Puissance
Ulysse Lojkine

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Victor était tranquillement affalé devant la télévision dans sa chambre. Il n'avait pas fait ses devoirs, mais il les ferait le lendemain matin. Enfin, c'était ce qu'il essayait de se faire croire. En réalité il savait bien qu'il ne les ferait pas et que ses professeurs le colleraient. Et il effacerait l'heure de colle pour échapper à ses parents. C'est alors que son attention fut attirée par une publicité qui passait. Un adolescent, de son âge environ, était assis par terre, dans un couloir obscur et il prenait un air démoralisé. Une voix off disait : « Ce garçon a de sérieux problèmes. Il souffre de dépression nerveuse. »Victor allait zapper. C'était certainement encore un de ces messages du ministère de la santé. Mais la voix continua : « Il n'a besoin que d'une chose : le Puissance, un appareil multifonctions qui fait téléphone portable, appareil photo, baladeur mp4, navigateur internet et qui comporte un logiciel de traitement de textes. Mais surtout le bicoul, une invention révolutionnaire qui permet avec une simple décharge électrique faible de vous remettre en forme. »Et l'image se centrait sur le garçon. Ce dernier avait maintenant un objet sphérique dans les mains. Il le caressa et soudain les lumières s'allumèrent autour du garçon et son visage s'éclaira. Puis un message apparut à l'écran : « Achetez Puissance, pour 1000 € seulement. »
Victor sut que c'était ce qu'il lui fallait. Il ne prenait plus goût à rien ces temps ci. Il ne prenait plus plaisir à voir la plus belle fille de la classe lui sourire, ni à recevoir une bonne note. Il ne venait plus depuis plusieurs mois déjà aux fêtes organisées par ses amis. Il avait besoin de Puissance. Ses économies étaient de 150 euros. Il avait déjà la moitié. Il fallait qu'il en parle à ses parents. Il voulait cet objet et il ferait tout pour l'avoir. Il en parla au dîner. Ses parents commencèrent par se moquer de lui, mais ils ne tinrent pas longtemps face à ses arguments : il allait mal en ce moment, ce truc marchait surement, sinon il aurait été interdit à la vente. Il obtint une promesse de 100 euros pour son anniversaire. Quelques jours plus tard, ce fut au tour des grands-parents de payer, puis successivement l'oncle du côté paternel, le grand frère, le lointain cousin venu rendre visite et enfin la mère de son meilleur ami qui lui offrait tout ce dont son fils ne pouvait pas profiter, étant atteint de handicap. Il totalisa donc en six mois six cent cinquante euros et ayant deux cent sooixante euros d'économies, il pensait pouvoir s'acheter Puissance pour Noël.
Mais la veille du jour où il avait prévu d'aller l'acheter, les informations firent un dossier spécial sur « Puissance, onze millions d'exemplaires vendus et six cent mille accidents ». La journaliste, une belle brune qui ravissait Victor, prit la parole :
« Ce n'est qu'après sept mois que les autorités ont commencé à mener l'enquête sur la centaine de décès et les milliers d'accidents survenus après l'utilisation de l'objet à la pointe de la technologie, Puissance.
Une photographie de l'objet apparut à l'écran.
La fonction bicoul, sensée redonner la bonne humeur à ses utilisateurs, envoyait en réalité des décharges électriques au cerveau afin de stimuler le bonheur. Mais chez environ un dixième des utilisateurs, le cerveau avait affaire à des commandes d'égales puissances : D'un côté le bonheur était stimulé, de l'autre côté le conscient affirmait que tout allait mal. Ce dilemme se traduisait physiquement chez l'utilisateur par des maux de tête, des élancements dans l'arrière du crâne et une incapacité à faire durer un effort intellectuel.
Un schéma s'afficha sur l'écran, représentant les différentes zones du cerveau affectées.
