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M. Brownstone
de Cho Seung-hui

Traduit par
Florent Herouard
floher@hotmail.com

Source

Note de l'éditeur :
La publication de ce texte écrit par Cho Seung-hui n'a pas été réalisée pour des soucis de sensationnalisme, mais pour nous permettre de réfléchir sur le rôle de l'esprit dans l'écrit, ainsi que pour porter hommage aux enseignants et élèves de Virginia Tech qui sont décédés ou ont été grièvement blessés le 17 avril 2007, ainsi que leurs familles et les élèves du campus.



Personnages :
John.......................17 ans
Jane.......................17 ans
Joe.........................17 ans
Mr. Brownstone....45 ans
Les employés du casino


Cadre de la pièce
Un Casino



ACTE UN

Scène Un

Chacun est assis face à une machine à sous

Jane : J'arrive pas à croire qu'on soit rentré avec ces fausses cartes d'identité.

John : J'ai toujours voulu aller dans un casino.

Joe : Ouais. Enfin un endroit cool où on va pouvoir venir glander sans que personne viennent nous faire chier.

John : Eh ! Après une longue journée d'école, je voudrais bien qu'on nous lache un peu la grappe.

Jane : C'est vrai que pour traîner, y a pas d'endroit peinard. On peut pas glander en face du supermarché, on peut pas glander dans le parc, on peut pas glander dans la rue. Le seul endroit où c'est à peu près tranquille pour nous, c'est derrière l'espèce de vieille baraque pourrie.

John : Mr. Brownstone.

Joe : Ce vieux con ne nous laissera jamais tranquille.

Jane : Son seul but, c'est de faire de nos vies un enfer.

John : Je voudrais le tuer.

Jane : Plutôt crever si il ne meurt pas. J'espère que ce vieux con va avoir une attaque et qu'il va tomber raide mort comme les vieux sont censés le faire.

John : Laisse la place à la nouvelle génération, vieux connard !

Joe : Tout ce qu'il fait c'est nous tanner et nous menacer.

Jane : Il a rien de mieux à faire ?

John : Je pense pas. C'est un parasite. Il vit de la misère qu'il nous inflige.

Joe : Si c'était une sangsue, au moins, on pourrait l'arracher et l'écrabouiller d'un coup de botte. Mais c'est un putain d'homme.

John : Un putain de prof, ouais.

Jane : Un prof. Oh mon dieu.

Joe : Ce mec n'a aucun sens de la décence.

John : Huit heures par jour c'est complétement dingue.

Jane : Qu'est ce qu'il attend de plus, à nous traquer partout comme ça. On est juste des jeunes. Lache nous la grappe.

Joe : C'est tellement un vieil emmerdeur.

Jane : Il m'a mis un D seulement parce que j'ai oublié deux fois de rendre un devoir.

Joe : Il est venu chez moi se foutre de la gueule de ma mère parce qu'on avait pas le téléphone dans notre nouvelle maison.

John : Il m'a foutu en colle après les cours et m'a bien niqué juste pour une petite blague de rien du tout.

Joe : Oh. Tu veux dire cette blague à propos de son nom ?

John : J'ai juste dit que son nom sonnait comme calcul rénal et que c'était pour ça qu'il était vorace et en toujours colère. Sa merde est tellement dure et toute tordue qu'il ne peut pas chier. Sa merde est tellement compressée dans ses intestins qu'elle ne pourra jamais arriver jusqu'à son trou du cul. Il se déchire sûrement le sphincter pour pondre ne serait-ce qu'un gramme de merde après avoir poussé, sué, claqué des dents, crié de frustration et retenu sa respiration pendant deux heures pour un demi gramme de chiasse verte.

Joe : C'est pour ça qu'il ne peut pas s'asseoir deux secondes et nous laisser tranquille. T'exprimais juste ton opinion, John... et sûrement qu'il s'éclabousse le cul à pousser si fort.

Jane : Je suis complétement d'accord. Ce doit être comme quand une femme accouche ou quelque chose comme ça... Il t'a bien niqué. C'est juste un putain d'emmerdeur de tout façon.

Joe : Il fait sûrement chier la moitié de la classe.

John : Tu veux rire, il nous fait tous chier. C'est pas à ça que servent les profs de lycées de toute façon ?

Joe : C'est vraiment un sale mec constipé.

John : Je veux le tuer.

Jane : Je veux le voir saigner pour tout ce qu'il nous en fait baver.

John : Je voudrais bien gagner les cinq millions de dollars du jackpot.

John va à la plus grosse machine et commence à jouer.


Scène 2

(Monsieur Brownstone entre dans le casino et se dirige droit sur les trois adolescents. Les jeunes le voient.)

John : Merde !
Il détourne la tête

Jane : Cet espèce de vieux…
Elle détourne la tête. Joe fait pareil. Monsieur Brownstone s'asseoit juste derrière eux.

Joe : (Il chuchote.) Venez, on se casse, les gars.

Monsieur Brownstone se retourne et les aperçoit. Un sourire menaçant apparaît sur son visage.

Monsieur Brownstone : Eh les gars. John, Jane, Joe. Qu'est ce que vous faites ici ? Vous n'êtes pas un peu jeune (il crie) pour être ici. Vous avez Vingt-et-un ans ? Non les gars, vous avez seulement dix-sept ans (il crie).

Les trois jeunes réfléchissent un instant et finalement regardent ailleurs comme s'il n'existait pas.

