulièrement mauvais puisque chacun deux était non un mais deux plus ou moins fusionnés ).
Pour les Silicones, chacun dentre eux se considérait comme une foule ou une population de cellules dont chacune possédait une intelligence individuelle. Selon leur point de vue, chaque cellule du vivant de leur planète était un individu, correspondant avec les individus la jouxtant. Cela se produisait par le biais déchanges ioniques, et chacune contribuant pour sa part au maintien dans le meilleur état possible de la république quelles formaient à elles toutes. Ils admettaient bien volontiers quil existait une conscience collective de même que certains groupes de cellules constituant telle ou telle partie de leur anatomie, avait des objectifs différents de ceux de lorgane voisin. Transposé en langage humain, cela reviendrait à dire quune cellule du foie serait intelligente et saurait ce quelle a à faire en tant que cellule au degré un. Mais aussi quil y aurait une conscience collective de rang deux, consciente et active pour lorgane foie. Ensuite, existerait une conscience encore plus haute, au niveau de lindividu possédant ce foie. Et pourquoi pas, conscience ensuite de ce quétait lensemble des individus possédant les mêmes caractéristiques générales, une foule ou même la population totale ?
Ce qui en résultait pour eux, au plan pratique, résidait dans le fait que la communication passait en permanence entre tous les niveaux de conscience alors que chez les humains rien de tout cela nexistait. Un silicone pouvait faire exécuter à lun de ses organes la tâche quil voulait et cet organe obtenait de chaque cellule un travail dirigé. La notion de cancer nexistait tellement pas dans leur forme de raisonnement quil fallut y consacrer une dizaine de séances pour quils lintègrent. Chez eux, si une cellule était en dysfonctionnement, on la ramenait dans le droit chemin et si cela savérait impossible, elle était éliminée aussi vite que remplacée.
Kog et Betty auraient bien voulu pouvoir en faire autant mais, chez lhomme le lien nexiste pas entre les niveaux de conscience. Ce serait à creuser un jour car bien des maladies disparaîtraient alors.
Il y eut quelques problèmes pratiques assez difficiles à régler entre Terriens et Silicones. Le plus urgent fut celui de la nourriture. Lalimentation des autochtones était à base de plantes et danimaux dont la chimie comportaient les mêmes radicaux queux. Cela ne pouvait convenir au métabolisme des terriens et la synthèse daliments, spéciaux pour eux, demanda du temps et ne comportait que quelques hydrates de carbone, du type sucre. Il en eurent de quoi calmer leur faim, mais il était clair que leur séjour devrait être abrégé sils ne voulaient pas risquer de carences graves. Les Silicones comprenaient et promirent quà la prochaine visite toute une chimie spéciale existerait qui comprendrait des protéines et des lipides. Mais pour le présent ils étaient pris de court. Les terriens dirent, que, dans ces conditions, ils ne tiendraient pas plus de dix jours. Pour leau, il ny eut aucun problème, cétait aisé den faire en quantité et ils nen manquèrent jamais.
Une autre question à résoudre concernait la possibilité quauraient les humanoïdes pour visiter la planète et se rendre compte de leur genre de civilisation. Au bout de six jours la question fut résolue, ils disposèrent dun véhicule spécialement aménagé pour eux, avec un habitacle étanche et une réserve dair respirable suffisante. La conduite en était simple, un levier donnait la direction avec grande précision et un second réglait la vitesse. Ils purent ainsi, pour les quelques jours qui restaient, aller visiter plus loin que le hall abritant le mandala.
La description des cités troglodytes où vivent les Silicones, la géographie et lhistoire de cette espèce figurent aussi dans les ouvrages à disposition du public et nont pas de place ici. Ce qui est à noter cest, par contre, labsence totale de recherche dautres membres éventuels de même espèce sur dautres planètes plus ou moins lointaines. Chaque silicone considérait que sa vie, avec tous les niveaux de conscience auxquels il avait accès, était déjà tout un problème. Vivre avec les autres silicones de lentourage compliquait encore le casse-tête. Cela devenait limite avec la population complète de leur globe qui comptait cinq milliards dindividus - gouttes , alors, lidée den trouver dautres ailleurs ne les effleuraient pas lombre dun instant. Chacun deux vivait très vieux car les phénomènes, de dégénérescence et de maladies, étaient inconnus. On réparait aussi sec tout ce qui nallait pas. Lannée de leur planète valait deux fois celle dune année terrestre et sauf accident ils finissaient par mourir à plus de 400 de leurs années. Le contrôle des natalités était strict et la population toujours maintenue au niveau actuel. Ils se reproduisaient quand ils obtenaient une autorisation du conseil de la natalité. Ne possédant pas de mémoire transmissible, les jeunes, comme pour les humanoïdes, devaient, à chaque fois, tout réapprendre.
Ils vivaient groupés par quelques millions à la fois dans ce quon peut nommer des villes, mais qui, en fait étaient des étages de grottes artificielles installées dans les parois des nombreuses falaises ou montagnes. Ils choisissaient les versant qui faisaient face au lever du soleil. Leurs demeures étaient spacieuses et fermées par une unique baie transparente. Labsence de vis à vis indiscrets laissaient tous les logements ouverts à la lumière. De loin une ville ressemblait à une gigantesque nappe de points lumineux la nuit ou brillants le jour. Les logements sétageaient sur 150 niveaux en hauteur et, selon les villes, plusieurs milliers en longueur. Les silicones y accédaient par des tunnels dont les entrées se trouvaient aux points bas que lon repérait de loin par leur éclairage vert. Il leur était interdit de circuler avec des engins volants devant les baies. Seuls les services de sécurité, en avaient le droit pour des interventions précises. Les magasins dapprovisionnement, les endroits pour leurs distractions ou pour leur travail se trouvaient à lintérieur du réseau de galerie, dascenseurs, de transports collectifs constituant la vraie ville, laquellei ne pouvait pas se voir de lextérieur. En un mot, tout ce qui ne concernait pas la vie privée, était souterrain.
