- « Je suis entourée, tu sais. »
Son ton monocorde tranchait avec la folie de nerfs qui létreignait.
- « Je suis en train de pourrir. Et il ny a rien à faire. Je suis malade, vérolée et surtout, surtout
contagieuse. »
Elle éclata de rire, dun rire hystérique et pointu. Un rire strident tombant dans mes malheureux tympans qui navaient rien demandé.
- « Tu me regardes avec tes yeux dahuris. Je ne suis pas folle, tu sais. Je vois ce qui se passe, partout
Et les portes qui claquent, hein! Pourquoi ? »
Je sursaute car la porte près de moi claque dun coup sec, me coupant la respiration. Je la regarde, vraiment ahuri cette fois.
- « Tu vois, me dit-elle, Et regardes bien, écoutes bien maintenant
»
Elle enfonce ses doigts dans sa bouche et ses dents claquent. Et puis, jentends le craquement des chairs éplorées, des chairs mises à nu, jentends la douleur retenue, jentends le sang monter et se répandre dans sa bouche. Jentends son cri étouffé et, triomphante, elle brandit une molaire
Enorme, entartrée, la racine battante. Elle me regarde et ses yeux ne sont que larmes, torrent démentiel de douleur.
Et incroyablement, ma gorge explose et mon corps se met en branle. Je ris jusquà me faire mal. Les épaules secouées, authentiquement incontrôlable.
*
* *
Des jambes douces entourant un corps mort
Une bouche avide avalant un sexe inerte
Et des mains baladeuses se perdant sur des fesses impassibles
Alors, un corps malicieux se mettant en branle pour le secouer
Parce que la mort est décidément trop ennuyeuse.
*
* *
Bruissement de paupières dans lécrin pourpre de la vie.
Le cur est le plus grand bourreau encagoulé qui soit.
*
* *
Elle me surveille, tapie derrière les miroirs sans teint de lappartement
Et pendant ce temps, je caresse la peau douce de la vie, succombant trop facilement aux plaisirs interdits et je sais quelle pleure
Elle est jalouse et elle maime. Et moi, je subis son Amour comme dautre la maladie, résigné et impuissant
*
* *
Je me souviens de ce temps ancien où je passais mes après-midi nue, dans un lit de rien. Un lit de planche avec un matelas en mousse posé dessus. Il était allongé près de moi, nu aussi, avec un désir qui nous bouffait le ventre. On faisait lamour plusieurs fois, assoiffés de lacte. Deux corps violemment projetés vers ce matelas fin et mou. La musique défilait, accompagnait les soubresauts des corps et rentrait dans la tête. Elle aurait toujours lodeur de ces ébats. Elle aurait toujours la chaleur, la moiteur de ces après-midi.
Je me souviens de la musique de nuit. Je me souviens des trottoirs. Je me souviens du froid et du noir. Et mon chien qui tirait sur sa laisse pour pisser. Et mes pieds qui claquaient sur lasphalte, dans le clair-obscur des rues presque sordides. Je me souviens que cétait lhiver tout le temps ou presque. Je me souviens avoir vu la nuit tomber de plus en plus tôt.
Et ma violence
Dehors, je ne voulais pas y mettre les pieds parce que la nuit était parfois sinistre, pluvieuse
La nuit rentrait dans mes os (liquéfié pas lalcool). La nuit me faisait tourner la tête comme une bête affolée, armée que de mon chien et de ma hargne, quand même.
Je me souviens du temps ancien de la tristesse. Du temps ancien de la fatigue. Je me souviens de tout parce que je suis si jeune encore. Mais bientôt, je ne me souviendrais que de bribes, de morceaux choisis.
Et je vomis cette époque à venir.
Fin
Mylène Rossez