Un train était à l'arrêt sur la voie du milieu. Portes ouvertes. Lumières éteintes.
Notre train passa lentement sur sa gauche.
Intrigués et surtout curieux (réaction purement humaine), nous fûmes quelques-uns à essayer de voir à l'intérieur.
Vers le wagon du milieu, dans l'obscurité, des ombres bougèrent furtivement.
Je jetai un regard à ma voisine d'en face et nous nous comprîmes aussitôt, comme si nous avions communiqué par télépathie.
Puis un fracas nous fit sursauter.
Nous découvrîmes horrifiés un homme, torse nu et au visage en sang, plaqué sur la grande vitre du wagon que nous dépassions.
Notre train avançant toujours, je devais, pour continuer à voir, me retourner.
La dernière image qui se grava dans ma mémoire fut celle d'un homme, complètement défiguré, arracher de ses dents un bout de chair de la gorge du pauvre homme.
Ce fut en découvrant les autres wagons que nous comprenions ce qui se passait.
Les zombis avaient envahis le train et dévoraient sans pitié tous les voyageurs.
Des cris d'agonisants et de terreurs extrêmes nous glacèrent le sang. Nous étions impuissants face à cet épouvantable spectacle. Une sorte d'empathie nous envahit, nous imaginions très bien ce que ces pauvres gens devaient endurer. La douleur atroce d'être éventré, l'étouffement par le sang et surtout l'insoutenable vision de se sentir dévorer vivant.
Nous étions littéralement dans une cuvette. Il était, pour quiconque, impossible de s'échapper de ces vieux murs, haut de dix mètres.
Je ris tout seul en lisant un autocollant rouge sur l'une des portes du train à l'arrêt : MONTEE INTERDITE.
Mais je ravalai très vite mon rire nerveux en voyant, au loin, sur les quais de la gare Saint Lazare, une horde de zombis, allant et venant, attendant notre arrivée.
Et nous, nous nous approchions d'eux, tranquillement, nous jetant passivement dans la gueule du loup.
Je regardai ma voisine d'en face.
Elle cligna des yeux avec un petit sourire. A ce moment, je la trouvai très mignonne. Sensation bizarre. Mes sens semblaient aiguisés comme des couteaux. Tout me paraissait beau. Je lui souris également, enveloppé dans un nuage de coton.
Et nous nous comprîmes aussitôt comme si nous communiquions par télépathie
24-11-06