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Le docteur G12532 (en 2586, les Hommes se désignaient déjà depuis une centaine d'années par des matricules, jugeant que cela renforçait l'égalité. Les matricules étaient composés d'une lettre désignant le sexe de la personne et de cinq chiffres aléatoires.) avait ému l'assistance. L'idée que chacun avait un destin auquel il ne pouvait pas échapper (merci à Rémi Jallageas) était réconfortante. G12532 avait tenu le discours suivant :
«Mesdames et messieurs, je voudrais tout d'abord vous dire que le discours que je vous tiens a déjà été tenu il y a longtemps de cela.
En effet, si je suis ici, c'est pour vous expliquer que tout ce que vous avez fait, faites ou ferez a déjà été fait. J'ai à vous déclarer que le temps fonctionne en boucle. C'est là le principe premier de tout ce qui nous entoure : le cycle de la vie, le cycle des saisons, le cycle de rotation de la Terre autour du soleil, etcaetera...
Je me suis dit un matin : et si le temps fonctionnait de même, si avant le début de notre monde il y avait eu un autre monde ? Et si l'idée qui me venait à l'esprit était déjà venue à un autre docteur G12532, et même à des centaines, des milliers, une infinité de docteurs G12532 ?
J'ai donc cherché des preuves. Tout d'abord, j'ai pensé au Big Bang. Je vous rappelle que la théorie du Big Bang est la suivante : le monde était au départ infiniment petit, puis il a, pour vous simplifier les choses, « explosé ». Il est devenu infiniment grand et le restera jusqu'au Big Crunch, qui le fera redevenir infiniment petit. Mais la question est : d'où venait l'énergie qui a permis le phénomène du Big Bang ? Eh bien, moi, j'ai répondu à cette question. L'énergie provenait du Big Crunch précédent.
C'est évident : le Big Bang a besoin d'énergie et a pour base un point infiniment petit, le Big Crunch compresse énormément d'énergie en un point infiniment petit. Il est donc logique que ce point soit le même.
Maintenant, me direz-vous : même si il y a un cycle du temps, pourquoi tous les cycles devraient-ils être identiques ?
Mesdames et Messieurs, c'est ici qu'intervient la plus importante de mes découvertes. Une découverte que j'ai faite, disons, sur le terrain. »
Le docteur G12532 marqua une pause. Il attendait la réaction du public.
Les murmures qui parcouraient l'assistance depuis le début de la conférence s'intensifièrent soudain. Tout le monde pensait à la tentative du docteur G25665, qui était parti dans le passé sans jamais en revenir. La théorie dite « de G25665 » était que l'on pouvait voyager vers le passé, mais pas vers le futur. Au début, personne n'y avait cru. Il avait fallu qu'il ses sacrifie pour qu'on le croie. Ses voyages de quelques minutes n'avaient pas suffit. Il avait parcouru cent millions d'années et avait emporté avec lui un caméscope de son invention. Ainsi, plusieurs milliers de personnes avaient assisté à sa mort, tué par un dinosaure. Depuis, les mots « voyage dans le temps » étaient tabous. Le docteur G25665 était très populaire. Sa mort était un drame pour tout le monde.
« Il faut que vous sachiez, mesdames et messieurs, que je ne suis pas le docteur qui travaillait ici même il y a quelques jours. Je suis né plusieurs milliards d'années après vous, et avant-hier je suis arrivé ici, dans un monde exactement semblable au mien. Vous vous demanderez peut-être où est « votre » docteur G12532. Il est certainement, à l'heure qu'il est, parti à la conquête du passé, tout comme moi, étant donné que nous sommes tous deux identiques. »
Il ne put plus continuer. Les bavardages devinrent des cris. Plusieurs dizaines de personnes sortirent de la salle, indignées par ce manque de respect à la mémoire du docteur G25665. D'autres défaillirent à la vue d'un être qui se disait venu du futur.
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* *
G12532 revenait chez lui, guilleret. Il y avait plus de trois cent personnes dans la salle. D'ici un mois ou deux, toute la planète serait au courant. Il était étonné, car personne ne s'était aperçu de sa supercherie. Il avait peur d'avoir oublié quelque chose. Pourtant, il avait pensé à tout : il n'était pas allé au bureau, il avait simulé une grande excitation, comme à la veille d'un grand événement.
Mais, lorsqu'il ouvrit sa porte sa peur se révéla justifiée : une casserole s'abattit sur son crâne. Il resta conscient encore quelques secondes, assez pour voir le visage de sa femme, dévasté par la colère.
Lorsqu'il se réveilla, il mit quelques secondes avant de comprendre qu'il était enfermé dans le placard de la cuisine. Puis il se souvint du visage rouge de F15325. Pourquoi l'avait-elle frappé ? Mais oui, bien sûr ! Il avait couché avec elle la veille, et il avait prétendu lors de la conférence qu'il était arrivé l'avant-veille. Comment avait-il pu faire une erreur si bête ?
Tout son plan était compromis maintenant. Il allait devoir lui révéler sa supercherie maintenant. Et le pire était que de toute façon, elle le frapperait encore beaucoup. Si seulement il n'était pas tombé amoureux d'elle... Il avait confondu « caractère indépendant » avec « caractère sauvage ». Et lorsqu'elle lui avait dit « J'accepte de t'épouser, mais c'est vraiment parce que tu as de l'argent. », il aurait dû s'apercevoir de son erreur. Mais il s'était marié et ses rêves de gloire étaient anéantis.
