« - Quel ennui ! »
Une légère brise soufflait, faisant se mouvoir lentement les nuages.
« - Quest ce quon pourrait bien faire ? »
Un doux son de lyre vint sinterposer dans le chuchotement du vent.
« - Je ne sais vraiment pas ! On a déjà épuisé tout notre stock didées ! »
Au loin, on pouvait apercevoir des formes noires se déplaçant en groupes et de temps à autres seules.
« - Regarde-les, eux, ils ont lair de tellement samuser ! »
Le numéro 754.569.236.719 sappuya contre un nuage. Il était accablé par la lassitude. On a beau dire, ne rien faire, cela peut parfois être épuisant.
« - Oooops ! »
Une petite bourrasque bouscula le nuage contre lequel lange, nommé Leny, était adossé. Celui-ci, prit de court, sétala de tout son long.
« - Toi le nouveau, on voit que tu as gardé tes bonnes vieilles habitudes terrestres ! » lança un ange sur un ton narquois. »
Vexé, Leny se releva. Il était maintenant pris dun sentiment de honte. Ce nétait vraiment pas la bonne journée.
« - Quest ce que tu veux Danny, tout le monde ne peut pas être aussi doué que toi ! »
Danny se rapprocha de la pauvre âme, maintenant à quatre pattes, prit un air menaçant et dit :
« - Si tu veux avoir une mort paradisiaque, je te donne un conseil : ne me cherche pas ! »
Le petit nouveau essaya de ne pas paraître impressionné et partit à vive allure.
Depuis quil était arrivé, il y a à peu près un mois, le pauvre Leny navait guère eu de moments de joie et damusement. Pourtant il était tellement content de venir rejoindre le soit disant Bon Dieu. Finis tout les petits maux de la vie terrestre. Les petits et les gros dailleurs, car il se souvenait encore très bien de cette bande de malfrats qui lavaient assassiné dans une petite ruelle new-yorkaise, un mardi soir alors quil revenait de son travail. Tout ça était normalement terminé. Maintenant il était au Paradis.
Bien sûr les quelques premiers jours, cela lui avait paru extraordinaire. Il se sentait léger, il était transparent et il défiait même les lois de la gravité. Mais bon, on shabitue à tout. Et lhabitude : cest ennuyeux.
De plus, quand il était encore mortel, Leny avait plus que de raison entendu parler dune puissance supérieure vêtue dun drap blanc quon appelait généralement « Bon Dieu ». En arrivant dans léternel royaume, niché là haut dans les nuages, par temps couvert ; la jeune âme lavait cherché, mais pas moyen de mettre la main dessus. La seule autorité quil avait rencontrée était une sorte de puissant dictateur céleste. Vieux et sage en apparence, bel et bien drapé dun grand voile blanc, mais dont les paroles nétaient quinterdictions et restrictions. Ce vieillard, là avant chacun des anges avait réussi à faire du ciel « un ptit coin dparadis » fort ennuyeux.
Et lennui nétant jamais source de bonnes choses, le comportement des paradisiens avait commencé à se dégrader depuis déjà quelques temps. Rien de bien méchant, des petits emmerdeurs qui jouent les gros bras à la manière de Danny. Mais les humains ne disent-ils pas des anges quils sont les créatures du Bien ? Des êtres parfaits desquels ne jaillissent ni moqueries ni toutes autres sortes de méchanceté ?
Et bien oui. Les temps étaient en train de changer. Que ce soit sur la Terre ou bien ailleurs. Le Paradis nétait plus ce quil avait été.
Leny, très vexé, alla faire un tour sur un petit cumulus isolé pour tenter de se calmer un peu les nerfs. Ils ne supportaient pas, comme la plupart de ses camarades dailleurs, quon se moque de lui, et encore moins quand il était entouré de nombreuses âmes à lhumour tous plus cynique les uns que les autres.
Il était hors de lui. Déjà quil ne trouvait rien à faire de ses longues journées angéliques, si en plus on lui causait des ennuis, le Paradis allait vraiment finir par devenir un Enfer.
Cest alors quil lui vint une idée. Il la sentit germer en lui, venue den bas, du centre de la Terre : la VENGEANCE. Daccord, Leny voulait bien admettre que le concept de vengeance navait rien de très bon en soi. Mais après tout, cétait la société céleste qui le poussait à agir de la sorte. Si le système était un peu mieux fait, Leny et les autres paradisiens ne sennuieraient pas, nauraient donc pas à se disputer, ni à faire le Mal.
Oui, vraiment Leny ne se sentait pas coupable. De plus, il fallait relativiser, le Mal était un bien grand mot pour désigner une simple petite farce enfantine. Car Leny avait seulement dans lintention de ridiculiser Danny de la même manière que celui-ci lavait fait pour lui. Un petit croche-patte quand il serait entouré de sa bande de voyous ferait laffaire.
