Cher monsieur Pierre Ernoult,
Je m'appelle Marine Fardoux et j'ai 15 ans, je suis en classe de seconde dans le Pas de Calais. Nous avons étudiés en première séquence cette année la nouvelle.
Pendant ces vacances de Toussain-ci, nous avions pour "défi" de créer notre propre nouvelle à la manière de Maupassant!
Cette nouvelle devait impérativement se terminer par une chute et être de point de vue interne.
Elle devait aussi comporter pluseurs expressions qui sont soulignées dans ma nouvelle : "Requiem pour un enfant"
Encore un. Cela faisait maintenant le cinquième. Un meurtre sanguinolent sétait de nouveau produit dans la gare de seconde ligne de Berteuil, ville située dans le Nord de la France près de Lille. Quand on parlait du Nord, déjà, on lassociait au mauvais temps, aux anciennes mines de charbon, et maintenant allait-on aussi penser à linefficacité de la police ? En effet, depuis le début de lhécatombe, plus dun mois auparavant, lenquête piétinait déplorablement. Le commissaire de police chargé de lenquête était Monsieur Henin. Il était âgé dune cinquantaine dannées, paraissait assez gros et avait un visage rougeaud. Il était physiquement peu gâté par la nature et avait la réputation dêtre brave mais imprévisible. Il habitait une grande maison juste à côté de la gare de Lille. Malgré tous les efforts quil mettait en uvre pour démasquer lassassin ; celui-ci restait encore introuvable.
Pierre Pulitzer, journaliste connu et reconnu dans la France entière pour ses nombreuses révélations notamment celles lors du procès dOutreau, fut chargé de se pencher sur lenquête. Il nétait plus tout jeune mais il avait encore le tempérament curieux de tout bon journaliste. On lappela. Cétait une femme qui sanglotait :
« Monsieur, ma fille de sept ans a disparu.
Avez-vous alerté la police ?
Oui, elle la retrouvée
Pierre laissa alors échapper un soupir de soulagement mais la femme continua :
Elle est à la gare de Berteuil, baignant dans son sang. »
Lodeur de mort, le cri de douleur mêlés à ceux des pleurs, le vacarme des trains circulant sur les voies ferrées, lobscurité grandissante ; la gare était-elle lantre de Satan ?
Pierre se dirigea vers le lieu du crime. Derrière les barrières de sécurité se trouvait le corps de la frêle victime. Monsieur Henin faisait de grands gestes pour faire circuler les curieux, il ordonna quon emmène le corps pour les funérailles puis, essoufflé et voulant essuyer la sueur perlant sur son front, il sortit de sa poche un mouchoir ; une photo en tomba malencontreusement ; il la ramassa nerveusement et la replaça dans sa veste.
Pierre, lui, examinait le corps. La petite fille était une enfant de sept ans. Elle avait, comme les précédentes victimes des cheveux bruns et des yeux couleur bleu azur. En regardant son visage, un frisson dhorreur le traversa : ses yeux étaient grands ouverts comme sils fixaient linfini et, détail qui intrigua particulièrement Pierre, ses pupilles noires étaient pratiquement invisibles tellement elles étaient rétractées, comme si la victime avait été éblouie avant de mourir. De ses lèvres légèrement entrouvertes séchappait un filet de sang noir qui tachait le béton grisâtre du sol de la gare.
Des traces bleues autour de son fin cou laissaient, présager quon lavait étranglée. Quel être barbare avait eu la folie de tuer une si mignonne créature sans défense dans cette gare sordide ?
Monsieur Henin, voyant que les curieux affluaient et que les journalistes mitraillaient le corps avec leurs appareils photos pour leurs articles de journaux à sensations, décida de fermer la gare. Ils navaient donc aucun respect pour la famille ! Pierre refoulé lui aussi, sassit sur un banc et se mit à réfléchir. Il sefforçait de reconstituer la scène. Il ferma les yeux. Une étrange spirale apparue. Floue dabord, puis de plus en plus nette, de plus en plus rouge. Cétait un rouge vif, un rouge profond comme dessiné avec un bâton de rouge à lèvres. Elle tournait, lentement, paisiblement. Un cadavre apparut, puis deux, puis trois et enfin les six jeunes défuntes de Berteuil étaient là, étendues, grimaçantes. Et cette spirale sans fin tournait encore, vers la mort, vers le néant.
