Chère Adeline,
Chère Adeline
Il faut
il faut que je vous dise que
que j'ai les papiers qui collent aux bonbons, rien
rien qu'à l'idée de vous écrire. Vous ne le savez pas, mais
mais depuis que
que je vous vois passer devant ma fenêtre
presque tous les soirs, je suis tombé amoureux fou. Vos taches de rousseur, votre chevelure flamboyante, votre haute stature, votre jolie robe fendue, quand vous revenez de chez le boulanger avec votre braguette
votre
votre baguette sous le bras
C'est... c'est un grand vent qui passe dans mon cur. C'est une chaloupe sur un fleuve enfiévré. C'est un parfum enivrant. C'est une mouche qui se lave sous les bras. Ce sont des milliers d'oiseaux qui se cognent la tête contre les murs. Ça fendille de partout, c'est le barrage qui va céder
Adeline
il faut que je vous dise, que
que depuis ces quelques lignes, j'ai
j'ai les papiers qui ont complètement collé aux bonbons, et si ça continue, ça va finir en confiture. Je vous le promets Adeline, je vous arracherai de cet enfer moderne, de cette vie de citadine morose. Oui, ma tourterelle, ma lèvre mordue des nuits sans fin, ma grande biche aux yeux effarés, je vous emmènerai sur mon destrier. Et, nous galoperons parmi les grandes herbes sauvages où nous entendrons les coucous des compagnies privées se ramasser parmi les branchages. Déjà, je vous imagine nue sur un lit de stalagmites avec un kir à la framboise, votre main aspergeant de whisky mon corps de guerrier inassouvi. Puis, je vous traînerai par les cheveux sur plusieurs kilomètres, et nous nous enlacerons dans la poussière des troupeaux de mammouths. Ou, nous irons sur le pont d'Espagne sous lequel coule la Loire. Cet endroit magnifique où François Premier a dit : « Français, je vous ai compris. » Soit, nous longerons la Dordogne au fin fond de la Bretagne. Soit, nous irons à Bruges, cette belle ville médiévale de l'Andalousie. Et là, là je te regarderai avec mes yeux de braise à faire fondre une famille de pingouins. Je te dirai 'tu', car les troupeaux de mammouths seront passés très souvent. Là, je te parlerai tendrement. Je te dirai ce que toutes les femmes attendent quand elles n'ont rien d'autre à se mettre sous la main. Le souffle coupé, déjà des larmes d'émotions couleront sur tes joues.
Là
Là, mon amour
Ma tourterelle
Ma lèvre mordue des nuits sans fin
Je te dirai : « Veux-tu ? Veux-tu une glace à la vanille ? »
Pierre Rive : extrait du livre intitulé « Mélange » à paraître en sept/oct 2008 chez Chloé des Lys. (quatrième livre)
Chère Ghislaine
Je vous remercie pour cette journée ensoleillée. Il vrai qu'en fin septembre, la chaleur est encore intense. Vous m'attendiez sur la terrasse de votre maison qui longe la Loire, dans votre robe blanche à rayures azuréennes. On aurait dit une peinture impressionniste, cette volonté indéniable de figer l'instant. A vous voir épanouie, le visage décloué des panneaux artificiels, le front légèrement badigeonné par l'ombre des arbres ; des larmes d'émotions coulaient à l'intérieur de mon univers. Etait-il nécessaire de pleurer à l'extérieur ? Non ! Il me semblait inutile de gâcher cette clarté. Alors, dans la danse lente des feuillages et le chant effilé des becs rayonnants, vous m'avez tendu vos bras et votre sourire. De ce sourire qui fait que la femme est indéfinissable. Nous avons bu du vin blanc tout en humant l'eau douce du fleuve avec ses relents de pierres et de sables. Vous étiez en train de me reprocher que j'étais toujours à fuir vos invitations, lorsque votre frère est arrivé et m'a exhorté pour une partie de pétanque. Ghislaine, la douleur fut grande de me séparer de votre lumière
Cependant, il faut savoir faire preuve de civilité. Nous avons commencé par une triplette, puis le cercle s'est élargi , et les spectateurs furent nombreux. Je fus d'abord désigné comme tireur, on a débouché quelques bouteilles de rosé. La partie fut très longue, les cadavres en verre s'accumulaient sur le gazon qui commençait à gazouiller tous les pinsons du monde. Vers la fin du jeu, j'avais un mal certain à placer les sphères sur le terrain. Pour fêter notre défaite, nous avons effectué plusieurs tournées de pastis
Lorsque nous fûmes enfin seuls, c'est à tâtons que j'ai retrouvé la terrasse. Vous étiez dans votre salon, allongée sur un canapé, et vous regardiez la télévision - il me semble. Alors, avec un élan fougueux, je me suis allongé sur votre corps de déesse et j'ai ronflé toute la nuit dans la vallée de votre cou. Ghislaine, ce fut vraiment une journée merveilleuse, et ce doux parfum de soirée qui embaumait votre maison de raisin et d'anis. Ah Ghislaine ! Je crois que nous avons énormément d'affinités.
A très bientôt
Ps : J'espère que votre frère sera là pour la revanche.
Pierre Rive ( quatrième livre à paraître cher Chloé des Lys)