La DS (dimanche 6 août)
Malgré un froid mordant, il reste là à contempler le désastre. Il lavait bichonnée tout au long des années quils avaient connues ensemble pour la mener à sa fin dans ce petit matin de brume et de terre sombre juste labourée.
Il navait fallu quun virage, un peu de gel dans lair humide et cet arbre. Il ne connaît pas son nom
Quest-ce quil foutait là ?
Pourtant, il connaissait lendroit. Cétait chez lui. Et il avait perdu le contrôle
Tout était allé trop vite. Un tête à queue. Il ne restait rien de laile arrière droite de ce quil avait amoureusement entretenu.
Sale matin.
Il avait machinalement pris le fusil en sortant. Il nétait pas chasseur, non. Mais Gustave létait qui lui avait demandé de ramener son arme de Saint-Étienne où on réparait ce modèle. Saint-Étienne où il avait passé une semaine épuisante. Il avait roulé toute la nuit pour revenir. Chacun connaissait ses insomnies.
Pas en DS, non. Il était là-bas en voiture de fonction : une banale 305 commerciale. Deux portes et un énorme fourre-tout à larrière. Il avait rajouté le fusil dans son étui à linvraisemblable fouillis quil laissait croître là-dedans.
Pas comme la DS. Il ne tolérait pas la moindre saleté. Elle couchait à labri. Une chambre. Il navait jamais supporté quon puisse abîmer ses jouets.
Il était arrivé par le garage. La chambre donnait de lautre côté. Personne ne lavait entendu. Personne ne lattendait si tôt. Dhabitude, il sannonçait mais là, en pleine nuit
Il ne voulait pas la réveiller.
Une histoire comme il y en a plein les bouquins, les films, dune banalité à faire pleurer. Pour en arriver là.
Mais il ne pleure pas. Il reste immobile sur le goudron brillant, le fusil inutile gît dans le bas-côté, presque enfoui dans lherbe grasse.
Il ny a que les flics et les chasseurs pour circuler si tôt. Avec leur manie de fouiner partout, ils ont dû apercevoir quelque chose dinhabituel depuis le carrefour là-bas. Ils ont donc tourné à droite. Les voilà. Il les remarque à peine. Cest sa DS quil regarde.
Elle était débâchée, couverte deau, avec la 2 CV de sa femme. Deux bagnoles restaurées pendant des heures quon abandonne dehors avec un break Renault intrus.
Coléreux mais jamais violent. Mais coléreux avec un fusil. Ça donne du pouvoir, pas obligatoirement de bonnes idées. Il voulait se venger, leur faire peur.
Elle est costaud la fliquesse. Le gars à côté, son petit déjeuner est allé cacher un peu plus le fusil.
Comment leur expliquer maintenant quil voulait seulement leur faire payer une blessure damour propre ?
Avec sa femme, lAmour, ce nétait plus tout à fait comme aux débuts. Mais pas chez lui. Ni avec sa DS. Puisquil avait le fusil. Puisquils aimaient les tours en vieille Citroën, il les a fait sortir de la chaleur de son lit.
Cest grand, un coffre de DS. Il voulait simplement les secouer un peu sur la route. Cinq minutes, pas plus. Il faisait trop froid ce matin pour prolonger trop longtemps cette mauvaise farce.