Il est assis sur une chaise de la cuisine, les pieds ballants et les mains jointes sur ses jambes. Il ne doit pas tourner la tête et il lui est interdit de parler. Face à lui, la grande horloge en bois au balancier lourd qui passe et repasse inlassablement. Il est petit et il sait déjà lire lheure. Tout au moins, il comprend son fonctionnement.
Il connaît la petite aiguille qui avance tout doucement. La grande qui va plus vite et la rouge, grande et fine et encore plus rapide qui tourne et qui tourne et qui donne le tournis. Là, par exemple, il est midi. Il naime pas la petite qui avance doucement car la grande fait un tour complet du cadrant avant quelle natteigne le UN. Elle part du DOUZE et revient sur le DOUZE. La petite part du DOUZE pour ne sarrêter que sur le UN. La rouge tourne et trotte sur un rythme régulier. Elle lui donne le tournis. Elle doit faire soixante tours avant que la petite aiguille arrive sur le UN et que la grande revienne sur le DOUZE. La grande aiguille rouge lui donne le tournis.
Le balancier fait ses allers et retours interminables. Il en fait beaucoup plus que lui ne sait compter. Lorsquil fait TIC, il est sur un côté et quand il fait TAC, il est de lautre et ainsi de suite. Un TIC ou un TAC équivalent à un pas de la grande aiguille rouge. Cette aiguille rouge, son TIC, son TAC, le rendent fous.
Tout ce mécanisme lempêche de penser. Lempêche de réfléchir. Lempêche de séchapper. Tous ce mécanisme qui fait TIC TAC et qui résonne dans sa tête et qu il ne peut quitter des yeux. Il compte ses TIC TAC qui semblent parfois devenir TOC TIC ou TAC TEC ou TOUC TONC... Des fois, il entend une musique. On dirait une comptine qui se répète et qui le ramène au TIC TAC ou TEC TOC de cette maudite aiguille rouge qui détalle à toute allure mais encore trop lentement. Parfois, il comprend des mots : « dé-tra-qué, to-qué, ta-ré, tes nul... Elle le rend dingue. Il essaye doublier la sanction. Doublier la raison. Mais de plus belle, au rythme du son de la pendule il répète :
« tu TIC rès TAC teu TIC deu TOC van TEC la TAC pan TIC du TAC leu TOC pan TEC dan TOUC u TIC neu TAC e TEC reu TOC san TONC la TAC qui TIC té TOC dé TOUC zieu TIC »*. DONG !
*« tu restes devant la pendule pendant une heure sans la quitter des yeux ».
SABUCCO octobre 2003