Et merde je vais secouer tout ça et foutre toute cette saloperie sur la table et men remettre au hasard ! La cause et la conséquence quest ce quon en a à foutre ! donner du sens, ça ouais.
Faut dire que jai aimé follement Gaëlle. Je laime encore dailleurs. Souvent je repense à nos instants précieux, à nos moments de grâce. Je repense à son doux visage, à ses yeux profonds comme la mer, à ses caresses, à ses mots doux. Notre monde était une vallée verdoyante, notre amour le fleuve qui la traverse, au long duquel foisonnait une vie sauvage. Mais les choses ont changées, avec le temps, assassin, et un soir de printemps elle est partie. Maintenant je pense quelle a eu raison, il faut être stupide pour imposer le quotidien à la personne quon aime. Lamour ne se vit que dans laventure et le risque. Hors de tout cela ça nest plus de lamour, cest juste un
contrat.
On pense quon shabitue à tout. Mais peut-on shabituer à labsence ? Après son départ il ma fallu tout recommencer, réapprendre la solitude et renouer avec cet inconnu dans le miroir. Mais vivre la solitude, nest-ce pas toujours penser aux autres, à ceux quon aime ? Jai vécu de longs mois avec cette absence qui hantait mes jours et mes nuits : le fantôme de Gaëlle.
Mon quotidien est très vite devenu un enfer, fatigue, déprime, alcool, il était urgent que je trouve un moyen de ne plus penser à elle, de loublier, den faire le deuil. Seulement comment se déterminer à oublier quoi que ce soit. Son visage hantait mes pensées, jusque dans mes perceptions. Il me semblait lapercevoir au coin dune rue, au milieu dune foule, au volant dune voiture
Cest à ce moment là que jai décidé de faire quelque chose, de me prendre en main en quelque sorte. Mais peut-être nétait-ce que pure folie. Comme je ne parvenais pas à oublier, jai décidé daccepter au mieux son absence, de vivre avec, de gérer, et surtout de laisser mon amour pour elle sexprimer pleinement, sans obstacles réels. Si lidéal cest daimer et dêtre aimé, je pouvais au moins accomplir ma part, seul, sans rien demander en retour. Mais nest-ce pas la définition de lamour ?
Très vite jai commencé à consacrer mes nuits à ma passion pour Gaëlle en pratiquant tous les soirs ce quon pourrait appeler un voyage mental où je nous imaginais ensemble. Il sagissait de penser à elle à lexcès, de me tromper moi-même jusquà douter de la réalité et jusquà me persuader de sa présence. Lexercice sest révélé très difficile. En effet, comment se tromper soi-même ? cela reviendrait à se poser à soi une devinette dont on connaîtrait déjà lissu et à essayer de la deviner de toute bonne foi. Pourtant je nai pas renoncé et jai commencé par créer une image mentale de Gaëlle aussi fidèle que possible, ses mains, son visage, son sourire, sa silhouette, en maidant de mes souvenirs bien sûr mais aussi de photos et dobjets qui me rappelaient sa présence. Et puis, petit à petit, par je ne sais quel miracle (le miracle de la vie ? le miracle de la création ?), le mouvement sest emparé de cette image jusquà retrouver la manière dêtre, de bouger, et de sourire de Gaëlle.
Lorsque son corps dans mon esprit avait acquis son autonomie propre, il ne me restait plus quà créer un monde possible où lon pourrait se rejoindre.
Jai réuni les lieux que nous aimions, létang où lon aimait pique niquer, le petit bois où lon se promenait, le centre de loisir, et les ai transposé dans une vallée verdoyante traversée de toute part par une route sinueuse, comme un lacet posé sur le paysage, cette route même où, par un soir de printemps au volant de ma voiture, je la rencontrais qui faisait du stop sur le bord de la route.