Comme les humains ils sadonnaient aux arts et aux sciences. La qualité de leurs sculptures était accessible aux visiteurs mais leurs tableaux noirs et blancs, non figuratifs, demeuraient hermétiques à Kog. En musique, la gamme était dodécaphonique et donc assez mal perçue pour des oreilles terriennes. Il fallait sy habituer. Mais ils étaient des experts pour les rythmes. En sciences, la priorité avait été donnée aux matières ayant trait à la biologie et à la chimie. Sur ces plans les humains auraient plus à apprendre quà enseigner.
Les continents, très montagneux, représentaient les trois quarts de la surface de la planète. Les Océans, de teinte vert-jade à cause des fluorures contenus dans leau, nétaient soumis à aucune marée, puisquil ny avait pas de lunes. Par contre un vent violent soufflant en permanence à une vitesse élevée (plus de 130 km /heure, estima Betty ) y creusait de fortes vagues. Ce vent était sans doute la cause de laérodynamique de toutes les formes naturelles ou artificielles de ce monde. Depuis la position de goutte aplatie que prenaient les habitants pour mieux tenir au vent, jusquà la façon de concevoir leurs logements ou leurs appareils et engins de transport.
Lorsque les Terriens décidèrent de rentrer, ils navaient encore pu obtenir aucune information sur leur éventuelle religion ni concernant leurs perspectives à long terme. Mais ils avaient un rendez-vous pour une visite prochaine avant vingt années. Tout serait prêt pour échanger des idées et rendre le séjour confortable. Avant de repartir, ils soffrirent, réciproquement, des cadeaux utiles. Betty, qui avait remarqué labsence totale déléments colorés autres que ceux de la nature, leur donna des informations sur la chimie des colorants organiques. Elle indiqua les groupes chromophores des radicaux qui risquaient de fournir des teintes et les applications possibles à la décoration ou à lembellissement de leur milieu. Ils furent intéressés et curieux de sy atteler.
Pour leur part ils exposèrent, tant bien que mal, le principe des moteurs de leurs engins de transports, qui semblait-il, étaient conçus sur linversion de la gravité ou sur son annulation. Betty nétait pas du tout certaine davoir bien compris, mais cela donnerait du grain à moudre à quelques générations de Fédérés.
Cest donc, amaigris et affaiblis quils revinrent sur Floric. Leur décision première fut d entrer en convalescence pendant deux mois et de rendre leur rapport ensuite. Rien ne pressait. Ce quils avaient rapporté de leur visite à Bilunes nétait encore ni traduit ni exploité. De plus, à propos de la planète Amibios, ils avaient assez peu à dire aux Fédérés.
Lorsque le troisième voyage aurait été accompli, ils retourneraient sur la Terre.
Mécanica.
Ce fut le plus périlleux des trois voyages entrepris par léquipe des envoyés de la Terre. Ce qui leur arriva sur place peut tenir en quatre lignes :
Capturés à leur arrivée, soumis à la question et sondés pendant des semaines, ils purent sévader à la faveur de lun des nombreux courts-circuits. Ceci, leur permis de rejoindre, en se dissimulant, la zone du mandala et de revenir, indemnes, mais beaucoup plus instruits de lhistoire de lunivers.
Cest donc cette histoire constituant le plus important apport dinformations ramenées par un si petit groupe en si peu de temps qui leur valu dêtre sacré Héros de lannée dans la Fédération. Ils eurent accès à cette connaissance au cours des sondages qui cherchaient à explorer leurs cerveaux car durant ces opérations il y avait échange total de données pour que la compréhension soit réciproque. Les machines navaient aucun but réel ni aucune perspective. Elles fonctionnaient et cest tout ! Ce quelle purent faire dautre que de stocker ce quelles apprirent de nouveau, restera un mystère. En effet, suite à ce quavaient ramené les deux héros, le monde Mécanica fut condamné, détruit et transformé en pure énergie, comme il aurait dû lêtre au temps de la Centralité. Le résumé de lHistoire lointaine du peuple des grands Cephs et de la Centralité est donné ci-après.
Il ny avait pas de date précise quant à première des civilisations qui prit naissance dans une planète tournant autour du soleil désigné comme numéro 27 et qui faisait partie de région la plus proche du centre de la voie lactée. On savait quau début cela ne concernait quun seul monde presque entièrement recouvert deau mais parsemé dune multitude datolls et de quelques volcans éteints pour la partie émergée. Si lon se réfère au calendrier terrien, il y a environ 2 à 2,5 millions dannées que cela était arrivé.
Au fond de locéan unique la nature avait multiplié ses essais et quelques millions despèces cohabitaient et sentredévoraient allègrement en suivant lévolution. Ils finirent par constituer un écosystème à peu près stable. Puis lintelligence fit son apparition chez lespèce la plus accomplie, celle des céphalopodes. Très longtemps elle ne fut employée quà des fins de chasse à la nourriture ou dans des conflits de reproduction. Puis il y apparut le langage lumineux qui, à son début nétait quune parade nuptiale de séduction. Mais il devint, en quelques milliers dannées, un langage codé extrêmement complexe en même temps quune expression artistique sophistiquée. La seule vague comparaison quon puisse évoquer est celle des écrits en langue arabe ou asiatique qui allient, sur Terre, le sens du message à la beauté de sa forme de calligraphie. Durant encore des millénaires les céphalopodes échangèrent ainsi des idées, des théories, de la philosophie et de la beauté en se positionnant lun en face dun autre. Mais cela limitait la possibilité de communiquer des messages à une courte distance : celle de la vue.