Une voix douce interrompit ses pensées. Elle disait :
« Viens, il faut qu'on parle. »
Il se souvint que c'était avec la même voix qu'elle lui avait dit, vingt ans plus tôt, le jour où ils avaient commencé à vivre ensemble que c'était lui qui ferait toutes les corvées ménagères pendant qu'elle regarderait la PSM (Projection de Simulation Moderne, par opposition à la Projection de Simulation Classique, dont tout le monde était équipé. Seules les familles les plus riches avaient les moyens de se payer un dispositif PSM, qui était à la pointe de la technologie). Il n'avait pas protesté alors. Mais aujourd'hui il était bien décidé à se révolter. Il ferait comme autrefois, quand les fonctions importantes dans la société étaient réservées aux hommes. Et ils avaient droit de choisir leur métier eux-mêmes, sans l'assentiment de leurs femmes.
Ces résolutions prises, il ouvrit la porte de l'armoire. Il contempla F15325 et se demanda comment il avait jamais pu tomber amoureux d'elle. Certes son visage aux traits fins encadré par de belles boucles brunes ainsi que sa poitrine mise en avant par les ensembles moulants de tissu blanc qu'elle avait coutûme de porter étaient charmants, mais son caractère violent et égoïste étaient terrifiant.
Puis un détail qui lui avait échappé dans les premiers instants le frappa : sa femme tenait dans sa main droite la batte de base-ball. C'était une découverte qu'une de ses amies, la directrice de l'institut international d'archéologie, poste dont un homme n'aurait jamais pu rêver, avait découvert. Elle l'avait offert à F15325, qui ne s'en était servi qu'une fois : lorsqu'il était sorti sans sa permission. On supposait que c'était un instrument de torture datant de plusieurs centaines d'années.
Et depuis que sa femme l'avait pris pour cobaye, c'était une certitude pour G12532. C'est pourquoi il se serait bien passé d'une deuxième expérience. Mais se révolter n'était pas la bonne solution pour cela. Il abandonna donc ses résolutions, se jeta aux pieds de sa femme et lui expliqua qu'il avait menti, qu'il ne voulait pas la mettre au courant avant d'être sûr que tout marcherait bien...
Et ce qui devait arriver arriva : F15325 lui demanda de l'emmener en voyage dans le passé. Elle avait déjà fait de nombreux caprices, comme vouloir partir sur Mars, se baigner dans du lait d'ânesse, lire un livre (en 2586, les livres n'existaient évidemment plus. La lecture elle-même était en voie de disparition mais on apprenait toujours à lire aux enfants à l'école, sur ordinateur bien sûr), etc... Et à chaque fois, G12532 l'avait satisfaite. Mais ce jour-là, il ne pouvait pas. Sa théorie sur le cycle du temps était juste un moyen de gagner le plus d'argent et de célébrité possible.
Le docteur eut vite promis que les préparatifs seraient achevés d'ici une semaine. Sur le moment, il se réjouit de s'en être si bien sorti, sans une égratignure, mais à peine s'était-il écoulé quelques secondes qu'il regretta sa promesse.
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Il aurait bien sûr pu s'enfuir sur Gaïa II (Gaïa II était le nom choisi pour la première planète colonisée par les Hommes. Le mot « gaïa « signifie en grec « terre », le nom de la colonie était donc littéralement « deuxième Terre ». La langue grecque avait été choisie afin d'éviter des querelles entre les différents pays meneurs du projet), mais au milieu de quelques colons ignards, sa carrière scientifique serait ruinée. Et puis après tout, pourquoi ne pas tenter ce voyage temporel ? Il avait expliqué sa théorie devant des milliers de personnes, et personne, sa femme exceptée, n'avait rien remarqué. Son raisonnement devait donc être juste. Oui, il devait essayer ! Tout ne serait pas prêt dans une semaine évidemment, ni même peut-être de son vivant, mais il trouverait bien un moyen pour duper sa femme.
Il courut à son bureau. Deux ou trois de ses collègues étaient encore là, et l'accueillirent avec émotion :
« Cher collègue, ou plutôt cher voyageur du temps, auriez-vous l'obligeance de nous parler de vos procédés ? »
G12532 n'était certes pas un modèle d'intelligence mais, pour avoir été dans leur rôle plusieurs fois déjà, il comprit que ses « chers collègues » n'avaient d'autres intentions que celle de lui voler son invention. Il rit bien en son for intérieur, voyant ces hommes avides de savoir quelque chose que personne ne savait.
Mais il pensa que ce n'était pas drôle, car la jalousie de ces gens pouvait, si jamais ils découvraient son secret, les pousser à détruire sa carrière. Il se promit donc d'essayer de rester le plus discret possible.
Il dit donc, afin de justifier son refus de s'expliquer et son besoin de continuer à travailler :
« Messieurs, en réalité je voudrais bien vous donner les secrets de ma méthode, mais il m'est impossible de vous privilégier. Je publierai cet été un livre qui sera je pense intitulé Les Secrets des voyages temporels. De plus, je voudrais revérifier quelques calculs afin d'améliorer la précision de l'appareil et de limiter la quantité d'énergie utilisée. »
Soudain, il s'aperçut qu'il avait utilisé, presque inconsciemment, le mot « appareil ». On allait sûrement lui demander de présenter son appareil, du moins des photos. Qu'allait-il faire ?