John : Vous avez entendu quelque chose, Joe et Jane ?

Joe : Rien du tout.

Jane : Pas un son.

John : Ca vient de moi ou ça sent le diable ici ?

Jane : Pas seulement le diable, mais le vieux aussi.

Joe : Le vieux ça pu déjà assez. Mais quand tu mélanges le diable et le vieux, c'est comme de la merde en train de se décomposer.

Monsieur Brownstone : (Pour lui même.) Putain de sales gosses. Vous m'humiliez publiquement! Vous savez ce que je peux vous faire subir à l'école lundi ?

John : Je sens une présence satanique dans le coin. Vous la sentez aussi les gars ?

John : Absolument.

Jane : Vous vous rappellez... C'est quoi son nom. Monsieur Brownstone. Notre prof de math.

Joe : Ah ! Ce vieux connard ! Je déteste ce mec !

John : Vous savez à quoi il me fait penser.

Joe : À quoi ?

Jane : Vas-y dit nous, John !

John : À la chanson de Guns N'Roses qui s'appelle Mr. Brownstone. C'est à propos de leur addiction à l'héroïne.

Jane : Oh, ouais, j'adore cette chanson !

Joe : C'est carrement ma chanson préférée. Ca fait...
(Il chante.)
Je me réveille vers sept heures du mat
Je sors de mon lit vers neuf heures
Et je me fous de tout, ouais
Parce que l'inquiétude, c'est une perte de mon... temps.

Jane :
(Elle chante.)
Le show commence généralement vers sept heures du soir
On monte sur scène vers neuf heures
On retourne dans le bus vers onze heures
On s'envoie un verre et on se sent bien.

John , Joe, Jane :
(Ils chantent.)
On a dansé avec
Mr. Brownstone
Il savait bien
qu'il ne me quitterait plus.

John :
(Il chante.)
Je ne l'ai utilisé qu'un peu mais un peu ça ne faisait plus assez
Alors un peu, c'est devenu toujours plus
J'essayais juste de me sentir un peu mieux
Un peu mieux, c'est-à-dire mieux qu'avant.

Jane répète le couplet de John.

John , Joe, Jane :
(Ils chantent plus fort.)
On a dansé avec
Mr. Brownstone
Il savait bien
qu'il ne me quitterait plus.

John :
Et là, c'est le meilleur moment.
(Il chante.)
Maintenant je me réveille à pas d'heure
Je l'utilise pour être prêt à temps
Mais ce vieux là est vraiment un enculé de première
Je vais le jarter de ma vie.
(Il arrête de chanter.)
C'est exactement ce qu'est Monsieur Brownstone, notre prof,… un vrai enculé de première !

Jane : Lachez nous la grappe, espèce d'enculé !

Joe : C'est encore pire que n'importe quel addiction à l'héroïne. Vaut mieux être accro à la plus puissante des héroïnes que de se faire emmerder par ce vieux fils de pute !

John : (Il chante plus fort.) Ce vieux là est un VÉRITABLE ENCULÉ DE PREMIÈRE, je vais le jarter de ma vie !

Un regard diabolique apparaît sur le visage de Monsieur Brownstone

John :
Souriant, il insère une pièce dans la machine et tire le levier. Les symboles s'alignent, tous identiques et il remporte le jackpot. L'alarme se déclenche puis s'éteint. Son sourire se meut en étonnement.
Quoi ? J'ai gagné ? J'ai gagné ?

Jane et Joe se jettent sur lui.

Jane : T'as gagné !

Joe : T'as gagné mec !

Jane, Joe : Mmmm, mmm. Mmm, mmm.

Joe et Jane enlacent John. Jane embrasse sa joue droite, Joe embrasse la gauche.

John :
Il tient le bon de cinq millions de dollars en l'air.
On est riche ! Plus de Monsieur Brownstone ! Plus de Monsieur Brownstone, vieil enculé de ta race ! Va te faire foutre vieux con. On est riche, on est riche !

Le gérant du casino, dans son uniforme bleu vient à leur rencontre accompagné de deux agents de sécurité. Un sourire apparaît sur le visage de Monsieur Brownstone.

Le gérant du casino : Félicitations…

Monsieur Brownstone :
Il se courbe légèrement, feint d'être un vieillard, et parle avec une vieille voix sèche.
C'est à moi. Ces gamins de dix-sept ans m'ont poussé quand ils ont vu que j'avais gagné. Ces jeunes délinquants ne devraient même pas être dans ce casino. C'est rien qu'une bande de voyous irrespectueux.

Le gérant du casino : C'est ce qui c'est réellement passé ?

Aprés avoir vérifier leur permis de conduire avec un officier de police, il ordonne aux agents de sécurité de les mettre dehors.

John : Non ! Non ! Monsieur, s'il vous plait ! Non !

Le gérant du casino : Foutez le camps d'ici et n'y remettez plus les pieds !

Il arrache le ticket des mains de John et le tend à Monsieur Brownstone.

Le gérant du casino : Je suis vraiment désolé que vous ayez été importunés par ces voyous, monsieur. On va renforcer notre système de sécurité. Comment vous sentez vous monsieur ?

Il tend le ticket à Monsieur Brownstone. Celui-ci sourit.

John, Joe, Jane :
En train de se faire traîner dehors.
On te laissera pas t'en tirer comme ça Brownstone ! Vieil enculé ! Fils de pute ! Fils de pute ! Fils de pute !



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