" Il jeta un il dans le réduit. Elle reposait, recroquevillée, sur la couche de fortune.
- Elle dort... se dit-il en décollant son il du mouchard.
Nerveusement, il consulta sa montre. Cétait lheure.
Il gagna sa voiture et, après avoir ouvert la porte du garage, il senfonça dans la nuit sans lune.
Sur la route déserte, bordée de fossés où croupissait de leau gelée, la voiture filait à vive allure. Infatigables, les balais des essuie-glaces nettoyaient le pare-brise de la pluie fine, quinlassablement le vent glacial y rabattait.
Pierre Romain, le visage chichement éclairé par la lumière verdâtre des témoins du tableau de bord, fixait la route sinueuse, que les phares balayaient de leurs pinceaux couleur durine.
Il consulta sa montre. Il était légèrement en avance. Il ralentit et alluma une cigarette brune. Il pompa une longue bouffée, puis, en recrachant la fumée, vérifia, dans le rétroviseur, quaucune voiture ne le suivait.
Il sengagea dans le chemin qui menait au cimetière et se gara devant le portail en fer.
Linstant était crucial.
Son cur battait la chamade quand il descendit de la voiture. Il souffla profondément et savança vers la poubelle, qui se trouvait à droite de lentrée du cimetière. Le sac était là. Malgré le vent chargé de pluie froide qui lui fouettait le visage, un accès de chaleur le submergea lorsquil saisit le sac.
Sans vérifier le contenu de la sacoche, il réintégra la voiture.
Pierre Romain mit plus dune heure pour rejoindre la maison isolée où il séquestrait Madame Sabine Latium, alors que celle-ci était à moins dun quart dheure de route.
Et cest en sifflotant une vieille chanson anglaise quil compta largent de la rançon. Il ny manquait pas un centime !
- Super ! ... sécria-t-il.
Tout sétait déroulé à merveille. Dailleurs, comment aurait-il pu en être autrement ? Il navait jamais douté du succès de son entreprise. Le mari était bien trop con pour risquer la vie de sa femme par une manuvre hasardeuse.
Il alluma une cigarette brune, puis esquissa un pas de danse et sachemina jusquau réduit où il détenait Madame Sabine Latium.
- Agite-toi ! ... On y va ! ... lança-t-il à la malheureuse en pénétrant dans la pièce.
- Où memmenez-vous ?
Il ne répondit pas.
A laide dun sac en tissu noir, il lui enveloppa la tête. Il lattrapa par la main et la guida jusquà la voiture quil avait rentrée dans le garage. Sans ménagement, il la fit grimper dans le coffre dont il referma le capot immédiatement.
Il sortit la voiture du garage puis il en descendit.
Le vent hurlait à la mort.
Il se dirigea vers la porte du garage pour la fermer.
Son os frontal explosa sous limpact de la première balle. Elle réduisit en bouillie son cerveau avant de ressortir, gluante, par locciput. Son corps rebondit contre le mur sous le choc des neuf autres.
- Cessez le feu !... hurla le commissaire De Villemur. "
Etienne Fourcault replia la revue et la balança rageusement sur la table. Il naurait pas dû lire cette histoire.
Nerveusement, il consulta sa montre. Cétait lheure.
Après avoir jeté un il dans le réduit où gisait Madame Thérèse Sabine, il gagna sa voiture et senfonça dans la nuit étoilée.
Fin.