Avant qu'il n'ait eu le temps de mener sa pensée plus avant, un de ses collègues intervint :
« Et votre appareil, justement, à quoi ressemble-t-il ? »
G12532 se crut perdu. Je ne sais pas s'il vous est déjà arrivé de croire un mensonge ou une bêtise que vous aviez fait découvert. Votre pulsation augmente soudain, vous devenez rouge ou vous blêmissez, selon les personnes. Et surtout vous doutez, vous n'êtes pas sûr de ce que l'on vous reproche. C'est le doute qui vous fait vous trahir, alors que l'on ne vous soupçonnait pas. Mais le docteur, lui, se sentit perdu à un tel point qu'il s'évanouit. Sans le faire exprès, il avait trouvé l'unique moyen d'échapper à un interragatoire sans pitié de ses collègues.
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Lorsqu'il se réveilla, il était entouré d'une dizaine de personnes. Il y avait évidemment ses collègues, mais aussi sa secrétaire et, vous pouviez vous en douter, sa femme. A sa vue, il tressaillit : il savait qu'il se ferait gronder à la maison. Mais il y avait encore d'autres gens à l'extérieur. Il distingua par la fenêtre une foule pressante composée en grande partie de badauds et de journalistes. Et puis il y avait aussi des hommes, habillés avec des costumes moulants en plastique (Le costume moulant en plastique est en 2586 l'équivalent du costume-cravate des années 2000) noir. Leurs regards provoquèrent chez G12532 une peur irrationnelle.
Soudain, il se souvint de l'amie de sa femme, de l'Institut National d'Archéologie, qui lui avait parlé de l'espionnage. Elle affirmait qu'aux alentours des années 1900 et jusque dans les années 2100 avaient existées des sociétés dites de renseignements dont l'activité principale était de chercher à découvrir le plus de choses possibles sur les autres pays. Dans des R3DR (Les R3DR sont des Reconstitutions en 3 Dimensions de Romans. Elles sont apparues avec le déclin de la lecture dans les années 2200. Le procédé de fabrication d'une R3DR était simple : on demandait à quelqu'un de lire un livre et l'on enregistrait à l'aide d'un petit appareil les pensées de cette personne pendant tout le temps de la lecture. A partir de cet enregistrement, on reconstituait en trois dimensions l'histoire du roman. Certains livres, comme les romans épistolaires, étaient plus difficiles à convertir, c'est pourquoi on dût les convertir « manuellement »), il avait vu des « agents secrets », habillés dans une mode très stricte, comme les hommes qui rôdaient autour de son laboratoire. Le docteur étant un petit peu poussé à la paranoïa, il poussa un cri. Tout le monde se précipita vers lui. Dix voix dirent en même temps : « Que pouvons-nous faire pour vous, monsieur ? ».
G12532 savait que ces paroles étaient d'une hypocrisie profonde et que tous ces gens attendaient de le trahir et fr découvrir son secret, mais il apprécia tout de même ces attentions. Après réflexion, il se dit que ces gens feraient tout ce qu'il voulait s'il leurn laissait miroiter qu'il leur dévoulerait le fonctionnement de son prétendu appareil.
Il fit donc, avec un air exténué, un petit signe de main à l'un de ses collègues, l'invitant ainsi à se rapprocher de lui. Il lui dit à l'oreille :
« Je me sens faible, je ne crois pas que je puisse finir l'amélioration et la publication de mes travaux. Vous êtes, dans mon temps du moins, un homme bon et je vous ai toujours bien aimé. C'est pourquoi j'ai décidé de vous prendre comme assistant et successeur. »
L'homme, un grand individu rougeaud vêtu de toiles oranges et fines, c'est-à-dire habillé décontracté, balbutia :
« C'est un grand... grand... ho... ho... honneur que vous me fai... faites là. Je se... se... serais ravi de vous ass... assister dans vos travaux. »
G12532 sourit intérieurement. Il avait bien fait son choix. G02155 était un idiot cupide qui serait l'individu parfait. Il dit :
« Bien, nous commencerons le travail demain, je vais me reposer aujourd'hui. Et surtout, je vous recommande la plus grande discrétion, vous pourriez faire des jaloux. »
C'est ainsi que notre héros s'acquit un allié qui, il en était certain, lui resterait fidèle.
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Dès le lendemain, les recherches commencèrent. Evidemment, tout cela était très coûteux, mais les banquiers eurent assez de bon sens pour distribuer des crédits illimités à cette entreprise que l'ensemble des revues scientifiques et people de la planète encensaient sans limites.
Le docteur s'acheta un nouveau local d'un millier de métres carrés pour y installer les montagnes d'équipement high-tech qu'il avait achetées. Il organisa sonlaboratoire comme suit :
A l'entrée se trouvait un box vitré qu'il avait nommé la « cage à journaliste », car c'était là que les nuées de journalistes qui lui rendaient visite quotidiennement attendaient leur tour pour l'interviewer.
A côté de ce box se trouvait un bar où une charmante blonde, remplacée par un barman idiot lorsque la femme du patron venait, servait des rafraîchissements.
Derrière était un immense mur de métal, absolument lisse. La seule aspérité qui s'y trouvait était un minuscule boîtier qui permettait l'identification des gens qui voulaient entrer. G12532 l'avait programmé pour que seule quelqu'un ayant sa voix, sa salive, son il, ses doigts et possédant le code secret puisse entrer.
