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Un matin, Victor arriva au lycée de bonne humeur : il allait enfin revoir ses amis après les vacances, notamment Sandra, dont il était secrètement amoureux. Ses vacances avaient été particulièrement ratées : ses parents avaient dépensé une fortune pour leur offrir un voyage en famille en Transylvanie pour finalement passer une semaine à regarder des ossements de vampire vieux de 300 ans dans des musées.
Il pensa à ce qu'il allait dire à Sandra : certainement pas la vérité, il risquerait de paraître ridicule à côté de Basile sinon. Il se demanda pourquoi Sandra persistait à rester amie avec Basile. Peut-être était-ce parce qu'il avait des parents riches ? Il était sûrement allé en Afrique ou en Amérique, lui, pendant les vacances.
Lorsqu'il arriva à la porte du lycée, Victor aperçut Sandra et Basile main dans la main. Il s'étrangla de surprise. Puis les questions lui montèrent à la tête : depuis quand était-ils ensemble ? pourquoi sortait-elle avec lui ? oserait-il encore faire la cour à Sandra maintenant ? devait-il devenir ami avec Basile pour lui plaire ? Il élimina les questions une à une car aucune n'était importante. Exceptée la deuxième : Pourquoi l'avait-elle choisi lui plutôt qu'un autre, que lui trouvait-elle ? Peut-être était-ce parce que Basile était un loup garou ? il se demanda pourquoi les filles étaient toutes folles des loups garous. C'était à cause du groupe de rock allemand, Garou Hotel, dont toutes les filles de 6 à 20 ans étaient folles. Mais après tout, ils ne se transformaient en loups qu'une fois par mois, ce n'était pas beaucoup.
Sandra restait son amie, il le savait, mais il en aurait voulu plus. Il se demanda comment il pourrait la draguer. Qu'avait donc fait Basile, à part le fait d'être né loup garou et d'avoir des parents riches, pour réussir à sortir avec la fille la plus belle du lycée une fille à descendance féerique en plus ?
Soudain il comprit : Basile tenait en laisse un phnix. Il s'imagina son pire ennemi et la fille dont il rêvait depuis la maternelle ensemble sur l'animal, elle se cramponnant à lui et lui la rassurant. Cela le mit en rage. Il décida qu'il lui fallait une monture encore mieux que celle de Basile pour séduire Sandra. Un animal qui ferait s'ébahir tout le lycée, un animal sur lequel il embrasserait la fille de ses rêves.
Revenu chez lui, il alluma sa boule de cristal et tapa sur le clavier : « Dragon pas cher ». Victor contempla l'objet : une merveille ultraperformante, au croisement entre la technologie et la magie. La recherche sur le web se lança automatiquement. Le génie contenu dans la boule était de bonne humeur et fut rapide :
« Aucun résultat trouvé.
- Comment ça ?! s'interloqua Victor.
- Il y a 8500 résultats trouvés, mais ce sont tous des arnaques, expliqua le génie.
- Comment ça, des arnaques ?
- Écoute, je suis fatigué, ton père m'a utilisé toute la nuit. Si je te dis que les sites répertoriés ne valent pas la peine, crois-moi et laisse-moi dormir, bougonna le génie. »
- Et la boule s'éteignit. Victor tenta tout de même sa chance auprès de son père. Il alla frapper à sa porte et rentra lorsqu'on l'y invita. Il ne tourna pas autour du pot :
- « -Papa, j'aurais besoin d'un dragon.
- Un dragon ?! Le père n'en revenait pas.
- Oui, je me suis dit que cela serait plus rapide pour aller au lycée.
- Mais voyons, cela coûte beaucoup trop cher !
- Certes, pour les dragons haut de gamme utilisés dans les courses, mais le prix d'un dragon de déplacement urbain n'est pas exorbitant.
- Peut-être, mais tu n'as pas de besoin urgent d'un dragon, si ?
- Eh bien, tu sais, mes horaires de cours sont plus étendus cette année qu'au collège, rentrer le soir à pied n'est pas très sur. Un de mes amis m'a raconté qu'il s'était fait agressé aujourd'hui. Je n'ai pas de besoin urgent d'un dragon, mais j'espère que tu comprends que cette histoire m'a incité à prendre mes précautions ;
- Bon, d'accord. On en reparlera plus tard »
Victor sortit, victorieux. Il savait qu'il avait touché la corde sensible. Ses parents feraient tout pour qu'il soit en sécurité.
