De l'autre côté
de Xuan Vincent



(extrait)

1

La jeune fille courait, sans se soucier du regard des passants. Il lui avait simplement dit « Ton portrait t'attend, tu peux venir quand tu veux". Sans réfléchir, pieds nus, vêtue d'une robe légère, elle avait dévalé l'escalier et était partie à sa rencontre. Dehors, un ciel gris, une pluie fine se mit à tomber mais elle n'y prêta pas garde. Elle traversa, le regard fiévreux, les rues de la grande ville. Elle attendait ce moment depuis si longtemps... Avant de le connaître, elle avait le sentiment de n'être qu'une ombre.

Un rire cristallin retentit dans la pièce voisine, interrompant la jeune femme dans l’écriture de son récit. Elle frappa à la porte de la chambre de son fils, un garçonnet de dix ans. Aucune réponse. Elle ouvrit la porte et se retint de pousser un cri de surprise.  Elle pensait qu’il jouait aux Lego. Au lieu de cela, il écrivait. L’air si concentré qu’il ne prenait pas garde à la scène qui se déroulait à côté de lui, sur le mur blanc. Une petite fille marchait dans une forêt en compagnie d’un gros panda. C’est le rire de cette fillette, Nolwenn en était certaine, qu’elle venait d’entendre. Déconcertée par ce spectacle, la mère s’approcha doucement de son fils. Alors qu’elle se penchait vers lui, il ferma brusquement son cahier et lui sourit. D’un coup, l’image animée sur le mur disparut comme par enchantement.

-       Que fais-tu, Brandon ? Tu écris une histoire?

-       Oui, mais je te la montrerai seulement quand elle sera finie.

-       Il m’a semblé voir tout à l’heure sur le mur une petite fille, elle parlait à un panda …

-       Tu as vu mon amie Jenny avec son panda ? J’aimerais bien avoir un panda comme elle. Elles sont trop longues ces vacances, et il reviendra quand, papa ? Pourquoi il s’en va toujours et pourquoi on ne peut pas aller dans son pays ?

Un instant, Nolwen ne sut que répondre. Puis, submergée par l’émotion, elle prit son fils dans ses bras.

-       Ne t’en fait pas, mon trésor, si tu es gentil avec ton amie, elle te laissera certainement jouer avec son panda. Et ton papa reviendra bientôt, il pense bien fort à toi. Il se fait tard, je te parlerai demain de son pays. Tu es assez grand à présent pour comprendre.

Le gamin aurait bien voulu connaître sans plus attendre cette histoire mais la mère lui rappela qu’il était temps qu’il aille se coucher.

Le lendemain matin, Brandon se dépêcha de descendre l’escalier. Il avait hâte à retrouver sa mère et était pressé qu’elle lui raconte son histoire ! Mais lorsqu’il arriva dans la cuisine, il ne la vit pas. La table du petit-déjeuner n’était pas encore mise et il ne la trouva nulle part à l’étage. Etonné, elle était toujours la première levée de la maisonnée, le garçonnet remonta l’escalier et frappa doucement à la porte de la chambre de ses parents. Sa mère ne réagit pas, elle dormait encore profondément. Déçu, Brandon redescendit dans la cuisine et, affamé, avala un bol de chocolat froid avec des tartines. Puis il se demanda ce qu’il allait faire pour s’occuper. Ses cousins Valentin et Laura ne viendraient à la maison que la semaine suivante et il ne savait pas quand son père serait de retour. Désoeuvré, il erra un moment dans le séjour lorsque son regard fut attiré par une cassette, sur laquelle un mot était écrit. Il reconnut l’écriture élancée de sa mère, elle lui disait :

« Mon grand, cela m’a émue de te voir écrire ta première histoire. Elle sera certainement très belle, j’ai hâte à la lire quand tu l’auras finie. Ce soir, j’ai beaucoup pensé à ton père. Tu lui ressembles tant. Je n’arrivais pas à m’endormir et j’ai commencé à raconter sur cette cassette l’histoire de ton père. Quand tu la trouveras, je dormirai sans doute encore mais en attendant mon réveil, tu peux l’écouter. »

Le garçonnet, ravi, emporta la cassette dans sa chambre et écouta l’histoire dans son lit, son gros ours en peluche assis à côté de lui.

2

« Je suis née une nuit de tempête de neige, dans la petite ville bretonne de Pont-aven. Ma mère m’avait baptisée Nolwenn, comme ma grand-mère. Enfant rêveuse, j’ai grandi, solitaire. A vingt ans, je me mis à écrire des histoires. Ma favorite racontait la rencontre d’une jeune fille avec un jeune homme au regard très beau, un prince venu d’un pays lointain, dont elle tombait éperdument amoureuse. Mais il était aveugle à l’amour qu’elle lui portait.

Un jour, je lisais sur un banc à l’ombre d’un vieil aulne, au bord de la rivière. C’était une belle journée de printemps et je portais ce jour-là une longue robe bleu pâle. Soudain, je sentis un regard se poser sur moi. Un jeune homme à la peau mate et au regard sombre me demanda s’il pouvait s’asseoir à côté de moi. Rougissant, je lui répondis que j’en étais d’accord. Je m’apprêtai à reprendre la lecture de mon ouvrage mais le bel inconnu se mit à me parler.

(…)



Xuan VINCENT

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Xuan Vincent
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