Ce qui se trouvait derrière ce mur, lui seul le savait. Des rumeurs de toutes sortes couraient sur cette mystérieuse salle, mais il n'y a que moi, qui ai la chance d'être un narrateur omniscient, qui peux vous dire ce qui s'y cachait réellement. Tout d'abord, en entrant, on était impressionné par un gigantesque cube translucide, surmonté d'une dizaine de sphères noires entourées de halos de lumière bleue.
Après s'être interrogé sur le fonctionnement de cet étrange appareil, le regard dérivait vers une table ancienne, en fer et en verre, qui devait dater du XXIème siècle au moins et qui avait en conséquence du coûter une fortune à son propriétaire.
Assis sur une chaise, les mains sur cette table se trouvait, quasiment à toute heure du jour et de la nuit, un homme. Cet homme tenait un petit cube dans ses mains. Si l'on s'approchait, on pouvait reconnaître un iMame (l'iMame est un petit appareil inventé en 2553 qui permet de faire des calculs extrêmement compliqués, dont on lui transmet les données par connexion mentale. De plus, l'iMame permet de stocker sous forme brute, c'est-à-dire sans les déformer ni les altérer, les pensées et les idées de son propriétaire. « iMame » est donc l'abréviation de « Intelligence MAthématiques Memoire ») dernier modèle.
A côté, un PSM faisait danser des chiffres et des schémas en trois dimensions, qui à moi, tout narrateur omniscient que je suis, me parurent incompréhensibles.
Le reste de la salle était encombré de boîtiers et d'objets, qui étaient sans aucun doute destinés à la contruction du futur appareil à remonter le temps.
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Le plus dur fut pour G12532 de se débarasser des nuées des soi-disants « fidèles collaborateurs passionnés par ses travaux », en réalité des espions de toutes sortes qui avaient senti l'odeur de l'argent.
Mais, bien vite, ses découvertes s'accélérèrent. Il avait étudié les travaux sur le voyage dans le temps de dizaines de savants plus ou moins brillants ainsi que les uvres de quelques philosophes inspirés. Il avait déjà conçu une ébauche de son futur appareil à projection de radiations de déviation temporelles.
Son principal problème restait le passage du Big Bang et du Big Crunch. Les forces mises en jeu lors de ces événements, comparés par certains à la naissance et à la mort du monde, risquaient d'interrompre prématurément le déplacement temporel de l'objet touché par les radiations, en l'occurrence lui. L'appareil à capter l'énergie cosmique, dont j'ai parlé précédemment, qu'il avait construit en s'inspirant des travaux d'un autre scientifique, un certain G036585, ne serait certainement pas assez puissant pour propulser son corps à l'inverse des courants énergetiques créés par le Big Bang et le Big Crunch. En bref, il devait choisir entre un apport supplémentaire en énergie qui risquerait de disloquer ses particules, lui procurant ainsi une mort horrible, et un arrêt de son voyage dans la plus grande tempête électromagnétique de tous les temps, ce qui évaudrait à une mort tout aussi horrible.
Il devait trouver un équilibre exact, sans quoi il mourrait. Lorsqu'il soumit le calcul à son iMame, celui-ci, après plusieurs heures de travail infructueux, rendit l'âme. Il en acheta un autre, un modèle plus récent et encore plus puissant, qui lui rendit après 165 heures le résultat suivant : « Désolé, mon vieux, mais tu vas mourir, il n'y aucune solution. »
Après cela, tout autre scientifique se serait désespéré, mais lui DEVAIT trouver un moyen de voyager dans le temps, sans quoi il serait discrédité à vie auprès de l'intégralité de la communauté scientifique, ce qui équivalait pour lui à la mort.
Finalement, c'est avec un simple ordinateur qu'il réussit à résoudre ce problème. Il y avait en fait une fourchette de six mille Warters (le Warter est une unité créée en 2123 par le scientifique du même nom afin de mesurer des quantités colossales d'énergie) qui correspondait à une augmentation nette de ses chances de survie. Il essaya de déterminer le point le plus favorable et détermina que 56 078 452 Warters de puissance lui donnaient 77,623 % de chances de survivre. C'était peu, mais s'il améliorait ses autres problèmes, il pensait arriver à 80 %, le seuil qu'il s'était fixé pour tenter l'aventure.
Par exemple, pour pouvoir réduire la puissance de l'appareil, il fallait que le nombre d'atomes qu'il faisait voyager soit le plus faible possible. Ainsi il décida de partir nu, de subir un régime draconnien pour diminuer son poids au strict minimum, et de ne rien emporter avec lui.
G12532 était assez angoissé à l'idée de ne pas pouvoir faire de tests. En effet, le projecteur de radiations de déviation temporelle et le capteur d'énergie cosmique, dont les prix de construction cumulés représentaient plusieurs millions d'Arctmos (l'Arctmos est l'une des trois monnaies ayant résisté à la mondialisation jusqu'en 2586. Je ne peux évidemment pas être exact, mais on peut donner l'approximation de 1 Arctmos égale 10 Euros), se situeraient forcément à quelques mètres du lieu où l'objet disparaîtrait dans les antres du passé. Or cette « disparition » laisserait une sorte de vide dans l'atmosphère, qui devrait être comblé par de l'air. Cela provoquerait une implosion qui détruirait tout à plusieurs centaines de mètres à la ronde. Et il ne pouvait se permettre la perte de son précieux matériel. De plus, des essais seraient compromettants pour lui : Pourquoi un homme qui prétendait venir du futur aurait-il besoin de procéder à des tests ?
