La vengeance est un plat qui se déguste lentement.
de Simon Boutreux

Chapitre 1 :

Je marchais dans une petite ruelle sombre, parallèle à Maccari's avenue, lorsque je vis la porte en fer dont m'avait parlé mon indicateur. Elle devait logiquement donner sur un entrepôt vide et non gardé, du toit, une vue de plusieurs kilomètres devrait alors s'étendre devant mes yeux. Je mis mon paquet sous mon bras et sortais un 9mm de ma poche. Dans une autre poche, je trouvais un silencieux que je vissais sur le canon, en scrutant les alentours. Personne. Parfait. Je ne devais laisser aucun témoin, mon indicateur avait été on ne peut plus clair sur ce point. Et si je laissais un témoin, mon contact trouverait un autre tueur pour me supprimer, moi et le témoin. J'appliquais le canon de mon parabellum contre la serrure de la porte massive qui interdisait l'accès à l'entrepôt. Le claquement sec de mon arme se fit entendre. La porte n'offrit aucune résistance. L'entrepôt était bien vide et une lourde et chaude odeur de renfermée me fit suffoquer un court instant. Une poutre se trouvait au-dessus de moi, elle aurait pu camoufler un homme embusqué tellement elle était large et grande. Je traînais les pieds jusqu'à l'escalier en fer qui montait vers le toit. Un bruit furtif et léger qui aurait pu passer pour anodin, mais qui ne trompait pas mon ouïe développée par des années de chasse, me figea sur place. Il se répéta, plus faiblement. Je fis volte-face mon arme bien en main, et sans regarder je tirais une fois, en direction d'un recoin sombre de la poutre. Une seule fois. Un pigeon tomba sur le sol de béton avec un bruit mou et agréable. Un large sourire étira mes lèvres, mon stress retomba.
Après avoir parcouru cinq étages sans avoir eu d'autres alertes, je fus arrêté par la porte qui conduisait sur la terrasse. Je lui fis subir le même traitement radical qu'à la première. Elle s'ouvrit en grinçant légèrement, comme pour me narguer. Je m'avançais jusqu'au parapet et une vue d'ensemble de presque toute la ville s'offrit à mes yeux. En face à un kilomètre, environ, le lake's park Avec son île et ses allées sombres, bordées de platanes qui avaient abrité bien des crimes. À gauche, le quartier des affaires, avec ses buildings tout de verre et de métal. À droite, les quartiers commerçants, ou une armée de clients se battait lorsque le jour des soldes était arrivé. Au loin, derrière le parc et au-delà des quartier résidentiels, s'étendaient la zone industrielle et les quartiers défavorisés. Un périphérique entourait la ville et les grands magasins proliféraient le long de cette ceinture d'asphalte. Mais l'objectif que je visais se trouvait dans le quartier des affaires. Ma cible devait sortir du Barney's tower. Cet immeuble était le sien et mesurait plus de deux cents mètres. Barney Borm était un homme riche et influent. Il était aussi prétentieux et orgueilleux, si bien qu'il avait donné son prénom à l'immeuble qu'il avait fait construire. Comme tout homme riche et influent de ce putain de monde, son argent était sale et il était devenu riche en magouillant et en faisant chanter. Il aurait tué sa mère pour un cent. Pourquoi voulait-on le tuer ? Les raisons étaient multiples, mais je ne connaissais pas celle qui avait signé son arrêt de mort. On me payait pour tuer et pas pour penser.

Je sortis les pièces du fusil à lunettes de mon paquet et commençais à les assembler. Il était onze heures. Je nettoyais la lunette précautionneusement. J'assemblais le trépied et y posais délicatement mon arme. Il était 11 heures 30, et comme prévu B.B sortit de son repaire pour aller déjeuner au plus chic (et plus cher) restaurant du quartier. Des hommes louches étaient postés aux coins de l'immeuble, ils étaient sans doute ses gardes du corps. Leur tenue discrète (complet noir), leur carrure d'armoire à glace et une main en permanence sous leur veste affichait clairement leur profession. Mais aucun ne saurait jamais comment le corps qu'ils gardaient avait été tué. Normalement Borm devrait s'arrêter onze secondes au feu tricolore de Baker's street. Je déposais mon œil sur la lunette et suivit sa progression. Sa démarche chaloupée de gros ours brun, laissait croire qu'il ne craignait pas les coups durs que réserve la vie habituellement Lorsque la tête de Barney fut parfaitement au centre du viseur, j'attendis qu'il s'arrêta devant le passage piéton. Lorsqu'il fut arrêté, je retins ma respiration et comptai machinalement : 0 1 2 3
J'appuyai sur la gâchette et la déflagration ne me fit absolument pas bouger. Il s'effondra, une foule commença à s'amasser autour de son cadavre. Je pliais bagage en un temps record, et j'étais déjà parti lorsque les badauds se mirent à scruter les toits plats des immeubles environnants.

