À Mamie Fleur
Il passait la semaine ici. Le jeune homme avait des vacances précoces et était venu les passer chez sa mère-grand, dans la campagne Normande, au bord de la mer. Le village était une station balnéaire très fréquentée l'été, mais lorsque venait l'hiver, tous les vacanciers Parisiens partaient vivre leur monotonie en ville. Le village était presque désert sauf le matin, quand le marché passait et que toutes les personnes âgées sortaient de leur demeures.
Chaque matin, après que le jeune homme soit allé chercher la quotidienne brioche chez le boulanger, il partait avec mère-grand collée à son bras vers le marché, étape indispensable à la journée de mère-grand. Sur le chemin, le jeune homme lui racontait toutes ses aventures et ses multiples déboires amoureux dans son université. Elle lui contait ses parties de cartes avec son club et les nombreux souvenirs qu'elle eût de son défunt mari, le jeune homme ne l'avait que très peu connu.
Chaque midi, la mère-grand préparait des plats identiques à la semaine précédente, respectant un strict programme. Le jeune homme la grondait souvent de ce manque de folie. Grâce à lui, elle goûtait de nombreuses saveurs inconnues. C'était comme un voyage culinaire. Elle appris à savourer le Mexique, l'Asie, l'Inde, le Maroc... Elle appréciait, mais elle savait se contenter de choses simples et ses menus habituels lui convenaient tout autant.
Le début de soirée était l'heure de la télé. Ils regardaient ensemble les jeux télévisés pour essayer de savoir qu'elle était le plus forte des deux. Le plus souvent, le score le plus serré était celui du jeu des chiffres et des lettres. Lui, étudiant en mathématiques gagnait souvent au jeu des chiffres. Elle, ancienne professeur de français le battait toujours aux lettres. Souvent, ils essayaient de faire apprécier à l'autre la musique qu'ils aimaient. Mère-grand ne comprenait comment le rock était devenu un style si aimé, elle ne pouvait pas supporter ces multiples bruits tout en même temps, elle préférait la musique classique. Ils tombèrent d'accord pour écouter du jazz.
Le jeune homme appréciait cette atmosphère pour travailler. Il se mettait à la table de la salle à manger qui communiquait avec le salon et révisait ses cours. Pendant ce temps, la mère-grand passait des coups de fils et mettait le haut-parleur ben fort sans s'apercevoir que le bruit dérangeait son petit-fils.
Souvent, leurs goûts étaient différents, mais il restait encore quelques domaines où ils tombaient d'accord. Ils appréciaient les mêmes films au cinéma. Un soir, ils allèrent ensemble au petit cinéma du village et allèrent voir un film pour lequel ils s'étaient mis d'accord auparavant. Ils le trouvèrent tellement qui passèrent une partie de la nuit à en discuter.
Le jeune homme savourait ces moments. Depuis peu de temps, la santé de sa grand-mère faiblissait de manière alarmante. On ne l'eût pas cru si on la voyait, elle était toujours vivante et rigolait à toutes les farces débiles de son petit-fils. En réalité, elle se cachait pour tousser et suffoquer. Le jeune homme s'en apercevait, mais il essayait de ne pas le montrer à sa grand-mère.
Chaque soir, il allait voir le coucher de soleil sur la mer.
C'était un de ces soirs. Le jeune homme regardait la mer et le soleil qui dans un dernier souffle allait se réfugier derrière l'horizon. En voyant ça, il repensait à la période où sa grand-mère le prenait par la main pour aller l'y conduire. Il regrettait que mère-grand n'est plus les jambes pour y parvenir. Bientôt, il devrait se passer d'elle. Pour lui, ce n'était pas aussi triste que ça aurait pu l'être. La vieille dame partait le jeune restait, c'était dans l'ordre des choses. Il se disait qu'elle serait sûrement plus heureuse là où elle serait, quel que soit l'endroit où le trépas l'amènerait. En voyant une femme d'une cinquantaine d'années tenant la main d'un tout petit garçon, il se reconnut et eut un léger sourire. Comme il aurait aimé savourer une de ces promenades une dernière fois avec sa grand-mère. La sonnerie de sa montre l'ôta de son rêve. 18H30 : il devait retourner à la maison préparer à manger.
À sa grande surprise, lorsqu'il revint, toutes les lumières étaient allumées et une ambulance était garée devant la maison. Son cur battit furieusement. Il entra en courant. Des médecins étaient là ainsi que quelques membres de la famille déjà prévenus. Des larmes coulaient sur leur joue. Le jeune homme embrassa tout le monde et entra dans la chambre de sa grand-mère, elle était allongée sur son lit, toute pâle, le visage sans expression. Le cur du jeune homme fit un bond. Un docteur était assis là et essayait de consolait la fille aînée de la vieille dame, la mère du jeune homme. Le jeune homme entraîna le médecin de famille dans un coin de la pièce, pour ne pas qu'on les entende.
Je ne comprends pas docteur, dit-il, j'étais avec elle ce matin, elle paraissait en bonne santé, son état semblait s'être stabilisé.
Le médecin eut un air incrédule
Monsieur, répondit-il, je suis tout à fait formel. Cette dame... est morte, il y a au moins une semaine...
Le jeune homme ne comprit pas. Comment cela était-il possible ? Il fut paniqué. Toutefois, en voyant l'air tranquille de la mère-grand, il sourit. Et la mère-grand lui sourit.