Elle ouvrit ses yeux..
à à à à à à Ã
Que rencontra son regard ? Sur quel objet, sur quel visage se posa-t-il ? Le bleu de ses yeux, quelle venait de dévoiler à linstant, tomba-t-il sur le visage souriant de son ami ? Allait-elle se précipiter dans ses bras puissants, écraser ses lèvres de sa bouche avide et, de sa langue vorace, forcer sa cavité buccale ? Se préparait-elle à nouer solidement ses jambes autour de sa taille, à frotter son corps au sien dune ondulation langoureuse et pressante ? Collés lun à lautre allaient-ils basculer sur une couche défaite ? Leurs mains affolées et fébriles allaient-elles courir sur leurs corps allongés, sauter les ultimes obstacles de tissus qui les protégeaient ?
à à à à à à Ã
Le soleil avait déchiré lobscurité de la nuit en début de matinée, aux premières heures de laurore. Très vite, dans un mouvement ascensionnel irrésistible, il avait répandu sa lumière et sa chaleur sur la ville endormie.
Mademoiselle Zoé H. Morris, en ce matin de printemps, déploya beaucoup moins dénergie que cet astre céleste.
Elle ouvrit ses yeux alors que onze heures sonnaient à sa pendulette.
Zoé H. Morris était âgée dune vingtaine de printemps et senorgueillait, secrètement, du corps magnifique que la nature lui avait offert. Son torse sornait de seins délicats, à larrondi doux et couronné de mamelons fiers et bruns. Son ventre plat, légèrement hâlé et discrètement musclé, dominait une paire de longues jambes au galbe parfait. Au sourire de son visage, répondait celui, plus fripon et secret, que lançaient les fossettes qui enluminaient ses fesses.
Pour la belle Zoé, laprès-midi ensoleillée qui commençait nétait pas une après midi ordinaire. Elle avait rendez-vous, dans une paire dheures, avec le beau jeune homme quelle aimait et qui laimait.
Excitée par ce galant vendez-vous, et pressentant quelle finirait la journée dans un lit chaud et douillet, elle aspergea, avec soin, mais sans excès, sa somptueuse anatomie, sa blondeur intime, ses sillons secrets, de senteurs enivrantes. Puis, sachant fort bien quen amour, le paraître prend souvent le pas sur lêtre et, quen certaines circonstances, il lanéantit, elle revêtit son corps de dentelles et de soie noire avant denfiler une courte jupe fendue et une sorte de guenille sortie tout droit dun magasin chic.
Ainsi parée, elle se sentait investie dune force invincible dont elle navait nul besoin puisque le cur de son ami nétait plus à conquérir, mais dont la présence lui était agréable.
Elle dévala lescalier jusquau sous-sol et sengouffra dans le parking souterrain.
Le claquement sec de ses pas rapides sur le sol en béton, avant de mourir comme asphyxié, se répercuta une dernière fois contre les parois grisâtres et chichement éclairées par des ampoules pisseuses.
Un silence pesant sabattit.
Un bruissement se fit entendre.
Zoé H. Morris redressa vivement sa tête. Elle embrassa du regard le parking. Ses yeux coururent dune voiture à lautre.
Un mouvement dair lui caressa la joue. Deux mains crasseuses se refermèrent sur elle. Des bras puissants lenserrèrent par la ceinture. Un souffle chaud et fétide dégoulina le long de son cou. Elle hurla.
Quelque part, un chat miaula.
La prise se desserra. Elle pivota. Un violent coup de poing la cueillit sous le menton et la propulsa contre sa voiture.
Zoé H. Morris glissa, telle un pantin désarticulé, sur le sol froid et maculé dhuile.
Petit Jacques la jeta, sans ménagement, dans le coffre de la voiture et gagna, à bord de celle-ci, une maison en ruine.
Il tira la belle Zoé du coffre, puis il la saisit par les chevilles et la traîna sur le plancher défoncé du rez-de-chaussée. La jupe de Zoé se retroussa. Petit Jacques sarrêta. Ses yeux remontèrent le long des jambes moulées dans des bas noirs. Ils sautèrent par-dessus lourlet, plus sombre, qui ceignait ses cuisses à mi-hauteur. Ils simmobilisèrent un instant sur la chair dénudée, puis, agrippés à la jarretelle, ils se hissèrent jusquà la lisière de sa culotte.
Dun revers de la main, Petit Jacques essuya les gouttes de sueur qui perlaient sur son front.
Ayant retrouvé son souffle, Petit Jacques se remit à tracter Zoé. Son slip, qui frottait contre le parquet couvert de gravats, sincrusta dans sa peau, le tissu se tendit à lextrême, les fesses débordèrent.
