La femme qui traverse le parc dans la tiédeur du matin a les cheveux bruns et bien rangés. Son chignon lui donne à la fois, un air austère et mystérieux. Son tailleur est élégant, elle marche dun pas alerte, le bruit que font ses escarpins rassure le désert de mes pensées. Elle me rappelle une enseignante dhistoire naturelle, lorsque je fréquentais les établissements de la laïcité. Cétait le temps des premières gauloises, on tirait dessus avidement entre deux sonneries. Je nétais pas un cancre, plutôt rêveur, jaimais bien dessiner et écrire sur les coins de mes cahiers. Quand venait le cours en question, je me retrouvais au premier rang comme un élève studieux. Sa poitrine se soulevait pour nous expliquer la vie des batraciens. Jen garde un souvenir merveilleux. Elle avait les yeux dun bleu presque transparent. Je mimaginais la transportant sur mon destrier, lépaule en sang, le visage en sueur, caressant sa chevelure
Les établissements étaient encore en bois. Au fond des classes, il y avait des poêles à charbon. On y faisait fondre des gommes, du plastique. Il y avait des jours, on aurait pu se croire dans les rues de Londres. Et puis, il y a eu Bouboule, cétait un professeur de mathématique. Bouboule passait plus de temps au café que devant un tableau noir. Il nous arrivait souvent de lattendre. Parfois, il ne venait pas du tout. Bouboule se disait dépassé par les logiques modernes. En vérité, cétait plutôt la fermentation du raisin qui lui montait à la tête. Il disait : « si et seulement si
» On répétait : « si et seulement si le verre est vide, il faut le remplir. » Jaimais bien Bouboule, moins que les cours de sciences naturelles. Dans la cour, les inévitables chiottes à la Turque. Le malin plaisir, était de repérer une personne qui serrait les fesses. Une fois que lindividu était bien installé, on passait la main au-dessus du muret et lon tirait la chasse deau
Douce France
La femme qui a traversé le parc avec son chignon
Je limage nue parmi les rosiers
Les jambes égratignées
Les cheveux défaits
Le bout des seins en effervescence
Le corps mêlé de sueur
Et
De terre.
La femme
PIERRE RIVE