C'est une semaine plus tard que, revenant du lycée, il eut une surprise. Toute sa famille était réunie au complet et l'attendait dans le salon. Il y avait même l'oncle spécialiste de vaudou qui était venu exprès de Hawaï. Après avoir fait la bise aux invités qu'il connaissait le mieux, tout le monde passa au jardin. C'est là qu'il l'aperçut : un magnifique dragon, beau, grand, fort et sûrement intelligent. À côté se tenait un sac rempli de tous les accessoires dont pourraient rêver un dragon et son maître : une selle de cuir, un t-shirt pour dragon d'une grande marque, des fers à dragon en argent, deux casquettes, etcetera
Le lendemain, Victor se réveilla de bonne heure et en plein bonheur. Il ne prit pas de petit-déjeuner pour aller préparer son dragon. Il pensa qu'il faudrait qu'il lui trouve un nom. Mais ce n'était pas le plus urgent. Il attacha soigneusement les rênes, puis fixa la selle. Puis il donna un gros beefsteak à son dragon pour qu'il soit en forme.
Enfin, il se prépara à partir. Il escalada le dos de sa monture puis attrapa les rênes. Enfin le dragon décolla. Il prit très vite de la vitesse et de l'altitude puis se stabilisa vers 100 mètres de hauteur, attendant les ordres de son maître. Victor était en extase. La sensation était magique, il se sentait uni avec son animal. Il voyait toute la ville, et même une partie de la forêt des druides à l'Est. Après s'être enivré à souhait du beau paysage, il donna la direction du lycée à son dragon. Ce dernier partit en entamant une descente douce. Puis il remonta en piqué avent de se stabiliser horizontalement.
Soudain, il se demanda comment ses parents, qu'il croyait sans un sou après le voyage en Transylvanie, avaient pu se procurer si rapidement la monture de ses rêves. Il se souvint du génie de la boule de cristal : « 8500 résultats trouvés mais tous des arnaques ». Il se demanda de quelles arnaques il pouvait s'agir. Il ne trouvait pas. En tous cas lui avait maintenant son dragon en chair et en os. C'est alors qu'il se remémora un article de journal qu'il avait lu voilà quelques mois :
Dragon mal dressé
C'est hier qu'un homme a trouvé la mort sur son dragon. il n'avait pas vérifié les garanties de domestication fournies avec l'animal. Il ne s'était donc pas aperçu qu'il avait acheté un dragon à l'état sauvage.
Le dragon aurait été surpris par un cheval volant, aurait pris peur et aurait éjecté son passager. Un conseil : vérifiez toujours les garanties de domestication et d'origine de vos montures.
Il se dit qu'il n'était pas possible que son dragon soit dans le même cas. Ses parents avaient fait attention, tout de même. Puis il pensa à sa mère si naïve et à son père qui portait une telle confiance dans sa mère. Ils avaient certainement fait attention, mais certainement aussi gobé tout ce que le vendeur leur avait dit.
Victor prit peur. Maintenant il ne sentait plus du tout uni avec son dragon. Il pensait plutôt comme un cavalier lors d'un rodéo : tenir le plus longtemps possible avant de tomber. Il se demanda s'il était prêt à mourir à cause de Sandra. Après tout, si elle n'avait pas existé, il n'aurait jamais eu de dragon. Mais il se dit que de toute façon, si la bête ruait, il faudrait bien se résoudre à mourir, que ce soit à cause de Sandra ou de quelqu'un d'autre. Mais malgré les peurs de son maître, le dragon continuait d'avancer paisiblement vers le lycée.
Quelques secondes plus tard, ils croisèrent un autre dragon, mais dirigé par un chauffard. La monture de Victor évita de justesse la collision en piquant vers le sol. Cela terrifia le lycéen qui pensa immédiatement que le dragon voulait se débarrasser de lui. Il lâcha donc les rênes et s'agrippa aux écailles. Il venait de signer son arrêt de mort.
Le brave animal avait à peine fini de sauver la vie de son maître et celle du chauffard qu'il sentit une douleur déchirante. Quelque chose lui arrachait les écailles. Malgré sa naissance en captivité et son long dressage, son réflexe fut immédiat. Sa queue se replia brusquement et frappa Victor de plein fouet.
Ce dernier ne pus résister. Son corps s'éleva dans le ciel durant une seconde environ. Puis il redescendit. Il tombait à une vitesse folle et rien ne se trouvait sur son passage pour l'arrêter ou du moins le ralentir. Cependant, il était encore conscient. Et il n'eut qu'une seule pensée : mourir pour faire regretter à Sandra d'être sortie avec Basile. Il s'écrasa justement à quelques mètres de sa bien-aimée.
Curieusement, il ne mourut pas tout de suite. Il eut juste le temps d'entendre Sandra qui s'exclamait : « Ouah, c'est trop marrant comme il s'est écrasé ». et à l'instant où elle éclata de rire, Victor rendit son dernier souffle.