Des générations de Cephs se penchèrent sur cette question et observèrent les espèces qui les entouraient. Les crustacés, en particulier, qui disposaient , eux, de deux modes déchanges. Lun spatial et de proximité était de type sémaphorique. Ils utilisaient leurs systèmes dantennes et les positions dans lespace. Chaque espèce de crustacé avait son langage particulier mais celui qui montrait le plus de complexité, donc dintelligence, était celui des Crabes-Langoustes (ou Cralangs ) pour prendre ce qui y ressemblait le plus sur la Terre. Les Cephs eurent tôt fait de déchiffrer leur code et de comprendre leurs échanges. Puis ils surent que, pour les communications hors de leau, lorsque les Cralangs allaient chercher des noix de coco sur les atolls, leur vue devenait trop mauvaise. Ils communiquaient alors par télépathie. Les Cephs auraient bien voulu pouvoir disposer de ce mode de communication, car ainsi, leur civilisation aurait pu progresser bien plus vite.
En effet, dotés de mémoire transmissible, ils auraient pu, par le biais de cette télépathie, se mettre tous rapidement au même niveau de connaissance et consacrer la durée de leur vie à la création ou à la réflexion partagée. Les Cephs savaient quils étaient beaucoup plus avancés que ne le seraient jamais les Cralangs ! Aussi, se consacrèrent-ils pendant plus de 20 000 ans à essayer de devenir télépathes. Ce fut en vain, il leur manquait le savoir-faire. Puis, un jour arriva une météorite qui créa une grande perturbation, car sa masse était énorme et la chaleur quelle dégagea fit monter la température de leau de la planète de trois degrés. Ceci peut paraître peu, mais il faut considérer le volume total de leau à réchauffer et surtout le gradient de température entre lendroit de limpact qui fusa sous les 1.400 ° C du météore et celui de lendroit le plus éloigné. Léquilibrage final demanda plus de 80 années. Mais, ce quil faut en retenir cest que suite à cet accident astronomique, se forma un polymère principalement composée deau (96 % ) et de silice sous forme de gel. Très exactement comme dans les silicogels qui sont utilisés pour les boites de Pétri dans les laboratoires de microbiologie sur la Terre. Leau et la silice de la météorite, se combinèrent sous leffet catalytique de quelques métaux nobles présents dans le corps céleste et aussi sous la force de la pression de vapeur qui localement monta à plus de 250 atmosphères. Bref, il y eut une synthèse improbable et un nouvel être pensant qui commençait à évoluer et recherchait, pour croître des sels métalliques dans les nodules du fond de locéan. Les Cephs constatèrent que les Cralangs et ce nouveau venu, (désigné ensuite sous le terme de Hydros ) avaient des échanges télépathiques. Les Cralangs poussaient des nodules vers Hydros et recevaient, en échange, des informations sur les endroits où ils trouveraient la chair corrompue qui était lessentiel de leur alimentation. Un Ceph, particulièrement têtu ou veinard, décida de tenter une expérience et, semparant dun nodule de gros volume le présenta sans le donner à Hydros. Celui-ci émis un message télépathique déchange que le Ceph reçut. Tout senchaîna ensuite très bien. Les Cephs apprirent dHydros comment ouvrir leurs esprits et comment envoyer des messages. Encore 5 ou 6000 ans plus tard, tous les Cephs étaient parfaitement télépathes, avaient réalisés dénormes progrès dans leurs spéculations intellectuelles mais se trouvaient confrontés à un grave problème qui était celui du développement exponentiel de Hydros. Ils avaient compris que cet être unique était immortel et continuerait à croître aussi longtemps quil y aurait de leau, de la silice et des métaux lourds. Deux hypothèses lourdes de conséquences souvraient à eux : tenter de détruire Hydros si cela savérait possible ou sinon, quitter ce monde pour un autre. Les deux cas impliquaient lacquisition de sciences concrètes et donc labandon de leurs habitudes de vie statique, philosophique et artistique.
Ils utilisèrent les Cralangs comme ouvriers et apprirent la chimie, la mécanique, loptique, lastronomie, la métallurgie, lénergétique et milles autres sciences de la matière. Puis, étant capables dobtenir ce quils souhaitaient, sen prirent à la conquête de lespace pour pouvoir trouver un autre monde habitable quils envahiraient. Mais, pour faire fabriquer, par les Cralangs, des vaisseaux susceptibles de les emmener en nombre et sans trop de dégâts, ils durent reprendre leurs études conceptuelles pures. Ils trouvèrent que lUnivers pouvait être considéré sous langle dun système à 11 dimensions. Par lutilisation de lhyperespace et des lignes de tensions temporelles ils seraient à même de franchir en temps court, des espaces intersidéraux considérables.
Il faut préciser que si tous les Cephs avaient accès aux informations totales connues de lespèce, le degré de compréhension, les possibilités dabstraction et dune manière plus générale, le coefficient intellectuel de chaque individu était aussi variable que dans nimporte quelle espèce pensante. Tous savaient quelles étaient les bases dun paradigme à 11 dimensions, certes, mais à peine un sur cent mille, intégrait vraiment le concept dans son entier. Quant à la possibilité de diriger un vaisseau, seul un millième seulement de ceux qui comprenaient pouvait sy risquer. On les nommait les Capitaines . La plus proche des planètes qui avait les caractéristiques voulues fut choisie comme cible. Elle se trouvait dans notre secteur galactique.
Hydros prospérait et avait déjà la taille dune colline. Avant deux ou trois siècles il serait au bout de son expansion et la planète deviendrait inhabitable. Les Cephs firent accélérer la construction de trente vaisseaux pouvant chacun emporter plus de 5000 dentre eux. Les autres resteraient et chercheraient les moyens de détruire Hydros. Cent cinquante mille Cephs sen allèrent vers une planète qui devint, par la suite le centre dune diaspora importante, elle se nomma Centrale et resta le siège de ce quon appelait la Centralité.
