(extrait)
Il est arrivé dans ma vie par le plus grand des hasards. Pour mes trente-trois ans&Mac226; j'avais réuni mes meilleurs amis pour une grande soirée dansante. La soirée fut bien arrosée et l'on me combla de cadeaux. Par jeu&Mac226; certains de mes amis m'avaient offert un trousseau de jeune mariée&Mac226; en me disant : "cette année&Mac226; mignonne comme tu es&Mac226; tu rencontreras certainement l'homme de ta vie !". J'ai souri&Mac226; tout en en pensant pas moins dans mon fort intérieur que c'était bien improbable. Connaissant mon faible pour les peluches, j'en reçus plusieurs, ours, lapins et un petit lutin.
Mes premiers cauchemars datent de cette soirée d'anniversaire. Habituée à dormir d'un sommeil de plomb, un petit personnage vint troubler mes nuits.
- Bonjour, je suis Justin ! Tu te réveilles enfin !
Tirée du sommeil, je sursautais au son de cette voix inconnue et cherchais à la localiser
- Coucou, je suis là, avec tous tes amis ! Ils ne sont pas très causants les bougres, cela se voit qu'ils n'ont pas vu beaucoup de pays !
Inquiète d'entendre quelqu'un parler dans la pièce alors qu'aucun invité n'était resté dormir chez moi, je cherchais du regard l'endroit où se cachait l'intrus qui venait ainsi troubler mon sommeil.
- Vraiment pas douée, la miss ! Je suis là, sur la commode, entre l'ours rose et la chouette à lunettes !
Sur la commode, quelqu'un ? ! Je me frottais les yeux, pour me réveiller de ce mauvais rêve. Pourtant, je ne rêvais pas, je finis par découvrir le personnage qui semblait me narguer : un petit lutin, celui même que mon amie Sandrine m'avait offert la veille pour mon anniversaire ! « C'est un rêve ou un cauchemar ? » me dis-je à moi-même.
- Tu ne te souviens pas ? C'est la grande blonde à l'air nunuche qui m'a amenée ici. Je suis bien content car je commençais à étouffer dans ma boîte ! C'était tout petit d'où je viens, j'espère que ce sera mieux chez toi !
Sous mes yeux éberlués, je vis le lutin sauter de la commode et cavaler dans toute la chambre, sans cesser de faire des commentaires déplaisants sur ce qu'il découvrait. Agacée, j'essayais d'attraper le petit personnage, mais déjà il était arrivé dans le séjour !
- Pas mal, le living ! C'est tout neuf ici, mais ça manque un peu d'âme ! Tu vis seule, à ce que je vois ! Personne n'a voulu de toi, c'est triste. Moi, j'ai toujours tout plein d'amies !
- Sors de là, petit malappris ! Cela ne se fait pas de débarquer ainsi chez les gens et les critiquer sans arrêt !
- Je suis ici chez moi, ne l'oublie pas et ce n'est pas toi qui m'empêchera de parler !
S'en était trop ! Je me mis à courir comme une dératée dans l'appartement tout entier, à la poursuite de cet impertinent farfadet. Peine perdue, en dépit de sa petite taille - il n'était guère plus grand que ma main - à chaque fois que je croyais l'attraper, il m'échappait en me riant au nez ! Je finis par m'avouer vaincue et me résignais à me coucher sans plus tarder. Tout cela n'était qu'un produit de mon imagination je l'espérais et demain matin tout reviendrait à la normale ! Malheureusement, cet affreux lutin devait être noctambule : il fit parler mes peluches et bavarda avec elles jusque tard dans la nuit. A mon grand désappointement, celles-ci l'écoutèrent l'air béat. Il faut dire qu'il avait du bagout, le scélérat et savait séduire son auditoire ! Rompue de fatigue, je sombrais vite dans un sommeil profond. « Flûte, déjà huit heures, je n'ai pas entendu mon réveil sonner ! Je suis pourtant certaine d'avoir mis la sonnerie hier soir avant de me coucher ! » pestais-je en mon for intérieur.
Encore mal réveillée, je me dépêchais de me préparer pour partir au travail. Comme d'habitude, je lançais un petit « salut » à mes amis les peluches. Il en manquait une à l'appel, j'en étais certaine ! Après une rapide inspection, je m'étonnais de trouver le lutin assis au pied de ma lampe de chevet, alors qu'hier soir je l'avais laissé sur la commode. C'est alors que mes mésaventures de la nuit me revinrent en mémoire « C'est étrange, d'habitude je n'oublie jamais de mettre le réveil et je sais où je range mes affaires ! Serait-ce un tour de ce fichu lutin ? » me dis-je en moi-même. Pourtant, tout semblait revenu à la normale. Mes peluches, y compris le lutin, étaient muettes. J'avais donc rêvé, quelle absurdité de croire qu'une d'entre elles avait pu semer la zizanie à mon propre domicile ! Au bureau, je retrouvais mon allant habituel et oubliais bien vite cette nuit insensée.
- C'est l'heure de la pause, Nathalie ! Toujours aussi bûcheuse, tu n'as pas à t'en faire, tu l'auras ta promotion ! plaisanta Marina, une de mes collègues les plus sympas.
Je n'aime pas les pauses cafés, on y discute trop dans le service et certains tardent à se remettre à la tâche. Après, ce sont toujours les mêmes qui se plaignent qu'ils sont en retard dans leurs dossiers !
- Alors, il te plaît mon cadeau, Nathalie ? N'est-il pas chou, mon petit lutin ?
Sur le coup, je restais sans voix. Je repensais à mon mauvais rêve, mais ne voulant pas paraître ridicule, je me contentais d'une réponse banale :
- Oui, il est très mignon, je l'ai mis avec mes autres peluches.
Je rentrais contente de ma journée. Les résultats du trimestre avaient été excellents et la direction m'avait chargée d'assurer la publicité de nos produits d'entretien auprès d'une grande firme allemande.
- Alors, je t'ai bien eue, la nuit dernière ! Avoue que je suis le plus rapide !
Réveillée en sursaut, je cherchais d'où venait cette petite voix flûtée qui ne m'était pas inconnue. Très vite, je reconnus mon lutin, qui s'était installé sur ma table de chevet et qui me narguait. Mon cauchemar recommençait !
- Pendant que tu dormais, j'ai visité ton appartement. J'ai été déçu, je dois te dire ! Il n'y a pas un jeu chez toi, tu ne joues donc jamais ? Et tes bouquins, ils parlent tous du boulot ! Ah, si j'oubliais, il y a un roman près de la table de chevet « Le journal de Bridget Johnes ». C'est trop drôle ! Et tes fringues, que des tailleurs Chanel, ça manque de fantaisie ! Et
- Tu vas te taire, avorton ! Tout d'abord, tu ne devrais pas me parler et encore moins sur ce ton ! D'où sors-tu, j'ai déjà eu des poupées parlantes mais je n'ai jamais vu une peluche aussi déplaisante !
- Tout d'abord, je ne suis pas une peluche, je suis un lutin, foi de Justin ! Et puis, est-ce que je te demande d'où tu viens, toi ?
Hors de moi, je me mis à invectiver le petit bonhomme tout de vert vêtu. Rien n'y fit, il trouvait toujours une réplique pour me ridiculiser davantage. A la fin, excédée, je lui demandais :
- Mais qu'est-ce tu me veux ? Je ne t'ai rien fait. Pourquoi t'acharnes-tu contre moi ? !
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Xuan Vincent
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