Leny se dirigea donc vers lendroit quil avait quitté quelques instants auparavant pour essayer de retrouver son agresseur.
« - Alors Monsieur-Je-Ne-Tiens-Pas-Debout-Sur-Mes-Deux-Jambes. On sest remis de sa petite chute ? lança Danny sur un ton tout aussi moqueur que lors de leur dernière rencontre.
- Oui ça va mieux merci. Je suis vraiment stupide de mêtre énerver tout à lheure alors que tu me charriais gentiment, répondit Leny dune manière qui laissait entendre la non franchise de ses mots.
- Et bien je vois que tu nes pas rancunier et cela me réjouis sache le, répondit lautre sur un ton de plus en plus narquois. Allez, venez, vous autres, dit-il en sadressant à la tripotée dâme qui le suivait jour et nuit, laissons monsieur Leny et ses bonnes résolutions tranquilles. »
Danny commença à marcher en direction dun nouvel ange à taquiner, et quand il passa devant Leny, celui-ci lui barra la route grâce à sa jambe, faisant tomber le gros dur par terre.
Furieux, Danny se releva dun bond et fondit en trombe sur le jeune ange qui avait osé le ridiculiser devant tout un groupe dâmes maintenant hilares. Il fit à son tour tomber Leny par terre et fut entraîné dans sa chute. Les deux anges roulèrent sur plusieurs mètres durant quelques secondes jusquà arriver au bord du grand nuage où ils se trouvaient. Là, Danny prit le dessus en saccroupissant sur son adversaire.
« - Tu vas regretté dêtre mort mon jeune ami. Car je ne sais pas si tu le sais, mais malgré que tu ne vives déjà plus, si par malheur je te faisais tomber dans le vide, tu seras condamné à errer éternellement sur Terre, car on ne franchit les portes des cieux quune seule fois », sentendit exposé Leny par lange qui le maintenait à présent par le coup.
A ces mots, le petit nouveau en difficulté prit peur et bouscula son agresseur pour se libérer de son étreinte. Danny perdit léquilibre et tomba tout simplement en direction du globe terrestre malgré leffort désespéré que fit lautre âme terrorisée pour le rattraper.
Il hurla. Mais malgré cette détresse intérieure, Leny sentit au fond de lui, son cur, ou plutôt ce qui lui servait de cur au Paradis, exploser dun sentiment de bien-être incontrôlable. Danny lavait cherché. Cest lui qui avait entamé les hostilités. Et bien il navait que ce quil méritait.
Mais ça, bien évidement, et Leny sen doutait, personne ne voudrait le comprendre. Il osa quand même jeter un regard en arrière. Et là, il vit une assemblée danges stupéfaits, le regardant comme sil était la grande faucheuse, venue pour leur enlever à tous la vie une seconde fois. Quand ils reprirent leurs esprits. Ils fuirent le jeune assassin et il ny eu bientôt plus personne à des centaines de mètres à la ronde de Leny.
Réagissant quil allait être rapidement dénoncé aux autorités célestes, il prit à son tour ses jambes à son coup pour trouver un endroit isoler où il pourrait se cacher. Il sassit finalement derrière un nuage épais ou il réfléchit. Quallait-il advenir de lui maintenant ? Irait-il en Enfer ? Ou aurait-il droit au même sort que ce satané Danny ? Celui qui avait réussi à foutre sa mort en lair.
Leny connu alors une colère comme il nen avait jamais connu auparavant. La matière étrange qui constituait sa peau avait même prit une teinte rouge tellement il était excédé. De plus il avait mal à la tête, comme si lon en voulait faire sortir quelque chose. La partie de son corps qui avait été nommée coccyx quand il était encore vivant le faisait elle aussi atrocement souffrir, sûrement à cause de sa chute quelques minutes auparavant.
Énervé et fatigué, Leny sombra dans un profond sommeil.
Il se réveilla quelques heures plus tard parcouru dune sensation étrange. Une impression de changement. Il ne lui fallut pas bien longtemps pour se remémorer les évènement qui lavaient conduit à se cacher.
Sur Terre il pleuvait, et les cieux étaient humides. A quelques pas de lui Leny aperçu une flaque. Il décida de sy baigner le visage pour se laver un peu de ces évènements malencontreux. Il se leva se dirigea vers la petite étendue deau. Et là
Leny se frotta les yeux pour voir sil ne rêvait pas encore. Mais non. Il fallait se rendre à lévidence. Son reflet était dun rouge vif des pieds à la tête. Il avait deux petites cornes noires sur le dessus du crâne et une longue queue terminée en pointe courait derrière ses jambes.
Non, décidément, le Paradis nest plus ce quil était.
SINI Pierrot