Ceci fut d'abord un chapitre inédit dun roman interactif lancé par les Éditions Cylibris.
La paternité du "TUBE" et du "S.E.C.R.E.T." revient à Philippe Picavet.
Les personnages sont la création collective de :
Jérôme Olinon,
José Caballero,
Philippe Picavet,
Renaud Collet,
Jean-Marc Julia,
et Vincent Fèvre.
Les développements de l'intrigue de votre serviteur.
Dans la cabine téléphonique du bas de son immeuble, Antoine Lancelot, inspecteur en congé du commissariat du XIIe arrondissement, décoda une suite de majuscules quil releva dans un petit carnet noir qui ne le quittait jamais et composa le numéro correspondant. Un accent texan, grave et chantant, se fit entendre :
Marc Pleuvrier, plombier en rupture probable de contrat pour cause de détérioration de son véhicule de travail, songea que le nom entendu devait être une couverture. Ils avaient pris tous les deux trop de précautions par ailleurs. Numéro codé, ni noms propres, ni adresses. Aucune information importante par téléphone. Du travail de pro.
Ils sétaient retrouvés dans la salle de billard dune brasserie ordinaire, au milieu dun boulevard, à un quart dheure de là. Et cest autour dun snooker, dans le fracas des boules et le brouhaha de la musique dambiance quAntoine raconta à Steve comment Marc, à la suite dun double accident de voiture, sétait retrouvé en possession dun tube métallique aux propriétés plus quétranges.
Celui-ci, accoutumé à la fréquentation du bizarre, mais convaincu par lexpérience que les faits les plus surprenants finissaient presque toujours par trouver des explications logiques, ne sétonna de rien. Et personne, sans doute ne remarqua quà la fin de la partie, Marc repartait sans son sac noir, posé sur une chaise devant le Coca de Steve.
Au retour de lentrevue avec lenquêteur du Service dEnquêtes Criminelles, de Recherches et d'Éradication du Terrorisme (SECRET !) et après avoir fait le point de la situation avec Antoine et son collègue Berthier, Marc avait quitté le domicile du policier, bras dessus bras dessous avec son amie Christine, pour rentrer chez lui, enfin... chez eux . Le coupé blanc, garé en catastrophe sur le trottoir au pied de limmeuble par celle-ci à son arrivée, ramena à son esprit limage fugitive dune Porsche 911 rouge, avec le souvenir dune autre jeune femme, élégamment vêtue elle aussi, belle, très belle. Puis aussitôt après, lui revint en mémoire, limage violente et nette dun autobus, lancé à plein gaz, fonçant sur eux, fonçant sur elle.
Instinctivement, il eut un geste de protection et attira celle, qui marchait à ses côtés derrière le platane quils venaient de dépasser, alors quau même instant, un 4x4, aux vitres fumées, surgi don ne sait où, et roulant sur le trottoir, sen venait racler de tout son côté droit larbre providentiel, avant de disparaître au carrefour dans un crissement de pneus.
Ils sétaient réfugiés dans le coupé blanc, et machinalement Marc avait remonté la capote, bien quil ny eût aucun nuage dans le ciel Toutes ces semaines sans Christine avaient été si longues, mais cétait fini à présent.... Elle était là dans ses bras. Finalement, Marc songea quil avait mieux à faire que le travail de la police. Demain, à la première heure, il irait mettre Antoine au courant de ce qui nétait plus quune péripétie, mais leur avait causé une belle frayeur. Dailleurs, sous ses baisers, Christine tremblait encore un peu...
Steve Parish navait pas vraiment le choix. Antoine lui avait demandé le black-out pour quelques jours. Mais pour résoudre lénigme scientifique du problème, et vu les implications étrangères, voire plus, du phénomène, il fallait bien sadresser à un laboratoire compétent. Et il ny en avait pas trente-six à Paris. Une fois écartés ceux de la Préfecture de Police, puisque Antoine navait pas voulu pour linstant mettre ses supérieurs au courant, ce qui , entre parenthèses, pouvait lui causer des ennuis, il y avait encore ceux de la piscine des Tourelles, siège de la D.G.S.E. , le contre-espionnage français. Mais Marc les lui avait déconseillés, en raison de limplication, improbable sans doute, mais néanmoins possible, de Christine de Limelette, dont le père, comme on vient de lapprendre, gravitait dans lorbite des services secrets français. Quant à ceux de lO.T.A.N. , ils se trouvaient tous à lextérieur du territoire français, et il valait mieux ne pas sortir çade France pour linstant. Restait le C.O.F.A.S. ! Le Centre Opérationnel des Forces Aériennes Stratégiques de Taverny nabritait pas seulement dans ses silos souterrains des installations stratégiques de défense, mais aussi tout un tas de laboratoires plus sophistiqués les uns que les autres, financés par les fonds secrets du Ministère de la Défense et connus dun très petit nombre de hauts responsables de lÉtat. Et Steve, y avait ses entrées. Leurs physiciens, chimistes et astrophysiciens sauraient à coup sûr, eux, déterminer la nature, la provenance, et toutes les propriétés du TUBE.