Je descendais les marches quatre à quatre, sans courir, sans montrer mon empressement de retrouver mon "chez moi ". J'arrivais à la dernière volée de marches qui donnerait sur l'entrepôt, lorsque des bruits, venant précisément de ce lieu, m'arrêtèrent. Les voix enjouées et aiguës des gamins du quartier qui avaient trouvé la porte ouverte et n'avaient pu résister à la tentation d'avoir un "squatte" bien à eux, comme leurs grands frères, me parvint comme un doux écho. Malheureusement il n'y avait pas d'autre sortie, et je ne devais pas laisser de témoins. Mon coeur se serra. Tuer des gosses inoffensifs, cela n'était pas dans mes habitudes, ni dans mes cordes. Mais je n'avais pas le choix, croyez-moi ! Je m'accroupis et descendis quelques marches, ce qui me permettrait de voir sans être vu. Les gamins étaient là. Environ une dizaine, tout au plus. Bien, il ne me suffirait que d'un chargeur. Ces gosses étaient le reflet de mon enfance des bas-quartiers, une enfance pauvre, mais heureuse, malgré tout. Pour m'en sortir, j'avais du "dealer", comme tous les gosses qui voulaient avoir un avenir en couleur, pour remplacer leur présent en noir et blanc. Ma chance avait voulu que les flics ne me pincent pas et que je ne devienne pas un camé, à mon tour. Puis ma maîtrise des armes blanches et des armes à feu m'avait aidée. Mais rien n'était plus précieux que ma faculté extraordinaire à me sortir de n'importe quelle situation. Vers mes dix-neuf ans, un pote me brancha avec les truands, les vrais. Pas ces méprisables petits cambrioleurs de grands-mères, non, les mafiosi, la pègre. Un particulier m'avait pris sous son aile, et pour des liasses de billets de cent dollars, je descendais les personnes qu'on m'avait indiqué. Après onze ans de bons et loyaux services au patron, je n'avais jamais raté une mission. De ce fait, les offres augmentaient, les primes aussi. Le jour de mes trente ans, je m'étais promis de me barrer, avec mon pactole, vers les îles chaudes, d'où je ne reviendrais jamais plus. Mon anniversaire tombait dans un mois. Et j'étais encore en vie. Je comptais bien le rester et même si pour cela je devais abattre d'innocents gosses. Je me dis que je pouvais peut être attendre qu'ils repartent, je partirais alors, sans avoir fait un massacre inutile. Ceux-ci ne piaillaient plus et avait l'air de vouloir monter sur le toit, par l'escalier sur lequel j'étais accroupi. Je n'avais plus le choix, et de toutes façons, les flics débarqueraient bientôt pour vérifier le toit de cet entrepôt, ainsi que celui de tous les immeubles qui environnaient la zone du meurtre. Je devais monter moi aussi sur le toit, et me cacher derrière la petite cabane qui abritait l'escalier. Je remontais alors les marches sans bruit tel un courrant d'air froid, qui ne laisse derrière-lui qu'amertume et regrets. Lorsque je m'accroupis derrière la cabane, les gosses s'engouffrèrent dans les escaliers en poussant de petits cris aigus, parfaitement désagréables à mes oreilles. Je remis calmement des balles dans mon chargeur. Quand le déclic du chargeur qui retrouve son logement se fit entendre, je n'esquissais pas de sourire, bien au contraire une grimace devait s'afficher sur mon visage.


Les enfants devaient être arrivés vers le quatrième et avant dernier étage. Ils montaient maintenant les dernières marches de l'escalier, mais ils avaient cessés de parler, tant ils étaient impatient de voir le ciel sans un immeuble pour en manger un coin. Un éclair me traversa, je n'allait peut-être pas être obligé de les tuer. Le premier enfant sortit, il était vétu d'un short noir et d'un vieux polo, qui lui arrivait presque aux genoux. Les autres sortirent un par un. Par bonheur, aucun ne vint regarder de l'autre côtè de l'escalier. Ils étaient tous allongés sur le ventre, les yeux rivés sur la route qui passait en bas. Je me levais et j'allais me faufiler dans l'ouverture de la porte pour fuir sans bruit, Lorsque un des gosses se retourna. Il me regarda sans crainte, il avait l'air juste interloqué, quand il vit mon regard, son visage se transforma et le masque de l'horreur se peignit sur ses traits. Il avait compris. Je n'avais qu'une envie, en finir au plus vite. Je priais le dieu des truands pour qu'ils ne souffrent pas. J'avalais ma salive, durement, et me résolut, je pointais mon arme sur lui. Il ne bougeait toujours pas, et ses camarades ne se retournaient pas. Il allait bientôt crier, il ouvrit une bouche démeusurée. Je pressais la détente. La balle l'atteignit entre les deux yeux et il s'écroula en faisant voler des gouttes de sang qui brillèrent au soleil. Le temps semblait s'étirer indéfinement, une seconde paraissait une minute. Les premiers gosses à se retourner n'eurent pas le temps de réagir, ils tombèrent mollement, sans bruit, sans plainte. En revanche les derniers commencèrent à s'enfuir. Désordonnés, ils avaient l'air autant humain qu'un troupeau de moutons. Aucun ne put franchir la porte avant d'être mort. Enfin! Il n'y en avait plus aucun. Leurs cris de détresse me résonnaient dans la tête, comme ces mélodies de chansons bidons que l'on entend à la radio et dont on ne peut se défaire de la journée. J'allais franchir la porte et redescendre, lorsque, soudain, je perçus un léger bruit. Il semblait provenir de l'endroit où je mettais caché. J'avançais avec prudence, les articulations de mes doigts étaient blanches, tellement je serrais mon arme. Je fis un bond de côtè afin de voir ce qui produisait ce bruit. Comment un gosse avait put m'échapper ? Et pourtant c'était bien un gosse. Enfin, un grand gosse. Sans doute le plus vieux de la bande, il devait bien avoir dans les quinzes ans. Recroquevillé sur lui-même, il était trop tétanisé pour faire attention à moi. Il leva la tête. Aucune sorte de sentiment, sinon la haine qui déformait son visage. Alors je sus que ce n'était pas la peur qui le retenais prostré ainsi, mais l'impuissance, la honte de ne pas avoir aidé ses amis, et de s'être lachement caché. Je ne pouvait pas le tuer. Pourtant lui-même semblait vouloir mourrir. Cet adolescent me rappelait non seulement mon enfance, mais aussi moi-même. Ce visage je l'avais déjà vu. Des années plus tôt, dans un mirroir, après avoir regardé mes potes se faire rosser par les petites frappes du quartier. Moi non plus non, je n'avais rien fait. J'avais pris mes jambes à mon coup et m'étais planqué parmis les ordures, au fond d'une impasse. Un de mes meilleurs amis était mort ce jour-là, poignardé d'une vingtaine de coups de couteau. Jamais je ne m'en étais remis. Si un jour, j'avais retrouvé son meurtrier, je l'aurais fait souffrir comme j'avais souffert pendant ces trop longues années à me dire que tout était ma faute. Je pointais mon arme sur la tête du seul survivant du carnage que j'avais accomplis. Mais je ne pouvais vraiment pas. Je glissais mon arme dans mon manteau et sortit un billet de cent dollars. Je le tendis à ce pauvre diable. Il l'attrapa,se moucha dedans, et me le jeta à la figure. Une onde chaude se répandit sur mon front. Je l'essuyais d'un revers de la manche, et tournais les talons.