Autant dire que les premiers jours mes efforts me semblaient vains et ridicules, jy avais malheureusement gagné en stress et en fatigue supplémentaire car je passais mes nuits à mes voyages et jessayais tant bien que mal de macquitter de mon travail pendant la journée. Pourtant jai insisté et après beaucoup defforts il ma semblé que les images mentales que je créaient devenaient plus précises, presque réelles et si au début je me bornais à reproduire naïvement le moment de notre rencontre afin den ressentir des réminiscences damour naissant, rapidement jai essayé de créer de nouvelles choses, jai voulu explorer de nouvelles possibilités.
Je voulais redécouvrir Gaëlle.
Quelquun dautre, il fallait que je sois quelquun dautre, que je me crée une nouvelle identité, que je minvente un personnage nouveau qui emporterait son cur au premier regard pour que nous puissions à nouveau nous rejoindre dans le vide de linstant, sans la lourdeur du passé. Ce personnage je lai nommé Dan et lai choisi quasi parfait, beau mâle intelligent et mystérieux. Dan, ma nouvelle enveloppe corporelle. Je le faisais rouler toutes mes nuits, sauvage et intrépide, au volant dune superbe voiture, les roues soulevant la poussière de la route vers le ciel rouge feu dun crépuscule de colère pendant que les enceintes vibraient au son de « Last night I Dreamt that somebody Loved Me » ou de « Well I wonder » des Smiths. Et puis, alors que les plages audio senchaînaient japercevais, toujours par les beaux yeux de Dan (ou lui apercevait par mes yeux je ne sais plus), là, sur le bord de la route, une fille ravissante faire du stop.
Aujourdhui, avec le recul, je pense avoir eu tord et la prétention de contrôler ce pouvoir. Mais cétait une erreur, comme me la prouvé la résistance de plus en plus forte quopposait Dan à mon contrôle. Car oui, Dan, le Dan que javais créé dans mon imagination, celui que je contrôlais tous les soirs et avec lequel je parcourais la vallée, par je ne sais quel sortilège, avait développé une autonomie propre, pas encore totale mais qui commençait à devenir gênante. Ne me demandez pas dexpliquer ça ni quoi que ce soit dautre, je ne saurais le faire. En tout cas quel orgueil de ma part. Il faut être fous pour croire que lon peut dompter le tigre qui est en nous. Je ne pouvais pas tout contrôler. Cest comme lorsque, à lorée du sommeil notre esprit nous emporte vers des contrées inconnues. Dans limagination pas plus que dans la réalité je nai su contrôler le déroulement des choses.
Quand 'j ai intégré le corps de Dan cette fois ci, ce que jai vu dabord, comme si cause et conséquence s'étaient inversées, cest le sang couler du petit trou au milieu des deux yeux convulsés dune jeune fille assise en face de moi dont le corps s'est affalé lourdement sur le sol. Puis ensuite jai vu le canon tout chaud du flingue que je tenais à bout de bras, ainsi que les gens assis à la table, Gaëlle et deux autres personnes.
Je nai pas attendu que les cris se propagent dans toute la salle comme une onde sur une eau calme pour me poster sur lallée principale en menaçant les éventuels assaillants de mon arme.
- que personne ne bouge ! sont les premiers mots qui sont sortis de ma bouche. Putain dans quel merdier je métais encore fourré ?! Jai pivoté sur moi-même en mettant en joue les gens qui se trouvaient dans mon champ de vision. La salle nétait plus que cris et panique.
Les gens sétaient réfugiés vers le fond de la salle, se protégeant derrière les tables de billards ou sous les tables. Sur ma gauche, protégés derrière le bar, le patron et la serveuse attendaient accroupis et tremblotant lissue de la tempête. Seule Gaëlle restait là au milieu des tables désertées, agenouillées, sanglotant, tenant la tête de la fille sur ses genoux en lui caressant les cheveux. Jai balayé lensemble de la salle de mon flingue et me suis mit à reculer lentement vers la sortie.
- viens avec moi Gaëlle ! jai crié alors que ma main armée balayait lhorizon, jten prie viens avec moi !
Gaëlle, penchée sur le cadavre, caressait toujours les cheveux de fille, pleurant à gorge déployée. Le visage de la fille était maculé de sang et le sang avait créé une marre sur le carrelage. Gaëlle a jeté un regard dans ma direction, un regard rempli de haine. Puis elle a regardé autour delle. On devinait dans ses yeux le vide, la tristesse et le désespoir.