Les gens se sentant mal, ils utilisaient Puissance pour se remettre en forme, et tout ne faisait qu'empirer. C'est ainsi que vingt-six personnes exactement ont trouvé la mort. Les hauts responsables du projet Puissance au sein de l'entreprise NOUGETEMO (NOUvelle GEneration de la TEléphonie MObile) ont été convoqués par le Ministère de la Santé. Ils ont eu un entretien avec le président de la république en personne mais ils n'ont pas fait de déclaration en public. Cependant, une fuite du laboratoire ayant élaboré la fonction bicoul aurait indiqué que la société NOUGETEMO avait lancé la commercialisation du produit avant la fin des tests de Puissance. C'était, toujours d'après la même source, afin de rentabiliser plus vite les fonds colossaux qui avaient été investis dans le projet.
En conséquence de tout ceci, Puissance sera dès demain interdit à la vente et les possesseurs de l'appareil devront le rendre dans les boutiques de téléphonie mobile ayant des contrats avec la société NOUGETEMO ou au Bureau de Gestion des Accidents des Nouvelles Technologies, à Paris dans le treizième arrondissement, en ayant rempli au préalable les deux formulaires distribués à Toulouse, dans l'Antenne Sud du Bureau des Accidents des Nouvelles Technologies. »
Victor n'en revenait pas. Pendant six mois, il avait économisé, travaillé au lycée afin de montrer à sa famille qu'il méritait leur confiance (et leur argent), prit espoir, et maintenant tout était fini.
Il ne savait pas quoi faire. Il ne comprenait pas comment l'objet de ses désirs pouvait être mauvais pour la santé. Il voulait cet objet, c'était devenu l'unique objet de son existence. Il lui fallait trouver le moyen de posséder Puissance, même s'il était interdit à la vente. Une idée lui traversa soudain la tête : courir chez le vendeur de portables le plus proche et lui acheter Puissance. Tout le monde n'avait pas forcément vu le journal télévisé, il avait sûrement encore une chance. Il se précipita dehors, enfourna son scooter et partit.
Il ne tarda pas à arriver dans un magasin approprié. Il descendit de son scooter et courut vers le comptoir. Un grand homme chauve le regarda et lui dit :
« Que voulez-vous ?
-Je voudrais un Puissance s'il vous plaît.
-D'accord, je vous donne ça tout de suite. »
L'homme disparut dans l'arrière boutique pour en revenir quelques secondes plus tard avec un cube en carton de vingt centimètres de côté environ. Le mot « Puissance » était inscrit en grosses lettres dessus. Victor s'absorba dans la contemplation de cet emballage parfait qui abritait un objet parfait. Sa bouche s'entrouvrit et un long filet de bave en sortit.
L'homme s'inquiéta : « Vous allez bien ? » Victor sortit de son état léthargique et dit qu'il allait bien. Puis le vendeur lui demanda : « Deux cent quatre vingt dix neuf euros s'il vous plaît.»
Victor tâta ses poches. L'argent ne s'y trouvait pas. Il commença à s'affoler. Il n'était pas possible qu'il ait oublié son argent. « Noooooooooooon ! » Le cri retentit dans tout le quartier. Cette fois le vendeur s'inquiéta sérieusement. Quand Victor tomba à terre, il appela les pompiers. Mais le garçon n'était pas évanoui et il vit de ses propres yeux Puissance, son rêve le plus profond et qu'il avait eu durant quelques secondes à portée de main, se faire emporter par le vendeur.
Lorsqu'il se réveilla à l'hôpital, tout le monde était au courant du danger que représentait Puissance. Victor resta à l'hôpital durant plusieurs mois, et au bout d'un an, il mourut.


Un jeune enfant juif se rend, quelques mois, quelques mois après la fin de la seconde guerre mondiale, dans la mystérieuse bibliothèque de son grand-père. Un jeune garçon rêve d'un dragon pour séduire Sandra, la fille de ses rêves, qui sort avec son pire ennemi.
Victor, petit enfant, décide de chevaucher une statue de son salon.

Quelle est la destinée du héros, dans chaque histoire ?
Vous le découvrirez, transporté par le suspens d'Ulysse LOJKINE.

Prix : Gratuit


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