Coup de tonnerre au Jardin d’Eden : on aurait mangé le fruit de l’arbre de la connaissance ! Un acte très grave ! L’inspecteur Martin est dépêché sur place pour mener l’enquête.
Arrivé sur les lieux du crime, il se met immédiatement au travail et interroge un premier témoin :
Nom ? Prénom ? demande l’inspecteur à l’homme nu qui se trouve encore sur les lieux du crime.
Adam, répond l’autre visiblement gêné.
Vous paraissez avoir un problème, Adam…
Je suis nu.
Je l’avais remarqué. Le sens de l’observation, ça fait parti de mon boulot !
Ca me gêne…
Ok, ok. Je vais regarder ailleurs pendant que je vous interrogerai. C’est d’accord ?
Merci, fit Adam.
Votre date de naissance ?
C’est que…
Non, laissez tomber… C’est l’habitude. Ca ne sera pas nécessaire dans votre cas. Savez-vous qu’un fruit de l’arbre de la connaissance à été mangé et cela, contre l’interdiction formelle de Dieu ?
Oui, je suis au courant.
Comment pouvez-vous l’expliquer?
Je…
Le silence ne fera qu’aggraver votre cas, l’ami.
A vrai dire, je sais ce qui est arrivé…
Racontez-moi, prononce Martin sur un ton qui se veut apaisant.
C’est Eve qui m’a donné de ce fruit et j’en ai mangé…
C’est un peu facile comme explication.
Mais c’est la vérité, inspecteur !
Vous en avez mangé, disiez-vous?
Oui.
Alors, je dois comprendre que ce sont là des aveux ?
Absolument…
Très bien. J’en prends bonne note. Et à présent, où se trouve la dénommée Eve ?
Là-bas, près de l’arbre. C’est la femme en train d’arracher des feuilles pour se couvrir le corps.
L’inspecteur Martin s’approche de la suspecte nue qui ramasse des feuilles sans prêter attention à ce qui se passe dans son dos. Durant quelques secondes, Martin reste silencieux afin de pouvoir un peu profiter du spectacle : « Plutôt bien roulée pour une première tentative », songe-t-il.
Il se décide enfin à se manifester :
Vous êtes bien Eve ?
La femme sursaute.
En effet, répond-elle d’une petite voix en se retournant timidement. Je ne crois pas vous avoir déjà vu dans la région…
C’est normal. Je viens d’arriver. Je suis inspecteur et j’enquête sur l’affaire du fruit défendu qui a été mangé.
Ah… Euh…
Oui ?
Vous auriez la gentillesse de vous retourner ?... Je suis nue, Monsieur !
Oh ! Vous aussi… Ca doit être une habitude dans la région… Mais ne vous en faites pas pour ça, fit l’inspecteur en toute mauvaise foi. J’ai apporté avec moi ceci (il montre une paire de lunettes de soleil). Je les mets comme cela et je de cette façon, je ne pourrai plus vous voire, lui ment-il effrontément.
Ah vraiment ?
Mais oui, trompe-t-il encore la confiance de la femme tout en examinant à l’abri des verres fumés, les courbes de sa poitrine généreuse.
Tout à coup, un grondement retentit dans le ciel. L’inspecteur sait très bien que ce signal lui est adressé...
Euh… Bon, on dirait que je commets une faute professionnelle. Finalement, je vais me retourner comme vous le demandez.
Merci.
Eve, je crois que nous n’allons pas perdre de temps…sur cette affaire. Votre complice a déjà tout avoué. Vous feriez mieux de tout dire aussi.
Adam vous a tout raconté ?
Oui.
Vous savez inspecteur, c’est le serpent qui m’a dit que je pouvais manger le fruit interdit sans craindre de mourir.
Le serpent ? Tiens donc… Et où il se trouve, celui-là ?
Vous le trouverez à quelques pas, il est caché derrière l’arbre.
Très bien. Ne bougez pas en attendant qui vous savez…
Pendant qu’il s’éloigne, il songe à se retourner, histoire de profiter une dernière fois de la vue mais il se retient, de peur d’un nouvel avertissement.
L’inspecteur Martin trouve facilement le serpent à l’endroit exact indiqué par la jolie Eve.
Vous êtes le dénommé « le serpent »?
Sssi sss’est vous qui le dites…
Je ne crois pas faire erreur, affirma Martin.
Sssoit, répond vaguement le serpent.
Donc vous êtes bien le ssser… Oups ! Pardon. Vous êtes bien le serpent ?
Sssi je le sssuis, sssela change quoi ?
Je me présente : Inspecteur Martin. Au cours de mon enquête, j’ai découvert que vous avez incité Eve à manger le fruit interdit.
Sssuis-je obligé de vous répondre ?
Eh ! bien… Vous posez beaucoup de questions, vous ! Or, c’est plutôt mon rôle…
Bien… Quessstionnez-donc !
Merci, répondit l’inspecteur. Alors, avez-vous incité Eve à manger le fruit défendu ?
Je ne parlerais qu’en présence de mon avocat !
Tiens donc…
Absssolument.
Vous rendez-vous compte qu’il s’agit d’une affaire très ssspéciale… Oups ! Toutes mes excuses : il s’agit d’une affaire très spéciale…
Je sssais bien.
Vous rendez-vous compte que dans très peu de temps, Dieu lui-même va venir juger cette affaire ?
Sssi vous le dîtes… Sss’est que sssa doit être vrai.
Vous refusez donc de parler ?
Absssolument.
Très bien, dans ce cas là, je vais devoir vous interroger au poste, Monsieur le s…
L’inspecteur ne finit pas sa phrase, interrompu par la sonnerie de son téléphone portable.
Allo ?
Pendant une longue minute, il reste silencieux, écoutant avec attention son correspondant. A côté, le serpent essaye d’entendre la conversation mais en vain.
L’appel terminé, Martin dit enfin au serpent :
On dirait que vous n’aurez pas à vous déplacer, l’ami.
Que voulez-vous dire ?
L’enquête s’arrête là pour moi.
Vous partez ?
Oui.
Et sss’est fini ?
Non, Dieu va arriver et il va s’occuper lui-même de ce problème…
Attendez…
Oui ?
Je vais tout vous raconter.
Ca ne m’intéresse plus. Il est trop tard…
Inspecteur, j’ai un peu peur de ce qui risssque d’arriver....
Mais de quoi avez-vous peur, voyons?! D’être maudit et d’être condamné à marcher sur le ventre et à manger la poussière ?
Pourquoi dites-vous sssela ?
Oh ! Pour rien…
Et sur ces mots, l’inspecteur quitte le Jardin d’Eden juste avant que Dieu ne fasse son entrée…
Stéphane Paul Prat
Mai 2009
FIN