La majorité des Cephs, restés sur leur monde entreprirent de détruire Hydros, mais ny parvinrent pas. Alors, pour que le reste de lUnivers ne connaisse pas une telle menace, ils prirent la résolution de supprimer toute leau de leur globe en lexpédiant vers un autre monde sec. Ils savaient quen même temps, et bien avant que Hydros nen souffre, ils seraient tous morts. Ils firent poser par les Cralangs des dispositifs capables, en premier lieu de vaporiser leau sous le flux thermique dégagé. Ces appareils fonctionnaient à lénergie solaire et rien ne les arrêterait. Puis, ils firent construire des machines à ionisation dont le canon sélevait à plus de 100 mètres du niveau des atolls et transformaient la vapeur deau en ses composants : Hydrogène et Oxygène. Ils récupéraient lénergie ainsi libérée et la dirigeaient vers leur milieu naturel, la mer, dont la température montait. Les gaz élémentaires obtenus étaient envoyés en continu vers des mondes lointains et inhabités à laide de dispositifs de transport simplifiés nutilisant que six des dimensions. Leur programme se déroula jusquau bout comme prévu, la planète devint aride et seules quelques plantes capables de survivre avec un taux dhumidité bas, sy développèrent. Hydros, à sec, ne mourut pas, mais sa croissance fut ralentie et pratiquement stoppée. Cest dans cet état que Betty et Kog lavaient vu sur le monde quil rebaptisèrent Love
Après cet épisode de lévolution des Cephs, vint celui de La Centralité. En changeant de monde, les Cephs perdirent 95 % de leur population mais avaient, néanmoins réalisé une assez bonne affaire. Cette planète de la voie lactée comportait un volume liquide (de mers et docéans) propice à leur développement. La température en était plus douce, la gravité moins importante et les prédateurs moins bien armés. Les Cralangs, emmenés avec eux, avaient tendance à y pulluler et sadaptèrent parfaitement, gardant une reconnaissance à ceux qui les avaient sélectionnés pour le voyage. Les Cephs pendant le million dannées qui suivit eurent leur époque la plus faste. Ils retrouvèrent vite la population quils avaient sur Love et qui correspondait à un bon équilibre. Les conditions locales, sur Centrale, avaient amené un accroissement de leur taille et la quantité dinformations à enregistrer, analyser et mémoriser avait fait croître la taille de leurs cerveaux en même temps que la surface développée de chacun dentre eux. Ils furent de plus en plus grands et intelligents et il semblait que rien ne limiterait jamais leur essor.
Puis vint lépoque où revint la question denvoyer des Cephs sur lensemble des planètes dont les conditions semblaient convenir. Lopération de transfert de Love jusquà la planète Centrale ayant été un succès, les Cephs voulurent continuer à explorer lespace à laide de leurs télescopes et instruments dobservations à distance. Ils y trouvèrent de nombreuses planètes très convenables pour sy reproduire et prospérer. Le corps des Cephs navigateurs fut créé et ils se lancèrent, pendant quelques milliers dannées, dans une campagne dexplorations plus poussées que celles aux instruments qui les avaient occupés précédemment. En fait, et compte tenu de la quantité de planètes existant dans la voie lactée, il y en avait, relativement, très peu qui convenaient pour eux. Ils en recensèrent moins de dix mille parmi plusieurs milliards examinés.
Le phénomène de la vie semblait les concerner toutes mais constituait une exception, un phénomène improbable et presque une aberration, dans le tissu ou la trame de lUnivers. Mathématiquement, la vie ne pouvait être considérée que comme un phénomène allant dans le sens inverse de lEntropie et, de ce fait, ne pouvait exister que de façon précaire. La vie nétait quun emprunt provisoire à lentropie et la mort ramenait léquilibre. Dans les mondes où la vie existait, une sur dix convenait aux Cephs car les conditions concernaient des êtres composés de molécules de la chimie dite organique sur Terre à savoir : carbone, hydrogène, azote et oxygène pour les éléments gazeux, calcium, sodium, potassium, fer pour les métaux. Dans les neuf dixièmes restant, il y avait toute une vie grouillante dêtres dont la chimie avait des bases différentes comme les Silicones ou les Titanyles et en général les atmosphères ou les conditions climatologiques les rayaient de la liste des planètes à conquérir.
La planète Centrale envoya donc ses Capitaines vers ces mondes dans des expéditions sans retour. Non seulement ils avaient pour mission de sy installer et sen rendre les dirigeants sans agressivité, mais ils devraient laccomplir sans esprit de retour. Les Capitaines, une fois sur place, devaient automatiquement être neutralisés par les équipages, coupant ainsi toute idée de revenir vers Centrale. Pourquoi ? .
Cest que sur cette dernière il y avait eu un grand schisme. Près cinquante pour cent des Cephs, désiraient de toutes leurs âmes revenir à létat de purs penseurs abstraits quils avaient avant lentreprise de changement de planète. Ils ne voyaient aucunement le besoin de se rendre dépendants dobjets fabriqués pour eux par les Cralangs. Daccord, ils en avaient vu lintérêt pendant un temps et avaient appris bien des choses, mais, maintenant que tout était rentré dans lordre, pourquoi ne pas redevenir les aimables philosophes quils étaient avant la naissance de Hydros ? . l autre moitié des Cephs, était dun avis contraire. Ses philosophes pensaient quen se rendant maîtres des sciences concrètes, ils allaient dans le sens dune évolution positive. Donc ils ne voulaient pas opérer de retour en arrière. Ils désiraient conquérir dautres mondes et les faire profiter de tout ce quils savaient. Il y avait la place pour que chaque point de vue aille jusquau bout de ses idées. Sur Centrale, resteraient les penseurs qui collecteraient les informations envoyées par les Cephs Conquérants. Ceux-ci iraient de par lUnivers pour essaimer, mais ne reviendraient jamais perturber à nouveau la sérénité de Centrale.