Chapitre 2 :

Celà allait faire bientôt trois jours que j'avais flanché. Et toujours aucune nouvelle d'un témoignage contre moi. Mister M (mon informateur) m'en aurait parlé. De mon côté, je ne lui avait rien dit. Je risquais là ma vie. Je n'avais pas de contrat prévu avant deux jours, c'est à dire, jeudi. Entretemps j'irai voir Mr M (je ne suis pas autorisé à citer son vrai nom) pour prendre de l'argent frais, de quoi me payer un beau billet vers les mers chaudes. Je m'endormis avec cette idée, qui me fit dormir comme un nouveau né. La première fois depuis que j'avais tué tous ces gosses. Tous les journaux, écrits et télévisés, avaient parlés de cette affaire, et ils avaient bien stipulés qu'il n'y avait aucun témoin qui pourrait détenir des informations sur le signalement du tueur ou des tueurs. J'étais à la fois soulagé et dégouté. Soulagé, que ce gosse n'est pas parlé. Mais d'un côtè, j'étais dégouté qu'il n'est pas parlé, car je me sentais tellement coupable et concerné ( normal, vous allait dire, car c'est bien moi qui avait tué ces gosses !) que je me disais que je méritais d'être puni. Tous les habitants de cette charmante ville de God gold ( nom que les pionniers attirés par la fièvre de l'or, lui avait donnée) étaient révoltés par mon acte. Les habitants des quartiers misérables, par solidarité, et les autres, pour afficher leur humanité, qui sans celà, n'était pas tout à fait décelable. Je me levais de bonne heure, comme à mon habitude, et prenais une bonne douche bien glacée. Puis je me préparais à allé voir Mr.M, pour lui demander tout le pognon qui m'appartenait. Je lui avait dit maintes fois ma décision de quitter mon boulot, tant que je le pouvais, et il m'avait approuvé, avec une lueur de nostalgie dans les yeux. Je m'habillais de circonstance : jean, polo immaculé, veste noire et un Smith & Wesson special police (gracieusement et officieusement fournit, par un flic verreux que MrM avait à la bonne), dans son holster. Je m'imaginais déjà sur une petite île, en dehors de la juridiction Américaine. Une île des Antilles, par exemple, avec ses rivages de sable blond, gorgés de soleil. J'achéterais une petite cabane de tôle, avec un jardinet et j'irais à la pêche tout les matins. De temps en temps je m'en irai en Europe où ailleurs avec tout mon fric, je pouvais vivre jusqu'à trois cent ans ! Tout en imaginant cette vision idyllique de l'avenir que je voulais avoir, je souris et dis à voix haute :
- Ah ouais, ce serait le vrai panard !


Je déverrouillais ma porte, non sans avoir jeté un regard dans l'oeil de boeuf qui me permettait de savoir si on avait mis des tueurs sur ma piste, ou plus souvent si un emmerdeur voulait me vendre des aspirateurs ou m'expliquer en quoi Dieu était bon, qu'il demandait seulement vingt dollars pour passer l'éponge sur mes péchés, et ainsi de suite. Mais si Dieu existait, il lui faudrait une lance à incendie pour me vider mes péchés. Après avoir fermé ma porte avec précaution, et piégé mon armoire où je rangeais mes armes, je descendis les vieux escaliers de mon immeuble du 101 independance street. Cette rue était en pleine effervescence dès le matin, et un froid vif, annoncant l'Hiver déjà proche me gifla le visage. Je remontais le col de ma veste et marchais d'un pas vif, pour oublier la bise glaciale. J'apercevais, au bout de quelques minutes de cette marche énergique, la devanture d'une droguerie décorée à l'Italienne qui sentait bon la nostalgie du pays lointain, d'où l'on est ecarté de force. Je poussais la porte et les grelots qui étaient fixés dessus tintèrent avc joie. Une bouffée de chaleur me sauta au visage. Une voix forte à l'accent italien se fit entendre :
-Mais c'est cé bon Mr kenton ! ça faisait oune eternité que yé ne t'avais pas vu ici !
Sa grosse figure réjouit me sourit et un éclat doré que produisait ses dents faillit m'éblouir.
- Et oui Mr Minnelli ( en sa présence je n'allais tout de même pas l'appeller Mr.M), que voulez-vous tant que la hiène peut se repaître de charognes, il ne vient pas asticoter le lion !
Son sourrire s'élargit et ses bajoues tremblèrent au rythme de son rire gras et sincère.
- Touyours aussi poète, à cé que jé voit !
Je ne lui dit pas que c'était plutôt métaphorique que poètique, et que Shakespeare n'aurait sans doute pas dit cette phrase.
-Je vous avez dit,Mr Minnelli, que je venais prendre mon pactole pour me retirer définitivement du business ?
- Ma si, tou mé l'avait dit ! Et yé souis vraiment navré de te perdre, un bon commé toi !
Bien, il acceptait le faît de me voir partitr, c'était dèjà une victoire.
- Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, pouvez vous me vendre une valise pour y mettre le fric?
- Ma ! la valise, c'est moi qui té la donne ! Allez, suis-moi !
Je suivis Mr minnelli, qui marchait comme un dindon à la veille de thanksgiving, et je souris en l'imaginant mariner dans un four géant, de la farce plein la bouche. Je le suivit dans un étroit couloir, où des photographies des membres de sa famille me regardaient avec sérieux.
J'étais soulagé, il ne m'avait pas questionné sur mon dernier contrat, il n'avait pas eu d'écho de ma lacheté. Je devais renoncé à mon prochain contrat, car bientôt, le gosse rescapé n'allait sans doute pas tarder à se manifester, et alors, ma carrière (et ma vie) serait finie. Il fallait mieux fuir, tant qu'il en était encore temps. J'entrais alors dans une petite pièce, ou un grand bureau disputait le peu de place à deux chaises et un meuble en préfabriqué. Mr Minnelli se glissa non sans mal entre le mur et son bureau, pour s'asseoir dans un large fauteuil, qui grinça pour exprimer ses idées sur la réduction du temps de travail et la retraite pour dix ans de service.
Il sortit une clef de sa poche tout en me regardant malicieusement. Il se retourna et repoussa un tableau représentant la statue de la liberté qui tenait sa flamme d'une main, et une liasse de billets vert dans l'autre. Une petite trappe comportant une serrure était ménagée derrière et la clef de Mr Minnelli y tourna sans peine. Un coffre-fort à code se montra alors, et mon employeur fit cliqueter la roulette des chiffres. Un bruit de claquement se fit entendre, et la porte blindée du coffre tourna sur ses gonds bien huilés. Des liasses de dollars ne demandaient qu'à être dépensés et palpés avec amour. Sur la première étagère se trouvait une valise noire, avec des clef qui dépassaient de sa serrure. Mr Minnelli la sortit et la fit glisser sur le bureau, en même temps qu'un coffret à cigares. Je saisis la valise d'un geste sec, de peur qu'on me la retire, comme un jouet tout neuf, comme si je ne la méritait pas. Tu n'as pas été très sage, le papa noël est au courrant, tu as laissé un témoin, à ce qu'il dit !
Non, la, on tombait en pleine crise de parranoïa. Je m'entendis dire merci, mais Mr Minnelli n'était pas dupe. Il avait décelé ma précipitation, mais n'en dit rien. Il me tendit un gros briquet qui produisait une flamme impressionante, et je saisis un gros cigare tout droit importé de la Havane. Je l'allumais, pendant que l'Italien déraciné me servait un verre de whisky avec une bonne poignée de glace pilée. On parlait de tout et de rien, Mr Minnelli me disait sans cesse que je lui manquerait, que quelqu'un comme moi est un cadeau que l'on ne trouve qu'un fois dans se vie, il en remettait un couche, en affirmant que les clients le bouderaient s'il n'avait plus mes services à offrir, bref, soit c'était par gentillesse, soit il voulait me garder. Une nappe de fumée était au plafond et le bureau semblait se trouver au milieu des brumes des marégaces. Mr Minnelli se pencha pour mieux me dévisager, il ouvrit alors la bouche et ...
Mon dieu, il est au courant, il m'a bien cuisiné, et maintenant il va sortir un flingue de son tiroir et
Au lieu de ça, il m'avoua qu'il avait receuillit un jeune, qui semblait se débrouiller pas trop mal, malgrès son jeune âge et qu'il promettait. J'écoutais d'une oreille ce qu'il me racontait à son propos, et je me voyais déjà dans l'avion qui survolait les eaux bleues azures d'une lagune de l'océan Atlantique. Il me tendit une main que je serrais mollement, la tête à demi dans mon rêve de liberté. Tout en me raccompagnant à la porte il finit par me dire que ce fameux gamin avait déjà un contrat, et c'était lui -même qui lui avait confié, pour descendre un type qui l'avait trahi. Je n'apprétais qu'une attention très flottante à ses paroles, et j'ouvris la porte de sa fameuse droguerie, où l'on trouvait de tout, même des tueurs à gages. J'adressais un dernier signe de main à mon ancien employeur, et il me sourit d'un sourrire étrangement carnassier, inquiétant. Je marchais d'un pas léger, j'aurais même était tenté de sautiller comme si le sol était marqué d'une marelle virtuelle.