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Le docteur revenait chez lui après une dure journée de travail. Il pensait au « grand jour », lorsqu'il allait partir vers le passé, puis vers le futur. Dommage qu'il ne puisse se permettre de s'arrêter à un autre moment que celui où il était parti à causes des dégâts temporels que cela provoquerait. Mais peu importait, il serait le premier homme à avoir traversé le Big Bang. Son visage s'enthousiasmait peu à peu. Il se dit qu'il ne serait pas seulement le premier homme, mais la première créature, le premier être, le premier ensemble d'atomes à traverser cette limite symbolique. La puissance de son appareil était infiniment supérieure à celle du tas de débris qu'avait assemblés le brave G25665, mort héroïquement pour la science. Ce dernier n'avait franchi que quelques millions d'années, lui allait en traverser des milliards.
Soudain son visage se rembrunit. Il réfléchit aux trois possibilités qui feraient de ce voyage son dernier voyage. Il se pouvait que la puissance de ses rayons soit trop forte, et que ses particules se disloquent. Tout aussi horrible hypothèse, il se pouvait que l'énergie de la fin et du début du monde le détruisent. Enfin, une ombre planait, prenant possession de ses angoisses mais osant à peine s'attaquer à sa raison : sa théorie pouvait être fausse, il se pouvait qu'une fois arrivé au début de notre monde, il ne trouve rien.
Pour sortir de ces idées, il pensa à sa vague idée de réussir à faire des « pauses » dans son voyage. S'il calibrait les radiations de déviation temporelle, il pourait parvenir à les faire agir de façon séquencielle. Il trouva que c'était une idée géniale et se mit immédiatement à penser aux pauses qu'il ferait. Tout d'abord, il fallait en choisir un nombre. Le risque était que s'il faisait un trop grand nombre de pauses, il risquait de ne plus avoir l'énergie suffisante pour repartir. Il fit un rapide calcul mental et estima le nombre maximal de pauses à trois. Il en ferait donc deux dans le passé et une dans le futur, décida-t-il.
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Soudain, il fut sorti de ses pensées. Il venait d'entrevoir une ombre se déplacer furtivement. Sur le moment, il ne fut pas troublé. Mais il réfléchit et se dit qu'il y avait nombre de personnes qui pouvaient lui en vouloir. Il se mit à paniquer. Que fallait-il qu'il fasse ? Et si ce n'était rien ? Puis, toutes les personnes qu'il connaissait pouvaient le trahir. Il se rendit compte que plutôt que de passer son temps à étudier les sciences, il aurait mieux fait de se faire des amis, des gens en qui il aurait confiance et qui auraient confiance en lui. Les seules relations qu'il avait avec les autres étaient hiérarchiques : il était inférieur à sa femme, supérieur à ses employés... Si seulement il avait quelqu'un de fidèle, il n'hésiterait pas à l'appeler pour lui demander secours. C'est alors qu'il pensa à G02155, l'homme à qui il avait promis de faire de lui son successeur. Lui ne le trahirait pas, il le savait.
Il se mit donc en relation Télélog (le Télélog est une des multiples applications possibles de l'implant électronique fait au cerveau à chaque enfant dès sa naissance. Il sert à transmettre une pensée, via un réseau international, à un autre cerveau) avec son prétendu sucesseur et lui envoya le message suivant :
« Je suis en danger, j'ai peur. Si vous tenez à moi, secourez-moi, je suis dans à l'angle de la rue G12123 et de la rue F56323(G12123 est un homme politique célèbre du XXVème siècle et F56323 est une scientifique auteure du Traité sur la relation interplanétaire des éléments spatiaux, un ouvrage incompréhensible et par conséquent très repecté). »
Après avoir fait cela, il se dit qu'il ne pouvait plus rien faire. Il avait mis son sort entre les mains de cet homme. Il n'avait plus rien d'autre à faire que de marcher comme si de rien n'était, attendant qu'un commando surexpérimenté le kidnappe.
Cela ne se fit pas attendre bien longtemps. Une vingtaine d'hommes et de femmes, le visage caché par un voile noir, apparurent simultanément. L'un d'eux se découvrit le visage. Le docteur fut tétanisé. Il l'avait reconnu, ce visage. Il n'avait plus aucune chance. Contre cette personne, son collègue appellé à la rescousse, s'il venait, ne serait d'aucun secours. Les autres hommes et femmes ne servaient à rien, se dit-il.
La femme ayant découvert son visage auparavant se mit à parler :
« Vous allez nous obéir bien gentiment docteur. Vous n'avez aucune chance. Vous me connaissez et savez de quoi je suis capable. C'est pourquoi vous allez nous mener à votre laboratoire et activer l'ouverture du panneau. Ces personnes qui m'entourent se feront un plaisir de déménager l'intégralité de votre matériel.
Puis vous rentrerez chez vous et vous dormirez. Vous dormirez seul, j'entends. Vous vous réveillerez demain matin à l'aube et vous rendrez à l'astroport de Zikube. Vous y donnerez le nom de G12345, j'ai choisi ce nom car je sais que votre mémoire n'est pas excellente, et vous prétendrez avoir réservé le vol 72 pour Gaïa II. Vous embarquerez et ne reviendrez jamais ici.
Si jamais j'apprenais que vous avez désobéi à ces consignes, ma vengeance serait terrible. »
En prononçant ces mots, elle avait gardé un sourire que certains auraient pu trouver enjôleur mais que lui savait terrible. Cette femme, il croyait ne plus devoir s'occuper d'elle. Mais pourtant il la revoyait là, dans toute sa splendeur et sa cruauté.