Donc lorsqu un vaisseau arrivait dans un monde, les Cephs et les Cralangs en débarquaient. Puis, le vaisseau était placé en stase temporelle et le capitaine neutralisé . Quentendaient donc les Cephs par cette expression ? Une mise à mort ? Non, car plus aucun Capitaine naurait voulu prendre de commandement. Simplement un traitement télépathique, volontairement accepté, de surcharge de concepts. Son but était de lui faire occulter, sous labondance des données, sa connaissance du paradigme de lespace à onze dimensions et ainsi lui interdire de le transmettre. Cela fonctionna très bien. Après environ une dizaine de générations, les Cephs Conquérants savaient toujours que le paradigme existait mais étaient incapables de lénoncer, de le concevoir ou même de lutiliser . Cent générations de plus et ils ne pensaient plus que dans le confortable paradigme à six dimensions !
Il y eut donc La Centralité qui était dispersée dans tout lUnivers, qui, dans chaque monde développait sa propre civilisation et transmettait tout ce quelle apprenait vers la planète mère. Après un million dannées harmonieuses et fructueuses, de petites différences se firent jour entre les Cephs de la Diaspora. Ces particularismes entraînèrent des tensions, les tensions amenèrent des ruptures, ces dernières débouchèrent sur des guerres. En très peu de temps tout le travail réalisé par les générations précédentes fut détruit. Ne restaient de philosophes que ceux de la planète mère :Centrale. Les autres furent des guerriers qui se détruisirent les uns après les autres, senvahissant réciproquement, créant selon leurs envies des machines et des armes de plus en plus sophistiquées et meurtrières. Les survivants, sur chaque monde, comprirent enfin que la position que ceux , restés sur Centrale, avaient choisie était la bonne et la seule valable. Ils abandonnèrent ce qui restait de leurs armes et machines sur un monde inhabité quils nommèrent Mécanica. Pour le faire, ils durent faire donner la réserve en utilisant le seul vaisseau resté sur Centrale et le seul Capitaine qui allait avec, tous deux maintenus en stase temporelle en cas de besoin depuis le grand schisme.
La fin sanglante des émigrants de la Centralité eut de grandes conséquences. Ne restaient quune demi douzaine de mondes, hors de Centrale, qui possédaient encore une population de Cephs. Pour les Cralangs, cétait un peu mieux, ils survivaient dans presque tous les mondes mais abandonnèrent les sciences concrètes. Ils en revinrent à leurs poésies et à leurs ballets dantennes. La guerre avait laissé de grands stigmates dans les esprits des Cephs et les chocs psychologiques entraînèrent souvent une régression en même temps que la perte des données principales. La communication entre ces mondes fut coupée et chaque planète où restaient encore des Cephs se replia sur elle-même. Au cours des millénaires certains mondes disparurent suite à des phénomènes astronomiques normaux tels que trous noirs ou super novae. Au moment où Kog et Betty visitèrent Mécanica, il y avait encore des Cephs sur quelques mondes : Centrale, mais on ne savait pas où se trouvait cette planète. La Terre, dont les seiches venaient de recevoir les connaissances des Cephs du monde des Cralangs par lintermédiaire de BAFESI. Et, aussi, au moins un monde qui devait se trouver dans la constellation Magenta. Mais, les machines de Mécanica ne purent en donner les coordonnées exactes. La seule chose quils purent préciser était quun guerrier Ceph de cette planète, plus quà demi mort, vint pendant leur guerre, séchouer sur la Terre vers lan 2000 de lère chrétienne. On pouvait penser que cest ce Ceph qui, (par lintermédiaire dune seiche ou directement ?) influença Mat Ducerf lors de sa visite à laquarium de Monte Carlo et provoqua son évanouissement.
Sur Mécanica les machines et armes, sans programme commun, exécutaient les tâches pour lesquelles elles avaient été inventées et construites. Elles se détruisaient au moindre déclenchement, se reconstruisaient anarchiquement dans une ronde qui nétait interrompue que si un être vivant se posait sur leur monde. Alors, en quête dordres ou dinstructions, ils sondaient les esprits après avoir immobilisés les corps et ne relâchaient leurs pressions que lorsquune autre machine ou arme provoquait une coupure de courant. Pour Kog et Betty ce fut la dualité de leurs personnalités qui fit sauter les fusibles.
Un jour lintelligence pouvait y naître par hasard et cela représentait un danger potentiel énorme pour la Fédération. Celle-ci nayant, apparemment, aucun ennemi navait aucune raison de garder ce dépotoir dans lidée dy rechercher des moyens de destruction contre qui que ce soit.
Kog et Betty, en conclusion, avaient recommandé un anéantissement total. Ils furent suivis dans cette voie.
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Compte tenu de la contribution important apportée par les deux clones, ils furent reçus, sur Terre à un grand Symposium, spécialement convoqué pour les entendre raconter leurs voyages et ce quils en avaient compris. Les Sages avaient bien des questions à poser et beaucoup de précisons à demander. Ce nest quaprès cette convocation exceptionnelle, qui sétala sur plus dun mois que furent prises les décisions principales suivantes :
-Betty et Kog rejoindraient le groupe fermé des Sages de la Terre.
-Kog prendrait la direction dune Académie, pour enseigner, à tous ceux qui le voudraient, la façon douvrir son esprit à la télépathie et lart de communiquer avec les seiches.
-Des ateliers et laboratoires seraient consacrés à létude de toutes les formes de machines à traduire les langues.