Je rentrais dans la première agence de voyages qui je trouvais, et une jeune fille au sourrire agrèable me salua. Son tee-shirt moulant dévoilait toutes ses (avantageuses) formes, et je me disais que c'était grâce à celà que son patron l'avait engagée. Je lui rendis (machinalement) son sourrire et lui demandais si il y avait encore des places disponibles pour un vol vers les Antilles. Elle tapota sur son ordinateur et me repondis que j'avais une sacré chance, car il y avait deux places de libre pour un vol vers la Guadeloupe.
-Parfait ! Mon ton de voix était on ne peut plus enjoué, et Clara Banks (son nom était épinglé sur son tee-shirt) ne put qu'en sourrire.
- Désirez-vous un aller-retour ? Si c'est le cas, dîtes-moi quand vous comptez revenir.
- Je désire un aller simple.
Elle re-tapota sur son ordinateur et son imprimante se mit à émettre des cliquetis mécaniques. Elle me tendis mon billet tout frais imprimé.
- Combien coûte votre billet ? Je n'en avais rien à faire, l'argent n'était pas un problême, elle m'aurait anonçée qu'il coûtait cinq-milles dollars, je le prenais quand même.
- Vous me devez six-cents dollars et cinq cents.
Je sortis six billets de cent dollars de ma poche et je retrouvais un pièce de cinq cents qui trainaient au fond de mon porte-feuille.
Elle ouvrit un tirroir et y rangea mon argent avec parcimonie au fond. Je la remerciais de vive voix et ouvris la porte. J'allais partir, lorsqu'elle me rappela.
- Votre valise ! Vous avez faillit l'oublier.
Je blanchis sans en avoir conscience, mais elle ne s'en aperçut pas. Je rammassais prestement mes biens, et je la remerciais de nouveau.
Je poussais la porte et me retrouvais dans l'atmosphère polluée d'Independance street, et regardais nostagilquement le petit kiosque à journaux où les badauds s'arretaient de temps en temps. J'espèrais bien ne plus jamais le revoir.


Chapitre 3 :