C'est alors que retentit une vois dans les airs. C'était celle du prétendu successeur de notre héros. Elle disait :
« Relâchez cet homme, j'amène ici avec moi une centaine de policiers qui se feront une joie de vous arrêter. »
La femme, un instant inquiète, reprit vite ses esprits et, après avoir un signe de tête à ses hommes pour qu'ils se dissimulent, elle dit :
« De quoi parlez-vous ? Je suis venu me promener tranquillement ici avec mon mari et voilà qu'une escouade de police vient me déranger. »
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L'homme fut interloqué. Tout se bouscul ait dans sa tête. Il y avait cette femme ravissante qui le regardait avec un petit sourire en coin, ce message de détresse qu'il avait reçu par Télélog et ces dizaines de policiers qui commençaient à se demander si on ne les avait pas fait venir pour rien.
Il essaya de se raisonner. Un mauvais plaisantin navait piraté le système Télélog et lui avait envoyé ce message. Oui, se dit-il, mais pourquoi ? Sans doute pour le faire venir là et déranger tout le monde. Et pendant qu'il était là, n'importe qui pouvait venir chez lui et le cambrioler. Cette idée l'effraya.
Il expliqua donc la situation au docteur dans ces mots :
« Eh bien, à ce que je vois, je suis venu ici pour rien. Mais le fait est que j'ai reçu un message par Télélog qui était assez inquiétant. Un message provenant de vous, qui plus est. Je pense donc que quelqu'un a essayé, et réussi, à me faire sortir de chez moi. Et, dans ma précipitation, je n'ai pas activé les drônes anti-cambrioleurs. Un inconnu peut rentrer chez moi et piller tous mes travaux ! »
Son interlocuteur parut un instant surpris mais il cacha vite son émotion. Il fallait qu'il trouve une solution pour que cet homme reste avec lui, sans quoi sa femme lui volerait tout son travail et l'enverrait sur Gaïa II. Il dit donc :
« Monsieur, vous montez, si cela est possible, dans mon estime. En effet, c'est bien moi qui vous ai envoyé ce message. Je me suis trouvé avec ma femme, dans cette rue, et je pensais à vous. Je me disais que j'avais de la chance d'avoir un honnête et fidèle collaborateur comme vous. Puis, je ne sais pourquoi, je me suis demandé si vous seriez capable de tout abandonner instantanément pour moi. Alors j'ai envoyé ce message. Et j'ai constaté que vous étiez vraiment l'homme qu'il me fallait. Je vous en félicite.
Mais je suis désolé d'avoir dû vous exposer aux cambrioleurs. Envoyez donc ces hommes, dit-il en faisant un signe de tête vers les policiers, vérifier que personne ne s'est introduit chez vous et activer les drônes. Après tout, vous les avez payé (Au XXVIe siècle, l'Etat avait fini depuis longtemps de privatiser l'ensemble des services publics, y compris la police et même l'Assemblée nationale et les tribunaux). Quant à vous, étant donné que vous vous êtes déplacé pour nous, je vous propose de continuer la promenade avec nous. »
Si cela n'avait été que pour le docteur, son collaborateur aurait poliment décliné l'invitation et serait rentré chez lui vérifier que tout était en ordre. Mais il y avait cette femme, ce chef d'uvre de la nature. Son visage n'exprimait aucun sentiment, elle semblait plongée dans une profonde réflexion. Elle fit un petit geste de la main pour écarter une mèche rebelle ; le prétendu successeur fut conquis. Il aurait fait n'importe quoi pour ne passer ne serait-ce que quelques secondes de plus avec cette beauté. Ainsi F15325 fut responsable elle-même de l'échec de son plan.
Il accepta donc, envoya l'escouade de policiers chez lui et marcha avec le docteur et sa femme. Ces derniers faisaient la conversation mais lui s'était placé légèrement en arrière, pouvant ainsi contempler à contre-jour la silhouette de celle pour qui il éprouvait un début d'amour.
En quelques minutes, ils arrivèrent devant l'imposant bâtiment sur lequel était inscrit en grosses lettres de métal « Laboratoire du docteur G12532 ». C'est alors qu'il comprit que quelque chose clochait. Pourquoi revenir à ce laboratoire dont le docteur était sorti quelques minutes auparavant ?
C'est la femme qu'il admirait tant qui répondit à sa question en ordonnant à son mari :
« Explique donc à ce charmant collègue pourquoi il t'accompagnera demain dans le vol 72 pour Gaïa II. »
G12532 balbutia, puis prit une grande inspiration et commença à tout expliquer à son collaborateur. Ce dernier écouta d'abord avec surprise, puis avec inquiétude et enfin avec colère. Il éprouvait le sentiment que l'on ressent lorsque l'énorme admiration, voire l'amour, que l'on a pour une personne se dissipe tout à coup. Cela forme un vide, qui se change, selon les cas, en mélancolie ou en haine. Ici, c'est la haine qui prit le dessus.
Avant de lire les prochaines lignes, il faut que vous sachiez qu'en 2586, la violence sous toutes ses formes avait totalement disparu de la surface de la Terre. Les seules occasions de voir des combats humains étaient les émissions de sport sur Projection de Simulation. Mais cependant l'animalité n'avait pas totalement disparu de l'Homme. Ces gestes de rage et de violence si longtemps refoulés pouvaient réapparaître. On disait alors que les gens étaient fous, et on les internait en asile psychiatrique jusqu'à la fin de leurs jours.