-Le langage sémaphorique des Cralangs serait au programme dune équipe spécialisée qui aurait aussi pour but de créer des robots capables de reproduire ce langage visuel.
-Betty deviendrait le chef de file concernant les études théoriques des différents paradigmes et, ce, jusquà ce que lhumanité soit capable de se servir de la Bulle qui était en stase sur Bilunes.
-Les liens avec les mondes de la Fédération seraient conservés mais les Terriens se comporteraient dégal à égal avec eux sans le moindre complexe. En conséquence directe, les terriens collaboreraient loyalement et donneraient toutes les informations recueillies par les deux nouveaux Sages.
-La Terre insisterait pour que les mondes humanoïdes considérés comme non encore aboutis soient aidés à progresser et non simplement observés de loin.
-Les humabs devraient tenter de garder une communication avec les seiches ou les Cephs partout où il y en aurait et devraient réviser loptique sous laquelle ils voyaient ces espèces intelligentes. Ils tenteraient dagir de la même façon avec tous les crustacés. Mais comme lavait exprimé avec humour lun de ceux-ci par lintermédiaire de Secco : << On ne peut nier que nos deux espèces sapprécient énormément lune lautre ! >>.
La moisson ramenée était dune telle importance quil faudrait plusieurs générations pour aller au bout de toutes les implications. Cela donnerait du travail qui déboucherait sur toute une ramification de tâches laquelle devrait occuper les 80 mondes humanoïdes pendant longtemps. Ajouté aux quasi 900 mondes à visiter quel programme pour lavenir ! . Plus personne ne sombrerait dans lennui.
En fin de séance, le jour de la clôture, Betty et Kog trouvèrent indispensable de dire quon devait tenir la promesse faite à Zaon 438 Pim, alias Manius, alias Mat Ducerf, alias Oleg ...etc.... Cet homme avait accompli la difficile mission que lon sait. Il méritait donc, à leur avis, une sorte de nouvelle vie au même titre queux mêmes. Donc, son clone devait être mis en lancement, une éducation programmée comme cela avait été le cas pour nos deux héros. Ensuite à lâge convenable on devrait passer par BAFESI pour reproduire ce quil y avait de plus proche de celui quils avaient connu sous le nom de Mat Ducerf. Les Sages furent tout à fait de cet avis mais la question rebondit dune manière imprévue.
Dans la Fédération, comme sur Terre, le clonage humain était tabou et sil y avait eu transgression, cétait devant une exigence absolue. Maintenant, on devait en revenir à une application stricte. Donc, le cas Pim serait la dernière exception ! Ensuite les laboratoires de Washington et tous les clones restants en potentiels seraient détruits.
Dans ces conditions il nexisterait, dans toute la Fédération, que quatre humains à double personnalité. Et cétait une sage mesure, car tout ne se passait pas au mieux pour eux. La fusion sétait plus ou moins bien réalisée au cours de leur dissociation première quand ils quittèrent la Terre pour la première fois. Ensuite ils eurent une vie pleine dactions, daventures et de découvertes qui les prit à temps complet. Maintenant quils se trouvaient à nouveau sur la Terre et pratiquement au repos, ils se sentaient assez mal à laise. Les personnages fabriqués à partir des clones dans le but précis des missions à accomplir, cohabitaient de moins en moins bien avec les personnalités enregistrées par BAFESI, sept siècles plus tôt. Ils eurent de violentes migraines, quelques troubles psychomoteurs et allèrent jusquaux crises épileptiques.
Impossible de léviter cela car le fait demeurait que, dans chaque corps, se trouvaient deux esprits, deux mémoires et deux conceptions de ce quétait le monde les entourant. Le seul cas où la dualité donnait une synthèse aisée à vivre était celui dun contexte daventures dans des mondes extérieurs. Là, les personnalités sajoutaient au mieux des besoins sans provoquer de malaises alors quau repos il y avait des divergences.
Cest la raison pour laquelle, le reste de leur longue vie, Fox, Betty et Kog, rejoints ensuite par celui quils nommèrent toujours Mat, sillonnèrent sans relâche toutes les planètes où les Grands Cephs de la Centralité avaient laissé des Mandalas.
Mais ceci nest-il pas raconté dans les douze disques de La Grande Légende que vous avez tous lus dans votre premier âge ?. De même, navez-vous pas dévoré, plus tard à ladolescence, les histoires damour et la saga (en 25 C D ) de Jiko la fille aux cheveux bleus et de Iomael le musicien ?
Chapitre 12
Océaniques.
Qui est le monstre,
Qui est la bête ?
(Secco )
.
Le monstre marin était de très mauvaise humeur et le manifesta rageusement en expulsant un puissant jet deau. Un requin marteau qui passait un peu trop près en fut déséquilibré et, effrayé, se dépêcha de quitter la zone profonde où il sétait laissé entraîner par sa perpétuelle faim. Autour de lui, encore et toujours, une bande de seiches tournoyait sans relâche, échangeant des messages lumineux qui ne le touchaient guère. Lui, le monstre, nétait pas artiste comme tous ces petits êtres. La moitié de son temps était utilisée à la satisfaction de ses besoins vitaux, lautre à servir de réceptacle, bien malgré lui, à la multitude de messages télépathiques arrivant de tous les Océans et Mers habités par le peuple des seiches. De proche en proche ils se communiquaient le résultat de leurs réflexions, théories, jeux desprit, questions et réponses. Puis ces millions de messages arrivaient vers le petit groupe qui ne le quittait jamais et le tout se trouvait projeté avec une force télépathique à laquelle il ne pouvait résister et sinscrivait dans la myriade de ses neurones.
Cest le moyen que ces êtres intelligents avaient trouvé pour stocker les données de leur science et aussi pour les consulter. Le monstre nétait ni consentant, ni participant, simplement il ne pouvait rien faire contre ! Quand le flux en devenait trop dense il en éprouvait de la douleur dans son immense cervelle. Ces céphalées douloureuses provoquaient son agacement et le rendaient hargneux.