Lorsque je tournais ma clef dans la serrure qui se voulait anti-cambriolage, elle ne tourna pas. Je poussais la porte et elle s'ouvrit sans peine. Tout était sans dessus-dessous. Mon canapé était lacéré de coups de couteau et sa mousse s'était écoulée sur le sol juché de paperasses. Ma petite lampe à pétrole, dénichée chez un brocanteur était explosée et de l'huile imbibait mon tapis berbère. Il n'y avait pas un objet ou un meuble qui semblait avoir échappé au désastre. Je me remis tout à coup de mes émotions et sortis mon arme. Je marchais accroupis, zigzagant entre les épaves de mon mobilier, mon arme pointée vers ma chambre, ou se trouvait le meuble où je rangeais mes outils de travail. En tout cas il n'avait pas explosé, celà voulait sans doute dire qu'il avait échappé à cette catastrophe. Je poussais la porte de ma chambre avec le canon de mon arme. Je fis une petite roulade digne d'un bon flic de série B et je compris que je m'étais trompé : Le meuble avait été ouvert et par je ne sais quel miracle, il n'avait pas explosé. Mes armes étaient là, éparpillées sur le sol, du Derringer à une balle à la Winchester calibre 22. Apparemment elle n'avait pas subit le même sort que le reste de mon appartement. Ce qui soulevait une question : Pourquoi avait on pris la peine de saccager mon appartement, à part pour du fric ? Car chacun sait que ces armes valent une fortune et que leur officieuse revente et tout à fait aisée ! En bon détective (qui n'avait même pas son bac) je me dis que c'était donc à moi qu'on en voulait. Je m'approchais de la serrure de l'armoire. Un doux soleil passait par les carreaux sales et poussièreux de mon quatres pièces, et il aurait été agrèable que ses rayons éclairent autre chose que ce désordre. La serrure avait été forcée, évidemment, que croyais tu Sherlock ? Me serina une petite voix. Oui, elle avait été forcée, mais par qui ? Cette personne s'y connaissait forcemént en explosifs et pièges en tout genre. Encore bravo, bien deviné, tu sais que tu pourrais mettre une petite plaque dorée sur ta porte, dans le genre: Mr Kenton ,tueur à gages, et détective de chocs, satisfaits ou remboursés !
- Tais toi !
Cette fois-ci, j'avais parlé à voix haute, et le son de ma voix me faisait presque peur. Allons, allons, on se reprend Mr Kenton ! Je rammassais une bière qui avait dut rouler hors du frigidaire quand on l'avait renversé et m'assis sur ce qui restait de mon canapé. Si quelqu'un m'avait observé à ce moment (moi, un pauvre type au milieu de son salon devasté et qui sirote une bière sur un canapé eventré) il m'aurait sûrement pris pour le tordu du coin. Remarquez, je ne serais pas le seul. Entre le petit gros qui tous les jours pissait par dessus son balcon pour faire faner les fleurs de sa voisine du dessous, et la vieille veuve qui parlait avec ses chats, avant de les gaver de boulettes de thons empoisonnées, J'étais un beau trait d'union. Je posais la bière sur la petite table basse, que j'avais remise debout au préalable, tout en pensant que la canette humide allait faire des traces sur le bois. Comme quoi, j'accordais beaucoup de soucis au détail, pour un type dont tout l'appartemment était à jeter. La bibliothèque en kit n'avait pas dut être le plus vaillante aux assauts du forcené qui avait démoli mon lieu de vie (enfin, maintenant, lieu de perdition, était un terme plus exact) Tout les livres étaient éparpillés par terre, certain démembrés, d'autre avec des pages déchirées ou froissées. Je crois que c'est ce qui me faisait le plus mal par dessus-tout : J'aurais tant voulu devenir un écrivain. Mais tueur, ça payait mieux, et le salaire était indéclarable des impôts. N'empêche que voir mon nom sur une couverture m'aurait extasié au plus haut point. Peut-être aurais-je le temps de m'atteler à cette tache, quand je serais parti pour des vacances de non-retour sur le sable chaud. Je tolérais que les écrivains puissent faire trois phrases pour n'en dire qu'une, ce que je détestais c'était ces prétendu psy qui pour dire une phrase banale, la développait et ajoutait quelques mots compliqués par-ci, quelques citations par-là (en latin, de préférence). Comme si, lorsqu'il se cognaient le tibia contre une table, il grimaçaient et sifflaient entre leurs dents : "Déjection! Sous-produit de matière fécale!" Au lieu de dire merde. Je finis ma bière et alla la jeter à la poubelle (que je remis debout). Je m'attelais à la tâche de ranger ce désordre, et mon appartement ressemblait enfin à un lieu vaguement civilisé, lorsque mon regard tomba sur une feuille pliée soigneusement, on avait dut s'y reprendre à deux fois, mais les bords était parfaitement symétrique. Elle se trouvait sous un livre et au début, je l'avait pris pour une page. Je la dépliai sans hésiter, et au fur et à mesure de ma lecture mon visage se transforma : D'intrigué, je fut surpris, et horrifié. Pour finir j'étais complétement térrorisé. Je laissais tomber la feuille par terre, on pouvait y lire :
Salut vieux! Quel pied de détruire ton appart'! Dommage que t'es pas de famille ou d'amis, ça aurait été plus drôle! Mais un tueur comme toi n'a aucune attache. Alors, tu pars quand en voyage ? Si tu as une place de trop, je suis libre. Ha, Ha! Pauvre vieux, si tu voyais ta tronche! Dis, si tu veux écrire un livre, j'espère qu'il y'a des manuscrits dans ton coffre-fort, qu'on puisses faire une édition post-mortem! Tout ce que j'ai fait à ton appartement ( avec un grand sourrire aux lèvres) n'est qu'un avant-goût. Mais, chut! C'est un secret, je ne dis pas ce que je ferais, ni quand, ni où. Tu veux pas mon nom et mon adresse, non plus ? Allez, je te laisse, non pas que je sois pressé, mais je t'entends qui marche dans le couloir.

Ce n'était pas posible, cet enfoiré était là quand j'étais devant ma porte. Mais, au fait, peut-être est-il encore là ? Non tout de même pas, tout les endroits où il aurait put se cacher étaient renversés quand je suis rentré. On ne sait jamais. Flingue au poing, j'arpentais mon appartement avec prudence, comme s'il était miné. Personne.
Tu vois, pauvre con que tu es! Ta crise de parrano n'est pas plus jusifiée que celle que tu as eu chez Mr Minnelli!
Justement, si, il y avait un lien. Yé engagé un petit nouveau, et comme il est doué, Yé lui ai confié oune affaire importanté.
- Oh la pute! je venais de proférer un insulte que je gardais pour les grandes occasions.
- Il ne m'a rien dit ce vieux requin! et en faît, il savait tout! il a déjà engagé quelqu'un d'autre pour me liquider!
Tout à l'heure j'étais prêt à sautiller en sifflotant, maintenant, une grande vague glacée m'avait envahis. Je me mis à ma fenêtre tout en ayant pris garde de regarder si un tireur embusqué n'était pas dissimulé. Moi qui étais déjà parrano avant! J'avais pour habitude de faire des blagues qui ne faisait rire que moi (normal, je les inventaient dans ma tête) pour me reconforter. Et une voix enjouée chantonna dans mon crâne : Après l'Arroseur-arrosé, Le tueur-tué. Dans le rôle du tué, le superbe Jack Kenton, dans le rôle du tueur, le formidable, l'incontournable, le mystérieux Mr X. La voix du hurleur des foires se tut, pour faire place à la mienne. Imbécile, pour te réconforter, tu repasseras! Je ne savais pas si celà avait beaucoup d'importance, mais il y avait de quoi s'inquièter : Depuis un bon mois, je ne controlais que partiellement ces (mes) voix. La (soi-disante) boutade que je venais de dire, c'était comme si on me l'avait soufflée au creux de l'oreille. Pas un instant, je n'avais pensé à dire çà. Mais, bon, quand on est poursuivit par un tueur qui prend un malin plaisir à vous pourchasser, on se moque un peu de son état de santé mental. Le faît que je sois un des tueurs les plus côtès de God Gold n'était pas pour me rassurer. Bien sur, je pouvais (et je n'hésiterais pas) à me défendre, mais la prime pour ma mort risquait d'être très, très élevée. Et toute une armée de tueurs devait se disputer ma tête. je souriais (je me forçais un peu) tout de même, en imaginant deux tueurs se disputer mon cadavre en le tirant par chaque bras, comme deux gosses se disputent un jouet.
- Non, il est à moi ! J'ai tiré le premier !
- Tu rigoles, tu sais très bien que c'est moi qui lui ai fait sauté la boîte cranienne!
- Ah ouais! répliqua un homme d'une trentaine d'année, mal rasé, avec un flingue à la main.
- Ah ouais! Et le trou dans le bide d'où s'échappe des intestins et cette matière jaunâtre, c'est p'tête toi!
A présent je m'attendais à ce qu'ils s'entretuent, comme dans n'importe quel polar à deux sous. Mais ils tiraient de plus belle et ma veste se décousait. Ils criaient des choses incohérentes et tiraient comme des beaux diables. Tout à coup quelque chose se rompit en moi et un craquement incoyable se fit entendre, leurs visages refletèrent une grand joie. Le sourrire ébahit, ils s'éloignèrent en trainant dérrière eut une moitié de moi. Un bras, une jambe, et une moitié de visage qui ne reflètait qu'une horible douleur. Une fumée blanchâtre s'échappait de mes moitiés de corps.


