La candeur imbécile qui me caractérisait ne sest éteinte quaprès la mort de papa. Quand jai épousé Jean, le plus gros héritier du village, dans tous les sens du terme, je nai pu ressentir quune immense joie à lidée de devenir femme.
Sans espoir.
Le soir de la nuit de noces, mon époux ne me fit lhonneur de me prendre, à ma grande souffrance, que par les voies dont est affublé chacun de nous, homme ou femme.
Je devais apprendre par la suite que mon désormais défunt mari néprouvait dattirance que pour les jeunes éphèbes de la Grèce antique. Tant pis.
Durant quelques longues années, chambre à part, jappris à me donner mon bonheur, seule ; mais ce nest que 5 ans plus tard que je perdis ma virginité, mon mari nayant même pas tenté de sauver les apparences et se contentant dassouvir sur moi ses besoins quelque fois par mois.
Lhomme bienheureux qui dépucela la jeune femme de 24 ans que jétais se sauva dès quil saperçut que jétais toujours vierge.
Il répandit ensuite la rumeur de limpuissance de mon mari, lequel, fâché(et le mot est faible ) après la correction quà ses yeux je méritais demanda un divorce
quil nobtint pas. Les détectives quil engagea pour prouver mon infidélité étaient tellement amateurs quils ne trouvèrent évidemment rien. Ainsi Jean ne fit que perdre un peu de son argent à payer le boulanger et le fils du fermier voisin pour mespionner. Et quand bien même il eut trouvé quelque chose, ces choses la ne se font pas chez nous et sa mère aurait bientôt eut fait de le dissuader de ce divorce
Je me conduisis cependant en épouse exemplaire décidant de cesser mes frasques malgré ses retards de plus en plus fréquents.
Il eut un jour laudace de ramener à la maison un de ses jeunes « amis ».
Je ne suis pas tolérante.
La scène que je lui fit ensuite le dissuada de recommencer ce genre didioties
La vie reprit son cours.
Bon gré mal gré Jean me supporta moi et ma mère qui vint bientôt sinstaller chez nous.
Quand cette dernière décéda quelques années plus tard, elle mavoua avoir été la maîtresse de mon mari qui a ma plus grande surprise ne nia rien.
Jen conclus que la ressemblance de ma mère avec un homme était du au fait que sen était un.
Ma mère était donc mon père
Mais qui était ma mère alors ? Je nen sais toujours rien
Et qui était celui que je prenais pour mon père ? Ca non plus je nen sais rien.
Je souffris quelque temps de ces brusques révélations mais finis par me consoler dans les bras de Louis, le frère de Jean revenu de la guerre et auquel sil manquait un bras ne manquait rien dautre et était forgé dans un moule tout différent de son frère
Nous partageâmes le même lit durant un an, période durant laquelle il essaya de me faire quitter Jean par tous les moyens pour que je puisse lépouser.
Quand ce dernier lappris, il devint comme fou, pris la carabine et descendit son frère qui, implorant son pardon, rejeta toutes les fautes sur moi. Je naime pas les lâches et encore moins les menteurs, je nen voulu donc pas à mon époux et le curé arriva le lendemain pour bénir le cadavre.
Personne ne parla plus jamais de ce dernier. Louis était mort et cest toujours bien peut que de le dire
Peu de temps après, mon époux pris un aide du nom de Pablo quil choisit hasardeusement entre trois prétendants au poste
Du moins cest ce quil me dit et ce que je crus avant de voir le dénommé Pablo, un italien déraciné, qui, arborant un large sourire nous appris tranquillement quil ne connaissait rien à ce métier et quil ne voulait rien en connaître. Mon mari se garda bien de le chasser, et, durant un an la jeune poule se dandina tout en me regardant faire ce qui aurait dû lui être déchu ruinant ainsi la réputation des Italiens dans tout le village. Je finis par lécraser malencontreusement avec le tracteur de mon mari. A trop tourner autour du coq de la maison
Mon mari ne le supporta pas mais, hésitant entre me chasser de la maison ou me dénoncer, il finit par maccorder son pardon en voyant arriver de nouveaux demandeurs demplois. Il prit un gars du sud, cette fois un « vrai » Italien.
Mal lui en pris, les méditerranéens sont rarement comme lui et sil pensait que celui la serait comme le précédent, il put se rendre compte de son erreur plus dune fois
Et cet Italien là ramena la réputation de son peuple à son plus haut niveau !
