Le bouquet
de Xuan Vincent



(extrait)


A la lecture du courrier, d'abord incrédule puis dubitatif, Yann partit d'un fou rire nerveux. Que de temps perdu, de doute à vous ronger le sang et troubler la sérénité du cœur, de silences lourds de secret pénible à porter… Pressé de faire partager sa joie à Isabelle, il sortit son portable et lui laissa un message sur son répondeur :

Chérie, ce soir je t'invite ce soir au restaurant. Tu ne devineras pas ce que je viens d'apprendre ! Pour fêter cela, je te propose un petit dîner en amoureux au Procope. A ce soir, je t'aime très fort.

* * *

Tout avait commencé un jour de février 2000. Lors du passage du millénaire, Isabelle et Yann fêtaient en amoureux la Saint Valentin à Madrid. C'était dans cette ville qu'ils s'étaient connus quinze ans auparavant. Ils étaient alors entrés depuis peu dans la vie active et s'étaient inscrits à un voyage organisé pour fêter la nouvelle année dans la folle ambiance madrilène. Qui sait, peut-être trouveraient-ils l'âme sœur durant le voyage ? Le car s'était rempli de touristes, assez jeunes pour la plupart, en petits groupes ou plus rarement seuls. Arrivé avec un peu de retard, Yann lui avait demandé si la place à côté d'elle était libre. Elle avait levé les yeux de son livre - « Vingt quatre heures dans la vie d'une femme » de Zweig - et répondu par l'affirmative avec un sourire au jeune homme à l'allure avenante. Intéressé par son roman - lui aussi était un fervent lecteur de cet auteur - ils avaient beaucoup discuté durant le trajet qui les menait jusqu'à Madrid et n'avaient pas vu le temps passer. A partir de ce moment, ils ne s'étaient plus quittés. Avant de se séparer et retrouver leur travail respectif - elle était illustratrice de romans de jeunesse, lui était journaliste -Yann avait exprimé son souhait de rester en contact avec elle. Charmée par la bonne humeur communicative de son compagnon de voyage, Isabelle lui avait donné les coordonnées de son studio situé en banlieue sud de Paris. Habituée aux voyages aux rencontres fortuites sans suites, Isabelle avait repris le train habituel de sa vie et avait fini par ne plus penser au jeune homme avec qui elle avait passé de si bons moments à Madrid. Pourtant, deux semaines plus tard, elle eut la surprise de recevoir un courrier écrit de sa main où il lui déclarait avec beaucoup de sensibilité sa flamme et son désir de la revoir bientôt. Touchée par ce geste, Isabelle avait décroché le téléphone fébrilement et accepté avec joie de le voir le week-end suivant à son domicile. Un an plus tard, ils emménageaient dans un appartement donnant sur le parc du Luxembourg.

En cette Saint Valentin de l'année 2000, Isabelle et son compagnon se réjouissaient d'être ensemble pour fêter l'année nouvelle. En quinze ans, Madrid avait beaucoup changé, leur amour par contre était resté intact. Certes, leur couple avait traversé des crises mais à chaque fois l'affection qui les reliait avait été le plus fort et évité une séparation qu'aucun des deux ne souhaitait vraiment. Arrivés à la quarantaine, ils formaient un beau couple dont le bonheur tranquille faisait parfois envie aux personnes de leur entourage moins heureuses en amour. Yann conservait une allure fringante de jeune homme et sa compagne, de cinq ans son aînée, la fine silhouette de ses vingt ans. En les voyant déambuler dans les rues de Madrid, tendrement enlacés, on les aurait aisément confondus avec un jeune couple d'amoureux.

Un coup de fil vint troubler leur bonheur. C'était Monique, la mère de Yann, qui appelait à l'hôtel pour les prévenir qu'en relevant leur courrier ce matin, elle avait trouvé un mot des voisins les informant qu'ils tenaient à leur disposition un bouquet qu'ils avaient trouvé deux jours plus tôt devant leur porte. Yann calcula qu'il était donc arrivé le jour même de la Saint Valentin. Isabelle, assise à ses côtés, s'efforçait de suivre la conversation. Intrigué, Yann demanda à sa mère si elle pouvait à l'occasion repasser et frapper à la porte de leurs voisins. Peut-être qu'ainsi ils connaîtraient la personne qui avait déposé ces fleurs devant leur domicile ?

Ayant raccroché, Yann et Isabelle discutèrent longuement de ce mystérieux bouquet.

- Ce ne serait pas par un hasard un amoureux qui t'enverrait ces fleurs ? questionna d'un air taquin Yann
- Non, tu sais très bien que je n'aime que toi ! Je ne vois pas qui les a déposées devant notre porte… répondit avec un large sourire Isabelle

(…)

Xuan VINCENT

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Xuan Vincent
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