Chapitre 4 :

Je me réveillais en sursaut. J'avais somnolé. Des tueurs me courrait après et moi je faisaisune petite ronflette. Une petite ? Je regardais ma montre : 21h32.
- Et merde ! Je me levais comme si un ressort me transperçait le dérrière et courut à la porte de la cuisine. Je poussais des meubles devant pour les occuper et je filerais en douce par dérrière. Je m'habillais d'un long manteau pourvu de larges et longues poches. J'y glissais ma Winchester à canon scié et un Nastoff 45. J'ouvris ma petite valise et y glissais un colt six coups, que j'avais acheté dans un poussièreux drugstore Texan. Voilà. Le petit Derringer dans la manche et quelques boîtes de balles et de cartouches et j'étais paré. Je jetais un triste (et dernier regard) à mon appart' et enjambais la fenêtre, pour me retrouver sur l'escalier de secours. Bye, bye les caves! pensais-je en descendant les marches. Ma joie se transforma vite en doute, lorsque je ne vis pas les habituels gosses en train de jouer au milieu des ordures où sur le terrain de basket délabré, où depuis longtemps, les filets en fer des paniers avaient disparu pour servir d'armes de frappe. Parvenu à la fin de l'escalier je sautais sur une vieille carcasse de voiture déssosée, pour atteindre le sol. Je jetais des regards inquiets dans tous les endroits ayant été succeptibles d'abriter des snipers. Je gagnais la rue proche en rasant les murs et j'allais lever le bras pour appeler un taxi, lorsque je me ravisais. Le coup du taxi !M'écriai-je (intérieurement). C'était en effet un coup classique : les gens traqués pensaient généralement à s'enfuir vite et loin, discrétement. Pour celà, quoi de mieux que le taxi ? En effet des taxis, il y en à partout. D'accord c'est discret, mais classique. Si bien que généralement il yavait un tueur qui "empruntais" un taxi et se postais aux alentours du domicile de la personne traquée. Cette personne montait, le "conducteur" demandait la destination, et s'il était un tant soi peu blagueur, il disait : " Vous êtes notre millionième client, vous avez gagné un voyage au septième ciel !"
Alors il se retournait et BANG !
Pas de taxi, alors. Le bus n'était pas non plus un moyen sûr. Certes, il y avait du monde, mais un bon sniper pouvait tuer une mouche sur le cul d'un âne, et ce à un kilomêtre, et sans lui couper un seul poil.
Pas la peine de perdre du temps, de toute façon si on voulait me tuer, quoi que je fasses, on finirait par y arriver. Seulement je comptais bien tuer le plus possible de ces chasseurs de primes version XXIéme siècle. Je longeais le trottoir, quand enfin je repérais ce que je cherchais :
Un type naïf, qui, sans doute, devait se dire que les racontars sur les voleurs de voitures, n'étaient que pure fiction. En effet, il était accoudé à un bar et devait se commander un café chaud pour lui permettre d'oublier un peu cette fine et pénetrante pluie, qui tombait déjà depuis une heure. Il avait bien entendu laissé tourner le moteur de sa voiture. Il fallait que j'agisses vite. Le type n'avait pas l'air de se rendre compte de ce qui risquait de lui arriver, car il discutait avec la serveuse( qui riait, mais seulement pour le garder comme client, eévidemment). Je me glissais rapidement sur le siège de la vieille Chrysler et passais la première vitesse, lorsque son propriétaire prit son café et sortit son portefeuille. J'accelérais brusquement, passais la deuxième, puis la troisième, sans laisser souffler le moteur de cette pauvre vieille caisse. Tout en conduisant vite et bien (celà est-il vraiment possible ?) , je jetais un oeil dans mon rétroviseur : La serveuse avait l'air paniquée, mais pas autant que notre buveur de café chaud. Il courrait aussi vite que son imposante bedaine le lui permettait, et poussait des cris de charretier. Il faudrait que je balances, cette voiture ce soir même, dans un fossé ou un fleuve, car le proprio serait dans moins d'une heure au commissariat. Et même si les flics ne se baladaient dans les quartiers chauds, pour faire régner un semblant de loi, ils assuraient la sécurité des routes. Par les temps qui courraient, pour une vieille Chysler décolorée, ils étaient bien capables de dresser des barrages. Je mis mon clignotant à gauche et m'engagais dans les petites rues, où depuis longtemps, dealers et détrousseurs de toutes sortes, avaient remplacés les policiers. En une heure je fus sortis de la ville, sans avoir été pris en poursuite par des flics. En faît, je ne m'en souciais pas vraiment : J'avais toute une meute de tueurs à mes trousses, qui, c'est vrai, ne c'était pas manifestée. Je doutais vraiment que j'aurais put les semer si facilement, mais en tout cas le calme plat qui régnait sur cette route bordée des derniers immeubles de la banlieue me le laissais supposer. Pendant que mes pensées vagabondaient du voyage