(extrait)
Il était une fois, une jeune fille
Je pourrais débuter cette histoire par cette formule, bien connue des enfants. Mais ce serait enjoliver faussement mon récit, tiré d'un épisode bien réel de ma vie.
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Je vivais seul à Paris, dans le quartier latin. Seul, mais bien accompagné. C'est que je n'ai jamais pu supporter la solitude. C'est pourquoi mes amis, tantôt moqueurs sans doute aussi envieux, me faisaient régulièrement monter sur mes grands chevaux, en évoquant mes dernières conquêtes féminines. « Alors, où en es-tu avec Cécile ? A moins que tu ne sois avec Sophie ou Catherine ? ». Il est vrai que la nature m'a doté d'un physique avantageux, qui plaît à beaucoup de ces dames. J'aime séduire, c'est plus fort que moi. A l'image de mon maître, Matzneff, je profite de mon aura d'écrivain pour attirer autour de moi une nuée de jeunes filles. A la lumière naissante de ces fleurs à peine écloses, j'oublie mes premiers cheveux blancs et puise une éternelle jeunesse. Ecrire, séduire, aimer, tels sont mes credo.
Au milieu des années soixante-dix, j'avais tout juste dix-huit ans. Passant outre l'avis défavorable de mes chers parents, j'ai décidé de renoncer à une carrière de droit, pour me consacrer à ma passion, l'écriture. C'est tout juste si j'ai accepté de m'inscrire à l'université de la Sorbonne, dans la section qui m'avait paru la moins rébarbative, celle des lettres. Mais déjà, le jeune séducteur que j'étais, voyait dans le campus un réservoir inépuisable de jolies filles à draguer. Les cours, je les suivais selon mon humeur. Un professeur m'ennuyait ? Bien vite, je désertais son amphi pour partir dans les rues de Paris, à la recherche d'une jolie femme.
En dehors des rares moments où un professeur arrivait à attiser mon intérêt (pour la matière bien entendu), j'étais très pris par mes activités de séduction. Je ne faisais alors pas beaucoup attention à l'âge de la personne, cela ne me déplaisait pas de sortir avec une femme mariée. Ce qui m'importait, c'était la beauté d'un geste, un visage agréable qui rayonnait de beauté, le corps souple d'une femme qui passait dans mon champ de vision. Une fois mon regard capté par la belle inconnue, j'étais sous l'emprise d'une idée fixe, l'aborder et trouver les mots justes pour la faire tomber dans mes filets. A vrai dire, mes tentatives n'étaient pas toujours couronnées de succès, ma témérité et mon charme juvéniles ne suffisaient pas forcément à convaincre toutes ces belles personnes de me suivre. Tel un Don Quichotte moderne, je brassais beaucoup d'air, pour de maigres résultats. Alors, je me surprenais à rêver que demain serait différent, que plus aucune femme n'arriverait à résister à mon charme ravageur.
Peu après la rentrée universitaire, les étudiants de ma section se mirent en grève, puis bientôt à manifester. Bien que me sentant peu concerné par l'effervescence de certains de mes camarades, dans le fond, je jubilais. Finie la corvée des études, les manifestations étaient bien plus exaltantes ! Au milieu de tous ces jeunes plus ou moins politisés, je déambulais comme un chien fou. Mes camarades, je les suivais plus par jeu ou par camaraderie que par intime conviction. Peut-être un objectif anonyme m'a-t-il pris un jour, brandissant une banderole rouge comme le sang, zébrée en lettres noires de sentences lapidaires ? Cela m'était égal, j'étais pris par le tourbillon de mon époque, il était alors de bon ton de descendre dans la rue, alors il m'avait paru normal de me joindre aux différentes manifestations qui ont marqué cette année. Quand j'étais fatigué de marcher sans relâche, de vociférer notre colère, je quittais le cortège et partais flâner dans des quartiers plus tranquilles de la capitale.
Etudiant avant tout soucieux de la satisfaction de mon bonheur égoïste, c'est pourtant parmi les plus ferventes des étudiantes du campus que je me fis les amies de cur les plus intéressantes. Je crois que plusieurs d'entre elles avaient été intriguées par mon profil marginal et qu'elles n'étaient pas insensibles à mon charme. Elles discouraient sans fin sur un monde plus juste, où chacun aurait ses chances de réussir et où les femmes seraient enfin considérées comme les égales des hommes. Je les laissais parler, car je ne voulais pas les perdre du fait d'une réflexion malheureuse. L'important était de les avoir à mes côtés, jeunes filles aimantes, quand l'amour leur faisait oublier leurs discours incendiaires. L'air du temps me plaisait bien finalement, nous avancions vers un avenir que nous espérions meilleur, et les filles comme les garçons étaient de plus en plus nombreux à prôner la liberté sexuelle. Alors, j'étais heureux d'avoir dix-huit ans, et je m'en fichais pas mal des avertissements de mes parents, inquiets de négliger mes études. Les cours reprendraient bientôt, je leur affirmais crânement, ils n'avaient donc pas à s'en faire pour mon avenir.
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La contestation estudiantine finit par s'essouffler, je me demandais ce qui allait sortir de toutes ces revendications. C'est vers cette période, dans une de ces innombrables manifestations, que je croisai sa route. Elle s'appelait Chantal, une de ses camarades, une jeune fille au physique insignifiant, venait de prononcer son nom. L'autre jeune fille était en revanche d'une beauté à couper le souffle : élancée, une longue chevelure d'un blond vénitien rare, le regard d'un bleu très clair, un petit nez mutin, des lèvres pulpeuses, un corps magnifique
Le souffle coupé par cette divine apparition, j'ai dû rester là un moment à la regarder stupidement. Par chance, la belle inconnue continuait à discuter avec son amie et ne s'était pas aperçue de mon trouble. C'est Fabien, mon meilleur copain, qui me tira de mon état hypnotique.