Depuis que le Ceph voyageur de la planète des Cralangs avait fragmenté et expédié toute sa science vers les seiches, la douleur ne cessait plus. Chaque seiche transmettait à ses plus proches congénères ce quelle avait reçu et, comme une onde, les informations se propageaient et étaient finalement stockées en lui. Le monstre nanalysait rien, nutilisait aucune logique car il était complètement stupide et réagissait plus quil ne sentait. De plus, depuis quelques mois, tout allait dans le même sens, on ne consultait pas les données introduites en sondant son esprit, on ne faisait que les accumuler. Ainsi, aucun schéma conçu par les seiches ne venait remettre de lordre dans tout ce quil recevait et, donc, aucun soulagement ne venait. Un moment, tout de même, il y avait eu la synthèse réalisée à la demande de Secco concernant la façon daller chercher encore dautres données. Cela lavait calmé pendant presque un mois. Mais depuis, plus rien de ce genre. Heureusement que le monstre avait ses problèmes personnels de nourriture et pendant quil chassait de quoi alimenter les vingt-huit tonnes de sa masse, il ne pensait à rien dautre. Les communications avec ses bourreaux étaient presque coupées. Ceux-ci lui transmettaient en permanence des indications sur les lieux où il trouverait de quoi restaurer ses forces, et, en cela, ils étaient précieux. Mais le reste du temps ils lui empoisonnaient lexistence. Par expérience le monstre savait que tout était cyclique et quaprès une séquence, trop longue, de réceptions, viendrait le temps où les seiches utiliseraient et reclasseraient tout ce fatras et quil sen trouverait heureux.
Sans lavoir cherché, il comprendrait des choses auxquelles il ne sintéressait aucunement, ce qui augmenterait son savoir mais pas sa faible intelligence. Sa mémoire était infaillible et totale. Il aurait pu se rappeler le moindre des événements survenus pendant le déroulement des quarante années de sa vie. De la même façon il possédait la mémoire de sa race et pouvait rappeler chaque détail de la vie de nimporte lequel de ses ascendants. Mais à quoi bon ? Seules les seiches sintéressaient à ces choses du passé.
Rarement, pourtant, pendant sa digestion, des pans entiers de lhistoire de sa lignée lui revenaient. A une époque lointaine les seiches avaient eu à trancher sur un énorme dilemme qui pouvait se résumer à : artefacts ou pas dartefacts ? . Autrement dit leur civilisation de philosophes et dartistes devait se déterminer à propos de la voie qui serait celle que suivraient leurs descendants : utiliser ou non les qualités de certains crustacés munis doutils naturels pour fabriquer des objets ? Le peuple des munis de pinces nétait pas un peuple de réflexion mais plutôt tourné vers laction. Ils communiquaient par un système sémaphorique de proximité mais assez volontiers par télépathie quand la distance était trop grande pour leur courte vue. Cela avait été un jeu denfant pour les seiches de les comprendre et dutiliser la suggestion pour leur faire exécuter des taches. Mais, indéniablement, ils étaient intelligents. On devait en tenir compte. Ce qui provoqua cette question venait de conclusions sur la nature de lunivers auxquelles était parvenu un groupe de seiches plus tourné vers ce genre de discussion. La démonstration que six dimensions étaient à prendre en considération fut un peu polémique et les seiches durent, pour une vérification qui couperait court à ces échanges perturbateurs, se résoudre à faire construire. Le premier problème à régler fut de faire amener, par les grands crabes, les nodules de magnétite qui étaient indispensable. Un lieu fut soigneusement choisi pour lexpérience. Cela demanda quelques siècles. Puis lorsque la quantité fut suffisante il fallut organiser une construction de forme particulière pour que des lignes aimantées tournent de telle ou telle façon et ce fut là que les ancêtres du monstre commencèrent à servir les seiches. Tous ces poulpes munis de bras et de ventouses savaient manier les objets et, pour stupides quils soient, étaient de bons récepteurs dordres. Moins de vingt ans plus tard loeuvre était achevée. Les essais montrèrent deux choses : que la théorie paraissait valable mais quelle était assez inefficace dans leau ! Maintenant que tout cela était admis et compris, les seiches choisirent de ne pas pousser davantage dans la voie matérielle et continuèrent à sadresser de beaux poèmes lumineux comme par le passé. Certains provoquaient par leur harmonie, le rythme des lumières, le choix des alternances de couleurs et le signifiant quils délivraient une telle impression de beauté que les seiches voulurent les stocker. Le choix se porta sur le premier poulpe venu. Ils introduisirent les données dans son cerveau. Ils développèrent chez lui une mémoire transmissible en jouant sur ses glandes à sécrétion interne. . Lhabitude et la commodité firent quau cours des millénaires suivants ils eurent de plus en plus à conserver. Ils furent amenés, par conséquent à modifier les hormones de croissance de lanimal porteur pour que les descendants de ce réceptacle grandissent en même temps que croîtrait la taille du cerveau, donc des capacités de stockage. Petit à petit la taille devint monstrueuse, il était maintenant le plus gros des habitants de lOcéan, plus que la baleine ou que lorque ! Quand viendrait lheure où sa mort devait être envisagée, les seiches se chargeraient dorganiser, avec un autre poulpe femelle, la fécondation des oeufs et la sélection de lun dentre eux pour devenir leur réservoir musée suivant.
Oui, le monstre, aussi stupide soit-il, était conscient des raisons de sa présence et de son utilité.
