Arthur habitait dans un immeuble dans le VIème arrondissement de Paris. Il avait 32 ans. Cétait un homme ordinaire, de taille moyenne. Ses cheveux bruns nétaient jamais bien coiffés, à son grand regret et ses yeux marron inspiraient une certaine confiance. Il vivait dans un charmant petit appartement sous les toits. Dune nature sympathique, il connaissait tous ses voisins dont la dernière locataire fraichement arrivée. Elle sappelait Juliette, avait 28 ans et était arrivée dans le bâtiment il y a trois ans. Elle habitait lappartement en face de celui dArthur.
Il avait fait sa connaissance le jour de son emménagement dans limmeuble. Etant nulle en bricolage, elle lui avait demandé de laide pour monter les meubles quelle venait dacheter. Ils avaient engagé la conversation autour dun marteau. Toutefois, étant timide tout les deux, la conversation ne dura guère longtemps mais assez pour quelle lui confit quelle prenait un nouveau départ après son divorce douloureux.
A ce moment, il tomba éperdument amoureux de Juliette. Il tomba amoureux de sa façon de lui adresser la parole, de son petit sourire timide, de ses yeux bleu azur. Ils changeaient de teinte suivant son humeur et suivant la météo. Son style le faisait également chavirer ainsi que sa maladresse. Depuis cette rencontre, Arthur ne cessait dobserver en cachette la jeune femme. Il lobservait grâce au judas de la porte dentrée de son appartement. Ils se croisèrent régulièrement dans lescalier et dans la rue où ils se parlaient brièvement. Timide, Arthur nosa jamais lui avouer ses sentiments, de peur dêtre rejeté.
Il était timide mais dévoré par la curiosité : Juliette ny échappa pas. Il nhésitait pas à demander des informations à Mme Da Cruz, la concierge ainsi quà suivre la jeune femme dans la rue pour voir où elle allait, ce quelle faisait et avec qui elle était.
Deux soirs par semaine il discutait avec Mme Da Cruz. Cest comme cela quil apprit que Juliette avait fait ses études aux Beaux-Arts et que depuis un an elle tenait une Galerie darticle dans le 3ème arrondissement. La concierge lui confia également quelle avait un petit chat nommé Félix. Or, Arthur y était allergique. Elle lui révéla également que Juliette avait un petit frère de 23 ans étudiant en droit.
Arthur avait confiance en la concierge, à tel point quil lui avait confié quil était amoureux de Juliette. Toutefois, elle était tenue au secret : jamais elle ne révéla ce secret.
Arthur lui faisait livrer une fois par mois un bouquet de roses rouges accompagnés dune jolie lettre écrite de sa plus belle plume. Néanmoins, il ne révéla jamais son identité. Lidée était venue de la concierge qui connaissait les gouts de la jeune femme. Arthur ne pouvait pas se passer de Mme Da Cruz. Quand Juliette recevait ces fleurs, il lobservait toujours par le judas sa réaction. Chaque fois quelle voyait ces magnifiques roses rouges, elle souriait, respirait profondément leur parfum enivrant, ouvrait la lettre et rentrait chez elle en commençant de la lire. Toutefois, Arthur ne savait pas comment Juliette réagissait en lisant ses lettres. Il était arrivé que Juliette ouvre la porte recouverte dune simple serviette, les cheveux trempés. Ainsi, Arthur avait lopportunité dobserver ses magnifiques jambes fuselées, ses bras fins, son corps encore mouillé. Arthur navait jamais rien vu de plus beau quune femme sortant de la douche et encore plus si cette femme était la femme pour qui il aimait. Il en restait bouche bée à chaque fois. Ça le laissait rêveur. Elle avait une silhouette de mannequin. Il contemplait également ses longs cheveux bruns et soyeux. Il savait que ses cheveux sentaient extrêmement bon, car quant ils se croisaient dans les escaliers, il respirait cette odeur enivrante qui venait de sa belle chevelure.
Dès quArthur entendait du bruit dans lescalier, il se jetait sur le judas pour voir si cétait Juliette. Cest grâce à cela quil sut quaucun homme ne venait rendre visite à Juliette. Il ny avait que quelques femmes qui lui rendaient visite de temps en temps. Ces femmes étaient sûrement des amies de Juliette. Il nota également quelle sortait rarement les soirs pour faire la fête. Par contre, quand il la voyait sortir, il adorait observer dans quelle tenue elle était. Il y avait une tenue quil affectionnait par-dessus tout : cétait une petite jupe écossaise, rouge et verte, qui couvrait la moitié des cuisses de Juliette. Avec cette jupe, elle portait des grandes bottes noires en cuir qui lui arrivaient sous les genoux. La jupe et les bottes mettaient étonnement bien en valeur ses longues et fines jambes. Avec, elle portait un petit chemisier blanc qui laissait paraître un piercing au nombril alléchant qui attirait lattention sur son ventre plat. Pour faire ressortir ses yeux bleus, elle mettait un peu de khôl et de mascara. Il la trouvait magnifiquement belle.
Un jour, ils se croisèrent par hasard dans les escaliers alors que Juliette montait ses sacs de courses chez elle. Or, lanse dun sac se déchira et son contenu glissa dans les escaliers. Arthur, aimable, laida à rassembler les boites de conserves éparpillées dans lescalier. Ensuite, il laida à monter ses provisions. Une fois la tâche accomplie, Juliette, pour remercier Arthur de lavoir aidée, lui proposa de rester boire un verre avec elle. Maladivement timide, il prétexta quelque chose dimportant à faire pour sen aller. Pourtant, il en avait envie de boire ce verre et de discuter avec elle, mais sa timidité et sa peur était trop grande.
Quelques mois plus tard, un soir tard dans la nuit, Arthur entendit des bruits explicites provenant de lappartement de Juliette. Frappé par une immense tristesse, profondément déçu de ne pas avoir saisi sa chance avec Juliette, Arthur peinait à respirer. Alors quil marchait sans but dans Paris, ses pas le menèrent au pont Mirabeau. Sans un bruit, il enjamba le pont et sauta dans les eaux sombres de la Seine.
L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
"Le Pont Mirabeau"
Apollinaire, Alcools (1912)
Il avait oublié un détail. Juliette était partie en vacances aux États-Unis pendant trois semaines, laissant son appartement à son petit frère.