que j'allais enfin réussir à faire, à Mr Minnelli qui avait si bien caché son jeu, un des pneus éclata. J'appuyais de tout mon poids sur la pédale de frein, et plus par chance que par habilité, je réussis à immobiliser la voiture sans dégats. J'ouvris la portière et sortis dans l'humidité qui précéde les nuées orageuses. La chaussée, heureusement était déjà presque sèche, sinon, qui sait où j'aurais put finir mon embardée ? De longues traces noires de gommes brulées marquaient la route et l'odeur qu'elles produisaient me soulevèrent le coeur. C'était le pneu arrière gauche qui avait éclaté. Bien, j'étais bon pour prendre le cric, qui logiquement devait se trouver sous le tapis du coffre. J'allais me relever pour allé le chercher, ainsi qu'une roue neuve, quand mon regard accrochais un objet incrusté dans la jante. Je me penchais un peu plus vers la roue, et je compris. Une balle était écrasée juste à côté de ce qui avait été un pneu : Celui-ci n'avait pas éclaté tout seul. Je me levais prestemment et contournais la voiture, pour saisir ma précieuse valisette par la fenêtre, côté passager. Sans vraiment réfléchir, Je courrut vers le premier immeuble qui se présentais à moi et poussais la porte. Fermée. C'était une de ces portes à code, que seul les usagers de l'immeuble pouvait ouvrir. J'appuyais sur un interphone au hasard, celui de monsieur Sigrend.
- Allo ? Fit une voix timide, mais grave.
- Allo Mr Sigfrend, bonjour, Je suis agent de l'électricité, et je voudrais relever les compteurs. Pouvez-vous m'ouvrir, s'il vous plaît ?
- Bien sûr !
Un petit bourdonnement mécanique se fit entendre et je poussais la porte.
- Merci. Dis-je hypocritement.
Cet immeuble n'était pas très récent, mais les décors n'était pas laids, ce ne devait pas être ceux fait par la mairie.
J'appelais l'ascenseur, qui s'ouvris instantaténement. Je pressais le bouton marqué 15, c'était le dernier étage. La cage de fer émit un doux ronronement et la porte se ferma doucement. Le nombre des étages s'affichait en lettre rouge sur un cadran placé au dessus de la porte. 12, 13, 14, 15. La cabine s'arrêta en une petit secousse, et la porte s'ouvrit, produisant un petit clong sonore. Pour monter sur les toits, il fallait ouvrir ce velux avec une perche et monter avec un escabeau. J'avais beau mesurer deux mêtres, je ne pourrais pas monter sans chaise. Je frappais à la porte numérotée 625 et constatais (à la petite étiquette collée sur la sonette) que son locataire n'était autre que Mr Sigfrend. La porte s'ouvrit d'un petit tiers, bloquée par une chaîne, et un oeil méfiant me scruta de haut en bas.
- Bonjour Mr Sigfrend, je suis votre voisin de palier, et je me demandais si vous n'auriez pas du sel à me prêter.
Je lui sortis mon plus beau sourire et il défit la chaîne, non sans soupirer, comme pour dire que les gens était vraiment des imbéciles au point de faire une recette sans en avoir tout les ingrédients. Il s'effaça pour me laisser rentrer dans son logis. Il ouvrit enfin la bouche :
- Alors, comme ça ...
Il s'interrompit et se retourna pour voir si je l'écoutais. Je sortis la main de la poche et lui assénais un violent coup de poing en pleine machoire. Il tomba comme une masse, sans rien dire. Au point où j'en étais... J'arpentais la caverne qu'habitait ce monsieur, et me dit qu'il était célibataire : Un nombre incalculable de vêtements juchaient le sol, et une revue porno dépassait du dessous d'un fauteuil vert pomme. Je fouillais un peupartout et trouvais enfin mon bonheur : Un petit escabaud était rangé dans le placard à balais, (où soit dit en passant il n'y avait que des pacs de bières vides) et à défaut de Chatterton, j'avais trouvé du ruban adhésif. J'en enroulais copieusement sur les avant bras et sur la bouche de ce brave Mr Sigfrend. Je saisis l'escabaud et rangeais l'adhésif où je l'avais trouvé. Après tout, même après avoir été frappé, volé, et baillonner, Mr Sigfrend serait peut-être content de retrouver son scotch. Je fermais la porte à clefs, et rappelais l'ascenseur, pour les y jeter. J'appuyais alors sur la touche marquée -2. Voilà qui ralentirais la libération de mon donneur de sel. La moquette épaisse étouffait mes pas, qui m'emmenaient vers le velux, situé au bout du couloir. Je dépliais l'escabaud en dessous, et y montais non sans m'attendre à chavirer. L'escabaud craquant et grinçant tenut bon. Je saisis à deux mains la barre qui permettait d'ouvrir le velux, et tirais fortement. Ah ! Il résistait. Il ne devais pas être ouvert souvent. Enfin, il s'ouvrit en un grand bruit de déchirement. Le caoutchouc avait dut fondre un peu sur la charnière, pendant les grandes chaleurs. J'aggripais le rebord rendut glissant par la pluie qui avait dut se remettre à tomber, et me tirais, sur la force des bras pour grimper sur le toit plat de l'immeuble.