- allez ! fais moi confiance !
Javais atteint la porte de sortie. Dune main je continuais à braquer la salle et de lautre jentrebâillais la porte. Mon regard passait rapidement de lintérieur du pub à lextérieur où je surveillais que personne narrive.
- allez dépêche toi ! je lui crie, on doit y aller.
Gaëlle a dégagé lentement la tête de la fille et la posée doucement sur le sol après avoir passé une dernière fois sa main dans ses cheveux, puis elle a couru vers la porte que je tenais ouverte et est sortie en courant et en sanglotant.
Jai balayé une dernière fois la salle avec mon flingue, mettant en joue toutes les visages que je croisais dans mon champ de vision, tentant de se camoufler au passage derrière le corps massif dune table de billard ou derrière la porte entrebâillée des toilettes, puis je suis sorti rejoindre Gaëlle, laissant la lourde porte se refermer derrière moi, séparant de quelques centimètres un passé, qui déjà se figeait dans la pierre, dun futur incertain.
Je courais en direction de la voiture. A mi chemin je me suis arrêté. Les néons formant les mots « sin nombre » baignaient lentrée dune intrigante lumière verte. Jai mis en joue mes éventuels poursuivant puis jai tiré un coup en lair pour les effrayer avant de rejoindre la voiture où Gaëlle mattendait. Jai démarré et poussé la pédale daccélérateur au plancher. Les pneus crissaient sur lasphalte et la voiture sest éloignée. Dans le rétroviseur la horde de gens sortis du pub pour me poursuivre se rétrécissait à mesure que je roulais pour ne plus faire maintenant quun point minuscule clignotant de façon intermittente au rythme des néons et enfin disparaître. Gaëlle était affalée sur le siège passager, la tête dans ses mains, elle sanglotait, elle marmonnait des mots difficilement audibles. Enfin jai allumé le poste qui a craché un son brut et pulsionnel sur laquelle sest posé une voix grave et mystérieuse « There's a devil waiting outside your door(How much longer) »
- espèce de connard ! la voix venait parasiter celle du chanteur tes vraiment un malade ! Gaëlle a frappé lautoradio à plusieurs reprises.
- quoi ? t aimes pas Nick Cave? je lui fais en lui jetant un regard torve et en baissant légèrement le volume de la musique.
- jemmerde Nick Cave et je temmerde espèce denculé ! Elle sest agenouillée sur le siège et a joint le geste à la parole, commençant à me frapper à lépaule tout en minjuriant espèce de taré !
Jessayais tant bien que mal de me protéger des coups en gardant un il sur la route. Je voulais pas quon finisse dans un platane.
- tes vraiment un cinglé ! tes un malade !
Elle continuait à me marteler de coups de poings. Javais mis mon bras en bouclier pour me protéger des coups, mais elle revenait constamment à la charge.
Finalement jai réussi à la calmer. Je suis monté sur les freins et la voiture a stoppé net. Là jai essayé, difficilement je dois le dire, de maîtriser sa fureur en lagrippant aux poignets. Enfin elle a renoncé à se débattre. Mais elle continuait à sangloter. Ses larmes avaient fait couler son maquillage. Jai relâché mon étreinte.
- faut que tu me fasses confiance Gaëlle, on va se tirer dici je lui ai dit
Elle a marmonné quelque chose comme « tu es vraiment un fou ». Elle était complètement KO. Je la comprenais, le déroulement des choses aurait rendu dingue nimporte qui, non ? Elle était totalement amorphe. Je lai secouée rapidement pour quelle reprenne ses esprits. Mais au lieu de ça ses yeux se sont révulsés et elle sest renversée complètement, ses mains cherchant confusément à ouvrir la portière pour atteindre lair frais au dehors où elle a vomit tout cet alcool mais aussi toute sa haine et sa tristesse.
On a roulé longtemps, pendant ce qui ma semblé être des heures avec pour seul horizon lespace de lumière que projetaient les phares sur lasphalte.