En effet, le plus urgent, selon lui, était, primo, de déterminer quel pouvait bien être lusage de cet engin (était-ce une arme, un vecteur de communication, un outil thérapeutique, les trois à la fois... ?) et ce serait le boulot des laboratoires, et secundo didentifier avec précision tous ceux qui couraient après ; cet américain qui avait agressé Marc chez lui, il y avait quelques heures et que le tube, manuvré par mégarde, avait réduit en glace pilée, ces petits hommes aux yeux bridés, entrevus par Marc dans lautobus qui avait pulvérisé la Porsche, ces êtres difformes venus dailleurs (cette femme à la tête oblongue et aplatie, apparue puis disparue chez Antoine), sans compter sans doute plusieurs services secrets, et ça cétait son boulot , à lui et au SECRET. Laffaire ne sannonçait pas simple. Apparemment, Marc avait mis le nez là où il ne fallait pas, et Antoine aussi, maintenant....
Laprès-midi même, au fond du silo 3 de Taverny, a vingt mètres sous terre, lastrophysicien qui examina le TUBE neut pas beaucoup de peine à déterminer que le métal dont il était constitué était du carbure de titane. Cela ne létonna pas, car le titane est un des trois principaux composants des nodules métalliques des météorites avec laluminium et le calcium. La nature extra-terrestre de lobjet était donc possible. Mais ses collègues, physicien et chimiste, lui rétorquèrent quil y avait belle lurette quon utilisait le carbure de titane dans la fabrication des outils les plus divers, et que le titane abondait sur terre sous deux formes oxydées principales ; le rutile et lilménite. Le rutile - TiO2 - se présentait sous forme de cristaux dorés, doù son nom ancien (du latin rutilus, brillant) et lilménite - FeTiO3 - sous celle de cristaux rhomboédriques .
Bref, dans son apparence et sa composition, le TUBE était banal à pleurer. Restait le problème des faux boutons-poussoirs. Il ny avait aucun mécanisme. Cétaient donc seulement deux emplacements en creux, situés sur à quelques centimètres de chaque extrémité. Steve avait prévenu les savants que des phénomènes étranges sétaient produits à plusieurs reprises lorsque certaines personnes avaient appuyé simultanément leurs pouces à ces endroits. On fit donc dans une enceinte confinée un premier test avec un robot manipulateur. Il ne se passa rien. Steve se préparait à se porter volontaire pour expérimenter lengin dans des conditions réelles, lorsque le physicien eut lidée de faire passer dans les extrémités manipulatrices du robot un micro-courant électrique équivalent à ceux qui parcourent la peau. Miracle ! Le tube commença à vibrer et à émettre une modulation continue que lon mesura et enregistra aussitôt. Mais rien dautre ne se produisit.
Steve sapprocha de la paroi vitrée qui divisait le laboratoire en deux, passa les deux bras dans les manchons qui reposaient sur la table de lautre côté et se saisit du TUBE, qui y reposait. Il eut un regard pour ses deux amis, qui firent un signe d'acquiescement ; alors, tenant le tube par en-dessous, il appuya dabord sur le creux de gauche. Rien. Puis sur celui de droite. Rien non plus. Les trois hommes échangèrent un nouveau regard, puis cette fois, il appuya simultanément sur les deux emplacements. Aussitôt, de nouveau, la vibration apparut et la modulation se fit entendre, et Steve eut la surprise de voir et dentendre Antoine, à qui il était en train de penser, dans une espèce de halo qui flottait devant lui, au centre de lenceinte de confinement.
Les deux savants, pour ne pas perturber la séance venaient décrire sur un panneau, au feutre, des instructions pour Steve. Il lut mentalement : Dis à ton correspondant de se contenter de penser ce quil veut te dire, sans parler, pour voir. Avant quil ait eu le temps de réagir, Antoine répondit aussitôt : O.K, jai compris.
Vu ce qui sétait produit chez Antoine avec laméricain, lexpérience était plus risquée que la précédente, et comme il ny avait aucun mécanisme de sélection des fonctions, il fallait supposer que le réglage se faisait en fonction de la situation et de la volonté du porteur, et que lobjet devenait une arme létale de défense cryogénique face à une agression et une épée ou un pistolet -laser pour attaquer.
On alla réquisitionner dans les cages du laboratoire de biologie voisin, un des chiens utilisés au mépris de la loi pour certaines expériences, (ici tout ou presque était en marge de la légalité). On lexcita un peu pour quil se montre agressif, mais cela ne donna rien. Steve avait beau pointer le TUBE sur le chien qui commençait à montrer les crocs, rien. Mais Steve navait pas vraiment la volonté de tuer le chien et il nen avait pas peur non plus...
Au terme dune après-midi entière dexpériences, plus folles les unes que les autres et quil vaut mieux ne pas révéler ici, Steve et ses amis en vinrent à émettre lahurissante hypothèse suivante : le TUBE était une sorte de bâton de pouvoir, un outil polyvalent qui obéissait à la volonté de son porteur et pouvait servir à tout : communiquer, se défendre, attaquer, soigner, diminuer, agrandir, soumettre,... Pas étonnant quon se batte pour entrer en sa possession. Et plus question de garder ça pour soi plus longtemps.
Des téléphones sur lignes spéciales se mirent à sonner dans Paris. Des véhicules aux vitres opaques se déplacèrent à travers la capitale. En quelques heures, la nouvelle fit le tour de la terre, grâce aux agents doubles des uns et des autres. Mais officiellement, il ne sétait rien passé. Le bâton de pouvoir était enterré au fond du silo 3 de Taverny. Et le monde allait son chemin. Pendant que toutes les grandes puissances politiques, industrielles et criminelles commençaient à ourdir des plans pour sen emparer...
© P.-A. G., avril 1999.
Vous êtes le ième lecteur de cette nouvelle depuis le 28/05/2000. Merci.