Chapitre 5 :

Je constatais alors que les toits des immeuble se joignait, pour n'en former qu'un seul. Il devait y avoir une cour intérieur au milieu de cet immense toit carré. Mais celà voulait aussi dire que si mon tueur n'avait pas dégerpis, il était forcément là, quelques part. Derrière un de ces tuyaux, peut-être ? Je sortis mon Nastoff, que j'armais. Je me sentais déjà plus en sécurité. A petits pas j'entrepris de regarder derrière les tuyaux, si un tueur s'y cachait. Si oui, je le desarmerais, puis le pousserais du toit. Accident. Il voulait prendre l'air, et PAF ! Quel dommage. Un petit saut de côté, le doigt prêt à presser la gachette en cas d'urgence, et je vis que personne ne se cachait là. Tu dérailles mon pauvre, si le type qui à voulut te tuer est toujours là, c'est soit parce qu'il est en train de te regarder faire tes pirouettes de pom-pom girl, soit parce qu'il s'amuse à sniper les pigeons. Mais si tu veux mon avis, planque-toi si tu veux pas recevoir du plomb dans le cul, à la place d'un pigeon.
Je marchais courbé en deux quelques mêtres, puis fut arrêté par une pensée.
S'il avait vraiment voulut me tuer, pourquoi il avait crevé un pneu. Un tireur capable de tirer dans un pneu d'une voiture qui roule à soixante-dix km/h, aurait très bien put de loger une balle le trou de l'oreille. Il savait très que tu t'en sortirais en agissant de la sorte. Alors, qu'est ce qu'il veut ?
Bien. Très bien. Honnètement je ne voyais pas.
-Quoi qu'il arrive, si je le trouve, je le balance par dessus-bord.
Pas trè intelligent de parler à voix haute quand un tueur vous colle aux fesses.
J'entendis enfin un bruit. Comme celui d'un enfant qui pleurniche. Je contournais un grand bloc de béton, qui devait être la cheminée du système de ventilation, et tombais sous le choc, d'une impression de dèjà-vu. Le même ado, adossé contre la cheminée, la tête entre les bras était là. Il leva la tête. Cette fois-ci, il souriait. avant que je puisses faire quoi que ce soit, il sortit un petit flingue avec un silencieux, comme celui qui avait servit à tuer tout ces gosses, il y avait de celà une eternité. Mon bras de plomb, tenait une arme de fer, et je ne put tirer, mais lui, si. Il me logea une balle dans la main et je lachais mon flingue, que j'avais trouvé si sécurisant. Une douleur atroce parcourut mon bras. J'avais l'impression que ma main voulait se faire la malle, pour passer un casting, pour un remake de La famille Adams. Je serrais les dents, et réussit à articuler une phrase :
- Petit enculé !
Bon, c'est vrai que le travail de recherche n'était pas très fourni, mais pour le moment je n'avais que celà à dire.
- Alors, le vieux, on fait moins le fier ? Et cette petite valise, elle contient quoi ?
J'allais m'en saisir, lorsqu'il pointa à nouveau son arme sur moi.
- Tututut ! Pas question, je regarde.
Il ouvrit ma valise, et siffla entre ses dents.
- Ben dis-donc, tu te torches pas avec des feuilles de ronce, mon pote. Etc'est quoi çà ?
Il laissa tomber la valise et pris l'envellope qui contenait le billet d'avion.
- La guadeloupe ! Je sais pas où c'est, mais je mettrais ma main à couper que c'est pas au prochaine arrêt de bus.
Le connard ! Pas çà, le fric, mais pas çà. Depuis le temps ou je voulais ces vacances. J'aurais du le tuer ce petit prétentieux, quelques jours plus tôt, les rôles étaient inversés, et je n'avait qu'à presser la détente.
- Rends moi çà ! Tout le fric, mais rends-moi çà !
Je parlais avec la rage qui animait mon coeur.
- Non, non tonton, désolé, mais le patron, ton ancien patron, à dit : "je veux la peau de ce con qui m'à trahit". Alors, j'ai pensé, pourquoi pas me venger de lui en même temps ?
C'est pas vrai ! Quand on dit le monde est petit. Mr Minnelli avait engagé le seul témoin que j'avais laissé dans ma vie. Un tueur qui tue pour de l'argent est dangereux, mais un tueur qui tue parce qu'on à tuer un de ces potes... Et moi j'avais tué une dizaine de ces amis, peut-être même son frêre, ou sa soeur. Il sortit un briquet de sa poche et sans cesser de me menacer de son arme il mit le feu à mon billet d'avion. A ma clef du paradis !
Tout en le regardant bruler, il parlait de la pluie et du beau temps. Soudain, un morceau du billet en feu s'envola et aterrit sur sa main. Il poussa un petit cri et secoua la main qui tenait son arme. Oubliant ma douleur, je saisis de ma main gauche ( la dernière valide) ma Winchester, ne lui laissant aucne chance, je lui tirais, presque à bout portant, une double décharge dans la tête. Tout le haut de son crâne vola, et une fleur grise et rouge s'étala, telle une fresque, sur le mur en béton. Je m'en voulut presque, moi qui avait révè, toute ma vie de coincer l'assassin de mon pote, comme ce gosse... J'avais réussit mon coup. Il n'y avait plus un témoin. Cependant, je me sentis las. Je l'avais tué. Il ne devait pas avoir seize ans, et il était déjà mort. Bon sang, si çà se trouve, il n'avait même pas eu de grand amour. Celà ne m'arrivais pas souvent d'être cul-cul, comme çà, mais en plus, je le pensais vraiment.

Maintenant, il va faire nuit, et j'ai enfin terminé d'écrire çà. Je ne pense pas que quelqu'un le trouvera un jour. Mais, au moins, si on le trouve, on saura qu'un pauvre con, qui s'appelait Jack Kenton, à commis, un jour pluvieux, l'erreur de sa vie.


Il prit le fusil dans ses mains et posa sa tête prêt de celle du garçon. Il regardait les étoiles. Ce soir elles brillaient plus fort que jamais. Il pleurait à chaudes larmes, pour la première fois de sa vie. Pour la dernière, aussi. Il soupira, et pressa la gachette. Une détonation roula dans l'air frais de la nuit, qui s'annonçais calme et douce. A côté la main qui tenait le crayon, gisait un petit cahier vert, si on avait pris la peine de l'ouvris et de regarder à la dernière page, on aurait lut : La vie n'a de sens que si on se donne la peine de lui en trouver un. Je ne suis pas poète ou philosophe, mais mon âme n'était pas celle d'un tueur. Bien sûr après la lecture de ceci, libre à vous de me juger.J'aurais tant voulut voir le soleil briller, encore un jour de plus. Rien que pour moi. J'aurais tant voulut qu'il brille pour ce gosse, qui lui aussi dort à jamais, j'aurais tant voulut qu'il soit mon fils. Mais la vie n'est pas joueuse. Et si elle joue, elle triche. Lorsque les étoiles éclaireront mon corps, qu'elles cachent les restes ensanglantés de ma tête, et qu'elles me guident vers un endroit où je pourrais payer mes fautes. Et où les miroirs n'existeront pas, que plus jamais je ne revois mon visage.

Fin


Simon Boutreux, le 30/08/2000

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