There's a devil waiting outside your door
Jessayais de plonger dans les souvenirs de Dan afin de comprendre ce qui sétait passé avant que je minvite dans son corps. Dan avait réussi à créer une scission dans mon esprit, il était devenu lautre en moi. Mais pourtant il échappait à lobjectivation et à la connaissance que je voulais acquérir de lui. Donc pas tout à fait autre non plus. Bref jessayais tant bien que mal de déterminer ce qui sétait passé ce soir.
There's a devil crawling along your floor
Quand je suis sorti de mes pensées, je me suis rendu compte quon roulait depuis longtemps. On roulait dans une espèce de néant, comme si lon avait dépassé les contours de limagination, comme si lon sétait aventuré par delà. Par delà lesprit, par delà le regard, par delà le temps. Jai arrêté la caisse.
With a trembling heart, he's coming through your door
Gaëlle qui sétait quelque peu assoupie sest redressée sur son siège, elle a jeté un coup dil alentours et ma jeté un regard interrogatif.
- il faut quon fasse demi-tour ! je luis fais en mallumant une cigarette
Elle a bondit comme une cinglée
- mais tes malade, y faut quon se casse dici, quon se cache quelque part
- mais y a rien ici je lui ai fait en désignant lextérieur dun geste circulaire de la main, y a rien dans ce putain de pays, à part cette putain de route et cette putain de nuit !
- mais si on fait demi-tour on va se faire serrer, il vont nous tomber dessus, continue à rouler, on va jusquà la prochaine ville
- mais y a pas de prochaine ville jte dis, y a rien après cette colline de merde je lui fais en pointant mon doigt vers lhorizon et en désignant la masse noire devant nous, plus noire encore que le noir sur lequel elle se détachait. Tu peux me dire ce quil y a derrière cette colline toi ?!
he's hungry and he's sore And he's lame and he's blind and he's dirty and he's poor
Son regard sest tourné vers lhorizon, suivant la route jusquau sommet de la colline. Elle essayait en vain de se souvenir de ce qui se trouvait après.
He wants you, baby, to be his bride
- je, je sais plus elle a murmuré.
- tu vois je lui ai dit, y a rien derrière la colline, il faut quon fasse demi-tour !
Ses doigts se tordaient dimpuissance et de nervosité et ses yeux se sont remplis de larmes.
- on
on pourrait peut-être aller chez Aline elle a dit après un temps dhésitation.
Jai dit ok, que pouvait t-on faire dautre ? On a fait demi-tour et on a pris la direction de lappart dAline.
Nous sommes arrivés devant la résidence. Il y avait de la lumière dans lappart.
Je suis sorti le premier et jai frappé à la vitre pour sortir Gaëlle de sa torpeur et je me suis dirigé vers lentrée en lui faisant signe de me rejoindre. Je crois quun instant elle a pensé à séchapper, à courir le plus loin possible, peut être pour aller tout raconter à la police. Mais je sais aussi que quelque chose len empêchait. Elle me regardait songeuse à travers la vitre fumée de la portière. Je lattendais. Et elle ma rejoint.
La minuterie ne fonctionnant plus, nous sommes montés dans le noir complet, main dans la main, jusquau quatrième étage, là où le cône de lumière provenant de lentrebâillement de la porte de lappartement dAline fendait lobscurité comme pour nous piéger, à mesure que lon arrivait à sa hauteur, tel un petit animal paralysé par les phares dune voiture. On sattendait à voir une silhouette se dessiner, la silhouette dAline, comme une ombre chinoise, dans lencadrement de lumière. Mais rien. Lentement nous avons pénétré lécran lumineux pour nous retrouver dans lappartement. Vide. Pas de trace dAline, ni déléments pouvant nous indiquer où elle se trouvait. Juste cette porte ouverte, cette lumière
Alors Gaëlle ma prit la main et je lai suivie dans la chambre juste là. Là elle ma plaqué contre la porte. La pièce était à peine éclairée par la lumière du dehors, assez pour quon puisse voir nos visages. Elle était bouleversée et terrifiée par ce qui venait de se passer et il semble que sa colère devait se décharger à cet instant. Elle sest mis à me frapper à la poitrine, elle frappait encore et encore,le plus fort quelle pouvait.
quest ce qui sest passé elle ma demandé, ses paroles étaient à peine perceptibles, noyées dans ses sanglots
qui es-tu ? elle me tapait de plus en plus fort
Jessayais de la calmer, jai réussi à la maîtriser en lui tenant les poignets.