Ce que ni lui, ni les seiches ne réalisèrent vraiment, cest quau cours des ères géologiques et des glaciations tout bascula plusieurs fois et que lédifice construit pour la démonstration de la théorie se trouva, un jour, au sec. Cétait dans une région nommée, pendant une période, la Mésopotamie. Les sauvages humains qui la peuplaient lui donnèrent le nom de ziggourat et en firent un monument sacré. Ils avaient constaté que, parfois, des gens qui sy rendaient pour apporter leurs offrandes, disparaissaient sans laisser de trace. La ziggourat fut réservée à quelques prêtres qui ne lapprochèrent plus que sous certains angles, à certaines dates et avec bien des précautions. Il y en eut quelques copies au fur et à mesure que les populations sen éloignaient par leur croissance exponentielle et on les adora comme on lavait fait pour loriginale. Celle-ci seffondra de vétusté après moins de trois mille ans.
Quand commencèrent à arriver toutes les données transmises par le Ceph voyageur il fut évident pour tous, les seiches aussi bien que le monstre, que sur le monde des Cralangs loption choisie avait été inverse de celle prise par les seiches. La grande question qui donnait lieu à de nombreux débats et réflexions était de savoir si les seiches continuaient dans leur voie ou si elles se dirigeaient désormais dans celle de Centrale, la planète disparue ? Le monstre se moquait de ce genre de préoccupations. Ce qui le motivait était de se nourrir et de se tenir à labri du seul prédateur quil pouvait redouter : lHomme.
Un de ses ancêtres déjà volumineux, (un peu plus que le quart de ce que lui-même était devenu), avait eu directement affaire à eux. De bonne foi, et malgré les avertissements de sa nuée accompagnatrice, il sétait sattaqué aux navires de pêche qui sillonnaient linterface eau/ air. Au début il ressentit les ondes de terreur paralysante qui embrumaient les cerveaux humains comme ceux de ses proies habituelles. Puis ces choses sorganisèrent et il dût renoncer à cette nourriture car il fut plusieurs fois blessé par des harpons. Il eut même un tentacule dont lextrémité fut sectionnée dun coup de hache dabordage. Donc, lui et ses descendants se dissimulèrent du mieux quils purent. Puis ces êtres qui vivaient dans lair se livrèrent à des batailles et le fond de locéan où il se tenait tranquille fut perturbé par des mines, des torpilles, des épaves mais aussi par beaucoup de choses bonnes à manger.
De tout cela les seiches retinrent que le poulpe avait réussi à recevoir des pensées humaines, donc, pour eux-mêmes il ne fut plus exclu de tenter de réussir une communication avec ces êtres bizarres. Par télépathie, ils fouillèrent le contenu des émotions du monstre, trouvèrent le chemin suivi et surent comment procéder. La question était maintenant de savoir dans quel but le faire ?
Comme pour tous les êtres demeurant dans le milieu marin la pollution des mers par les hommes devenait un problème vital ! Pouvaient-ils se faire comprendre des humains et leur demander darrêter de tout saloper ? Comment sen approcher suffisamment ? Y avait-il parmi les humains quelques télépathes ? Autant de questions à résoudre. Ils savaient, par le biais de certains dentre eux, conservés vivants dans des aquariums visités par les hommes, que le problème de la distance était résolu. Mais les épais verres qui sinterposaient entre ces seiches et les hommes ne rendraient-elles pas impossibles toutes communications ? Ils se résolurent à tenter un essai mais, nayant aucun langage à partager, ils durent se contenter dessayer de transmettre un concept. Les hommes défilaient sans cesse devant laquarium mais il ny avait pas de télépathe. Puis, enfin un jour, un homme passait qui était absorbé dans de profondes spéculations concernant le concept même, quils désiraient faire passer. Toutes les seiches qui se trouvaient dans la mer proche sunirent avec celles qui se trouvaient en présence de cet individu particulier et lui envoyèrent, ensemble, leur message. Lhomme tomba foudroyé et fut très près de mourir.
Les seiches décidèrent de ne plus faire dessai de communication directe avec les hommes mais dutiliser celles dentre elles qui se trouvaient à proximité des humains pour leur inspirer des sentiments de respect de la nature et décologie. Elles préférèrent créer une ambiance générale durable à la communication directe trop traumatisante. Moins de deux siècles plus tard, ils cessèrent complètement de tout souiller. Le message avait été reçu et compris 5/5.
Une époque nouvelle souvrait maintenant qui était pleine de promesses et de perspectives positives. Secco avait trouvé un humain télépathe avec lequel elle pouvait communiquer. La liaison entre la lignée des seiches intelligentes et les hommes, qui létaient moins, devint possible. Une porte avait été ouverte vers dautres planètes et donc la possibilité dessaimer ou de rencontrer dautres seiches pour échanger expériences et idées. Il faudrait en profiter assez vite, avant la fin des 50.000 années qui venaient car lespèce humaine montrait tous les signes dune disparition proche. Ils avaient perdu le contact avec lessentiel : les difficultés à surmonter dans tous les actes qui font la vie. Bientôt leur taux de natalité baisserait, leurs facultés non exercées samenuiseraient, leur désir de vivre séteindrait et ils seraient remplacés par une autre espèce. Une de celles qui devaient se battre pour manger, boire, se reproduire, asservir la nature et régner sur les autres.
Impossible de pronostiquer laquelle, mais cétait certain. Comme avaient disparus les dinosaures, les hommes sévanouiraient et la Terre continuerait à tourner autour de son soleil. Les seiches, arrivées depuis des millions dannées à létat parfait de lévolution, continueraient à échanger des idées et des oeuvres dart au fond des Océans. Pourquoi aller dresser les homards si un jour ils voulaient quon leur construise des artefacts ? Sur cette planète Terre, ils avaient aussi bien que les Cralangs. Pour les cinquante millénaires à venir, ils feraient travailler la sous-espèce intelligente : les hommes.
F I N
La suite du cycle des Mandalas est dans
Le Hop double