Six heures quarante cinq du matin, la lumière passe discrètement à travers les rideaux, suffisamment en tout cas pour quil soit possible de voir le mobilier de la chambre. A la qualité de cette lumière on peut juger que dehors le temps est plutôt pluvieux, ce qui nest guère plaisant et augure un réveil du mauvais pied. Encore à demi endormi, il réalise quil lui reste encore un peu de temps pour se reposer et il entend bien profiter de ce temps pour replonger dans un paisible sommeil. Tout un coup un énorme coup de tonnerre résonne faisant trembler les fenêtres, comme si un avion venait de passer le mur du son. Le fracas est si soudain quil ne peut réprimer un sursaut, à la suite duquel il reste comme abasourdi dans son lit. Remis de la surprise il tend loreille guettant le moindre bruit, il nentend pas le bruit familier de la pluie tombant sur la maison. Si il y un orage au loin il doit être réellement puissant pour que la foudre se fasse entendre aussi fort jusquici. Mieux vaut prévenir que guérir, le dormeur sort définitivement de sa torpeur dans le but de débrancher les appareils électriques les plus sensibles de la maison. Lentement, tout en étirant les muscles de son corps encore endormi, il se lève, se mettant debout comme un automate victime de la rouille. Puis il fait quelques pas au fur et à mesure desquels il retrouve toute sa souplesse, sans pour autant se sortir totalement de la torpeur dans laquelle il était plongé. Aussi cest un peu hésitant quil se dirige vers la porte, dailleurs il en est certain, lorsquil se lèvera après sêtre recouché il se souviendra à peine de cet épisode.
Brutalement il sarrête, une idée vient de lui traverser lesprit, autant jeter dabord un petit regard sur le ciel par la fenêtre. Cette fenêtre est à quelques pas et dans la mesure où elle est dépourvue de volet, il suffira dentrouvrir à peine le rideau pour voir ce quil en est du temps. Pourvu quil ny ait pas à nouveau un coup de tonnerre comme celui dil y a quelques minutes. Si la fenêtre vibre de la sorte au moment où il se trouve près delle, cest la frousse assurée. Décidément quest ce quon peut être impressionnable au lever, aller un petit effort. Il se rapproche de la fenêtre non sans une vague hésitation, il sent en lui ce sentiment dinquiétude, qui venu du plus profond de notre être, nous fait craindre lorage comme lobscurité. Cet héritage des époques les plus reculées où il ny avait guère de différence entre lhomme et les autres animaux, il le sent à ce moment bien présent aux tréfonds de son esprit. Cette peur quil juge pourtant irrationnelle le fait hésiter, les gestes redeviennent moins alertes, une sensation de froid monte dans son dos, son estomac se contracte sur du vide. Quels souvenirs enfouis dans la mémoire collective peuvent bien être à lorigine de ces angoisses face à cette manifestation de la nature ? Nos ancêtres les plus primitifs ont ils ressenti une peur si vive quelle en est restée à jamais gravée dans nos gênes ou est ce notre instinct qui nous hurle encore aujourdhui la présence dun danger effroyable lié à ces phénomènes ? Toutes ces réflexions alors que des siècles se sont écoulés depuis lépoque où lon croyait à la présence de créatures monstrueuses dans les fonds marins et dans la haute atmosphère. Pourtant il est commun de penser que toute légende et basée sur des faits réels, dans quelle mesure est ce le cas de celles-ci ? Qui nous dit que ces êtres monstrueux nont pas réellement existé et existent encore, quelque part ailleurs, là où lemprise de lhumanité sur la planète ne les dérange pas ?
Finalement tout en essayant de rire des ses propres inquiétudes, mais sans pouvoir les réprimer totalement, il fait les quelques pas nécessaires pour parvenir à la fenêtre et sarrête. Il marque une pause reprend son souffle et approche lentement sa main du rideau puis lentrouvre pour jeter un regard vers le ciel. Tout dabord il est ébloui par la faible lumière émanant de ce ciel gris, puis au fur et à mesure que ses yeux shabituent à la lumière il lui semble distinguer quelque chose danormal dans ce même ciel. Une fois sa vue au maximum de son efficacité il ne peut sempêcher de hurler plus fort que jamais, saisi par une frayeur sans nom. Une frayeur si grande quil reste comme paralysé à la fenêtre, incapable toute autre action que de crier de terreur. Ce hurlement il le pousse pendant un temps dont il ne sait si il sagit de secondes ou de siècles. Puis il va se terrer dans son lit en tremblant et geignant, alors que résonne à nouveau un puissant fracas, semblable à celui qui lavait éveillé.
Il faudra un certain temps, plus dune semaine à vrai dire, pour que quelquun sinquiète de Cédric Crespin, ce célibataire discret dune trentaine dannées. En effet cela fait plus de sept jours que les volets et rideaux restent fermés et que personne ne la vu, pas même à son travail. Alors enfin un groupe de proches et de voisins renforcé par le maire de la commune et quelques pompiers volontaires se décide à entrer dans la maison, non sans craindre le pire. Au premier abord les lieux ne présentent rien danormal et cest en arrivant dans la chambre quils trouvent Crespin tremblant, caché sous ses couvertures. Ses cheveux sont devenus gris et son visage porte les stigmates de plus dune semaine de privation de nourriture et de sommeil, et surtout don ne sait quelle épreuve horrible. Pire que le reste son regard et ses paroles, des balbutiements inintelligibles, indiquent clairement quil a perdu lesprit. Les divers examens médicaux ne parviendront pas à expliquer de façon satisfaisante létat de Crespin, pas de trace de stupéfiant, pas de problème physique outre la dénutrition et le manque de sommeil. Tout semble indiquer quil aurai reçu un choc psychologique énorme dont la nature échappe à tout le monde. Une chose seule est certaine pour les médecins, il est nécessaire de faire interner ce patient pour une durée indéterminée dans le but de tenter de soigner ce traumatisme qui lui fait, semble-t-il, craindre le ciel.