Richard TUIL
19 rue de DUNKERQUE
93800 EPINAY/SEINE
richardtuil1@yahoo.fr
Cétait par une belle matinée de mai 1982. Cétait vraiment une belle journée. Comment pourrait-on loublier ?
Encore une journée de grèves dans les transports !!!
Moi, jaime les grèves dans les transports
elle me permettent de me souvenir de cette journée ensoleillée.
Nous devions aller avec Lucie, mon aimée, rendre visite à Monique. Cétait quelquun dimportant, et jétais intimidé.
Lucie essayait de me faire prendre conscience que ce nétait quun être humain comme les autres, mais seule, elle arrivait à me faire prendre le train par une journée " noire ", mais tellement pleine de rebondissements.
Déjà la veille avant lannonce des grèves, nous avons décidés de faire cette visite obligatoire. Cétait la moindre des choses. Il faut dire que cétait la tante de Lucie, et puisque cétait sa famille, cette personne avait pris une importance proportionnée à celle de Lucie, dans ma vie !
Comme Lucie était orpheline, elle avait été élevée par cette femme admirable, la sur de sa mère que je navais pas connue.
Avec Lucie nous en étions dans notre relation au stade des fiançailles, celles qui navaient plus de sens pour la majorité des gens qui peuplaient la planète à cette époque déjà.
Donc le matin suivant, un mardi, nous avons décidé daller rendre visite à sa tante qui subissait une opération à la Clinique de France, près de la Gare de Cernay, à Ermont, sur le tronçon Paris Nord Pontoise.
A lépoque nous finissions nos études, et ce jour-là, javais un examen important pour recevoir mon diplôme de dentiste.
" Allez ! On ne peut pas aller à lexamen et rendre visite à ma tante. "
" Tu as raison ! " Ais-je répondu.
Que ne fait-on par amour !
Et nous voilà partis en pleine grève !
La foule des travailleurs, des étudiants et des touristes et les simples voyageurs sagglutinait sur les quais. Cest impressionnant le monde quil y a à cette heure-ci, pour Pontoise et les gares précédentes.
Mais nous avons de la chance, un train arrive. Il est 10h08, cela ne fait que deux heures que nous attendons sur le quai à deviser gaiement de tout, mais pas de cette grève.
Le sourire de Lucie, toujours rayonnant est un baume sur mon âme.
Jaimais mêtre avec elle, ne pas être un anonyme, dans cette foule. Heureusement, il arrive souvent, que par temps de grève, les trains annoncés partent à lheure, même sils sont peu nombreux.
Cest pourquoi, nous avons pris ce train, serrés lun contre lautre Lucie, toujours souriante, ses fossettes la rendant admirablement charmante.
" Au diable lexamen ! Au diable les dentistes ! " Pensais-je.
Jétais parfaitement bien, tout contre ma Lucie adorée.
Jétais pour le moins étonné, car le temps du voyage me parut si court ! Encore aujourdhui, je rêve que ce petit voyage à Cernay dura éternellement.
Après notre visite à la Clinique de France, où Lucie faillit tourner de lil, à cause de léther qui survoltait latmosphère et qui flottait dans lair, sa tante lui dit quelle devait rentrer, afin de prendre lair.
" Jean est là pour te soutenir, si tu ne te sens pas bien ! Je te la confie, Jean ! Tu es entre de bonnes mains, je pense. "
La tante de Lucie me la confia en me faisant un clin dil.
Nous achetâmes un sandwich, un seul ; javais oublié mon portefeuille, et, en attendant le train du retour, nous partageâmes ce petit sandwich au pâté de volaille.
Jadorais partager avec elle tout ce que javais.
Nous attendions ainsi le train qui arriva près de trois heures après.
Ce furent les premiers plus beaux moments de ma vie.
*
* *
La tante de Lucie décéda la nuit suivante.
Ce grand malheur nous rapprocha encore plus, Lucie et moi, de telle façon quaujourdhui encore nous sommes encore ensembles, mariés et heureux depuis vingt ans, et parents de deux beaux enfants.
Cest à Cernay, sur ce quai de gare, en train dattendre le train, que nous fîmes ce serment de lier nos deux vies pour nen faire quune.
Est-ce que cétait à cause de la grève et de lattente qui en découlait ? Peut-être !
Je ne crois pas au hasard.
Si ce jour fut le premier jour dun bonheur continu et certain, cest surtout grâce à la grève, et donc, MERCI à la SNCF !