Soudain, les corps se mirent à se décomposer sous ses yeux, sans quil ne puisse rien faire. Il était comme statufié, spectateur dune scène où la mort est le personnage principal. Des lambeaux de peaux tombaient ; les yeux délicieux se changeaient en orbites vacantes de spectre. Puis, plus rien. Le noir. Une baignoire en or apparut. Elle était remplie dun liquide
un liquide visqueux et rouge
et un homme obèse et rouge en surgit
Le portable de Pierre sonna. Emergeant de son rêve, il répondit. Cétait Monsieur Henin.
« Avez-vous de nouveaux éléments qui pourraient faire avancer lenquête monsieur Pulitzer ?
Jattends les résultats de lautopsie.
Lautopsie ? Je lai annulée. La jeune fille a, selon moi, déjà suffisamment souffert pour en plus se faire disséquer. Croyez le bien, je fais ça pour sa mémoire et pour le respect de sa famille. Mon seul but est de leur épargner plus de peine.
Mais elle aurait pu nous permettre de répondre avec plus de précision aux questions sur la mort de la jeune fille, objecta Pierre.
Je préfère épargner la famille pour le moment et cette décision nest pas à contester. Aucune jeune fille na subit dautopsie dans cette affaire pour le moment et je ne vois pas pourquoi cela changerait.
Il ajouta encore plus ému avant de raccrocher :
Des parents ne devraient jamais voir leurs enfants mourir puisquils les ont vu naître. Cest contraire à toutes les lois de la nature. »
Le commissaire semblait complètement épuisé. Sa voix tremblait, on sentait quil sinvestissait énormément dans lenquête. Voilà un homme qui comprenait bien la souffrance des familles dans un moment aussi tragique.
Un couple de touristes passa. La femme demanda à Pierre sil pouvait les prendre en photo devant la gare. Pierre, aimablement, prit le polaroïd et il les photographia. Instantanément, la photo sortit de lappareil.
Pierre la regarda, elle était complètement ratée. Il leur tendit alors la photo en sexcusant. Lhomme la regarda et il dit :
« Ce nest pas grave monsieur, cest à cause de notre appareil qui nest plus tout jeune ! Le flash est trop puissant cest pour cela que nos yeux paraissent si étranges ! Cest un simple effet doptique car nos pupilles sont toutes rétractées donc on ne les aperçoit pas ! Merci beaucoup ! »
Donc les pupilles rétractées étaient dues au flash dun appareil à la prise dune photo
« Pupilles rétractées ! », « flash ! », « photo ! » Il avait comprit
Pierre se rendit à la maison située près de la gare de première ligne de Lille : personne nouvrit. Pierre força alors la porte et pénétra dans un long couloir très sombre. Il savança prudemment ; de nombreux tableaux étaient accrochés au mur ; ils représentaient tous la même jolie jeune petite fillette brune aux yeux bleus.
Pierre pénétra ensuite dans un petit salon. La lumière était tamisée, on pouvait seulement deviner les contours des meubles de la pièce. A première vue, la pièce était déserte. Un carnet à la couverture noire se trouvait sur la table basse au centre de la pièce comme sil attendait quon louvre. Pierre sapprocha et saisit le carnet. Il louvrit et ne put sempêcher de pousser un cri en découvrant ce quil contenait.
Il y avait, collées sur chacun des pages, les six photos des six cadavres de la gare de Berteuil. Les six jeunes filles avaient été à tout jamais immortalisées dans leur dernier souffle par ces photos. Les questions que se posait Pierre se résolvaient au fur et à mesure quil tournait les pages. Sur la dernière, encadrée proprement se trouvait le portrait de la jeune fille, souriant de toute sa jeunesse. Pierre la reconnut, cétait la fillette qui était déjà exposée dans le couloir dentrée. Sous ce portrait était inscrit en lettres dor comme pour ne jamais oublier, ces paroles :
« A ma fille, décédée accidentellement dans la gare de Berteuil après être glissée sous les rails du train quelle attendait avec moi, son père qui la aimée et chérie durant toute sa courte vie.
Tu seras à jamais ancrée dans ma mémoire et jamais plus je ne pourrai supporter de voir une autre fille te ressemblant, sourire sachant que toi tu nes plus
que Dieu me pardonne. »
Alain Henin.