Le jour de ma vie
Ulysse Lojkine


http://ulysse.lojkine.free.fr/



C'était un froid matin d'hiver. Au milieu des vastes étendues de champs enneigés se dressait un amas de blocs de bétons. Ces blocs de béton étaient appelés par leurs habitants “gratte-ciels“ et l'ensemble de tous ces blocs était appelé “New York“.
C'est dans un de ces gratte-ciels que se déroulait mon histoire. Celui dont je parle était pire que les autres, à cause de sa couleur. Au lieu d'être du gris uniforme et morne des autres immeubles, il était d'un blanc laiteux et sa peinture écaillée laissait transparaître par endroits le béton armé et ses tiges de métal rouillé. Bref, cet immeuble provoquait ce que certains appellent « un léger malaise » et d'autres « une franche envie de vomir ».
Et pourtant une énorme agitation régnait dans cet endroit. Des véhicules, du même blanc que le bâtiment, circulaient en tous sens et des dizaines, voire des milliers de personnes habillées toutes du même uniforme circulaient dans les couloirs.
Et moi, je me trouvais là, seul, dans cette cavité plus ou moins sphérique. Ma vie ne tenait qu'à un fil, je le savais. Je me sentais oppressé, ne savais pas distinguer le jour de la nuit, me sentais abandonné.
Enfin, ce qui motiva le plus ma décision, ce furent ces détonations assourdissantes et régulières qui ne s'arrêtaient pas. Que se passait-il au-dehors ? Je n'en avais aucune idée, mais ces bruits ne présageaient rien de bon.
Tout avait commencé il y a de nombreux mois. Un homme, que j'étais destiné sans le savoir à connaître, avait rencontré une femme. Un soir, ils avaient scellé ma destinée sans s'en douter. Et même lorsqu'ils découvrirent ce qu'ils avaient fait de moi, ils n'arrêtèrent pas. Ils en avaient la possibilité et le savaient mais ils ne voulaient pas.
Au début, je n'avais pas pensé à sortir. Mais ce jour-là, je savais que j'étais prêt. D'autant plus que cette femme qui avait décidé mon avenir ne me laissait pas le choix.
Je pris donc ma décision : j'allais sortir, coûte que coûte. Cela fut plus difficile que prévu, mais je n'abandonnais pas : après tous ces jours à l'ombre, je voulais enfin voir le jour. Finalement, après plusieurs heures durant lesquelles je me démenai dans un boyau obscur, j'y arrivai.
Mais moi qui croyais que le pire était passé, je n'étais pas au bout de mes peines. Une douleur inimaginable m'envahit et me déchira les poumons. La douleur était telle que j'éclatai en sanglots.
Je m'attendais à voir les gens autour de moi éprouver de la compassion, au moins de la part de cette femme qui avait causé mon enfermement avant de me pousser à sortir. Mais elle, comme tous les autres, souriait.
Car qui ne sourirait pas en voyant son bébé respirer pour la première fois ?


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