Il était dix-neuf heures, dehors, cétait lobscurité, en cette fin de novembre la nuit tombe vite, lorsque Pierre Mazalègue, quitta son domicile, une petite maison coquette au Nord de Tours. Ce soir, comme au moins une fois par semaine, il aimait aller en ville, marcher, dîner au restaurant. Bien que son domicile fut, à mi-chemin entre le centre-ville et la campagne, il lui était agréable de croiser du monde, même sil ne communiquait avec personne. Âgé de soixante-deux ans, retraité de la gendarmerie depuis maintenant quelques années, il en imposait avec son mètre quatre vingt dix, sa carrure de rugbyman et le quintal largement dépassé quil accusait sur la balance, il avait le visage bourru et peu avenant. Ses voisins de quartier qui ne laiment pas trop, hormis la mère Bazin qui quelquefois, discute avec lui de banalités de tous les jours, ont coutume de lappeler, « bourrache » et disent, à qui veut les entendre que lorsquil était en activité, il ne devait pas faire bon le croiser en infraction, il aurait même dressé procès-verbal à sa propre épouse!... Sa solitude depuis son veuvage, il y a bientôt deux ans, en était que plus pesante et en rajoutait à sa morosité habituelle.
Il avait bien un fils, parti, depuis longtemps de chez lui. Les fréquentations douteuses, la drogue et la prison ont finis de les séparer pour longtemps, pensait-il, peut-être même, à tout jamais. Pierre, avec son sens de la droiture, avait mal supporté ce comportement. Il lavait mis à la porte de la maison. Aujourdhui, seul, déprimé par lennui, il regrettait peut-être, sêtre emporté et navoir pas cherché à comprendre, approfondir, le mal-être de son seul et unique enfant.
Il marchait maintenant sur les bords de Loire, tranquillement, se contentant dadmirer ce fleuve qui après un été ou la chaleur et le manque de pluie, avait mis à jour de très nombreux bans de sable. Il était aujourdhui gonflé des nombreuses pluies de ce début dautomne, à tel point que ces derniers, étaient en train de disparaître sous les eaux.
Lorsquil sengagea sur le Pont de Pierre, soffrait à lui, cette belle vue de la rue Nationale, toute illuminée, à croire être en plein jour. Arrivé au milieu du pont, il ne pu sempêcher de sarrêter et saccouder au parapet, admirer cette étendue deau quelque peu tumultueuse et tourbillonnante, en aval des piliers. Son regard, revenant dans la direction du centre ville, Pierre cru voir en contrebas, sur les quais, dans la semi obscurité, à une centaine de mètres, peut-être plus, un groupe dindividus qui sinvectivaient. Le coup de poing nétait probablement pas loin. Il observa la scène avec curiosité, mais pensant quil ny pourrait rien, sen détachât au bout de quelques minutes, considérant que quoiquil fasse, il ne pourrait pas les empêcher de se battre. Il continuât donc son chemin, quand même un peu subjugué par ce quil venait de voir et se dirigea vers le centre ville, afin daller dîner, car avec ses flâneries, Pierre saperçu quil arriverait un peu plus tard quà lhabitude.
Parvenu devant le restaurant, plusieurs personnes étaient en train de compulser le menu affiché à lextérieur. En vieil habitué, Pierre rentra sans plus attendre et après avoir suspendu son manteau à la patère, rejoignit sa table habituelle. Le Cheval Blanc, est un établissement recommandé, par les plus grands critiques gastronomiques qui en avait fait le meilleur restaurant de la ville, en plus de mets très recherchés, on y trouvait une ambiance intime, lumières tamisées et décors à lavenant.
Tout en attendant que le serveur, lui amène le menu, afin quil fasse son choix, Pierre songeait à la querelle à laquelle il venait dassister. Il sagissait peut-être de trafic de drogue, de dealers? se disait-il. Il culpabilisait, « peut-être aurais-je dû téléphoner au commissariat? ». Oh!, de toute façon, ils ne seraient peut-être pas venus. Sils devaient se déplacer à chaque fois quil y à de la bagarre, quelque part! ...
Pierre, seul à sa table, commença à dîner, seuls, les quelques chuchotements des tables voisines et quelques tintements de verres se faisaient entendre. Le repas étant bientôt fini, le départ dautres convives, lui ont fait songer quil était temps, pour lui aussi de rentrer.
Cest avec une lenteur, toute mesurée, quaprès avoir réglé laddition, il se leva, enfila son manteau. Dehors, il faisait frisquet, un vent frais, lui fit fermer son manteau jusquau col et les mains dans le creux de ses poches, reprit la rue Nationale en sens inverse. Une horloge, indiquait neuf heures trente, la rue à ce moment était vide de monde et les vitrines encore allumées, létaient pour personne, même lui, ne sy arrêta pas. Non, il était songeur,... il se demandait que pouvait bien faire dans la vie, le couple, dune des tables voisines de la sienne ou quel pouvait être, le sujet de discussion, de ces trois amis à une autre table, tellement leur palabre était animée, que pouvaient-ils se raconter, habitaient-ils, vivaient-ils seulement la ville ou venu de plus loin? ... Il navait bien sûr, pas de réponse à ses questions.
Une cohorte de voitures de police et de pompiers, toutes sirènes hurlantes, le sortirent de ses méditations, elles venaient, lui semblait-il de lextrémité de la rue Nationale.
Pierre, accéléra le pas, afin de voir ce qui avait pu se passer. Sur les lieux, deux policiers municipaux étaient là à tourner en rond. A ces questions, ils lui répondirent, quun passant avait vu du haut du pont, une bagarre, puis des individus senfuir à toutes jambes, quensuite il avait aperçu une personne qui gisait sur le quai. Elle était encore vivante, mais très amochée et une autre morte sur le banc. Heureusement, quun passant a prévenu, rajouta le policier, sans cela, le blessé navait aucune chance de sen sortir, avec ce vent froid! ...
Pierre, accusa le coup et sans rien ajouter, pris congé, rentra chez lui, plutôt honteux pour sa lâcheté. Il sagissait, du même lieu, même bagarre et lui, rien, lancien de la gendarmerie, il na rien fait! ...
Il était huit heures, le lendemain matin, lorsquon frappa à sa porte.
- Bonjour, Monsieur, vous êtes bien, Monsieur Pierre Mazalègue ?
- Oui, cest bien Moi.
On a retrouvé, hier soir, indiqua le policier, sur les quais de la Loire, deux personnes, dont une, était blessée très gravement, elle est décédée cette nuit à lhôpital. Il avait sur lui peu de papiers, sauf un, qui portait votre nom et adresse.
Pierre pris dune main tremblante le papier, lobserva... Cest bien votre fils? ... Oui cest bien lui.