Dun coup de langue, Petit Jacques happa la transpiration qui gouttait aux coins de sa bouche.
Il jeta Zoé H. Morris sur un vieux matelas que jonchaient des restes de repas.
Le temps passa. Zoé H. Morris bougea légèrement.
Elle ouvrit ses yeux. Elle observa le local sordide, le matelas crasseux, le visage difforme de lhomme qui lui faisait face.
Petit Jacques se pencha vers elle et posa sa main rougeâtre sur sa cuisse.
Le voile dhébétude, qui enveloppait Zoé, se déchira. Elle hurla.
Bondissant sur ses pieds, elle se lança en avant. Petit Jacques lui colla une claque magistrale qui lexpédia contre le mur. Puis, il lempoigna par les cheveux, la retourna et, dune bourrade sèche, lenvoya valdinguer, la tête la première, sur le lit.
Le visage de Zoé senfonça dans la couche bosselée et parsemée de bouts de pains moisis, de papiers gras, de couvercles de boites de conserve.
La puanteur lassaillit. Des relents durine, de vomissure, de vinasse la maintinrent clouée sur le lit. Des sanglots brefs, mais violents, lui secouaient le corps.
Elle se redressa sur ses coudes. Un filet de bave séchappa de sa bouche.
Petit Jacques se tenait derrière elle, hilare, heureux de vivre.
Il posa ses mains sur les hanches de Zoé et ramena vers lui ses fesses. Dun geste brusque, il souleva sa jupe et lui arracha le slip.
Lélastique du sous-vêtement mordit, jusquau sang, la chair délicate. Elle cria et tenta de se sauver à quatre pattes.
Tout à coup, alors que Zoé sentait une des mains de son agresseur fouiller sa blondeur intime, elle lentendit cracher.
Le jet de salive atterrit sur le bas de son sacrum, puis il ruissela le long de son sillon secret.
Zoé balança ses pieds au hasard, en direction de son assaillant.
Petit Jacques poussa un grognement de douleur. Zoé venait, avec son talon, de percuter ses testicules. Il se releva et séloigna.
Zoé H. Morris, terrorisée et sans voix, se blottit au fond du lit, dans une encoignure de la pièce.
Petit Jacques sapprocha. La rage incendiait son regard. Son front était nappé dénormes gouttes de sueur. Sa respiration rauque résonnait dans la maison.
Zoé laissa fuser une longue plainte. Ses larmes se mélangèrent à la salive qui jaillissait de sa bouche à chacun de ses sanglots. Elle se tassa un peu plus dans langle de la pièce. Sa main rencontra le couvercle déchiqueté dune conserve. Le métal lui entailla la chair. Elle ferma les yeux.
Elle sentit les doigts de son agresseur se refermer sur ses chevilles. Elle lentendit rire.
Elle ouvrit ses yeux, et fendit lair dun geste de la main.
Une grimace atroce paralysa la face suintante de Petit Jacques. Ses traits sétirèrent jusquà lextrême, jusquà la déchirure. Ses rides et ses plis faciaux furent secoués dun tremblement qui ôta à son visage tout aspect humain. Ses yeux disparurent sous des amas de viande velue, son nez se dilata jusquà laplatissement, son front se crevassa, sa bouche sestompa sous une écume épaisse avant de souvrir, tel une plaie purulente, et de laisser échapper, mêlé à des renvois puant le vin et le tabac froid, un cri insoutenable, un barrissement où sentrechoquaient des borborygmes, des rots et des sanglots.
Son regard bondit de ses mains ensanglantées quil avait instinctivement portées à son bas-ventre, sur lobjet sanguinolent qui, lui aussi, reposait sur le matelas crasseux, aux pieds de Zoé H. Morris. La douleur le terrassa. Il sabattit sur le sol.
Zoé observa le corps qui gisait à quelques mètres delle et quagitaient des convulsions. Elle appuya sa tête contre le mur, posa son regard sur le plafond et ferma les yeux. Ses muscles se détendirent, le couvercle métallique au pourtour acéré, avec lequel elle avait tronçonné le sexe de Petit Jacques glissa entre ses doigts et chuta, sans bruit, sur le lit.
Au fil du temps, les hurlements de Petit Jacques perdirent de leur intensité, ils se muèrent en un gémissement sourd, en une plainte étouffée.
Elle ouvrit ses yeux et découvrit à une paire de mètres delle, baignant dans son sang, Petit Jacques qui gisait sans vie sur le sol, le visage tourné dans sa direction.