De Bruxelles aux Marquises
de Sophie Roïk
Des yeux à fleur de paupières,
Des lèvres peau de pêche
Et des mains qui nouent dans lespace
Des corps majestueux.
Il surgit devant moi
Sautant à pieds joints sur les tréteaux qui ploient.
Est-ce Till lEspiègle, un lutin malicieux ?
Ou le Don Quichotte de la tendresse extrême ?
Il est là, à deux pas de moi
Qui offre à bout de bras des cornets de frites à deux sous,
Des bonbons de couleurs
Et des flamandes alignées sur létal des marchés.
Il court dans les banlieues
De colombes à Bezons,
DArgenteuil à Paris, sur les quais de la Seine.
Brel est là, partout à la fois, agitant ses grands bras.
Il offre pour un rien des rêves en bouquets parsemés de chansons.
Hello ! Jacques ! Cest ton marché du cur. Du don en permanence.
Tu croques la vie.
Tu veux la réussir avec des mots qui broient de la tendresse à mille temps.
Tu noublies, ni Mathilde, ni Madeleine,
Ni lEmile, ni les vieux.
Vivre debout sur les scènes du monde,
Cest ton credo, ta loi.
Prince de la chanson,
Des Iles Marquises, tu es le roi.
Un jour, tu ten es allé loin, là-bas déployant ta cape aux quatre vents
Et sur la vague ultime,
Vivre et chanter une dernière fois.
O ! Doux poète, au cur éclaté,
La tendresse, as-tu dis, cest de lAmour sans contre partie.
Sur les marchés dArgenteuil,
Un chantre déambule.
Il chante à pleine voix :
" Quand on na que lAmour
"
Jacques, Est-ce un ange ? Est-ce un fantôme ? Est-ce toi ?
Réponds-moi
Réponds-moi... !
Sophie ROIK