Saint Girons Plage, le 08 Juillet 1997
Aujourdhui, jai rencontré locéan.
Océan, mon ami, mon frère, elle arrive, elle est tout proche, ne la repousse pas.
Elle veut simplement voir et respirer un décor quelle navait pu quimaginer. Où évoluent des personnages qui sont nés delle, qui lui ressemblent, et qui nexistent que par elle.
Pour eux, elle cherchait un théâtre, elle a choisi ton rivage, et de trop bien te décrire, elle ta aimé. Elle est de celles qui vivent de rêves, redoutant sans cesse que la réalité ne les lui abîme.
Mais, Toi, pour lui être précieux, elle a craint de te trahir et elle a cédé au désir de te rencontrer.
Elle avance vers toi, guide-la, crois-moi, tu vas laimer.
Car, vois-tu, en elle, déjà, le cur éclate de tavoir si bien deviné, de cette joie qui enivre, qui libère les rires et fait pleurer aussi.
Quel enfant tu fais ! Elle te cherche et tu te caches ! Crois-tu la dérouter ? Elle aime ton jeu étrange qui linvite à lécoute des pins, qui lui ouvre une forêt magique, dernier obstacle entre elle et toi.
Merci pour ce cadeau. Ce monde inconnu quelle ignorait patient, serein et éternel.
Complice de la biche, immobile, qui lobserve, et qui senfuit de se sentir découverte.
Galopade inutile, car rien venant delle ne pourrait être menace.
Et là, que fais-tu ? Tu lui montres une des portes de ton univers mais pas laccès le plus direct, ni une offrande froide, banale, brutale.
Tu la pousses à poursuivre une quête. De celles qui donnent leur vraie valeur aux conquêtes.
Tai-je dit quelle est fille de Méditerranée ?
De cette mer que jai cru longtemps ta compagne alors que je sais
ne ris pas ! effrontée et futile, accessible et facile, elle te ressemble si peu !
Et il est vrai que la mâtine sexhibe.
Partout où le regard se pose, sans rien pour la dissimuler, elle danse et brille, aguicheuse et tentatrice.
Pourtant, mon amie, celle-là même, maintenant assise sur ta collerette de sable dor roux, parfois lui raconte ses songes.
Même si les plus légers pour la connaître inconstante.
Il faut que je te dise, je crois quelle a besoin de toi, pour puiser de ta force, de ta puissance, les emmener en elle, retrouver, grâce à toi, le goût des batailles.
Mais aussi remplir ses yeux, son cur et son âme dun horizon plus vaste, pour rêver plus loin.
Alors, sois généreux, donne-toi, ouvre-toi, sans mesure, sans limite.
Tu tétales, trop sage, à marée basse, exposant au soleil de midi une part secrète.
Et elle attend...
Je la connais si bien ! Elle attend que tu partes à lassaut de la grève, reconquérir ce que tu as concédé tantôt, se donnant lillusion que tu ne ty décides que pour elle.
Apprends à être doux, pour elle...
Elle est... elle est fragile, de trop de chimères qui la hantent, de trop de fatigue ou de lassitude, de trop de doutes qui la brisent.
À travers toi, tes murailles invincibles de forêts profondes, les routes quelle suit depuis peu, elle se cherche et tâtonne, dans lespoir inavoué, pour nêtre quinconscient, que, soudain, quelque part, au hasard de son errance, elle perçoive un signe ou ressente une impression profonde.
Quun lieu lui dise, à mi-voix, « Ici, tu es chez toi. »
As-tu vu ? Ai-je omis de te le signaler ? Malgré le monde de cristal qui lhabite, elle na pas peur. Pas de toi !
Tattendais-tu à la découvrir Audace ?
Elle sest donnée à toi, elle ta permis de la porter, de la bousculer et de lensevelir, et pour toi, elle sest faite tourbillon, défi, puis amante lascive et insoumise.
Moi-même je lignorais Violence !
Quand elle sest écroulée, sur lor brûlant où tu viens mourir sans cesse, trop loin pour que tu le perçoives, elle nétait que cur battant, respiration courte... plaisir pur.
Qui la savait Volupté ?
Quattends-tu ? _bouriffe tes franges au parfum de résine, réveille et anime tes eaux tièdes et douces
Va !
Entraîne-la vers tes domaines inexplorés devant lesquels même les plus téméraires tremblent.
Ose
Bouscule-la de tes colères, assourdis-la de tes tumultes, enivre-la de tes embruns, exauce-la
Et garde-la
Berce-la
Enfin
surtout
au plus secret de tes dunes mouvantes
. Tiens, là !
à deux pas, juste dans ce repli de silence
Cisèle-lui un refuge aux murs de coquillages, sans porte ni fenêtre, ouvert au chant du large
Et là
Océan, mon ami, mon frère
embrasse-la... pour moi.