- jten prie calme-toi, calme-toi
Elle essayait encore de se débattre, de me dire sa douleur, sa rage, mais elle nen a pas eu le temps. Nos lèvres se sont effleurées.
Lalcool et toutes ces choses avaient jeté le trouble dans nos esprits. Mais une chose était pourtant certaine, ce désir quon sentait monter en nous. Alors elle a chassé un moment toutes ses pensées et a laissé ce désir lenvahir. Pendant que nous nous enlacions elle ma attiré lentement vers le lit où nous nous sommes laissé tomber en nous embrassant. Elle sest mit à califourchon sur moi et a entreprit denlever ses habits. Japercevais dans la pénombre le galbe de ses seins qui tressautaient quand le vêtement les a libérés de son étreinte.
On a fait lamour. La respiration de Gaëlle saccélérait, entrecoupée de gémissements et de sanglots. Jai eu même limpression de lentendre murmurer, mais je ny faisais pas plus attention car je commençais à me laisser emporter par le plaisir. Mais, tout en me faisant lamour elle sest penchée et a approché son visage près de mon oreille et là jai compris ce quelle disait. montre moi. Elle ne cessait de répéter ces mots je veux savoir. Sa voix était troublée par le plaisir et les sanglots. Elle ma embrassé fougueusement et a accéléré le mouvement de ses reins. Pendant ce temps sa main se glissait dans ma veste, en retirant larme quelle a placée doucement dans ma main. Je me suis figé au contact du métal froid mais le plaisir était trop fort pour que jy renonce. Gaëlle à nouveau dans mes bras. Elle continuait à me besogner et à gémir et à sangloter (ses larmes coulaient sur mon visage), et a refermé ma main sur la crosse de larme et a guidé mon bras de manière à ramener larme vers elle, la pointe du canon contre son front.
- montre moi ma-t-elle dit sèchement comme si elle men donnait lordre, je veux savoir ce que cest.
Son bassin continuait de monter et de descendre sauvagement, et chaque mouvement était accompagné dun gémissement.
De sa main libre jai essayé décarter le flingue du visage de Gaëlle mais elle a attrapé mon poignet en vol.
Dune main elle maintenait le canon du flingue contre son front et de lautre elle guidait ma main droite sur son sein.
Elle avait placé son pouce mon lindex lui-même posé sur la gâchette. Elle contrôlait la situation et pouvait à tout moment exercer une pression sur mon doigt.
Quand la détonation a déchiré la nuit, mon esprit survolait déjà la vallée silencieuse
Comment donner du sens à tout ça ? Cétait comme si on avait foutu des putains de mots dans un gobelet, quon avait secoué le tout, et quon avait envoyé tout ça par terre pour que ça forme des phrases. Cétait ça le jeu, faire des putains de phrases avec des putains de mots ?
Non. Le hasard nexplique pas tout. Dan, je croyais tavoir inventé, mais cest toi qui est venu me chercher dans la réalité
pour accomplir tes desseins, pour donner du sens à tous les mots que tu as jeté dans labîme de mon âme
On a retrouvé le corps sans vie de Gaëlle sur le bord dune route. La police mène toujours lenquête, en vain. Elle recherche un homme quelle voyait en secret les soirs, un homme dont elle avait donné la description précise à ses amies.
Depuis, lorsquil marrive, dans les yeux de Dan, de parcourir la route sinueuse à la recherche de Gaëlle, elle nest plus là, le fleuve dans la vallée sest asséché, la source sest tarie, et, tout le long, sous la chaleur écrasante du soleil, le sol sest craquelé, la vie sen est allée.
Fin
Christophe Cotichelli