Ainsi donc le « fidèle collaborateur » du docteur frappa la femme de ce dernier. Il le fit avec violence, à plusieurs reprises. Il ne semblait pas s'apercevoir de la gravité de ce qu'il faisait. Il ne s'arrêta qu'après la mort de sa victime.
Puis il regarda le docteur. Ce dernier sourit et dit :
« Et bien, vous avez ce que je rêvais depuis longtemps de faire, et vous l'avez bien fait. Mais ne perdons pas de temps, ses sbires pourraient revenir ; mettons-nous donc tout de suite au travail. »
L'assassin resta interdit. Il venait d'assassiner la femme d'un homme et s'attendait en conséquence à être emmenné par des hommes à la mine patibulaire dans un fourgon blindé, mais le mari même de la victime le félicitait de son acte. Mais il ne pouvait pas réfléchir plus longtemps ; ce qui était fait était fait, et il fallait qu'il aide le docteur.
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Ils commencèrent donc leurs préparatifs sans tarder et s'activèrent silencieusement. Les deux hommes n'eurent pas à échanger de paroles, ils savaient ce qu'ils avaient à faire. G12532 contacta une agence de CONVOI (Les CONVOIS sont des CONtainers Volants Intelligents, c'est-à-dire d'énormes blocs volants se conduisant eux-même et pouvant transporter plusieurs tonnes de marchandises de tous types) pendant que son collègue tentait de regrouper tout ce qu'il faudrait déménager.
Quelques minutes plus tard, la lumière du soleil réapparut et inonda le laboratoire. A cet instant, les deux complices comprirent que s'ils voulaient partir en secret, ils n'avaient plus que quelques minutes. En effet, les premières visites de la journée ne tarderaient pas à arriver. Heureusement le CONVOI arriva. C'était une belle machine, que ses concepteurs avaient su rendre élégante et massive à la fois. Une vois artificielle retentit :
« Vous avez trois minutes pour charger vos objets. Ces drônes vous aideront. »
Et une dizaine de petits robots sortirent des flancs du container. Ils avaient un aspect mi-machine mi-être vivant : Ils étaient revêtus de peau mais leurs formes étaient en de nombreux endroits à angles droits. Ces machines comportaient des caméras qui scrutaient les humains et leur venaient en aide chaque fois qu'ils semblaient en avoir besoin. Grâce à eux, le matériel fut déplacé à temps et le CONVOI put partir. C'était un appareil de première classe, possédant donc une cabine de passagers luxueuse à l'arrière où les deux hommes s'installèrent.
Le voyage ne fut pas long. Lorsqu'ils arrivèrent à destination, la paroi latérale s'escamota, laissant apparaître un paysage paradisiaque de palmiers, de sable et d'eau s'étendant à perte de vue.
En voyant cela, le fidèle collaborateur de G12532 s'inquiéta et demanda :
« Mais où sommes-nous ?
- Sur l'île de Tsan Chu, au beau milieu de l'océan pacifique sud, l'endroit idéal pour voyager vers le passé. »
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Les robots aidèrent une nouvelle fois les hommes en déchargeant le matériel, puis le CONVOI partit, et bientôt il ne fut plus qu'un petit point noir dans le ciel.
Les deux hommes se mirent immédiatement au travail : le capteur d'énergie cosmique fut placé sur un petit promontoire à l'est de l'île et l'appareil à projection de radiations de déviation temporelles, composé de deux tubes qui chacun enverrait en temps voulu des faisceaux lasers sur la charge à envoyer dans le passé, fut mis en contrebas.
Une fois ces préparatifs achevés, G12532 dit à son collaborateur d'un air anxieux :
« Etes-vous bien sûr que vous voulez accomplir ce voyage avec moi ? Vous savez, je peux rappeler le CONVOI.
- Eh bien, je suis content que vous m'ayez proposé ceci, car j'étais justement embarrassé à l'idée de vous le demander.
- C'est bien, conclut le docteur. Ainsi, je ne vous exposerai pas à ce péril. »
Et il contacta l'agence de CONVOI par Télélog. Quelques minutes plus tard, l'appareil arrivait. Cette fois, les drones n'eurent aucune utilité, car la seule chose à transporter était un être humain. Celui-ci embarqua, et son seul adieu au docteur fut la phrase « Tâchez de ne pas mourir, nous le regretterions tous . » accompagnée d'un petit sourire.
Ce ne fut que lorsque le CONVOI fut à une bonne distance que le scientifique comprit la signification de ce sourire : son successeur l'avait trahi, il ferait tout pour que le docteur meure afin de récupérer ses travaux. Ce dernier se reprocha de ne pas avoir prévu cela, d'avoir été aveuglé par ce si grand service qu'avait été l'assassinat de sa femme.
Mais il se dit que cette intuition était erronée, car après l'avoir tué, son successeur ne pourrait pas récupérer ses travaux qui étaient tous avec lui sur cette île.
Il décida donc d'aller jusqu'au bout. Il se souvint de tout ce qu'il avait fait depuis cette conférence « bluff » quelques mois auparavant, de toutes ces nuits blanches avec son iMame. Il chercha ce dernier dans ses poches pour refaire une dernière fois ses calculs. C'est alors que son interprétation du sourire diabolique de G02155 se vérifia : l'appareil avait disparu, certainement subtilisé par cet homme.
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Les derniers calculs furent donc faits avec une brindille, sur le sable de Tsan Chu, par un homme dont la haine et la rage avaient décuplé l'énergie. Il en résulta que le poids du docteur nu était trop important pour l'appareil à projection de radiations de déviation temporelle.