- Laisse tomber, je t'assure, cette fille, ce n'est pas un cadeau ! Personne à ma connaissance n'est parvenu à sortir avec elle, c'est une vraie tigresse
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A ces mots, je recouvrai mes esprits, mais plus que jamais j'étais décidé à faire la connaissance de cette jeune femme si attirante qui en avait éconduit plus d'un, et pas les plus timides, m'avait certifié Fabien.
Nous étions en queue de cortège, il me fut donc assez aisé de m'approcher de la jeune personne aux cheveux d'or. Je savais par Fabien que Chantal était une militante très active et une ardente féministe. Prudemment, je l'abordai donc par le biais de la politique, en veillant à ne pas jouer le jeu du macho-qui-n'a-qu'une-envie-séduire-à-tout-prix. Ma stratégie s'avéra payante puisque la madone, entourée de sa cohorte d'étudiantes, daigna m'écouter et accorda quelque intérêt à mes propos. J'étais aux anges, mais me demandais comment sortir de la simple camaraderie.
Avancer que Chantal était belle était bien peu dire, elle était
Les mots me manquaient, tant sa beauté étrange me laissait pantois. Son regard à lui seul suffisait à vous embraser le cur sans remède, je n'avais jamais vu pareils joyaux. D'un bleu si pâle que l'on s'y perdait sans comprendre ce qui vous arrivait. Ses yeux semblait-il vous fixaient intensément, mais très vite ils vous transperçaient comme si vous n'étiez que du vent. Par instants, je crus déceler dans son regard une douleur insondable, qui contrastait avec l'aplomb qu'elle affichait à l'instant précédent. A bien y réfléchir, sa beauté était étrange, elle m'effrayait presque. C'était comme si un ange s'était mêlé par malice à la manifestation. Sa beauté douloureuse semblait venir de l'au-delà. Non, ce devait être une sorcière, pour me faire divaguer ainsi !
Simple étudiante ou princesse, peu m'importait, après tout ! Je brûlais de mieux la connaître, quitte à y laisser quelques plumes ! Je ne sais pas ce qui me prit. D'un coup ma carapace se brisa. En sa présence, mon aplomb fondit comme neige au contact de sa beauté solaire. Je lui avouai qu'en fait j'en avais assez de cette manifestation qui s'éternisait, que je n'avais qu'une envie : partir me changer les idées sur les quais de la Seine. Déconcertée par ce revirement soudain, Chantal, curieusement, ne me bassina pas sur la nécessité de ne pas abandonner la lutte, de tenir bon jusqu'à la fin. Non, au contraire, un instant, l'air amusé, elle me fixa dans les yeux et se dit partante pour se joindre à mon escapade. Je n'en revenais pas, sa proposition tenait du miracle ! Très vite pourtant, l'expression inquiète que j'avais surprise dans son regard quelques instants auparavant, ternit son regard. D'un coup, c'était comme si je marchais aux côtés d'une somnambule, indifférente à tout ce qui l'entourait. Etrange sensation, je dois reconnaître
Heureusement, bientôt, sa pupille reprit un éclat normal. Nous cheminions tranquillement, en direction des quais de la Seine. J'étais enchanté d'être en sa compagnie. Chantal était-elle timide, une fois privée de la compagnie de ses amies ? J'avais beau chercher ses yeux si beaux, quand je me tournais vers elle, ceux-ci demeuraient obstinément baissés.
* * *
Sans nous presser, nous arrivâmes en vue de l'île Saint-Louis. L'endroit parut plaire à Chantal. Restée longtemps perdue dans ses pensées, tandis que je parlais pour deux, sa langue se délia sans crier gare. Elle s'est adressée à moi d'une voix basse, toujours en baissant les paupières.
- J'aime beaucoup l'île Saint-Louis. Petite, comme l'héroïne des «Chaussons verts », je jouais aux pirates avec mes petits amis de l'île. J'étais la femme du pirate et nous défendions l'île des attaques de tous les envahisseurs
As-tu lu ce livre ?
- Non, je ne le connais pas
- C'est vrai que c'est un livre plutôt pour les filles. En tout cas, petite, comme l'héroïne, je rêvais de voir le monde, de quitter mon caillou. Et me voilà toujours à Paris, en train de me battre pour faire bouger ce pays pourri
- Je suis sûr que nous vivrons dans un monde meilleur que celui de nos parents !
- Peut-être
Mais pour moi, c'est déjà trop tard
A ces mots, la voix de Chantal s'assourdit encore, pour n'être plus qu'un souffle. Je retins mon haleine, désireux d'en savoir davantage.
- Trop tard pour toi ? Je ne comprends pas.
- Aimes-tu les histoires ? Si tu veux, je vais t'en raconter une. J'espère que les histoires tristes ne t'effraient pas.
- Non, pas du tout, je t'écoute.
- Allons nous asseoir sur la jetée de l'île Saint-Louis, à l'ombre du saule pleureur. Nous y serons plus à l'aise, le temps que tu entendes mon histoire.
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Si vous souhaitez connaître la suite de cette histoire (11 p.), n'hésitez pas à m'écrire (envoi par mail)
Xuan Vincent
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