Je me garderais bien de dire que sest une bonne réputation comme je me retiendrais de dire quelle est mauvaise
Deux mois plus tard, mon mari était de nouveau cocu avec celui quil aurait voulu voir son amant. Il le sut mais ne dit rien, amoureux pour la première fois de linaccessible. Il commença par contre à me voir comme le diable et la tentation et je dois bien admettre que jeux durant quelque temps les plus grandes inquiétudes pour mon séjour sur terre. Sil essaya de lécourter, ce fut peine perdue : il est des secrets de grands-mères qui permettent de vivre même aux portes de la mort et den revenir.
Je neux cependant pas longtemps à minquiéter puisquil finit par sempoisonner mortellement avec une tisane quil me destinait.
Bonne nuit mon chéri
Je renvoyais le méditerranéen doù il venait, satisfaite de ses services qui ne métaient plus daucunes utilités.
Jétais désormais riche et la fortune que mon mari avait économisée sous à sous, nous privant même du minimum me revenait enfin.
Le vieux Robert, lavare du village( je me demande encore comment il pouvait y avoir un homme plus avare quun autre dans ce village )me demanda de lépouser, certain de sa réussite.
Mais les filles de la campagne ont quelques ressources cachées quil est impossible de détecter pour un homme trop terre à terre.
Je nétais et je ne suis pas folle.
Veuve, riche, jeune. Le bonheur.
Je refusais.
Il sortis donc de chez MOI en me traitant de garce et de dépravée ; vexé quil était le vieux Robert
Jaurais cependant peut être du accepter : il mourut deux mois plus tard en léguant tous ses biens ( ce qui nétait pas rien) aux bonnes surs.
Mais on ne vit pas éternellement avec des regrets et jai oublié depuis peu cet épisode qui me fit pleurer de rage quelques nuits. Aujourdhui encore je suis sure que sil est mort cest juste pour memmerder
Vieux con !
Mais ne dis ton pas des gens quils sont cons, juste pour se dire que nous on ne lest pas ?!?
Moi je dis peut être. Jen connais qui disent oui.
Jen connais aussi qui disent peut-être, comme moi.
Mais ceux là ne me le dise souvent que pour se faire bien voir, ou pour profiter de ma fortune, ou pour coucher avec moi. Ceux là sont nombreux.
Attention, je ne dis pas que cette dernière catégorie est la plus répandue.
Mais je ne dis pas non plus quelle ne lest pas.
Je ne fais que constater.
La période de deuil se devait dêtre respectée
Pour le respect de mon mari mais plus encore pour celui de ma famille.
Enfin
ce quil en restait
Ma famille
Un bien grand mot
Mon oncle Pierrick, mon cousin Jules, quelques tantes éloignées depuis longtemps de cet univers malsain quest la campagne et Pierre, mon frère aîné
On dit souvent que les frères sont protecteurs, gentils et soucieux de la réputation de leur sur
Prêts à tout pour la défendre.
Pour défendre les deux dailleurs, la sur et la réputation aussi
Le mien fut tout différent.
Quand jarrivais, il avait déjà 16 ans et ne me vis que comme une rivale et une voleuse dhéritage. Du moins cest comme ça que jexplique son comportement et jai eu beau chercher aucune autre idée ne mest venue. Chacun sait pourtant que lhéritage dans les campagnes est rarement partagé avec les filles
On les marie avant, on les déshérite ou on ne leur lègue quun minuscule lopin de terre incultivable, un vase et quelques bijoux de la mère si elle en avait et sils ne sont pas déjà tous vendu
Mon frère me haït tout de suite.
Il me rejeta, bourreau dun cur denfant tendre et encore innocent, assassin de lamour que peuvent se porter deux être du même sang, ignoble voleur denfance
De toute ma vie pas un seul de ses gestes, pas une seule de ses paroles ne laissèrent transparaître un quelconque attachement pour ma personne
On dit toujours que ce que lon a pas connu ne peut pas nous manquer, on dit aussi qui aime bien châtie bien, on dit encore des tas dautres mensonges que ma seule vie peut démentir ; et qui les déments
Ma famille ne maima jamais et je le su dès ma plus tendre enfance, mais, secrètement, je gardais encore lespoir quun jour nous pourrions nous aimer et rattraper toutes ses années de haine et que nous pourrions, ensemble, effacer toutes mes années de désespoir.
Lespoir fait vivre
Ca aussi cest faux
Mais jai décidé doublier toutes ces années de frustrations et de dégoûts.
Aujourdhui je suis riche et je sens déjà lenvie des grands espaces me pénétrer.
Je suis jeune, je suis belle, je vais enfin pouvoir vivre sans contraintes
Souhaitez moi bonne chance