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Victor était coincé dans la grotte depuis plusieurs heures déjà. Il avait commencé par bien s'amuser avec ses parents. Les pistes rouges et noires sans ralentir, les batailles de boules de neige, les animations de la station de ski
Puis ses parents avaient voulu rester à la station. Ils lui avaient dit d'aller skier avec son frère.
Ils avaient commencé par suivre les pistes balisées ; mais Victor les avait déjà toutes faites. De plus, il savait que jamais ses parents ne le laisseraient faire du hors-piste. C'était le moment. Son frère ne résista pas longtemps : une heure après leur départ de la station, ils skiaient à flanc de montagne au milieu des sapins.
Les sensations étaient extraordinaires : ils se sentaient en harmonie avec la nature et la neige. Puis le frère de Victor avait dit qu'il était temps de rentrer. Il avait protesté énergiquement. Il en voulait encore et encore. C'était sa première erreur. Quelques minutes plus tard, alors qu'ils faisaient leur « dernière descente », une avalanche était arrivée. C'était Victor qui l'avait remarqué en premier. Il avait cru à un nuage porté par un vent violent, c'est pourquoi il n'avait rien dit à son frère. C'était sa seconde erreur. Lorsqu'il avait compris que c'était une avalanche qui venait vers eux, il l'avait dit à son frère. Ce dernier avait dit « Suis-moi ! » et il était parti le plus vite possible en skiant. Heureusement, Victor n'avait pas suivi son frère. Il avait aperçu une grotte légèrement en contrebas et s'était laissé porter par ses skis vers ce qu'il pensait être un abri sûr. Lorsqu'il s'était retourné, son frère n'était plus en vie. Il avait espéré qu'il avait réussi à s'en sortir, mais maintenant il savait que la seule chose que les secouristes pourraient retrouver, ce serait un cadavre.
En quelques minutes l'entrée de la grotte avait été comblée par des quantités phénoménales de neige. Sa seule chance de survie venait de l'extérieur. Mais qui se souviendrait de la petite grotte à flanc de montagne ? Qui penserait à évacuer la neige à l'endroit précis où il se trouvait ?
De plus, il n'avait rien ni pour se réchauffer ni pour manger. A part la neige. C'était sa seule nourriture. Il essaya donc d'en avaler. Certes cela faisait du bien, mais cela doublait aussi la sensation de froid intense qui engourdissait son corps.
Au bout d'un temps qu'il n'aurait su définir, il se sentit trop faible pour rester debout. Il s'assit donc sur un rocher. Son estomac était tiraillé par la faim.
C'est alors qu'il se souvint d'un livre qu'il avait lu dont le héros, enfermé dans une petite cavité pendant tout un hiver, mangeait la moisissure produite par l'humidité ambiante. Il passa une heure à la recherche de moisissure. Quand il trouva enfin une matière verdâtre et qu'il la mit à sa bouche, il la revomit entièrement. Après tout, il n'était pas le héros d'une histoire que des milliers de lecteurs déconseilleraient à des milliers d'autres potentiels lecteurs s'il mourrait.
Il se résolut donc à manger de la neige, assit sur son petit rocher. Soudain, il se souvint d'un mot qu'il avait appris il ne souvenait plus où : « claustrophobe ». Il se demanda s'il l'était. A force de réfléchir, il fut persuadé que sa plus grande peur était de rester enfermé dans un lieu clos. Une immense terreur l'envahit.
Il pria pour que les secours arrivent vite. Mais rien n'y fit, il restait enfermé dans cette grotte sinistre avec de la neige pour seule compagnie.
Il ne pouvait plus rien faire, il n'avait plus la force de résister. Il s'endormit.
* * *
A la station de ski, l'avalanche n'était pas passée inaperçue. Mais la famille de Victor ne s'inquiéta pas : ils avaient fait promettre à leurs enfants qu'ils ne feraient pas de hors-piste.
Cependant, après la troisième heure d'attente, ils prirent peur et avertirent le poste de secours de la possibilité que deux enfants de respectivement 16 et 12 ans aient été pris dans l'avalanche. Les recherches débutèrent immédiatement.
Au bout d'une dizaine de minutes seulement, le corps du frère de Victor fut extrait de la neige. Monsieur et madame Duchemin furent inconsolables. Ils ne suivirent même plus les recherches de leur deuxième fils.
Cependant les secouristes ne se découragèrent pas : garder espoir était leur métier. Au bout de six heures de recherches ininterrompues, l'un d'eux découvrit la grotte. Il appela les autres à la rescousse et ils entreprirent d'enlever la neige qui obstruait l'entrée. Ils mirent longtemps car ils étaient quasiment sûrs de ne rien trouver dedans. Ce ne fut qu'au bout d'une heure environ qu'un mince rayon de lumière éclaira le visage de Victor. Les hommes redoublèrent d'efforts. Ils arrivèrent bientôt à l'intérieur et observèrent Victor. Son visage était d'une pâleur mortelle et sa poitrine ne se soulevait plus. Un homme mit son oreille sur le ventre de l'enfant : aucun bruit semblable de près ou de loin à un battement de coeur n'était audible. Puis les talkies-walkies des secouristes s'allumèrent tous en même temps et un message se fit entendre : « L'avalanche a déplacé une grande quantité de neige dans les sommets. D'après nos mesures, une deuxième avalanche va se déclencher d'ici quelques minutes ». Le phénomène était courant. Les secouristes ne voulurent pas s'embarrasser d'un mort, aussi décidèrent ils de revenir chercher le cadavre après la deuxième avalanche.
***
Lorsque Victor se réveilla, il aperçut des hommes en tenue rouge fluo qui couraient. Les informations arrivèrent en masse vers son cerveau : la grotte était ouverte, des secouristes en sortaient, ses parents devaient s'inquiéter pour lui et être tristes pour son frère. La vue des secouristes le rassura. Puis il s'aperçut qu'ils ne s'occupaient pas de lui mais qu'ils partaient. Il essaya de crier ou de marcher, mais il en était incapable. Il vit lui-même la neige de la deuxième avalanche boucher à nouveau la grotte. Il se sentit agoniser. Puis il ne sentit plus rien : il était mort. Si seulement l'homme qui avait écouté son cur s'était lavé les oreilles le matin !