Après avoir réfléchi un court instant, le docteur trouva une solution à son problème. S'il était trop lourd, il n'avait qu'à s'alléger. Et pour cela, il allait s'ôter son implant du cerveau. Il remercia les concepteurs de l'implant d'avoir pensé à ce cas de figure ; en effet, il suffisait de tenir appuyés ses doigts sur l'arrière de son crâne pour provoquer l'éjection de l'appareil, tous les enfants du monde entier apprenaient ça à l'école.
Il fit donc cette manipulation. Il plaqua soigneusement ses deux pouces sur sa nuque et attendit. Au bout de quelques secondes, un minuscule appendice métallique sortit de la tête du docteur et fit un prélèvement de peau afin de procéder à une vérification d'identité. Une fois la base de données contactée et les résultats confirmés, une chose étonnante se produisit : le crâne de G12532 s'ouvrit littéralement en deux.
Si quelqu'un d'autre que le docteur se fût trouvé là, il aurait pu observer l'intégralité de son cerveau. Mais cela ne dura pas longtemps : en quelques secondes, la désolidarisation se produisit et un cube de métal tomba sur le sable. Une fois sa tête refermée, le docteur ramassa le petit cube et s'aperçut qu'il était très lourd. Après s'être pesé sur un AMIMC (l'AMIMC est un Appareil Multifonction d'Identification et de Mesure Corporelle), il refit une dernière fois les calculs et constata avec satisfaction qu'il pouvait désormais voyager dans le passé.
Il alluma donc tous ses appareils et attendit quelques minutes qu'ils chauffent. Puis il planta les tubes composant l'appareil à projection de radiations de déviation temporelle verticalement dans le sol et les activa. Bientôt une lueur bleue apparut entre les deux tubes et le docteur comprit alors que le moment était venu pour lui de faire le grand saut. Il se déshabilla complètement, expira afin d'emporter le moins d'air possible avec lui et se plaça entre les tubes.
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Il entendit la déflagration due à son départ : il avait laissé un vide d'un seul coup, provoquant ainsi une implosion. Mais bientôt ses sens ne lui servirent plus à rien ; il n'était entouré que d'un blanc silencieux. Cela ne l'empêcha pas de réfléchir. Il se dit tout d'abord qu'il était heureux d'avoir survécu au départ, signe que la charge de radiations de déviation temporelle n'était pas trop forte. Mais était-elle trop faible ? C'est ce qu'il saurait lors de son passage du Big Bang. Ce passage ne tarda pas, et rien ne tarda d'ailleurs car un laps de temps infiniment long et infiniment court duraient aussi longtemps pour le voyageur temporel, tellement sa vitesse était grande.
Ce passage ne tarda donc pas : soudain, le blanc qui entourait l'homme devint noir et le silence devint un vacarme insupportable. Puis tout revint comme avant, et le docteur se félicita du bon calibrage de ses rayons. Mais il se demandait si c'était vraiment son monde qu'il y avait derrière cet écran immaculé de blancheur, si ce n'était pas l'Avant Big Bang imaginé par d'autres scientifiques
La réponse à sa question arriva lorsque le voyage temporel s'arrêta.
La joie du docteur fut immense lorsqu'il s'aperçut qu'il était bien arrivé sur Tsan Chu. Il se mit à crier, à le limite de la folie :
« J'ai réussi, j'ai voyagé dans le temps ! Je suis Dieu, j'ai un bras puissant et une main étendue qui peuvent pénétrer jusque dans les antres du temps ! Je suis César, je suis venu, j'ai vu, et j'ai vaincu mon traître de successeur ! »
Maintenant, cher lecteur, il y a trois fins possibles, choisis celle que tu préfères :
I. Puis le docteur reprit peu à peu ses esprits et il était tout à fait calmé lorsqu'on vint le chercher. Il fit une brillante conférence de presse, devint riche et célèbre, et envoya G02155 en prison.
II. Mais son euphorie fut bien vite calmée : il s'aperçut qu'il était seul sur une île déserte et que ses deux moyens de communication avec le monde extérieur - l'iMame et l'implant du cerveau - étaient l'un dans les mains de son ex-collaborateur et l'autre détruit par l'implosion sur les plages de Tsan Chu. Il ne pouvait rien faire et mourut au bout de quelques jours sur l'île.
C'est G02155 qui lui vola sa gloire et qui devint une véritable star scientifique.
III. Il continua à divaguer pendant quelques minutes puis s'assit, attendant l'arrivée du CONVOI qu'il avait appelé avant de partir. Mais celui-ci ne vint pas.
Et, lorsque la nuit tomba, d'étranges créatures d'un vert fluorescent sortirent de la mer et vinrent à la rencontre du docteur. Celui-ci comprit alors que le monde dans lequel il était arrivé était différent du sien et que ces mollusques verdâtres devaient être la dorme de vie dominante de la planète
Un jeune enfant juif se rend, quelques mois, quelques mois après la fin de la seconde guerre mondiale, dans la mystérieuse bibliothèque de son grand-père. Un jeune garçon rêve d'un dragon pour séduire Sandra, la fille de ses rêves, qui sort avec son pire ennemi.
Victor, petit enfant, décide de chevaucher une statue de son salon.
Quelle est la destinée du héros, dans chaque histoire ?
Vous le découvrirez, transporté par le suspens d'Ulysse LOJKINE.
Prix : Gratuit