Un arbre majestueux et gigantesque. Un saule pleureur au feuillage dense et jauni par le début dun automne. Un grand saule dominant un verger abandonné. Cet arbre est quelque part dans un souvenir ancien...
Dans ce souvenir ancien, il y a un petit garçon. Un petit garçon brun tenant curieusement quelque chose dans ses mains, qui savance lentement vers larbre jusquà disparaître complètement sous la voûte gigantesque et sombre.
Il saccroupit près du tronc. Là, ce sera bien. Tant de tendresse dans ses gestes pour déposer le petit oiseau, quil tenait secrètement. Il lui caresse la tête avec le doigt. Silence... tu es doux. Il casse une petite branche en deux parties inégales, les croisent et les assemblent avec un bout de ficelle quil sort de sa poche. Avec un doigt, il fait un trou dans la terre humide pour fixer la croix. Il rabat la terre de chaque côté pour quelle ne tombe pas. Silence... II creuse un second trou, plus grand et plus profond, au pied de la croix. Il essuie ses mains sur son pantalon et délicatement, prend le petit oiseau mort.
Je suis désolé de tavoir tué mais tu étais blessé sur la route... Une voiture aurait pu técraser... Je ne pouvais pas te laisser souffrir et jai dû te jeter plusieurs fois contre le mur de la maison pour que tu meures. Au quatrième ou cinquième coup, tu bougeais encore. Mais ce nest pas grave, jai lhabitude... Maintenant, tu dois être mort...
Long silence...
Tu as vu ? Tu as la plus grande croix... Cest parce que tu es mon premier oiseau... Tiens regarde : là, cest le cimetière des grillons. Là, cest celui des papillons (hier jen ai enterrés deux que jai tués exprès). Ici, cest les escargots et là, le cimetière des mulots et des souris...
Mutisme...
long silence...
Ici, ça ne risque rien. Personne ne connaît cet endroit... Tu as vu comme cest grand ? Il y a encore de la place pour beaucoup de monde...
Le petit garçon, le petit oiseau dans le creux de ses mains.
Peine...
Silence...
Minutieusement, il dépose loiseau au fond du trou.. Un dernier regard... puis le recouvre de terre... Il essuie ses mains sur son pantalon et se relève. Il reste immobile, contemple son immense cimetière sombre et magnifique...
Toutes ces petites tombes... Toutes ces petites croix...
Silence...
Cest beau...
SABUCCO - 2003