Dure dure...
de Thierry Berger
Elle : Tu mas manqué de respect, sais-tu ?
Lui : Comment ? Mais cest la première fois que tu me dis cela, depuis toutes ces années !
Elle : Tu mas manqué de respect, un point cest tout !
Lui : Ou as-tu encore été pêché cela ?
Elle : Je lai lu !
Lui : Tu las lu !
Elle : Oui, je lai lu ! Et cétait on ne peut plus clair. Tu as passé des années à me manquer de respect. Tu nas pas honte ?
Lui : Mais, enfin, Madeleine... Tu ne veux pas... mexpliquer ? Que je fasse au moins amende honorable.
Elle : Texpliquer ? Ne viens pas me dire que tu nétais pas au courant, que tu ne savais pas !
Lui : Sincèrement, je tassure, je ne vois pas en quoi ; ni où tu veux en venir, dailleurs !
Elle : Tu mas traité comme une esclave. Voilà ce quil y a. Tu ne mas jamais aimée.
Lui : ça alors ! Dimanche dernier encore, tu mas remercié pour tout le bonheur que je tai apporté ! Tu as même pris le ciel à témoin... Souviens-toi, ma chérie.
Elle : Je tinterdis de mappeler "ma chérie" ! Cest trop facile. Tu crois que je vais encore me laisser embobiner ?
Lui : Madeleine... et lautre dimanche, il y a trois semaines, tu ne ten souviens plus ? Tu as pleuré, ici même... pleuré de bonheur... lorsque nous avons évoqué notre voyage de noces... Vraiment, tu ne ten souviens plus ?
Elle : Si, je men souviens. Bien sûr que je men souviens. Mais alors, je nétais pas encore abonnée à "Aujourdhui Madame" !
Lui : À quoi !?
Elle : "Aujourdhui Madame", mon cher ! Un magazine de grande qualité !
Lui : Quest-ce que cest encore que cette lubie ? Tu ne changeras jamais ma pauvre.
Elle : Tu vois ? tu recommences.
Lui : Oh non, Madeleine. Ne pleure donc pas... sil te plaît... Allez, dis-moi plutôt ce que tu as découvert dans ce magazine.
Elle : Jai répondu à un test.
Lui : Un test ?
Elle : Oui, un test. Et jai eu plein de "C".
Lui : Excuse moi, petit pain doré, mais je ne te suis plus.
Elle : Cétait un questionnaire, avec des réponses multiples A, B & C.
Lui : Un questionnaire, nest-ce pas ? Mais quel genre de questionnaire ? Quelles questions ? Quel thème ?
Elle : Un questionnaire qui portait sur le respect qua un mari pour son épouse, figure-toi.
Lui : Et ?...
Elle : Il savère que tu es un macho de la pire espèce ! Que tu nas aucun respect pour moi... Et moi, jai eu tort de taimer toutes ces années.
Lui : Tu es une menteuse !
Elle : Oh que non, je ne suis pas une menteuse. Et le test prouve ce que je te dis.
Lui : Toujours ce maudit test ! Ce nest pas à cause de cela que jaffirme que tu mens. Tu mentais lorsque tu disais maimer, lorsque tu exprimais ton bonheur davoir trouvé un homme comme moi, lorsque pleine de reconnaissance, tu relatais ces jours heureux passés ensemble, toi et moi, amoureux transis, à Florence, à Venise, à Dubrovnik, à Bagdad, tous ces autres lieux où nous avons échangé tant de baisers, de caresses et... de promesses.
Elle : Oui, mais tu nas jamais fait la vaisselle.
Lui : La vaisselle ! Mais toi non plus ma chérie, nous avions une bonne, souviens-toi !
Elle : Tu nas jamais langé nos enfants.
Lui : Mais enfin, Madeleine ! Nous nen avons jamais eu !
Elle : Tu ne voulais pas que je conduise.
Lui : Conduire quoi ?
Elle : Notre automobile, pardi ! Toujours avec tes calèches ! Cétait plus romantique disais-tu.
Lui : Une automobile, maintenant ! Mais voyons Madeleine ! Cest comme les enfants, nous nen avons jamais eu !
Elle : Je nai jamais travaillé de ma vie.
Lui : Et tu te plains de cela ! Ma pauvre ! Si tu savais le bonheur que cest.
Elle : Peut-être, mais en attendant, ça ma fait plein de "C" ! Ce qui prouve que tu es un macho ! Décidément, je ne taime plus ! Je men vais !... à dimanche.
Lui : Madeleine ! Madeleine ! Non ! Reviens !
Une passante : Vous le pleurez encore, Madame, après toutes ces années ? Vous avez dû beaucoup laimer.
Elle : ...
La passante : Depuis toutes ces années, sur sa tombe, et encore le pleurer. Je vous envie, Madame. Jenvie la vie amoureuse que vous avez du avoir.
Fin